IA DANSE
(Collection de l’Cmpcrcur d’Allemagne.
ANTOINE WATTEAU
l’automne, se colorent des derniers rayons du soleil couchant ; dans l'encadrement des épais ombrages s’ouvre une perspective qui, <!e la pièce d’eau où la lumière du ciel réfléchie s’apaise, mène l’œil par-dessus les collines bleuies jusqu’aux tons orangés de l'horizon. Un joueur de flûte, dans l’ombre, marie son chant à la brise du soir; deux femmes, un homme à demi couché à leurs pieds, sont assises : l'une, l'éventail à la main, se retourne ; caressée par la lumière qui allume les plis de sa jupe de satin, éclate sur sa gorge, détache un profil charmant, l’autre repousse un galant qui tend les bras vers elle; un couple cause ; deux enfants jouent étendus sur l’herbe; une fillette debout, la grâce de la femme déjà dans la grâce de l'enfant, regarde la pièce d’eau, tandis que, curieux de solitude, un couple s’éloigne, l’homme, la faille cambrée, le jarret tendu, le manteau de soie bleue tombant sur l’épaule ; elle, la traîne de sa longue pelisse d’un roux vénitien relevée d’un geste coquet qui découvre sa cheville, allonge sa taille souple, toute la ligne de son corps svelte ondulant au rythme de sa marche cadencée.
Watteau est un paysagiste. Il n’a pas pour la nature l’amour patient et naïf d’un vieux maître hollandais, il ne pressent pas, comme Ruysdael, tout ce qu’une âme ardente peut révéler d’elle-même, sans y songer, par les affinités secrètes qui lient les formes et les ombres à l’expression des émotions humaines, mais il a senti de la nature ce qui s’accordait à son rêve, il l’a regardée d'un œil de
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peintre et il l’a aimée en poète. Ici, comme dans ses figures, fidèle aux conditions de son art, il mêle intimement la poésie et l’observation, et c’est de sensations directes, c’est d’éléments réels qu’il compose le décor idéal de ses fêtes galantes, ce monde élyséen fait des caresses des choses. Comparez ses paysages aux fonds de Boucher, à ces fouillis, d’un ton de tapisserie, qui ne semblent amuser les yeux avec les choses de la campagne que pour en distraire et en détourner l’esprit. Si Watteau n a pas notre sentiment de la nature, c’est à elle qu’il demande ses inspirations ; son paysage attend la présence de l’homme, n’a de sens que par elle ; mais ce qu’il a d’agrément, de mesure, n’en altère ni la vérité ni même la grandeur.
Toujours il s’est plu au contact direct avec les choses; au Luxembourg, dit Caylus, « il ssinait sans cesse les arbres de ce beau jardin qui, brut et moins peigné que ceux des autres maisons royales, lui fournissait des points de vue infinis (1) ». Watteau connaît les grands arbres, il en a observé les formes, les ramures, non seulement au Luxembourg, mais sur les remparts de Valenciennes, dans la belle villa de Crozat à Montmorency ; surtout il a étudié leurs ombrages, les lignes
(1) Un an avant sa mort, le 3 mai 1 720, Watteau écrivait à M. de Julienne : « Vous me rendrez satisfait au delà de mon souhait, si vous me rendez visite d’ici à dimanche; je vous montrerai quelques bagatelles, comme les paysages de Nogent que vous estimez assez, par cette raison que j’en fis les pensées en présence de madame de Julienne, à qui je baise les mains très respectueusement. »
(Musée de Berlin.
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onduleuses qui en marquent les contours, le clair obscur qui en modèle la masse, l'atmosphère qui les enveoppe, les pénètre, les allège, ouvre aux regards leurs profondeurs. 11 est un passionné de la lumière, il en a noté les reflets dans les eaux assoupies, les jeux, les gradations, les éclats, les transparences, selon qu’elle rebondit sur l’objet, ou s’y absorbe, ou y éclate, ou s’y perd. Rattachés à ces études attentives, remplis de traits choisis mais observés, ses paysages ne sont pas des fantaisies superficielles, imaginées de toutes pièces pour varier les fonds des scènes qui s’y encadrent. Sans doute, il les accorde à ses personnages, il les subordonne à ses fins décoratives, mais il ne les improvise pas, il les compose des impressions où se résume en son souvenir le charme des choses.
Les jardins royaux et les grands parcs ne lui ont pas fait oublier sa patrie, Valenciennes, les plaines du Nord : il les donne pour fonds à ses premiers tableaux militaires, il en mêle le souvenir à ses impressions nouvelles. De ses visions premières il a gardé l'amour des grands ciels, de l’air, de l’espace ; dans ses parcs, jamais il ne ferme les ombrages, il enfonce les perspectives, il laisse le chemin libre à la lumière qui vient de l’horizon, à l’œil qui s’y élance ; parfois il développe toute une campagne aux vastes étendues ( Amusement champêtre , Postdam) ; parfois entre deux collines il fait serpenter un fleuve, parfois à la lisière d’un bois il ouvre la plaine où, dans un bouquet d’arbres, apparaît un village que domine un clocher
pointu ( Plaisir 'pastoral , Postdam). Par ce sens de I’es~ pace, son paysage est un paysage de poète, que reculent les transparences de l’atmosphère, que les lointains vaporeux, les fonds qui se perdent, l’évanouissement de la terre dans le ciel à l’horizon prolongent comme la rêverie même qui le mêle à ses images légères. C’est en ces « Champs-Elyséens » qu’au pied d’une statue de Cypris, dont le marbre a les palpitations de la chair, il dispose, dans des attitudes que volontiers il répète, les groupes de ses fêtes galantes, tantôt auprès d’une balustrade longue et basse où les couples s’accoudent, s’asseyent, entourés de musiciens ou de danseurs (la Perspective ; Réunion en plein air , Dresde; Réunion galante , Postdamj; tantôt à l’abri des grands arbres, les femmes assises frappant de l’éventail une main trop hardie, les hommes étendus à leurs pieds, à genoux à leur côté, le bras autour de leur taille ; un couple s’éloignant, d’autres isolés, perdus çà et là (Amusement champêtre , Dresde), — tous les actes du petit drame sans dénouement bâté dont le caprice amoureux varie les épisodes et multiplie les péripéties.
Si le paysage de Watteau n’est pas fiction pure, s’il tient à la réalité par les éléments qu’il combine, il est l’œuvre de la fantaisie, un monde créé pour le petit peuple qui l’anime ; il s’évanouirait avec la féerie dont il est le décor enchanté. C’est la nature sans les frimas, le vent, la tempête, sans ce qu’elle a de sérieux, de tragique, sans rien qui rappelle ni la vie profonde des choses, ni la terre rude du laboureur, ni le travail, la souffrance et
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la mort : elle n’est plus que le théâtre des Jeux de l’amour et du hasard, elle ne renvoie à lame que l’écho caressant de son propre désir. Ses grands arbres, ses bosquets sont là pour inviter au repos, ses roses attendent les mains qui les tresseront en couronnes ; ses sources, ses jets d’eau jaillissants veulent l’accompagnement des tendres entretiens, des rires légers ; sa brise n’est que la messagère qui emporte et répand les parfums, la musique et les chants. Pas plus que l’imagination, l’œil ne saurait séparer les figures et les fonds; une même harmonie les enveloppe, ils en sont les éléments accordés. A l’heure où le soleil descend à l’horizon, la lumière apaisée dore les couronnes de feuillage dont les masses s’assombrissent, elle entre dans la clairière et, sur le fond assoupi, mariant les personnages au décor, elle détache tout ce qui l'arrête et la réfléchit, les cassures des étoffes de satin, un profil exquis, une oreille apparue dans les frisures blondes, les nuques ambrées que les cheveux relevés découvrent, une gorge, une main fine. Watteau excelle dans cet art de suivre les jeux de la lumière sur les étoffes, sur les chairs, de faire sortir de ces traits vifs et comme dispersés l’unité d’un effet où ils conspirent.
Watteau a eu cette rare fortune de se mettre tout entier dans une œuvre qui, faite de la grâce de son esprit, en reste le témoignage et le vivant symbole. Embarquement 'pour Cythère est le tableau qu'il présenta pour sa réception à l’Académie, plus de cinq ans après qu’il y avait été « agréé » (1717). Baigné dans une atmosphère blonde,
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où le souffle de la brise lente porte la caresse d’une musique légère, le paysage prolonge ses contours nonchalants; entre les collines bleuies, dont une lumière douce argente les sommets, le fleuve alangui coule, réfléchissant le ciel et ses rives, et, sur ce fond de rêve, ondule la ligne des pèlerins, — robes de satin, petites vestes et manteaux courts, blancs, roses, bleus, relevés et soutenus par les bruns, — déroulant dans son unité les épisodes variés de ce poème de l’amour sans bâte et sans fièvre. Assise sur un banc, qui domine un buste de Gypris sortant d’un terme de marbre où montent et s’épanouissent des roses, celle-ci écoute l’homme à genoux qui se soulève vers elle, et son visage penché laisse déjà lire le charme des paroles troublantes ; celle-là s’est laissée convaincre et, d’un geste décidé, tend les deux mains vers l’amant qui la relève; grande, belle, sérieuse encore, déjà prête au départ, cette autre, le bras de celui qui l’entraîne autour de la taille, se retourne, et, dans un mouvement de coquetterie résignée où se trahit l’élégance du corps souple, regarde le couple qui se lève comme pour l’attendre et s’enhardir de son exemple; au bas du tertre, sur le chemin, avec la familiarité des premiers pas faits, les couples joyeux, enlacés, souriants, — l’une, de ses deux mains, suspendue au bras de l’aimé, — s’en vont vers la galère d’or enguirlandée de roses, où deux nochers nus attendent, appuyés sur leur rames, tandis qu’au-dessus tourbillonnent les petits Amours lancés comme une volée de Heurs; et de la causerie timide encore, où la voix
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hésite et tremble, aux mains qui se pressent, aux bras qui se serrent, aux lèvres qui se cherchent, aux baisers qui montent avec un bruit d’ailes, c’est, en ces groupes divers, le même sentiment qui naît, grandit, développe ses épisodes successifs, le même chant visible dont la ligne au rythme onduleux relie les stances l une à l’autre.
L 'Embarquement pour Cythère , c’est le poème de l’amour délicat, où l’esprit s’émeut avant le cœur, où l’imagination se trouble avant les sens, le poème des sympathies soudaines, des abandons sans résistance, des rencontres qui font les bonheurs d’un jour inoubliables ; c’est un pays féerique où tout se dispose de soi-même pour cet enchantement du caprice amoureux, les guirlandes de roses et d’amours envolés, le bruissement des feuillages légers, les bosquets qui offrent leur retraite aux couples lassés, le reflet mélancolique du paysage, au soleil couchant, dans les eaux dormantes. Dans ce monde du rêve, on ne connaît ni le regret, ni le remords, ni les tumultes de la passion, ni les déchirements des sentiments contraires; lésâmes descendent une pente douce qui, delà causerie spirituelle et galante, avec des lenteurs de menuet^ les mène à l'amour sans déranger les plis des robes de satin aux cassures lumineuses ; de la vie il ne reste que l’amour, et de l’amour que le rêve d’un poète soudain épris un soir de bal, dont l’enchantement se mêle de la mélancolie secrète des réveils prochains.
L ' Embarquement pour Cythère , que possède le musée
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du Louvre, est une esquisse; en respectant les grandes lignes de sa composition, Watt eau la compliqua, l’enrichit et fit un tableau qu’acquit son ami de Julienne. Des mains de Julienne il passa dans celles de Frédéric, et il appartient aujourd'hui à l’empereur d’Allemagne. Des deux œuvres, quelle est la plus précieuse? La question est assez oiseuse, la vérité est qu’elles sont autres. Le tableau du château de Berlin est plus meublé, plus brillant, plus fleuri. Au lieu d’un simple buste, sur un piédestal se dresse une statue de Vénus que lutinent des amours ; au pied de la statue de nouveaux groupes remplissent tous les vides laissés dans l’esquisse; enfin, dans l’ouverture du paysage se dresse un mât d’où pend une voile et qu’entoure une gerbe d’amours envolés. Dans l’esquisse il y a plus de poésie, plus de mystère; les premiers plans sont dans le silence, les groupes un peu reculés s’attendent, s’appartiennent, sont à leurs propres sentiments; dans le tableau la fête atout envahi, les groupes rapprochés, parfois, n’ont qu’à suivre le flot qui les pousse, le poème délicat se perd dans le bruit des voix et dans l’éclat des choses.
Caractère de Watteau. — L’homme et l’artiste.
Il faut une singulière naïveté pour prétendre enfermer un artiste dans une formule et déduire d'une vérité générale la complexité d’une vie individuelle. Le rapport qui relie l’œuvre à l’âme de l’artiste est un rapport délicat, dont nous n’avons jamais tous les termes, que « l’esprit de finesse » pressent, que « l’esprit de géométrie » ne peut que fausser. L’analyse ici est toujours incomplète, approchée ; on simplifie pour comprendre ; on discerne quelques éléments, on ne saisit pas, avec le mystère de la vie, le secret des proportions heureuses qui les combinent dans l’équilibre instable du génie. Regardez les dessins de Watteau, ses tableaux, son œuvre gravée ; ce qui d’abord vous frappe, se dégage des impressions multiples, c’est l’esprit, quelque chose de vif et d’allègre, la verve d’une observation qui se joue à la surface des choses, un art de souligner l’expressif sans y insister, une manière de prendre la vie légèrement, d’y faire passer le sourire d’une ironie sans amertume, une touche fine, prompte, qui met dans un contour, dans un accord de tons l'imprévu, la surprise, la justesse d’un mot heureux dans l’entraînement de la causerie. Tous les amis de Watteau s’accordent à dire « qu’il était né sarcastique »,
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qu’il « démêlait et rendait à merveille les ridicules de ceux qui venaient l’interrompre » dans son travail et l’importuner; ils nous le montrent faisant volontiers quelque plaisanterie « d’un grand sang-froid, accompagné d’un air doux qui lui était naturel ». (Caylus.) Peintre, Watteau garde le don et le goût de l’observation, il excelle à saisir le mouvement, non pas celui qui trahit l’énergie de la volonté ou l’ardeur de la passion, mais tous les gestes vifs, spirituels, un port de tête, un jeu de physionomie, un balancement de hanches, les élégances de la démarche féminine, les manèges de la coquetterie, toute la mimique des conversations galantes, qui, comme dans la voix, dans tout le langage du corps, mettent le frémissement léger de l’émotion amoureuse.
Mais l’esprit de Watteau a ce charme unique d’être grâce et sentiment. Cet homme « caustique » est un « timide » et un poète. Chose inattendue, l’artiste qui ne laisse de la nature que le décor enchanté des jeux de l’amour, le peintre dont les paysages sont faits pour l’homme, pour ses fêtes, est un misanthrope. Watteau était « sombre, mélancolique », il avait « le dégoût de luimême et de tous les hommes »; il dédaignait le succès, il s’irritait des compliments, il se dérobait aux curieux, il cachait sa retraite et il demandait qu’on n’en trahît pointle secret. Mais ce misanthrope sans méchanceté était un naïf, un enfant : « il était continuellement la dupe de tout ce qui 1 entourait », non par manque de jugement, mais par faiblesse, par défaut de résistance, par une sorte
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de lassitude et de négligence. Avec les amis qui, n'étant pas des étrangers, ne troublaient point sa solitude, sans défiance il s’abandonnait, il redevenait l’homme de son œuvre, « agréable, tendre et peut-être un peu berger » (Gaylus). Il apportait à la vie réelle une insouciance mêlée de mauvaise humeur. Il ignorait les ivresses banales de la vanité : il dédaignait ses œuvres faites; il lui arrivait d’effacer un tableau achevé. Il avait l’impatience de toute servitude; il vivait au jour le jour, librement, sans s’inquiéter du lendemain. « 11 n’aimait pointl’argen! et n’y était nullement attaché » (Caylus); il poussait le désintéressement jusqu’à s’emporter contre son ami Gersaint, qui voulait lui donner de ses œuvres « un prix raisonnable ». Un jour que Caylus lui adressait des remontrances et cherchait à l’effrayer par l'image de l’avenir, de ce qu’il cache de possible et d'inconnu, il n’en obtint que cette réponse : « Le pis-aller n’est-ce pas l’hôpital? On n’y refuse personne. » Watteau est un poète autant qu’un observateur; on ne le trompe pas, il sait voir les choses et les hommes comme ils sont, mais il se détourne de ce qui le froisse, il s’y refuse; il semble que le contact du monde réel trop rude blesse ce rêveur de choses ailées : il se réfugie dans le monde féerique qu’évoque sa fantaisie, il ne demande à la nature que les images qui lui en donnent la vision précise et la réalité pittoresque.
Cette poésie, où se fondent la grâce, l’émotion et l’esprit, se lie au tempérament de l’artiste, en exprime les faiblesses et les ardeurs. Watteau est un malade : atteint aux
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sources mêmes de la vie, il meurt lentement de la poitrine; son inconstance, la mobilité qui l’entraîne à changer sans cesse de logement, n’est que l’inquiétude de l’être blessé qu’agite le besoin de laisser quelque part le mal qui l’oppresse. Il emporte avec lui le rêve du pays où l’on ne souffre ni ne meurt, où la vie s’écoule dans les jeux d’un loisir sans ennui que remplit l’illusion toujours renaissante de l’amour. « Il était libertin d’esprit, mais sage de mœurs », dit Ger saint ; et Gaylus : « Il était naturellement sobre et incapable d’aucun excès. La pureté de ses mœurs lui permettait à peine de jouir du libertinage de son esprit, et on s’en apercevait rarement dans ses discours. »
Le réalisme de l’ancien mousquetaire, dont on sait le cynisme, enlève au critique l’intelligence de l’art délicat de son ami. Pour parler son langage, nul n’a, plus que Watteau, « joui du libertinage de son esprit »; il l’a transposé dans un rêve charmant dont il s’est enchanté luimême et dont il a laissé pour tous l’inoubliable image. Sa poésie est la poésie du désir, mais du désir qui n’aspire point à se détruire lui-même, qui se complaît dans sa propre fièvre, s’attarde à l’espoir d’un bonheur qu'il redoute, savoure la demi-ivresse qui précipite le cours des idées et des images, en accélérant doucement le rythme du cœu r. Il aime de la femme la coquetterie, les mouvements onduleux, tout ce qui met dans son attitude, dans son geste, le souvenir et comme la promesse de l’abandon; il aime de l’amour ses préludes, les longs entretiens,
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les mots murmurés à voix basse, les mains et les lèvres qui s’égarent; il en oublie les réalités brutales pour n’en garder que le jeu troublant, l’espèce d’enchantement qui, dans un recul de rêve, évoque le décor de ses fêtes galantes. Une ombre de mélancolie voile ce monde fragile, où le sentiment n’est que la grâce de l’esprit, ronde d’Obéron et de Titania, songe d’une nuit d’été que les premières lueurs du jour vont dissiper. Sa fantaisie spirituelle se pose sur les fleurs sans les flétrir, elle garde quelque chose d’ailé qui la soutient et l'empêche de s’abaisser. « Aucun vice ne le dominait, dit Caylus, et il n’a jamais fait aucun ouvrage obscène. Il poussa même la délicatesse jusqu’à désirer, quelques jours avant sa mort, de revoir quelques morceaux qu’il ne croyait pas assez éloignés de ce genre, pour avoir la satisfaction de les brûler, ce qu’il lit. »
Le génie de Watteau. — 11 est un peintre français. — Son style : la poésie de l’esprit. — Son influence sur les artistes du xvme siècle.
Watteau est né à Valenciennes, six ans après sa réunion à la France ; Julienne lui donne le titre de « peintre flamand de l’Académie royale (1) » ; mais, s’il est vrai qu’il doive quelque chose à ses origines, par ses qualités comme par ses défauts, par sa poétique, par sa facture même, nul peintre n’est plus à nous, nul n’est plus propre à montrer la vanité des théories qui enferment les individus et les races dans des homes qu’il leur est interdit de franchir. S’il emprunte les éléments de son langage pittoresque à Anvers et à Venise, à Rubens dont il étudia passionnément les décorations au Luxembourg, à Titien et à Véronèse, qu’il eût voulu aller voir chez eux, qu’il connut chez Crozat, — de ces éléments empruntés il se fait un langage qui est à lui, d’un accent très individuel et bien français. Sa peinture transpose l’éloquence et la splendeur de ces maîtres dans une langue vive, alerte, spirituelle ; aux grands partis pris, aux effets puissants, largement contrastés, substitue les petits effets de lumière, les
(1) M. L. Cellier écrit encore, dans son patriotisme local : « Watteau est un peintre flamand..., il est flamand par son tempérament artistique, par sa façon de concevoir le pittoresque, par le réalisme de sa peinture... Il n’a rien pris à l’art français, qui, avant lui, procède en grande partie de l’école italienne, »
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jeux d’un rayon dont le caprice ingénieux fait éclater un pli de satin, touche une oreille, une nuque dorée, caresse un profil souriant. Les dessins dont il ne se lassait pas de remplir ses albums, reculant l’heure de peindre les tableaux charmants dont il restait toujours mécontent, révèlent tout ce qui peut tenir d’esprit dans un contour, dans un modelé, tout ce qui passe de la fantaisie de l’artiste en verve dans le mouvement de la main que mène l’image intérieure. Non seulement l’exécution est merveilleuse, avec un mélange de crayon blanc et de sanguine rend les transparences de la chair, donne à un dessin aux trois crayons la souplesse et comme la fluidité de la peinture à l’huile, mais c’est la vie même qui agite et précise le contour sinueux et ferme, met son accent sur la saillie lumineuse, crée le langage mobile, frémissant qui l’exprime.
Et des têtes qui couvrent les précieux feuillets, c’est l’esprit français qui rayonne : vous n’y trouverez ni le sérieux un peu âpre de Florence, ni la morbidesse milanaise, ni la lenteur flamande ; ce sont visages alertes qui ne peuvent se taire, dont les traits, même au repos, sont en mouvement, dont les lèvres se recourbent en un arc léger, dont la bouche et les yeux vont sourire, dont la ligne du nez tremble, dont les narines mobiles frémissent. Les justaucorps de soie, les petits manteaux vénitiens, les robes chiffonnées, pimpantes, par l’indication spirituelle des plis, remuent et vivent. C’est la mimique de l'esprit, les petits airs qui accompagnent les entretiens
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galants, toutes les attitudes qui soulignent les « oui », les « non », les « peut-être », tous les gestes vifs et comme les intonations qui sont la moitié de l’esprit dans les sous-entendus des causeries légères. Voyez cet homme de profil, un béret sur la tête, une collerette blanche autour du cou, l’œil vif, grand ouvert, le nez courbé, dont la ligne frémit (Louvre, 1 326) ; et ces femmes (Louvre, 1 325), celle-ci de profil, les yeux baissés, dont Lingénuité n’est que l’attente de l’amour ; celles-là de face, de trois quarts, la gorge hors du corsage en pointe, s’exerçant à tous les jeux du sourire et du regard ; ces mains agitées, parlantes, dont les doigts s’allongent au manche de l’éventail ; « toutes ces pensées du matin », où le peintre mêle sa rêverie à l’étude de la nature, laisse l’œuvre naître, se préparer lentement : les fins adolescents, les joueurs de flûte, les femmes assises qui se relèvent, les personnages et les groupes que vous retrouverez disposés dans les paysages des fêtes galantes.
A Dresde, à Postdam, à Berlin, jamais je n’ai rencontré Watteau sans me sentir comme rafraîchi d’un souffle d’air natal. Il a prouvé une fois de plus, par l’initiative imprévue du génie, la vanité des formules par lesquelles le pédantisme prétend fixer d’avance les limites de l’invention dans l’idéal. Volontiers on oppose l’esprit à la poésie, on y voit un souffle desséchant qui tarit le sentiment à sa source. Watteau a créé la poésie de l’esprit, il a su trouver les insensibles nuances par lesquelles il se transpose dans l’émotion d’un rêve capricieux et char-
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mant. Il échappe aux défauts qu’on reproche souvent à nos peintres, il reste dans les conditions de son art, il ne cherche ni la psychologie ni l'éloquence, il ne pense pas avec des mots, il ne traduit pas : la peinture est son langage naturel. Les moyens d’expression directe, que lui donnent la ligne et la couleur, lui suffisent ; il est spirituel sans rien de littéraire. Il n’exprime pas tout l'esprit français, ni même ce qu'il a de plus élevé, — je n’oublie pas l’art réfléchi, le caractère hautement intellectuel, la puissance expressive du Poussin, qu’on s’applique d’ailleurs à retourner contre lui ; — mais ce Flamand est le peintre français par excellence, s’il est vrai que de l’esprit national il rend ce qui surtout le distingue et l’oppose, l’agilité, l’ironie, la coquetterie, toutes les grâces qui ont séduit et parfois irrité le monde, et si, de ces éléments, par une combinaison imprévue, il fait sortir l’émotion, la fantaisie, l'illusion poétique et le charme pittoresque.
Watteau est un exemple frappant de ce qu’il y a d’insuffisant dans toute théorie qui veut expliquer le génie par le dehors, par son milieu. A ne consulter que ses œuvres, qui s’aviserait de le faire naître en 1684, qui devinerait que des trente-sept années de sa trop courte vie, trente et une se sont écoulées sous le règne de Louis XIV ? Les formules simplistes ne réussissent que par la négligence des faits qui les démentent. Watteau ne reçoit pas de son temps sa sensibilité, sa poésie ; il les découvre en lui-même, et ses œuvres les propagent. Que de bonnes raisons on trouverait et dans les événements contempo-
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rains et dans sa propre vie, pour qu’il eût fait le contraire de ce qu'il fit ! Il ne lui vient des choses que des images de tristesse. Je sais peu d’époques où la France ait été aussi éprouvée, aussi lasse qu’à la fin du règne de Louis XIV : les défaites se succèdent, ouvrant les frontières à l’ennemi ; allumée par la persécution religieuse, la guerre civile s’ajoute à la guerre étrangère ; le peuple meurt de faim ; la cour est assombrie par les deuils successifs, le dauphin et le duc de Bourgogne, le fils, le petit-fils, les arrière-petits-fils du roi sont emportés coup sur coup ; l’hypocrisie de la dévotion ajoute à ces tristesses le poids d’un mortel ennui. La vie de l’artiste ne semble pas faite pour atténuer ces impressions, auxquelles elle est singulièrement accordée : ses débuts sont pénibles ; il arrive à Paris sans appui, sans argent ; il se voit condamné à un labeur obscur de copiste machinal ; sans parler des privations, l’ardeur d’apprendre fait plus douloureuse l’impatience des heures perdues ; sa santé délicate s’accommode mal de ces épreuves, il y prend les germes de la maladie qui altère son humeur, lui enlève la joie du succès, le tue en plein travail. Vous chercherez vainement au dehors, dans je ne sais quelle fatalité étrangère à l’âme de l'artiste le secret de ce talent ingénieux et charmant, qui n'ajoute au sourire des choses une mélancolie discrète que comme un voile léger qui en achève la grâce.
En 1709, il est à Valenciennes, — l’année du terrible hiver dont le souvenir s’est gardé jusqu’à nous. La France
(Musée du Louvre,
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est aux extrémités, Villars court à Versailles supplier le roi de donner au moins du pain à ses soldats. C’est à cette armée, qui vient de livrer l’indécise et sanglante bataille de Malplaquet, que Watteau emprunte ses sujets militaires. Il dessine, il peint sur nature (Gersaint), mais il ne voit de la guerre que ce qui répond à sa fantaisie, il n’en exprime ni l'héroïsme, ni l’horreur tragique, il en tire des scènes familières, les incidents joyeux ou comiques de la vie d’aventures, des groupes pittoresques sur un fond de paysage.
Il est facile de dire que le Watteau des fêtes galantes est le peintre de la Régence, mais, en tout cas, il la devine, il la devance, et peut-on dire, au demeurant, qu’il y trouve ses modèles ? Les soupers du Régent sont de sales débauches, où l’animal s’étale et se vautre, où le plaisir tourne à la rage de s’encanailler. Emportées par un vent de folie, les héroïnes du temps sont des bêtes gloutonnes, — la Parabère, la duchesse de Berry, la fille et les maîtresses du Régent, — qui s’emplissent de nourriture à déborder, boivent jusqu’à la lourde ivresse qui terrasse, lancent dans leurs hoquets les chansons et les propos de corps de garde. Watteau ne nous dit rien de pareil, il n’emprunte à son temps, comme à la nature, que les images qui conviennent à son rêve. Le poète guide l'observateur. Ainsi que le pauvre, à travers la grille fermée, regarde le château mystérieux dans l’encadrement des grands arbres du parc, le fils du couvreur, épris d’élégancej, a regardé jadis ce beau monde de loin;
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même quand il s’en est approché, quand il en a connu la misère et la petitesse, l'image qu’il s’en est créée est restée le symbole pour lui d’une réalité meilleure et plus douce. Il ne garde de la femme que la grâce de ses mouvements, les gestes, les attitudes qui répondent aux formes qu’il veut évoquer ; il ne copie pas ce qu’il voit, il le met à profit pour créer un monde qui est à lui, des êtres dont l’amour est toute la vie, mais qui en cherchent surtout l’attente, les promesses, l’imagination, le rêve, qui se nourrissent de chants et de parfums, et s’en vont ivres de cette ivresse vers les bonheurs qui n’existent pas.
Watteau peint en poète, au moment même où la poésie est dédaignée, où l’écrivain à la mode est un Lamotte- Houdard, qui s’étonne « du ridicule des hommes qui ont inventé un art tout exprès pour se mettre hors d’état d’exprimer exactement ce qu’ils voudraient dire », et qui refait Y Iliade froidement, en supprimant tout ce qui la dépare, — la couleur, le sentiment et la vie. — Il est vrai que Marivaux semble transposer dans son théâtre la poésie de Watteau, emprunter au peintre ses décors féeriques, surprendre les causeries qui, dans ses grands parcs, s’accordent au murmure des feuillages et des eaux, et prolongeant l’émoi des amants, mêlent les caresses de la voix tremblante aux sons de la flûte envolés dans l’air du soir. Mais Watteau est mort depuis vingt ans, lorsque Marivaux, avec quelque chose de plus maniéré, de plus réfléchi, avec moins de richesse et de verve reprend ce poème de l’amour délicat qui s’attarde à jouir de lui-même.
(Musée de Dresde.)
ANTOINE WATTEAU
Watteau est nn révolutionnaire ; sans faire de manifestes ni de théories, rien qu’en obéissant à son génie, ii domine l’art de son temps . Pour expliquer les changements de la mode et du goût, il faut tenir compte d’une loi de la sensibilité humaine, du besoin même de changement qui entraîne la société comme l’individu, de la lassitude qui suit toute émotion longtemps éprouvée, de l’indifférence relative qui naît à son endroit quand on en a suffisamment varié les formes et les modes d’expression. Les successeurs de Lebrun continuaient le style solennel, Lidéal de grandeur emphatique du maître, en y joignant l’ambition et le vide de l’école bolonaise. Watteau laisse là les traditions de l’école de Versailles ; aux grandes surfaces peintes, il substitue ses petits tableaux de chevalet, ses panneaux décoratifs; aux Grecs et aux Perses, à David et à Alexandre, il préfère les petits soldats français de Villars, qui défilent sous ses yeux; aux vagues déesses qui se dérobent dans les nuages, les belles dames d’allures coquettes qui paradent au bras de leurs amants, devant la terrasse du Luxembourg. Mais il ne doit qu’à lui-même son style, sa poésie, l’âme de caprice, de coquetterie, de fantaisie amoureuse et spirituelle dont il anime son œuvre. Le véritable artiste paraît souvent au moment où l’on serait tenté de mettre en doute l’avenir de l’art, par l’impuissance de deviner les formes nouvelles qui le rajeuniront. Il ne trouve pas ces formes nouvelles dans l’école qui meurt lentement, et dont les représentants attardés gardent la faveur et les places, dans la vague
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attente d’un public qui ne sait pas ce qu'il désire ; il les invente, elles naissent de son sentiment ; elles en ont l’imprévu et la spontanéité. Le public, le plus souvent, d’abord résiste ; quelques novateurs se groupent, entraînent la masse ; un beau jour, les adversaires se sont transformés en admirateurs, sans qu’ils sachent eux-mêmes comment la conversion s’est opérée. Au moment où Watteau peint, il est bien accueilli par les amateurs ; mais les grands peintres sont alors les anciens collaborateurs de Lebrun, les représentants de l’école, Jouvenet, Antoine Goypel, de la Fosse, Rigaud ; et même en 1748, près de trente ans après sa mort, le jour où Caylus lit son éloge devant ses confrères de l’Académie royale de peinture et de sculpture, « connaissant tout l’effort nécessaire à la nature pour la production d’un grand peintre d’histoire », il y apporte toutes les restrictions que lui paraît exiger d’un amateur éclairé le genre inférieur de son ami.
Le caractère du génie des maîtres est sa fécondité; il semble qu’il y ait en lui quelque chose de contagieux, qu’il se communique et se propage. Il découvre, il éclaire d’une lumière soudaine une nuance ignorée de la sensibilité humaine, et la possibilité d’en varier l’expression sans redite, le charme de la nouveauté, rajeunit l’inspiration, multiplie la pensée d’un seul par les différents esprits en qui elle revit et se métamorphose. Watteau domine la peinture du xvme siècle. Il a des imitateurs directs qui lui empruntent ses sujets, copient sa manière.
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Il avait connu Lancret chez Gillot, et lui avait conseillé « de se former sur la nature môme, ainsi qu'il avait fait » (Gersaint), mais, sans y tâcher, par son exemple, par son action, il l’avait formé, à vrai dire, à son image et sur ses propres œuvres. Pater était son compatriote, avait été son élève ; au moment de mourir, on s’en souvient, il le rappela auprès de lui, voulut lui consacrer ses derniers jours, et l’élève déclarait « qu'il devait tout ce qu’il savait à ce peu de temps qu’il avait mis à profit » ; ses tableaux confirment assez cet aveu de reconnaissance. Boucher n’avait pas vingt ans quand Julienne le chargea de graver les « figures de différents caractères » d'après Watteau, et il garde dans sa grâce plus apprêtée, qu’affadit parfois la manière, quelque chose du sentiment du maître qu'il ne fait pas oublier. Fragonard, au début de sa carrière, copie les Fatigues et les Délassements de la guerre , et ce peintre charmant qui, bien que né en Provence, dans ce pays de la pure lumière, loin de Venise et d’Anvers, se permet d’être un coloriste tour à tour plein de finesse et d’éclat, ce poète de l’ivresse amoureuse, du baiser, des surprises, des demi-violences, des derniers voiles qui s’envolent, par sa facture, par son art de faire jouer les rayons sur les étoffes, sur la chair vive, par ses esquisses brillamment frottées, rappelle le maître de Y Embarquement pour Cytkère.
Cette influence de Watteau, on a pu la retrouver dans de Troy, dans Charles Coypel, dans Van Loo ; mais, sans parler des imitations directes, des sujets empruntés, de la
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facture qui rattache désormais l’école française non plus à Bologne, mais à Rubens et aux Vénitiens, — n’est-ce pas la grâce de Watteau, son élégance, son sentiment poétique, son âme encore qui, chez tous les petits maîtres, graveurs, aquafortistes, dessinateurs, en dépit de la licence croissante, fait passer un souffle de vie libre, heureuse, sauve de la basse grossièreté par une sorte d’invraisemblance poétique, par je ne sais quoi de rêvé, de chimérique, par ce sourire de l’esprit qui rayonne jusque dans les polissonneries auxquelles le siècle finissant se complaît et s'abaisse ?