RÉPONSE DU PRÉSIDENT
23 décembre 1799.
Messieurs les sénateurs ,
Je reçois avec les seutiinents les plus respectueux et les plus affectionnés, dans votre touchante adresse, l'expression de vos regrets pour la perte que notre patrie a faite dans son citoyen le plus estimé , le plus aimé , le plus admiré.
Au milieu des pensées et des souvenirs que ce triste événement m'inspire , permettez-moi de vous dire , IMessieurs, que j'ai connu le général AVasliington au jour du malheur , lorsqu'il était le plus accablé par les circonstances et le plus en proie aux inquiétudes de sa position. Je l'ai également connu au plus haut degré de splendeur et de félicité qu'il ait atteint, et j'ai toujours admiré sa sagesse, sa modération et sa constance.
De tous ceux qui se réunirent dans la mémorable coalition de ce continent en 1774, pour faire entendre la volonté souveraine de l'Amérique affranchie, il était le seul qui fût resté dans le gouvernement général. Bien que ma constitution soit plus faible que ne l'était la sienne , à l'âge où il crut devoir se retirer des affaires ,
je me trouve aujourd'hui seul, privé en lui de mon dernier frère; cependant j'éprouve un grand soulagement dans ma douleur en voyant les sentiments unanimes que font éclater les citoyens de tout âge et de toute condition , pour déplorer avec moi le malheur qui frappe le monde entier.
La ne de notre Washington peut supporter la comparaison avec celle des hommes les plus célèbres qu'aient produits les autres pays. Les honneurs et les attributs de la royauté n'auraient fait que ternir la majesté de ces vertus, qui firent de lui, modeste citoyen, l'étoile de sa patrie. S'il avait vécu , le malheur n'aurait pu ternir sa gloire qu'aux yeux de ces esprits superficiels qui , ne vovant de mérite que dans le succès, ne sont pas dignes de l'obtenir. La calomnie ne put jamais entacher son honneur, et l'envie le laissa, par une singulière exception, à l'abri de ses traits empoisonnés.
Il a vécu assez longtemps pour sa gloire; mais si les prières de ses concitoyens eussent été exaucés, il eût joui de l'immortalité. Sa mort est pour moi le coup le plus pénible. Confiant, cependant, dans le sage et juste empire de la Providence sur les passions des hommes , sur le résultat de leurs travaux aussi bien que sur leur vie, il ne me reste qu'à me résigner humblement.
L'exemple que "Washington a donné est maintenant complet ; il enseignera la sagesse et la vertu aux magistrats , aux citoyens et à l'humanité tout entière , nonseulement à notre époque , mais dans les siècles futurs , et aussi longtemps qu'on lira notre histoire.
Si un Trajan a trouvé un Pline, un Blarc-Aurèle ne manquera jamais de biographes, de panégyristes ou d'historiens.
John Adams.
AiniÈS LA MOUT DE WASHINGTON. 197