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CHAPITRE I

WATTEAU A VALENCIENNES. — SA FAMILLE ET SES ORIGINES. — ARRIVÉE A PARIS: WATTEAU CHEZ METTAYEZ, CHEZ GILLOT. — CLAUDE III AUDRAN. — VOYAGE A VALENCIENNES ET RETOUR A PARIS. — LES PEINTURES MILITAIRES.

per que le nouveau Valenciennes ait beaucoup empiété sur l’ancien, tout n’a pas disparu de la cité du temps de Watteau. Ces villes flamandes, françaises ou belges : Furnes, Ypres, Bergues, Valenciennes, sont trop les tributaires des siècles, sont retenues par trop de liens au passé de l’histoire pour échapper aisément à leur emprise. Un canal, un vieux quai feuillu le long de l’Escaut, un marché aux herbes envahi de silence, un beffroi qui monte au-dessus des maisons, en plein azur, des toits aigus de chapelles ou de moutiers suffisent à maintenir, dans le souvenir, par delà le monde actuel, l’aspect d'autrefois. Qu’un nom cher par-dessus les autres vienne, comme celui de Watteau, s'imposer à la méditation du visiteur qui passe et voilà que les vieilles pierres, comme complices de l’évocation, se précisent, parmi les plus neuves, au resard qui devine et au cœur qui cherche.

À Valenciennes, un pareil pèlerinage, un pareil retour vers la présence d’un être ont bien vite de quoi satisfaire au désir impatient de qui les tente. A peine, en effet, s’engage-t-on, dès l'arrivée, dans la rue Ferrand, à peine a-t-on pénétré dans l’Académie, qu'aussitôt le voilà qui flambe, en lettres d’or, parmi tant de noms obscurs, sur le « Tableau des artistes valenciennoïis et

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des élèves de l’Académie de Valenciennes qui ont obtenu les plus hautes distinctions à l’Académie royale de Paris », le nom admiré, le nom si cher que nous allons désormais retrouver à chaque pas des rues: dans le jardin discret, à l'ombre de Saint- Géry, sur le socle du beau monument d’Hiolle et de Carpeaux, rue de Paris, entre les places Saint-Jean et du Marché-aux- Herbes, sur la façade vieillotte et charmante qui porte encore ces mots: lei vécut, ici travailla Antoine Watteau, de 1699 à 1702, enfin au musée même. Il faut bien, pour accéder là, admirer en passant les vieilles demeures flamandes de la Place d'Armes et leurs toits coiffés d’ardoises d’un bleu d’écaille si fin et si joli, du $enre de ceux que devait couvrir Philippe Watteau, se promener au Marché-aux-Poissons qui sent si bon toutes les pêcheries et toute la mer, $agner enfin cette place Saint-Géry où, parmi les verdures, s’érise un hémicycle, au-devant duquel, sur le fond de la gracieuse colonnade, on aperçoit le grand et disert chroniqueur s’élevant au-dessus d’un socle orné de ces mots écrits en vieux et fier langage: « Si aucun quiert savoir qui je suis, je m'appelle Jehan Froissart, natif de la bonne et franke ville de Valenciennes ».

Au delà est la rue du Quesnoy ; et là, un peu avant le coin du Tambour battant, au n° 12, il y a une VYe Wateau, boulangère. N'est-ce point le moment de se souvenir, avec Louis Cellier, avec Paul Foucart, avec tous les biosraphes valenciennois, que le nom « Watiau ou Wateau est la traduction patoise du mot sâteau »? En remontant un peu plus avant encore, jusqu’au XVI° siècle, feu M. de la Fons avait retrouvé, au début de la sSénéalosie du maître, un Watier Blanc-pain. Or, Louis Cellier le dit: « Il se peut faire que quelque buveur en goguette ait trouvé ingénieux de surnommer Wateau tel bourgeois qui s'appelait Blancpain du nom de sa famille (1). » Cette farce,

(1) L’orthographe du nom de Watteau a pris toutes les formes. Virgile Josz cite, entre autres exemples, un Vas-tôt boulanger, un Wasteau mercier, un Wateau mulquinier. M. Paul

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