‹ Watteau et son écoleChapitre 22 sur 60 · ARS · texte numérisé non relu

ARS

Ce jugement de Messieurs de l’Académie, nous tenions à le donner ici tout entier ; aucun n’a plus d'importance puisque c’est lui qui, rejetant Jean-Antoine au second rang, après Antoine Grison, empêche Watteau d’aller en Italie.

Watteau attristé, déçu, comme atterré de ce qui arrive, éprouve en ce moment une lassitude, un découragement immenses ; Watteau, à qui l'Académie, malgré un ouvrage où brillaient « les étincelles de ce beau feu qu'il fit paraître dans la suite » (1), osa préférer un obscur Grison, éprouve à ce choix un sursaut de révolte ; et, dans un mouvement spontané, décisif, lui, le Flamand, privé de l'Italie, il va vers le Nord et, laissant Audran (nous sommes en 1709), retourne à son Valenciennes |

Dargenty, l’un des premiers et des plus clairvoyants biosraphes de Jean-Antoine, commentant le fait, écrit: « Heureux fut, à mon avis, le hasard qui retint Watteau sur le sol de France. »

Ceux qui soûtent, dans l’art du maître, ce sentiment qui n'est dans aucun autre art, ceux qui voient parfaitement tout ce que le côté autochtone de ces œuvres cristallines et diamantées offre d’attrait tendre et délicat béniront à jamais ce hasard qui retint l’auteur de Gilles et de l’Indifférent dans son pays. Ils le béniront d'autant plus que Watteau, avec un entêtement inlassable, serait, selon Gersaint, revenu, une seconde fois, en 1712, après les instances du vieux peintre La Fosse, sur son projet abandonné d'aller en Italie. « Il eut quelque envie, dit Gersaint, d'aller à Rome pour y étudier d’après les $rands maîtres, surtout d’après les Vénitiens dont il aimait beaucoup le coloris et la composition. Il n’était point en état de faire sans secours ce voyage ; c’est pourquoi il voulut solliciter la pension du roi. »

On sait comment l’Académie répondit à cette sollici-

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