‹ Washington Levert, et Socrate LeblancChapitre 8 sur 9 · COI · texte numérisé non relu

COI

■s'ÈJ* -

de ménagemens a parler d'eux et des autres. À seize ans r on n'écrit pas encore pour déguiser sa pensée. Dès* la première confidence 9 Washington avait presque tranché du goptil-

homme /et Socrate avait avoué Pignominie de

ton origine*: (Jeux aveux contre lesquels pouvait

se briser leur amitié naissante.

Washington fut de nouveau appelé dans le cabinet de son père, qui lui dit en lui communiquant la rëponse de Socrate : Vous n'êtes pas absolument tequ, mon fils, d'accepter chaque poii\t . de cette lettre comme un fait auquel

' vous ayeg a. répliquer ; laissez de côté les circonstances 'particulières à cehti qui vous écrit, et |ie vous arrêtez que sur les passages dignes de vos observa tibns. Si pourtant i| vous . était impossible ; d 1 établir cette distinction . bien

* naturelle , h. mon avis 9 souvenez-vous du moips que la formé épistolaire y créée pour le sincère

. langage au cœur, commande Tindulgeace. Elle # hous met face à face avec l'ami absent .ou la

personne évoquée par notre pqpséç * et cette

Socrate * k qiûvette autre lettre parvint bîéntAt,

« Mon cher Socrate,

«Le monde* ppisqfc* M teax le cotm&ître par jnoi , me parait plui beau chaque heure de mon^eitstepcei Que ne sqra4-Upas pou* moi à vingt ans? Dêa».*e moqde, éti habita de somptueuseb villes comme Paria; Parte qui a vingt mille maisons,, huit cent mille emes** le Loutre f le Panthéon* des palais, dés hètelt sans nombre » Qui entreprendrait de la nomnier seulement les plus remarquables? Dansées hôtels m logent des princes, des duchesses > •tous les gens de la cour» On se voit, en se fie , on s'aime, pu a des plaisirs diSerais pour teheque saison. Comme on estJieureux dans la mande !.

souvent a la cour où tout est si étonnant, à

l'entendre. C'est le paradis d'ui fènfîlhomme* Les hôtels sont des modèles de la ce** | attssl ma' mère est toujours assise chea elle, datfft m tyiteftïl m velours r comme «n« rcfee* ffc'alfr

sockita tfcfctÀnc. Ï7Ô

paHfr, c&àfcùn l'écoute avec tfës£ect{ ai elfe s6u-

rit; oii ftbuHt: Si elle se lève, on part* Des à+*

tne$ti<juës silencieux et empressés l^htbtirent ,

itiefttïft * &l to^dt-es-comtijàrideiiieiis. Ceci

m'amène a té dire que, dans le mondte , on a défc

dbméstitfiieà Jflé tout. à|fc$ et pottfc toutes sortes

ûè Sfet^eéifcës tins rfestèht à l\>!8cè ; les autres nfc

iquittërit pâé les fypâftéitiènè ; Vautres encore

Vitéftl-dairt !*à ëcuries tm ife fcbi{friept les iclie-

viiûi. DanSlfe monde, chaque cheval a plusieurs

domestiques : celui ijtri lé nourrit, celui qui

l'ëtHllè, celui qui le coilduit. Ta ne te figures

pià qA'bn fesfcfc quelque chose de ses propres

friafrji * puisqu'on a M faculté de s'épargner une

peine que d'autres prennent Volontiers. Dans le

monde , on n'apprête pas plus son dîner qu'on

ne taille son habit et qu'on ne foule àoti oha-

peati. H $ * dans le monde des gens pour volts

coiffer, vttfcs Vêtit, ttftnfrie H y a ttes gens pour

Vcrasptfrter. Et coiniiiè tout marche à fa parole! Je

«m slfcftê, et mon Bottier inc chausse , et

i tëillètir tn'habillè; je $tmne , et mon chc-

é ? un superbe cheval noir vigoureux.

Çu ifai-je «ne fois à cheval? où il me plaît. Dix routes s'ouvrent devant moi ! A Vincennes, au bois de Boulogne*! .partout où j'ai de l'espace À franchir.

. m Le domestique qui me suit datos mes pro-

sonnes que je rencontre au bois. Ces personnes sont des gens de distinction. Nous nous croisons dans les allées , nous nous défions de vitesse , nous parlons chevaux, des courses prochaines ou de la dernière chasse du foi., et nous nous donnons souvent rendez-vous au foyer de l'Opéra, Voila je moqde, mon ami;jl est séduisant, n'est-ce pas? Qu'on est heureux de ,vivre !

; << L'été, le monde se retire a la campagne et dans ses châteaux ; autres jouissances nouvelles; . on goûte , aux champs , les plaish* de la chasse, on s'invite a des/ètes, a dès fyds charmanssous les marronniers* Dans les limites de notre château nous avons m étang de cent toises ^u

MM

, — .S.SiS\

j.î?>WM 'S' •■ '£'£*■•

Êl "â'"'u";~.

Celte lettre n'était pas tout-fe-fett d* goïfct âh M. dé Levert. Là taianière dont son fils présen-

' tait là phy&ènomiè moralte dii méhtlè lui parut trop 1<! reflet dWë plénitude personnelle. WashingtOft peignait là Sfcteiété d 1 aprês tôt s*emàtibhs jiropréà j et Heti hé les avait encdrë froissées; il iftarfcb&l srir Btei flètirt • à h'alfeft ijûte dan* les Valons oit Ids tisagfcs sbttt rians et drapé* comme

•* Icé tenhires. Cependant il *ite Se peimit aucûhé réflexion , espérant que la prochaine* réjtotiée flfe Sbcratë, gftipreihté de là trifcte&fe de sa jtôsitioh, ramètlferdit ^ôU fils W le terrain nii de h réalité, dit qu'elle fcrtVdqtfëïait dU niait» des contrastés îi là faVèUr desquels Wa4hii%toh découvrirait de lui-même là # érité. 4

Là réponse de Sbcrate ne se fit f>as attendre.

c< Mon cher Washington ,

fc C'est cela le Hibiïde? Je frehsé que tn île

••■- m'as pas tout dit. Le meilleur sera pour ¥à fin ;

vieillie Vite cette fin ! Le monde , m'apprends-

10'CftATB LEBLANC* 284

ta* habite des villes ëomme Paris > et loge dàris des hôtels; et pas un mot sut Parts ! Comment tiSt~il fait? comment est-il grand ? 'ton silence me réduit k le croire comme je Pai toujours imagina; et le voici tel que je me lé figure.

« Dià-inôi s'il ressemble & l'image que je m'en ftris derrière les murs de inott hospice» Ce ferait- . iftentir que de telaiçser supposer que je île suis • remette par aucune vtfie analogique à l'idée de cet ensemble de monutaens, de maisons, de ja?~ du» e^de places], que j'appelle Paris» Les livres mVat €lê d'uta; grand secours ; dans le nombre dé ceux que ton père m'a envoyés, j f ai lu Félibien v Sàinte-Foix, et parcouru tous les autres ouvc&ges ou Paris est décrit k diverses époques. Après cette lecture, qui m*a familiarisé avec la physionomie de la vieille capitale , j'ai étudié , pour deviner presque à coup sur lé caractère de la nouvelle*, les traités d'architecture moderne. Gtf. sapt ko meilleurs' guides/ je pense * pour parvenir à coiiriaitre, jsans tombe* dans l'erreur," ktfofeft, Ura^idafirf, lauàaJ%sti4o Paris* Ajoute

284 ' >V4*HINGTÔN LEVEKÎ.

à ces inductions de peu de mérite, puisque, avec 4es livres , .chacun est en position de les tirer, ajoute de longues heures passées a contempler la grande ville dxi haut des combles de l'hospice. Par cet aveu d'une science aussi facile que sure, juge si j'ai la moindre raison de m'énorguëillir

de posséder Paris sans ravoir jamais vu. Que ton

rôle se borne donc à confirmer les créations tout a la fois réelles et fictives de mon imagination, ou à les rectifier s'U y a lieu. ;

ce Paris a un grand fleuve qui le meàurç dans sa longueur. — N'est-ce pas? ; Ce* fait étant admis f la 'ville s'étale a xqes yeux telle qu'elle est forcément. Car de cette ligne d'eau longitu-* dinale , immense artère traversant le cœur de Paris, j'en tire d'autres et les prolongera droite et à gauche; ici ce sont des canaux, et là des rues. Les principales sont, de toute nécessité, ainsi qu'à Venise et à Amsterdam, constamment rafraîchies par cette eau Courante ; elles, otfrt de plus que celles de Venise, ville brûlée, et d'Amsterdam^ ville moisi*) des arbres plantés foot le

SOCRÀTE I4ÊÏLAKC. 285

long des maisons. Ceci me parait d'autant plus . fidèlement ressortir de mes combinaisons , que

jtaperçois'des toits del'bospice une ru*imùiense r

exactement bâtie toqfcqie toutes celles que je n'ai pas grand'pêine, tu«n es témoin, kme figuser à son image *. Continuons. Une Ville qui à de Peau et des arbresf devapt lès pertes de ses maisons, possède des sut*4rqltes et alignées; il faut que les eaux*dçs canaux* s'épanchent pour que î'atr ne soit pas vicié/ La condition de salubrité ira* pose de rigueur cet heureujgs nécessités de perspeçthe ; de même que cetjie humidité , facilement oombatttre par le bien-être intérieur,

'entraîne l'avantage devoir de la verdure à pren fusion. «Quel beau sorcier je suis ,' diraa-tu ! Je poursuis itialgré ton ironie*

> « Les places publiques étant k la fois, 4'aprèd Vignole, des. points de section où aboutissent les Veines des rues et des espacée réservés au* monuments nationaux , je vois d'ici la forme deë

\ *ÏA eaffl»! Sunt-Mattin, ptofablèigeitti

286 w4«RH4'f»it WfWT.

l'œil ; fcm 4* d*w* çwkU alfas*- fcme* un rwyl -fcmpi4ç aut«w dfctyrç ft 4w lottsofe* f*î

dsw ce mirage dti> djrôtoîo9i pto* fondes de total* ki projeta dt leur' erabce* Gel;

e&chatnenfeeat dç Utates éf&feta* sous un. ciel

«opta* celui de Paris .fiait sfcppoaer IVsape des g^erieâi;leagalwiô»;oi»eia«S€alaïe$ Cabris semptueu* tout Vkt&iâ. IRç>pèfr une gôparç représentant la Pàlaip~Boya|, et cpn attcoyupUgnq iprç vieille édition dis comédie* dk Moljbfe, je me ^uis figùw, sàn» cûQtenlion d'esprit, Vdk% 9ttjfeafeu*ux <fe wtte étendue inctoiinfi^LuaMo de galeries, portiques, colonnes, wûteQ, sortait ]& nujl}, Lorsqu'au collier 4e Kmjtesnuea en Varie

fefrettfocçfteteefc <pi&ded rameaty* cTojftbre se ççcHsgtajksurriepavé. — Pardonne-moi, Washtag* V>t>, de par ter avec quelque empkaaade.cè&ebjefcs que Phabitude t'a rendus si indifférens. Le commun des unfres» te poétique des autres. Peutnêtre

donneraient beaucoup pou* descendre suç |$| tok&da mon hospice*

<t En Espagne • si la ma na toontat*. Fas»

seuil dfc la Tmrtp. et au nlainrpied; en Italie»* la

taje 4es civière*, l<*s Italiens <wt txjsfrto <fc V*ifc 4e$ mwtafnes. Cew.la, jjen suis |ùi>. on* ttigl le ku& de la fia au nivâau du sol ; W fip %» sus dins, boudonss» oratoires et bains: ceux-ci paresub la saillie de litt&s crokée& do teBtafr bariolées. d&

si bien faits nour prouver le rapport de& bahi- ^ù(^aY^i , etatdelaWnîpâ^turç,«juej. , a%n)^ Humours. çaTO^iwiliaJcM, ^w^'tçs, éç^iççi^ar.

T% qoçfcisç $. tipe lajtitade fcojde,, ia V»^ &>

nrftfprAPflAft^t mkipiru* M anrp .partif fî ra W >fo l WT Oi

o An fi ^/T Ti tttntnprit t)bis belle* ptua saine «* pki&

^ iiltirfîS i Honnis L& trouas» skus^

288 WÀSfcncGTON levert.

sonne, k fraris, n'occupe le premier et le second étage. ' *

• ce Chaque ville 'se servait , pour ses plaisirs ainsi que pour son utilité , des avantages naturels qtf elle a, il eSI de raison que Paris , privé thi spectacle de la mér. et de promenades élevées, tire de son fleuve ses principaux sujets de fête ï comme Lisbonne et Pékin, comme tant d'autres villes : car je ne croirai jamais que les l^urisiens possèdent fe Seine uniquement pour y jeter des ponts. Gomme ils sont ingénieux dans leurs amusemens et délicats dans leur luxe, j'imagine, sur une donnée infaillible , qu'il* cquvrent leur fleuve de petites barques légères dont

ils varient la forme, laissant au Tage ses rameurs grossiers, et à Venise sq$ gondoles tristes comme des cercueils. C'est plutôt aux fêtés nautiques de Pékin que ressemblent celles de Taris, Je crois y assister. Des vertes de couleurs Tracent en arcades<éblouissantes, en eolonnes de feu , les pontsf les monumens * les promenades de Paris jws^u^n y fêtequelque événement national; etv

SOCRÀTE LEBLANC. 289

dans les soirées chaudes d'été, sous les croisées ouvertes, le long des quais,' au bord du gazon, il est curieux de voir glisser des barque£portant , avec une flamme à la proue , dés passagères de

nuit, couronnées de fleurs, des musiciens et des cafés ambulans. Je reste peut-être un peu audessous de la vérité en peignant, avec des teintes de hasard, des beautés réelles placées sous tes yeux.

« Je suis un peu moins confiant dans mes inductions sur l'état moral dés institutions, parce que je ne vois pas, dans mes livres, de constans rapports entre elles et les climats. Je suis frappe* au contraire, des différences tranchées que j'observe à cet égard. Ainsi le nord m'offre, dans ses contrées'dures et a demi sauvages, des monu- . mens de justice et d'humanité inconnus aux rég\om tempérées. Madrid, Venise, Lisboni^, Rome, villes favorisées d'un air doux, d'un sol fécond, d'une dilatation puissante;, ont toujours été et sont encore des foyers d'intolérance reli -

giense et politique . En général, ori a plus égorgé

WASHINGTON tfcVEHT.

d'hommes bobs les orangers que sous les chênes.

« Afçs réserves étant faites , je risque mes analogies sociales, et je dis que, puisqu'il existe à Paris des asiles pour la mère coupable ou malheureuse, qui ne sait oit accoucher, des asiles pour .les «nfans trouvés , d'autres , et en très grand nombre, pour les orphelins, des maisons 7 pour tous les vices et pour chaque infirmité, pour tous les âges, depuis l'âge d'un jour jusqu'à celui d'un siècle, pour le soldat qui a perdu une jambe ou un doigt seulement, il eh est, et celles-là je ne les connais pas, mais j'en appose l'existence , pour les artistes , poètes, peintres , ' architectes, sculpteurs ,* musiciens, qui, après 4 avoir illustré ou essayé d'illustrer leur patrie, ' nont plus d'appui fc que dans la générosité na-' tionale; car s'il est du devoir des enfans de sou- : teijir leur père, il n'est pas moins* imposé aux pères, quand ils le peuvent, de soutenir leurs enfans implorant leur pitié.

« S'il en est ainsi, comme je n'en doute pas,

sHl est des maisons de f efiige où Foin abrite la

SOCRATK LEBLANC* 29 1

vieillesse di^ poète, la caducité toujours précoce d* lVm«e d'imagination, quel beau apeetacfe ne do&ce çag être que la civilisaticto ! Ak ! ces prévoyances, ee& soins, ce» réparations, sont une justice que les artistes Héritent mieux que nous. Qu'ayons-nous. fait ?- et que n'ont-ils pas fciit^ $ux? New sommes une charge, nme superfétatioa, nous bâtards ; eux^ ont créé Paris , le Louvre, la France, tout ce qui est utile et grand. Apprends-moi donc, Washington, pour que je m'en réjouisse , le nom du Palais des artistes; dis-moi leur hospice de la Pitié , leur hôtel des Invalides, Je sais que Louis XIII f opda l'hospice de* ^/yûuty- Troupes où j'ai été accueilli^ et Louis XI V l'hôtel des Invalides ; mais j'ignore le nom du rji, leur successeur, qui s'est montre aussi généreux envers le»*fcavsws et les hommes ■>

.•^«H*. du pays. '

<l Je suis fort surpris , moa ami , de la quantité de domestiques placés auprès des. gens riches pour lçs servir ; mais comment dire un mot qu'ils ne l'entendent ? La douceur d'être servi me

semble compensée par l'ennui de l'être trop.

A mon sens , le maître est moins libre que Je domestique*; lequel, a son tour, est moins libre que le cheval. Trois domestiques ! dis- tu , pour un cheval qu'on appelle l'esclave de l'homme ; mais o'est l'homme qui est l'esclave du cheval. a Que j'estimç ta mère, mais que je la plains de rester toujours assise. Je sais que les femmes ne voyagent pas sur les flancs d'un nuage ; ce* pendant, si je les aime oisives comme des cygnes, je souhaite aussi les voir mobiles comme des cygnes aù*milieu de leur oisiveté. Si, dans F Inde, elles ne fatiguent leur beau corps d'aucun tra~ vail^ on les porte du moins sur des palanquins, trônes de soie rose qui les bercent au bord dii

Gange. Libres dans les climats dii> Nord, elles empruntent aux glacA qu'elles rayent de leurs traîneaux, des couleurs tendres comme les ^aurorcs boréales. A leur faiblesse active, je donnais ces repos agités qui les font belles, libres, sereines, et les placent dans une région moyenne, entre Içs hommes et les oiseaux. Comme le fau-

rç

SOCHÀTE LEBLANC. 293

teuil en velours de ta mère est lourd a introduire dans ce . monde éthéré ! Je n'oserai jamais prêter des ailes à un fauteuil.

a Et toi , mon ami , qui te fais habiller, coiffer, suivre par des étrangers, quel motif as-tu pour ^enorgueillir ae ton habileté ? En promenant sur ton dos et sur ta tête la supériorité des autres, tu as mille fois moins de plaisir intérieur que le sauvage qui s'est façonné un casque avec des plumes d'aigle, et une ceinture, avec la peau d'un serpent. Quelle satisfaction goûtestu , après te les être toutes laissé *ehlever une a une? J'attendais à chaque instant que tu me disses 'qu'on mangeait et qu'on dormait aussi pour toi. N'y a-t-il pas des gens qui payent pour qu'on naisse a leur place?

« Ton inexpérience du monde me flatte d'ut*

espoir. Beaucoup de tes remarques sont ineomr

/pïètes et manquent de charme, a cause sans

^.doute de ta position neuve dans la société. Avec

la possession entière naîtra en toi la faculté de

sentir en plein et celle de transmettre tes jouis*

sances aussi absolues que ta les auras éprouvées, ' N'est-ce pas te reprocher de manquer d'enn thousiasme, mon ami ? Non ; c'est plutôt de manquer de vérité. Tu «h as manqué*, v à coup sur, en me pariant des délices de la campagne $ j'étouffais entre les phrase! de ta lettre oh il en est question. Ton étang de rant toises we m*a pas seulement mouillé les pitedst Ge n'est pas ainsi que mes lectures de voyages l'ènt peinte au fond de mon cerveau. Il n'y k doite plus d'arbres en France ? Reviens sur ce passage de ta lettre: éclajrcis-le en ma faveur, «ta faveur de la vérité. La campagne ! N'est-ce .pas un immense espace sous le ciel ; i^est-ce pas un champ

ouvert à larèverre-, & la liberté de cçfurir sur la

pointe des herbes comme Camille, avec 'de INrir

sur les lèvres, ou de se plonger dans la profondeur des forêts, vaste amas de silence, d'harmonie et de lumières ? Comme mon âme la sent , l'aime et s'identifie avec elle ! Mon âriie est avec le rayon paisible qui percé chaque f etdHê et traverse la forêt tout entière ; elle est la n(rté

reine de l'oiseau qui chante, tournoie et s'envole avec la fleur du frêne ; elle est le gémissement du . fleuve qui passe invisible au loin ; elle est a mes côtés comme un enfant qu'on tient par la main , occupée a respirer la senteur des joncs et du foin , et elle est a l'horizon lointain , dans cette vapeur violette , couleur de l'infini.

« Tes .bals sous les marronniers sont restés inintelligibles pour moi , aussi bien que ton bois dont on fait te tour en cinq heures.

« Pardonne-moi si je paye sans cesse d'un regret les esquisses que tu m'as offertes et qui t'ont tant séduit , si . j'en crois ta lettre ; ta lettre , où tu me préviens cependant , avec une modestie dont tu pouvais te passer à mon égard, du peu d'étendue de ta connaissance du monde, et où tu me parles de ton espoir d'enacquérir prochainement une idée plus exacte.

« Tu dis qu'on s'aime bien dans le monde ! et dans la solitude que fait-on ?

«0oil ton •frère, * . •

« Socrate Leblanc. »

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