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ADOPTÉES PAR LES DEUX CHAMBRES DU CONGRES

23 décembre. — // est arrêté, par le sénat et la chambre des représentants des États-Unis d'Amérique , réunis en congrès, qu'un monument en marbre sera érigé par les soins des États-Unis au Capitole de la ville de Washington , et que Ton demandera à la famille du général "Washington de permettre que son corps soit placé sous ce monument, qui sera destiné à rappeler les grands événements de la vie militaire et politique du général.

Il est arrclé. Une procession funèbre partira jeudi , 26 courant , de l'enceinte du Congrès , pour se rendre à l'église allemande luthérienne, en mémoire du général Georges Washington ; un discours sera composé , sur la demande du Congrès , pour être prononcé ce jour-là devant les deux chambres. Le président du sénat et l'orateur de la chambre des représentants sont invités à prier un des membres du Congrès de préparer et de prononcer ce discours.

// est arrêté. Il est recommandé aux citoyens des États-Unis de porter en signe de deuil, et durant l'espace de trente jours, un crêpe au bras gauche.

Il est arrélè. Le président des États-Unis est invité à envoyer une copie de ces résolutions à mistriss "Washington, en l'assurant du profond respect que le Congrès conservera toujours pour sa personne et son caractère, en lui exprimant toute la part qu'il prend au malheur dont la Providence vient de la frapper , et enfin , en lui demandant son consentement aux mesures adoptées dans la première résolution pour l'inhumation des restes du général Washington.

Il est arrêté que le président des États-Unis publiera une proclamation pour faire connaître à tout le peuple des États-Unis la recommandation contenue dans la troisième décision.

30 décembre. — Il est arrêté que les citoyens des États-Unis seront invités à s'assembler le vingt-deuxième jour de février prochain, en nombre convenable et avec décence, pour rendre un témoignage éclatant de la douleur que leur cause la mort du général Georges Washington , par des éloges, des oraisons funèbres et des discours ou des prières publiques.

Il est arrêté que le président publiera une proclamation pour faire exécuter la présente résolution.

OriNIOrsS RELIGIEUSES

MŒUFxS DE WASHINGTON.

Cent aus se sont écoulés depuis l'enfance de Wasliington, et on sait si peu de choses sur le commencement de sa vie que nous ne saurions rien afflrmer relativement à ses premières croyances religieuses. Cependant c'est une tradition reçue dans les environs du lieu de sa naissance, qu'il fut élevé dans des sentiments qui ne purent manquer de graver dans son esprit les principes de la religion chrétienne, et un profond respect pour les préceptes qu'elle enseigne. Cette présomption se trouve confirmée par les manuscrits de Washington , qui contiennent des articles et des extraits transcrits par lui pendant son enfance, et prouvent que ses pensées avaient alors une ten-

dance religieuse. Une de ces pièces , composées pour le jour de IN'oël, commence ainsi :

«Muse, inspire mes chants sur le jour fortuné

«Où, pour racheter l'homme, un Sauveur nous est né.»

Un enfant de treize ans ne s'appliquerait pas à transcrire des pièces de cette nature si les instructions de parents pieux, ou celles de ses maîtres, n'avaient déjà fait prendre à son esprit un pli religieux bien marqué.

Il convient de faire observer aussi que, pendant ses premières campagnes , Wasbington attachait beaucoup d'importance à maintenir dans le camp l'exactitude du service religieux. Au milieu même des scènes si vives des Grandes-Prairies, il ne se départit pas un seul jour de cette habitude. Pendant la guerre avec la France, le gouvernement de Virginie ayant négligé de pourvoir l'armée de chapelains, il s'éleva contre un pareil oubli et renouvela ses réclamations jusqu'à ce qu'on y eût satisfait. Dans ses ordres du jour, il relevait sévèrement et condamnait les habitudes vicieuses et les jurements profanes des soldats. Les citations suivantes sont extraites de quelques-uns de ces ordres du jour :

« Le colonel Washington a remarqué que les hommes de son régiment sont très-irréligieux et relâchés dans leurs mœurs. Il saisit cette occasion pour leur faire connaître le profond déplaisir que lui font éprouver de pareilles habitudes, et les assurer que, s'ils ne s'en départent pas, leur punition sera sévère. Les officiers sont invités, s'ils entendent un soldat jurer ou employer un terme

Eï MŒURS DE WASHINGTON. 20^

d'exécration, à condamner le coupable à recevoir immédiaienient vingt-cinq coups de fouet, sans qu'il soit nécessaire de convoquer pour cela une cour martiale. Si la faute se renouvelle, elle sera châtiée encore avec plus de rigueur. » Des ordres semblables furejit donnés de nouveau toutes les fois que l'occasion en exigea l'application, et ils fournissent la preuve convaincante de la profondeur des sentiments religieux que portait Washington dans le connnandement.

Après la guerre avec la France, pendant son séjour à IMount-Vernon , il s'intéressa vivement aux affaires de l'église, assista régulièrement à toutes les cérémonies , et fut à différentes époques marguillier de deux paroisses.

La chambre des bourgeois, dont il était membre, vota ime résolution, à la date du 24 mai 1774, relative à l'acte du parlement qui ordonne la fermeture du port de Boston. Cette résolution porte que le premier jour de juin sera marqué comme un jour déjeune, d'humiliation et de prière, pour implorer humblement la divine Providence et la supplier de vouloir bien détourner les calamités qui menacent de détruire les droits civils du pays, et le préserver aussi des maux de la guerre civile. Ce jour-là venu, Washington écrit sur son journal : « Allé à l'église et jeûné toute la journée. » Il se conformait ainsi non-seulement à l'esprit, mais encore à la lettre même de la résolution.

Ce journal fut soigneusement tenu pendant plusieurs années. 11 y a peu de dimanches où il ne porte que Wash-

202 OPIMONS RELIGIEUSES

ington est allé à l'église. Quand il ne s'y rendait point, c'est qu'il en avait été empêché par le mauvais temps, ou parce que les routes étaient impraticables, l'église la plus proche ne se trouvant qu'à sept milles de sa résidence. Pendant qu'il faisait partie du premier congrès , il observa la même régularité.

Pendant la révolution, et plus tard, ses habitudes pieuses et Timportance qu'il attacliait aux principes et à l'observation des pratiques de la religion ne se démentirent pas ; c'est ce que Ton verra par les extraits suivants, pris indifféremment dans ses ordres du jour, ses lettres et adresses.

« L'honorable Congrès de l'Union ayant décidé qu'il serait donné un chapelain à chaque régiment , les colonels ou ofGciers-commandants sont invités , en conséquence, à chercher des ministres du culte qui soient connus pour leurs vertus et la régularité de leur vie, et à veiller à ce que tous les officiers inférieurs et les soldats les respectent comme ils le doivent. La bénédiction et la protection de Dieu sont toujours nécessaires, mais surtout dans les temps de crise et de danger public. Le général espère et compte que tout officier ou soldat s'efforcera de vivre et d'agir comme il convient à un chrétien qui défend les droits chéris et les libertés de sa patrie. » — Ordre du jour du 9 juillet 1776.

— « A l'avenir, et jusqu'à nouvel ordre , le général dispense les troupes du service pour chaque dimanche, afin qu'elles puissent observer leurs devoirs religieux et prendre quelque repos, après les grandes fatigues qu'elles

ont essuyées ; il n'y a d'exception que pour certains cas extraordinaires. Le général est facile d'apprendre que l'lial)itude al)surde et coupable de proférer des malédictions et des jurements presque inconnus autrefois à l'armée américaine devient une espèce de mode ; il espère que les officiers s'efforceront d'y mettre un frein, tant par leur exejuple que par leur influence , et qu'eux et leurs soldats songeront que nous n'avons pas à attendre, pour le succès de nos armes , la bénédiction du ciel , si nous l'insultons par notre impiété et notre folie ; outre que ce vice est si vulgaire et si bas, sans être racheté par aucun attrait, que tout homme de sens et de cœur le déteste et le méprise. » — Ordre du jour du 3 août 1776.

— « Que le vice et l'immoralité de toute nature soient, autant que possible , bannis de votre brigade ; et puisqu'un chapelain est accordé à chaque régiment , veillez à ce que les hommes assistent régulièrement au service divin. Tous les jeux sont expressément défendus ; car c'est la source du mal, et plus d'mi brave et honnête officier leur a dû sa ruine. »— Instruction aux brigadiersgénératix\ 26 mai 1777.

— « C'est demain le jour marqué par l'honorable Congrès pour des actions de grâces à rendre publiquement à Dieu. Le devoir nous appelant tous à exprimer humblement notre profonde reconnaissance envers la Providence, qui a tant de fois béni nos drapeaux, le général ordonne que l'armée restera dans les quartiers qu'elle occupe, et invite les chapelains à célébrer le service divin pour les divers régiments et brigades ; il exhorte instamment tous

les officiers et soldats, dont l'absence n'est pas indispensable, à assister avec recueillement à cette solennité. » — Ordre du jour du 17 décembre 1777.

Le lendemain de la capitulation d'Yorktown , l'ordre du jour suivant fut publié : « Demain, le service divin aura lieu dans les brigades et divisions. Le commandant en chef recommande instamment , aux troupes qui seront libres ce jour-là, de ne pas se départir de cette joie sérieuse et de cet élan de cœur que nous impose le sentiment de tant de preuves d'étonnante protection dont nous a comblés la Providence. » — 20 octobre 1781.

En annonçant à l'armée la fin des hostilités, lorsque la guerre fut terminée, il s'exprimait ainsi dans son ordre du jour : « La proclamation qui sera publiée avec cette nouvelle sera lue demain soir à la tête de chaque régiment et des divers corps de l'armée ; ensuite les chapelains, avec les diverses brigades, rendront des actions de grâces au Seigneur tout-puissant pour toutes ses bontés, et particulièrement pour ses grands desseins qui font tourner la colère de l'homme à sa propre gloire et mettent un terme aux maux de la guerre déchaînés sur les nations. » — 18 avril 1783.

En parlant de la marche de la guerre et de la manière dont les Américains l'avaient soutenue contre un ennemi puissant, il disait : « La protection de la Providence a si vivement brillé sur nos armes, qu'il faudrait être plus méchant qu'un infidèle pour le nier, et plus qu'infâme pour n'être pas reconnaissant de ses bienfaits. » — Lettre du 20 août 1778.

Cette habitude d'attribuer tout événement heureux, de même que le succès de ses efforts personnels, à l'influence favorable d'une Providence toute-puissante, ^YashiIlgton la conserva pendant toute la guerre, et il semble y avoir trouvé la meilleure consolation pour les tristes revers et les fatigues qu'il a été tant de fois appelé à supporter.

« Nous avons, a-t-il dit, à soutenir une sorte de lutte marquée par la Providence pour éprouver la patience et le courage des hommes. Aussi quiconque est engagé dans cette voie ne doit pas se montrer un moment abattu par les difficultés ou découragé par les épreuves.

« La Providence a si souvent pris soin de nous relever lorsque nous avions perdu toute espérance , que j'ose croire que nous ne succomberons jamais.

'• Nous abandonnons le reste à cette sage Providence, qui nous a si évideimnent soutenus dans le cours de toutes nos traverses.

« iVous avons de fortes raisons de remercier la Providence de la protection qu'elle nous a accordée. C'est en elle seule que j'ai parfois placé toute ma confiance , car toutes nos autres ressources semblaient nous avoir manqué.

« Nos affaires ont été amenées à une crise terrible pour que la main de Dieu fût encore plus visible dans notre délivrance. Telle est ma conviction. L'intervention puissante de la volonté divine aux jours de notre plus profond accablement , de notre plus sombre situation , a été trop éclatante pour que je puisse douter de l'heiu'euse issue de la lutte aciiiolle. »

Washington exprima plusieurs fois les mêmes sentiments après la guerre : « Je suis sûr, dit-il, dans une lettre « au général Arnistrong, qu'il n'y a pas de peuple qui « ait plus de raisons de reconnaître la protection de Dieu « dans ses affaires que celui des États-Unis. Je serais « fâché d'avoir lieu de penser que mes compatriotes ont « oublié cette protection qui s'est si souvent manifestée K pendant notre révolution, ou qu'ils ne croient pas assez « à cette toute-puissance de Dieu, qui, seule, peut les « sauver. » — Il mars 1792.

Les exemples de cette sorte pourraient être multipliés à l'infini. Il serait difQcile de trouver, dans quelque communion chrétienne que ce soit, un homme plus éminemment religieux que AVashiugton, si l'on considère ces marques de foi et de piété pratique, cette haute conviction de la présence providentielle de l'Être Suprême, cette reconnaissance constante envers son pouvoir et sa bonté, celte soumission humble et sans bornes à la volonté divine , fondée sur les motifs les plus sérieux et les plus fervents.

On pourrait trouver dans plusieurs autres passages de ses écrits, comme dans l'ensemble de toute sa vie, la preuve que sa croyance particuUère à la révélation chrétienne et son observation stricte des devoirs qu'elle impose répondaient bien à toutes ces déclarations. Les deux passages suivants sont tirés de sa lettre circulaire aux gouverneurs des États, au sujet du licenciement de l'armée. — 8 juin 1783.

« La libre culture des lettres, l'extension illimitée du

commerce, le progrès des bonnes mœurs, l'empire toujours croissant des sentiments libéraux, et par-dessus tout la pure et douce lumière de la révélation, ont eu pour beureux effet d'améliorer la société et d'augmenter les biens dont elle jouit. »

— " Je forme le vœu ardent que Dieu vous garde, vous et l'État que vous dirigez, sous sa sainte protection ; qu'il entretienne dans le cœur des citoyens l'esprit de subordination et d'obéissance envers le gouvernement , une affection fraternelle envers tous leurs compatriotes des États-Unis en général, et particulièrement envers ceux de leurs frères qui ont servi, sur le cbamp de bataille, la cause de la lilierté ; enfin qu'il veuille bien disposer notre cœur à l'amour de la justice, au goût de la miséricorde, pour que nous pratiquions cette cbarité, cette bumilité, cette douceur, qui forment les attributs caractéristiques du divin auteur de noire sainte religion : car il n'y a pas d'exemple (ju'une nation puisse être heureuse si elle n'observe humblement ces règles et ne se pénètre de ces vertus. »

Le même esprit brille dans la réponse de AVashington à l'adresse des évêques , du clergé et des laïques de l'Église protestante épiscopale. « En cette occasion, il serait mal à moi de cacher toute la joie que j'ai ressentie à voir l'affection fraternelle qui semble augmenter parmi les sectateurs de la vraie et pure religion. Par là se découvre à mes yeux le plus doux avenir, le temps où les chrétiens de toutes les communions suivront mieux les règles de la cliarité et éprouveront les uns pour les autres des senti-

208 OPIMOKS RELIGIEUSES

ments plus véritablement chrétiens qu'on n'a encore fait dans aucun siècle, ni cliez aucune nation. » — 19 août

Il s'exprimait encore ainsi dans une lettre écrite à George Mason, relativement à un Lill porté devant la législature de la Virginie , et ayant pour objet l'établissement, moyennant une taxe générale, d'un fonds pour l'entretien des ministres de la religion chrétienne : « Quoique personne ne soit plus opposé que moi à tout ce qui peut gêner les principes religieux , cependant j'avoue que je ne suis pas du nombre de ceux qui s'alarment tant de l'idée de faire payer par le peuple les frais du culte qu'il professe. « 3 octobre 1785. — D'après ce passage, il semble que "Washington ne désapprouvait pas le projet et le but de ce vote de fonds. Mais en même temps plus d'un fait prouve que chez lui cette pensée n'allait pas jusqu'à l'intolérance. Il écrivait à Lafayette, en faisant allusion aux votes de l'Assemblée des notables : p Je ne souhaite pas moins que vous de voir triompher vos idées sur la tolérance en matières religieuses. îs''étant pas bigot moi-même, je suis disposé à reconnaître comme les vrais précepteurs du christianisme ceux qui nous conduiront au ciel par la voie la plus directe , la plus unie, la plus facile, la moins sujette à objection. » — 15 août 1787.

Ailleurs, dans une lettre à sir Edouard Newenham, il s'exprime ainsi : « De toutes les haines qui ont existé entre les hommes , celles qui sont causées par la différence de religion semblent les plus obstinées et les plus

ET MŒLHS DE WASHINGTON. 20t)

douloureuses, et doivent par conséquent être le plus combattues. J'ai espéré que la politique éclairée et libérale qui a marqué le siècle présent unirait enlin assez étroitement les chrétiens de toute secte pour que nous n'eussions plus le triste spectacle de disputes religieuses violentes au point de compromettre la paix de la société.» — 20 octobre 1792.

Dans son adresse aux quakers, il dit : « Lorsque les hommes remplissent exactement leurs devoirs sociaux, ils font tout ce que la société ou l'État a le droit de leur demander ou d'attendre d'eux; ils sont responsables devant Dieu seulement de la religion ou des pratiques particulières qu'ils préfèrent ou professent. » — Octobre

Vers la même époque, il s'exprima ainsi au synode de l'Église hollandaise réformée : « ^Messieurs, vous vous montrez pieux, chrétiens et bons citoyens par vos prières et vos efforts pour maintenir parmi les hommes l'harmonie et la fraternité, hase la plus solide de tout établissement politique ; je me réunis donc à vous dans cette pensée que « si un gouvernement juste protège chez tous « les citoyens les croyances religieuses, la vraie religion, « de son côté, prête au gouvernement son meilleur ap- « pui. » Ces principes de tolérance et d'union entre la religion et le gouvernement sont reproduits souvent dans la correspondance particulière et publique de Washington.

Il est inutile de commenter ces extraits, on peut eu laisser l'appréciation au jugement des le-^teurs. Dire que

Wasliington n'était pas chrétien, ou du moins qu'il ne croyait pas l'être, ce serait inculper à la fois sa sincérité et son honneur. De tous les hommes qui ont jamais vécu, Washington serait certainement le dernier que l'on pourrait accuser de dissimulation ou de mauvaise foi ; lui qui était si soigneux d'écarter de tout acte de sa vie , même peu important , l'ombre de pareilles fautes , est-il vTaisemblable, est-il admissible que, pour un sujet de la plus haute, de la plus sérieuse gravité, il aui-ait, pendant une longue série d'années, médité et pratiqué un système de fourberie vis-à-vis de ses amis et du public ? Cela n'est ni croyable, ni possible.

Je placerai ici une lettre relative à ce sujet ; elle m'a été écrite par une fennne qui a vécu vingt ans dans la famille de Washington , et était sa fille adoptive et la petite-fille de madame Washington. Le témoignage de cette lettre et les indications qu'elle contient sur la vie intime de Washington sont pleins d'intérêt.

Woodlawn , 26 février iS33.

Monsieur,

« J'ai reçu hier soir votre honorée lettre du 20 de ce mois, et je me hâte de vous donner les renseignements que vous désirez.

« La paroisse de Truro est celle qui renferme Mount- Vernon, l'église de Pohick et Woodlawn. Le siège de la paroisse de Fairfax est maintenant à Alexandria. Avant

Eï MŒUUS DE AVASHINGTOA. 2M

que le district fédéral fût cédé au Congrès , Alexandria se trouvait dans le comté de Fairfax. Le général Washington avait un banc dans l'église de Pohick et un autre dans celle du Christ à Alexandria. Il coopéra puissannnent par ses soins, et, je pense aussi, par ses dons, à rétablissement de l'église de Pohick. Son banc se trouvait près de la chaire. Je me souviens parfaitement de m'y être assise avec lui et ma grand'mère, avant son élection à la présidence. C'était une belle église , elle avait une communauté nombreuse et riche, et ses paroissiens assistaient régulièrement à toutes les cérémonies.

« Il se rendait à l'église d'Alexandria lorsque le temps et l'état des routes lui permettaient de faire à cheval une course de dix milles. A New-York et à Philadelphie, il ne manqua jamais d'aller à l'église le matin , à moins d'en être empêché par une indisposition. Il passait l'aprèsmidi chez lui, dans sa chambre, le soir en famille et sans autre compagnie. Quelquefois un vieil ami intime était invité à venir causer une heure ou deux avec nous ; mais le dimanche tous les visiteurs étaient consignés. Personne dans l'église n'apportait au service plus de gravité et de recueillement. ÎMa grand'mère , qui était éminemment pieuse, ne se départit jamais de ses habitudes d'enfance. Elle se tenait constamment agenouillée. Le général, suivant la coutume d'alors, restait debout pendant qu'on célébrait le service. Les dimanches où l'on communiait, il quittait l'église avec moi après la bénédiction et retournait au logis. Nous renvoyions ensuite la voiture pour prendre ma grand'mère.

« Il avait l'hahitude de se retirer dans sa bibliothèque vers neuf ou dix heures, et d'y passer une heure avant de rentrer dans sa chambre. Il se levait toujours avant le soleil et restait dans sa bibliothèque jusqu'à ce qu'on l'appelât pour le déjeuner. Je n'ai jamais été témoin de ses dévotions particulières , je ne m'en suis jamais enquise. J'aurais regardé comme la plus grande hérésie le moindre doute sur sa ferme croyance au christianisme. Sa vie , ses écrits , tout prouve qu'il était bon chrétien. Ce n'était pas non plus un de ces hommes qui agissent ou prient pour être vus. C'est en secret qu'il communiait avec son Dieu.

« Ma mère habita deux ans IMount-Vernon , après son mariage avec John Parke Custis, fils unique de mistriss Washington. Je lui ai entendu dire que le général Washington communiait souvent avec ma grand'mère, avant l'époque de la révolution. Quand ma tante, miss Custis, mourut subitement à Rlount-Vernon , avant qu'on pût prévoir cet événement, il s'agenouilla près d'elle et pria avec la plus grande ferveur, avec beaucoup de componction , pour sa guérison. C'est ce que m'ont affirmé la mère dujugeAVashington et d'autres témoins.

« C'était un homme silencieux et réfléchi. Généralement il parlait peu et jamais le premier. Je ne lui ai jamais entendu raconter un seul de ses souvenirs de la guerre. Je l'ai souvent vu complètement absorbé , remuant les lèvres, mais ne laissant échapper qu'un son confus. Quelquefois ma vive et folle gaieté lui arrachait un rire de grand cœur, inspiré par la sympathie qu'il ressentait pour moi. J'é-

tais sans doute une des dernières personnes au monde à qui il aurait adressé une parole sévère; d'autant plus qu'il savait bien que j'avais le plus parfait modèle des vertus d'une fenuue dans ma grand'mère, qui montrait à mon égard toute la tendresse et le dévouement d'une excellente parente, m'aimant comme peut aimer seulement une mère, et ne tolérant ni n'approuvant jamais en moi ce qu'elle désapprouvait chez les autres. Elle ne négligeait jamais de faire ses dévotions, en particulier ou en public. Elle et son mari formaient un couple si uni et si heureux que le g;';néral Washington doit avoir été certainement un bon chrétien. Elle n'avait à ce sujet ni doute ni crainte. Après quarante ans d'affection dévouée et de bonheur non interrompu , elle le remit sans nuirmurer dans les bras de son Sauveur, de son Dieu , avec le ferme espoir de sa félicité éternelle. Est-il nécessaire que quelqu'un affirme « que le général Washington a été, dans son opinion, un fervent chrétien ? » Autant vaudrait mettre en question son patriotisme , le dévouement héroïque et désintéressé qu'il portait à son pays. Sa devise était : Des aclions, et non des paroles ; et Dieu et ma j atric !

« Je suis avec une profonde estime, etc. »

Il n'est pas hors de propos de joindre à cette lettre ce qui m'a été dit par M. Robert Lewis, à Fredericksburg, en 1827. Neveu de Washington et avant été son secrc-

taire particulier au commencement de sa présidence, M. Lewis a vécu avec lui dans les termes de l'intimité , et avait beaucoup de facilités pour observer ses habitudes. Il m'a dit avoir dû au hasard d'être témoin des dévotions particulières que Washington faisait , matin et soir, dans sa bibliothèque. Dans ces occasions , il l'avait vu agenouillé avec une Bible ouverte devant lui, et il pensait que le président observait journellement cette habitude. Depuis, j\I. Lewis est mort; mais c'était un honnne estimé , et dont la parole avait du poids. Je rapporte cette anecdote telle qu'il me l'a confiée , pensant qu'il désirerait qu'elle fût rendue publique sur l'autorité de son dire. Il ajouta que le président avait l'iiabitude d'entrer dans sa bibliotiièque vers les quatre heures du matin, et qu'après avoir fait ses dévotions, il employait ordinairement son temps jusqu'au déjeimer à écrire des lettres.

La lettre suivante a été adressée par le vénérable évêque AYhite au révérend B.-C.-C. Parker, alors recteur de l'église de la Trinité dans le Lenox (Massachusetts) avec la permission duquel elle est insérée ici :

Philadelphie, 28 novembre iSSi.

« Cher Monsieur ,

« .T'ai reçu votre lettre du 20 courant, et je vais vous donner les renseignements que je possède sur ce qui en fait l'objet.

« Le père de notre patrie n, soif pendant la fiuerre de la révolution, soit pendant sa présidence, suivi le service divin en cette ville dans l'église du (Christ, un seul hiver excepté ; se trouvant ici à cette époque pour s'entendre avec le congrès sur les mesures à prendre dans la prévision de l'ouverture de la prochaine campagne , il loua une maison près de l'église de Saint-Pierre, qui se trouvait sur la même paroisse que celle du Christ. Pendant cette saison , il se rendit très-exactement à Saint-Pierre. Son maintien était toujours sérieux, son air attentif ; mais, comme quelques expressions de votre lettre me semblent marquer le désir de savoir quelle était l'attitude du général pendant le service divin , et s'il se tenait agenouillé, je crois devoir à la vérité de déclarer que je ne l'ai jamais vu dans cette attitude. Pendant sa présidence notre fabrique lui résserva un banc de moins de dix verges de long, devant la chaire. Il occupait habituellement ce banc avec mistriss Washington , qui communiait régulièrement , et avec ses secrétaires.

« Bien que je me sois souvent trouvé en société avec ce grand homme, et quej'aie eu souvent aussi l'honneur de dîner à sa table , je ne lui ai jamais entendu rien dire qui m'ait pu faire connaître ses opinions religieuses. Je n'ai jamais connu d'homme qui évitât plus de parler de lui-même ou de ses actions , ou de quoi que ce fût qui le concernât; et j'ai eu occasion d'observer, lorsque je me trouvais dans sa compagnie, que si une personne étrangère à sa famille se trouvait présente, jamais une parole

216 OPINIONS REr.IGlEDSES

prononcée par le président ne serait venue révéler qu'il se savait digne de l'attention du monde. Son maintien ordinaire , quoique toujours bienveillant , n'était pas de nature à encourager ceux qui auraient voulu connaître sa pensée. Quelques jours après qu'il eut quitté le fauteuil de président , notre consistoire se rendit chez lui avec une adresse préparée par moi, et que je prononçai. Dans sa réponse , il voulut bien exprimer tout le plaisir que lui avaient causé les prédications de notre chaire, mais il ne dit rien qui pût trahir le secret de ses théories religieuses.Un ou deux jours après, ce fut le tour d'une autre adresse de plusieurs ministres appartenant à diverses sectes, qu'avait écrite le docteur Green et que je prononçai. Un passage des œuvres posthumes de M. .lefferson a donné lieu à une longue polémique. Il dit ( en s'appuyant sur l'autorité du docteur Rush , qui luimême passe pour avoir tenu ce fait du docteur Green) que cette adresse avait eu pour but d'amener le président à énoncer son opinion sur la religion chrétienne. C'est ce que le docteur Green a nié dans son écrit périodique intitulé l'Avocat chrétien, et sa déclaration est exacte. Le docteur Rush peut avoir mal compris le docteur Green ou avoir été mal compris par M. Jefferson ; ou bien encore toute cette histoire peut avoir tiré son origine des propos de l'un des ministres réunis, qui aura pris ses propres idées pour celles de l'assemblée. Les deux documents en question se trouvent dans les journaux de Philadelphie de cette époque.

« T'ii jour d'actions de grâces choisi par le président

pour célébrer le ternie de l'insurrection de l'ouest, je prêchai en sa présence. Le sujet était le rapport qui existe entre la religion et le bonheur civil. Ce sermon fut défiguré dans une de nos feuilles publiques ; cela m'engagea à le publier en l'accompagnant d'une dédicace au président, m'appuyant principalement sur sa proclamation en faveur du rapport que je viens d'indiquer. Il ne parut pas désapprouver l'usage que j'avais fait de son nom. Selon moi , le principe d'une entière séparation entre le christianisme et le gouvernement civil serait la preuve d'un manque de religion; cependant je n'ai pas de raisons positives pour supposer que telle fût la pensée intime du président.

« IMes souvenirs ne me rappellent pas d'autres particularités sur le sujet qui vous intéresse. En conséquence je termine en me disant votre très-respectueux et trèshumble serviteur,

.. William WHITE. »

On a signalé , comme un fait singulier, qu'à une certaine époque de sa vie, Washington ait cessé de communier. Ce fait peut être envisagé et déploré sous le double rapport de l'influence d'un pareil exemple, de la valeur de l'opinion du général et de l'importance ainsi que du but particulier de ce sacrement ; il ne s'ensuit pas cependant que AVashington ait manqué de foi, à moins que la même accusation ne pèse sur cette nombreuse classe d'hommes^qui pensent être de sincères chrét'.ens , mais qui éprouvent ;des scrupules à observer l'usage de la

communion. Quels qu'aient pu être les motifs qui ont dirigé la conduite de Washington , ils ne semblent pas avoir été jamais éclaircis. On ne sait pas si l'occasion s'en est jamais offerte ; on ne le présume pas. Il est probable qu'après avoir pris le commandement de l'armée , voyant ses pensées et ses soins nécessairement absorbés par les affaires qui pesaient sur lui , et qui souvent ne lui permettaient guère de faire une différence entre le dimanche et les autres jours, il jugea inutile de s'astreindre publiquement à une règle qui, selon l'idée qu'il s'en faisait , imposait de sévères restrictions à la conduite extérieure et était comme un engagement sacré à des devoirs que sa situation lui rendait impraticables. Une telle manière de voir serait naturelle à un esprit aussi sérieux , et, bien qu'elle soit fondée sur une vue erronée de la nature de cette pratique religieuse, elle peut avoir été d'un grand poids auprès d'un homme dont la conscience était si délicate , çt qui professait tant de respect pour le culte.

Cependant, il existe une preuve que Washington s'approcha de la sainte table une fois au moins pendant la guerre ; ce fut dans la saison d'hiver, lorsque l'armée était campée, et que l'activité de la guerre était jusqu'à un certain point enchaînée. Une anecdote contenue dans la vie de De AVitt Clinton , par le docteur Hosack, et rapportée dans les paroles mêmes du révérend Samuel H. Cox , qui l'avait communiquée à l'auteur de ce livre , établit l'authenticité de ce fait.

« Je tiens l'anecdote suivante , dit le docteur Cox ,

d'une autorité irrécusable ; elle n'a jamais été, je pense , rendue publique ; mais elle m'a été eouununiquée par un vénérable ecclésiastique , qui la tenait du révérend docteur Jones lui-même. Tous les chrétiens , tous les Américains l'accueilleront avec joie.

« Pendant que l'armée américaine , sous le commandement de AVashington , était campée à Alorristown dans le >'e\v- Jersey , il arriva que la connnunion ^pratiquée alors tous les six mois seulement) dut être administrée dans l'église presbjlérienne de ce village. Un matin de la semaine , avant la cérémonie , le général , après son inspection accoutumée du camp , alla visiter la maison du révérend docteur Jones , alors pasteur de cette église; après réchange des politesses ordinaires , il l'interpella ainsi : « Docteur, j'ai appris que la sainte cène doit être célébrée par vous dimanche prochain;je voudrais savoir si les règles de votre église vous permettent d'admettre des communiants d'une autre secte.' » Le docteur répondit : « Très-certainement , général ; notre table n'est pas celle des presbvlériens , c'est la table du Seigneur ; nous invitons donc au nom du Seigneur tous les fidèles à venir ici s'agenouiller, quels que soient leurs noms. « Le général reprit : « J'en suis bien aise ; c'est ainsi que cela doit être ; mais , n'étant pas entièrement rassuré à cet égard , j'ai pensé devoir m'en informer auprès de vous , car je me propose de me joindre à vous en cette occasion. Bien qu'appartenant à l'église anglicane, je ne fais pas d'exclusion et n'ai point de partialité. » Le docteur lui donna de nouveau l'assurance qu'il serait bien reçu.

220 OPIMO-NS RELIGIEOSES

et le général parut le dimanche suivant au nombre des communiants. «

La situation dans laquelle se trouvait Washington , lorsqu'il fat nommé président des États-Unis , l'obligeait à mettre beaucoup de circonspection dans tout ce qu'il pouvait avoir à dire sur des sujets théologiques ; il recevait d'un grand nombre de congrégations religieuses , ou de sociétés représentant presque toutes les classes du pays, des adresses à la louange de son caractère et pleines des expressions de la reconnaissance publique pour ses longs et éminents services. Dans ses réponses , il eût été également désobligeant et impolitique à lui d'employer un langage qui indiquât une préférence marquée pour les règles particulières ou les formes d'aucune église. Il prit le plus sage parti, le seul évidemment qu'il fût convenable de prendre. Il approuva les principes généraux et encouragea le zèle de toutes les congrégations ou sociétés religieuses qui lui apportèrent des adresses , parla de leur bienfaisante influence sur le sort de l'humanité, exprima ses vœux sincères pour leur succès et conclut souvent en disant qu'il priait ardemment pour le bonheur futur de leurs prosélytes dans ce monde et dans l'autre. Toutes les réponses qu'il fit dans ce sens respirent un esprit chrétien , et peuvent être à bon droit considérées comme marquant chez leur auteur la conviction de la vérité et de l'autorité de la religion chrétienne.

Après un long et minutieux examen des écrits publics et privés , imprimés et manuscrits , de Washington , je

puis assurer que je n'ai jamais rencontré la moindre cliose , la moindre expression propre à faire conjecturer qu'il nourrît quelques doutes sur la foi chrétienne , ou qu'il ressentît de Tindifférence ou du dédain à ce sujet. Au contraire , si l'occasion lui venait d'en parler ou d'y faire allusion , il le faisait toujours avec gravité et respect.

Les observations précédentes ont été écrites non pour démontrer un fait , mais simplement pour rapprocher des indices que fournissent les écrits de Washington et plusieurs autres sources ; je terminerai connue j"ai commencé, en disant que tout raisonnement serait mal venu et inutile sur un sujet si éloquent par lui-même. Si un homme qui a toujours , pendant le cours d'une longue vie , parlé , écrit et agi comme un chrétien , qui a donné mille preuves de sa conviction , et qui enfin n'a jamais été connu pour rien dire , rien écrire ou rien faire contre ses sentiments , si un tel homme n'est pas rangé parmi les plus fervents chrétiens, il sera impossible de décider cette question par aucune espèce de raisonnement. On ne peut dire jusqu'à quel point Washington a examiné les principes de sa foi , mais probablement il a poussé cette recherche aussi loin qu'un grand nombre de chrétiens qui ne font pas de la théologie une étude spéciale. Nous avons tout lieu de présumer qu'un esprit connue le sien n'admettait pas une opinion sans une raison satisfaisante. Il fut élevé dans le sein de l'église épiscopale , à laquelle il demeura toujours attaché ; et je suis convaincu qu'il conserva dans

222 OPINIONS RELIGIEDSES, ETC.

son cœur les doctrines fondamentales du christianisme, telles que les enseigne ordinairement cette église, et telles qu'il les comprenait ; mais sans y mêler jamais la moindre idée d'intolérance ou de mépris pour les croyances et les rites adoptés par les chrétiens des autres communions.

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