‹ Waverley (volume 2)Chapitre 10 sur 50 · VA · texte numérisé non relu

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jj ro posa-t-il presque aussitôt à M. Richard de faire voyager son fils sous la conduite de son gouverneur, M. Pembroke, avec une suite convenable qu’il se chargcoit de lui fournir. M. Richard ne vit pas d’obstacle à ce projet ; mais en ayant parlé par hasard à la table du ministre, le grand homme devint sérieux, et il en expliqua ses motifs en particulier. D’après les opinions politiques de sir Éverard, il seroit très-imprudent, dit le ministre, qu’un jeune homme qui donne de si flatteuses espérances, parcourût le Continent sous la surveillance immédiate d’un gouverneur du choix de son oncle. — Quelle sera la société du jeune Édouard à Paris, à Rome, où le prétendant et ses fils tendront autour d’eux toutes sortes de pièges? M. Waverley doit peser avec soin de telles considérations. Pour moi, ajouta-t-il, je crois que Sa Majesté apprécie trop les services de M. Richard Waverley, pour que son fils, après quelques années de service, n’obtienne pas une compagnie dans un des régiments de dragons revenus de Flandre.

M. Richard ne pouvoit, sans manquer aux convenances , négliger une ouverture faite d’une semblable manière, et malgré la crainte de heurter les préjugés de son frère, il crut qu’il étoit de son devoir d’accepter la commission offerte à son fils. Il est vrai qu’il comptoit beaucoup et

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non pas sans raison , sur la tendresse de sir Éverard pour son neveu, et il n’étoit pas probable qu’il pût la perdre par une démarche qu’il soumettoit à l'autorité de la famille. Il écrivit aussitôt au baronnet et à Édouard pour leur faire part de sa détermination. Dans la lettre à son fils, il se bornoit a une simple communication, et à lui prescrire les préparatifs nécessaires pour joindre le régiment; mais avec sou frère, il entroit dans de plus longs détails et usoit de plus de détours.

Il étoit pleinement de son avis sur les avantages que devoit retirer Édouard de son voyage sur le Continent , et il lui témoignoit humblement sa reconnoissamfc pour son offre généreuse d’en faire les frais. Il étoit profondément affligé que son fils fût dans l’impossibilité de suivre un plan qui avoit été tracé par son meilleur ami , par son bienfaiteur; mais depuis long-temps il ne voyoit .>• |Cy a lui-même qu’avec peine l’inaction de ce jeune '*

homme, à un âge où tous ses ancêtres avoient déjà ' ,. iy *■?<■

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s’informer elle -même si le jeune Waverley n’étoit pas en Flandre, observant qu’à son âge son grand père avoit déjà versé son sang pour son roi, dans la grande guerre civile; et cette question avoit été suivie de l’offre d’une compagnie. Que pouvoit-il faire? Il n’avoit pas eu le

temps de consulter l’inclination de son frère,

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quand même il auroit pu craindre de le trouver opposé à ce que son neveu suivît la glorieuse carrière de ses ancêtres. Il terminoit par dire qu’Édouard, après avoir sauté rapidement pardessus les grades d’enseigne et de lieutenant, étoit maintenant le capitaine Waverley dans le . — régiment de dragons , qu’il devoit joindre au bout du mois, dans ses quartiers à D — en Écosse.

En apprenant cette nouvelle , sir Éverard fut affecté de diverses sensations. A l’époque où la maison de Hanovre monta sur le trône , il avoit quitté le parlement , et sa conduite dans l’année mémorable de 1715 n’avoit pas été exempte de soupçon. On parloit de revues secrètes de paysans et de chevaux, faites au clair de la lune, dans le parc de Waverley; on parloit de plusieurs caisses de fusils et de pistolets , adressées de Hollande au baronnet, et interceptées par la vigilance d’un officier des douanes; cet officier, en punition du zèle qu’il avoit déployé dans cette circonstance, avoit été étouffé pendant la nuit dans des couvertures, par une bande de rebelles. Bien plus : on disoit que lorsque le chef des torys, Sir W — W— fut arrêté, on avoit trouvé dans la poche de sa robe de chambre une lettre de sir Éverard ; mais il n’y avoit pas là de preuves certaines de rébellion , et le gouvernement , content d’étouffer l’insurrection de 1715 ,

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avoit cru qu’il n’étoit ni prudent ni sûr d’étendre sa vengeance sur d’autres que ceux qui avoient été pris les armes à la main. Sir Éverard ne manifestent pas des crajntes personnelles qui parussent justifier les bruits qui circuloient sur son compte parmi les whigs du voisinage. C’étoit une chose bien connue qu’il avoit aidé de son argent les montagnards et les Écossais qui, faits prisonniers à Preston , avoient été renfermés dans les prisons de Newgate et de Marshalsea; son avocat et son conseil ordinaire s’étoient chargés de la défense de ces infortunés, durant leur procès; aussi l’on étoit généralement persuadé que si les ministres avoient eu quelque preuve réelle de sa participation à la révolte, il n’auroit pas osé braver le gouvernement , ou du moins qu’il ne l’auroit pas fait impunément. Les sentiments qui, dans ce temps de troubles , avoient dirigé sa cot\duite, étoient ceux d’un jeune homme; et depuis lor£, le jacobitisme de sir Éverard avoit été en diminuant*, comme un feu qui s’éteint faute d’aliment.

Ses opinions politiques, comme tory, -étoient, à la vérité, entretenues par les élections et les sessions de chaque trimestre; mais il s’habituoit peu 11 peu à considérer le droit d’hérédité comme un bien tombé en une sorte de déshérence. < Cependant il ne put penser de sang-froid que

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son neveu alloit Servir sous la dynastie des Brunswick; d’autant plus qu’indépendamment de la haute idée qu’il conservoit de l’autorité paternelle , il eût été impossible , ou du moins très- •imprudent de lutter contre la démarche de son frère. Cette contrariété, qu’il fut forcé de concentrer en lui-même, lui donna plusieurs bâillements, qui paroissoient des avant- coureurs d’une attaque de goutte ; mais , s’étant fait apporter Y Annuaire militaire , le baronnet se consola en y trouvant les noms des torys les phis ^fameux : les Mordaunt, les Granville, les Stanley ; les descendants de ces illustres et anciennes familles étoient alors au service : il évoqua toute son ambition de famille et ses désirs de gloire pour conclure avec l’argument de Falstaff, que lorsque la guerre va s’allumer, quoiqu’il n’y ait qu’un seul parti que l’honneur ordonne de suivre, cependant il est encore plus honteux de rester oisif que d’embrasser celui qu’on n’approuve pas. Qûant à miss Rachel , les choses n’avoient pas exactement tourné comme elle l’espéroit; mais elle sut se résigner et se conformer aux circonstances. Elle eut lï" ressource de faire diversion à ses regrets , en s’occupant de l’équipage de campagne de son neveu; et se consola aussi par l’espoir de le voir en grand Uni forme.

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Édouard lui-même éprouva la plus vive émotion et la plus grande surprise en lisant la lettre de son père. Ce fut chez lui , pour me servir des expressions d’un de nos anciens poètes, comme un feu mis à une bruyère, qui couvre un coteau de fumée, et l’éclaire en même temps d’une sombre flamme. Son gouverneur, ou, pour mieux dire, M. Pembroke, (car à peine avoit-il eu le temps de faire usage de ce titre) trouva dans la chambre d’Édouard un fragment poétique qu’il paroissoit avoir composé dans les premiers moments de son trouble et de son agitation.

M. Pembroke étoit grand amateur de toute pièce de vers composée par ses amis, et copiée éh lignes régulières qui commencent par une majuscule, et ne vont pas jusqu’au bout de la marge ; il communiqua ce précieux trésor à la tante Rachel ; elle les lut et relut en versant un torrent de

larmes, les plaça dans son mémorial hebdomadaire, parmi des recettes, des ordonnances, des textes tirés de l’Écriture sainte, et des chansons d’amour ou jacobites. Ce fragment en fut tiré lorsque ce volume manuscrit, ainsi que plusieurs autres titres authentiques de la famille de Waverley, furent confiés à l’éditeur indigne de cette histoire. Si ces vers n’offrent point un grand intérêt au lecteur, ils serviront du moins, mieux que ne le feroient nos discours, à lui faire con-

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noître le trouble et l’agitation qui régnoient dans l’esprit de notre héros.

Au déclin d’un beau jour d’automne Je fixais mes regards ravis Sur ces bords dont le vert tapis Du dieu d’ Amour semble le trône.

Du vieux manoir de mes aïeux,

Dans le lac je voyois l’image ;

T'y voyois les fleurs et l’ombrage Dont la nature orne ces lieux.

Pour moi, c’étoit un nouveau monde ; C’étoit Éden aujbnd de l’onde.

Mais soudain d’aigres sifflements Du lac réveillent le Génie :

Il entend le chêne qui plie Sous les coups répétés des vents.

Tel qu'un guerrier qui, des batailles, En reconnoissant le signal.

Court à d’illustres funérailles Dans un appareil martial.

Le Génie au bruit de l’orage Répond par des cris effrayants.

De son manteau les plis flottants Montrent k demi son visage;

L’éclair étincelle en ses yeux ;

De sa couche il se précipite : *’

Sur son front un flot écumeux Tel qu’un fier panache s’agite....

Adieu le charme de ces lieux ;

Adieu songes délicieux !

Sur la vieille tour je m’arrête....

Pour mon cœur, dans cette tempête.

Il est un étrange plaisir Que je ne saurois définir:

Comme aux approches d’une fête,

Je le sens palpiter, frémir.

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Ainsi ia Vérité sévère ,

Brisant la glace mensongère Que nous présentent le bonheur ,

Sous la forme d'une bergère

De notre jeunesse légère

Vient troubler le rêve enchanteur.

Adieu le doux désir de plaire; ' '*

Adieu l’amour!.... c'est de l'honneur Qu'il faut adopter la bannière. #

En bonne prose, car je m’aperçois que ces vers 11e le disent que très-obscurément, l’image de miss Cécilia s’effaça du cœur du capitaine Waverley, au milieu du trouble que ses nouvelles destinées excitèrent dans son cœur. Le dimanche suivant Cécilia parut à l’église, au banc de son père, mise avec beaucoup d’élégance et de recherche; Édouard, à l’invitation de son oncle et de sa tante, et sans se foire beaucoup prier, à * dire vrai, s’y montra en grand uniforme. .

Il n’y a pas de moyen plus sûr, pour rabaisser la haute opinion que nous avons des autres, que d’en concevoir une encore plus élevée de nousmêmes. Miss Cécilia avoit employé tous les secours de l’art pour donner plus d’éclat aux agréments qu’elle tenoit de la nature. Elle avoit eu recours, avec beaucoup d’adresse, aux mouches, aux cerceaux de baleine, à une frisure nouvelle , et aux riches couleurs d’ûne étoffe de soie sortie des fabriques dç France. Tous ces prépa-

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rat ifs lurent sans effet; ils ne purent faire la moindre impression sur un jeune officier de dragons qui , pour la première fois de sa vie, portoit des ganses d’or à son chapeau, des épaulettes, des bottes , et une épée à son côté. Je ne sais si , semblable à ce champion d’une ancienne ballade ,

Il ne brûloit que pour l’honneur.

I Vainement les yeux d’yne belle -,

• Auroient voulu toucher son cœur,

Il eût été d'acier pour elle.

ou peut-être les épais galons d’or qui couvroient sa poitrine émoussoient tous les traits qui partoient des yeux de miss Cécilia; toujours est-il vrai de dire que le cœur de notre jeune militaire n’en fut pas même effleuré.

La flèche de l’Amour fut enfin plus heureuse; '

Elle atteignit la fleur des galants du canton.

Le fils de l’intendant , blessé par Cupidon,

? Pour Cécile brûla d’une flamme amoureuse.

Je demande pardon de mes vers héroïques; la verve m’emporte quelquefois , mais il m’est triste d’annoncer qu’il nous faut dire adieu à Cécilia. Après son départ elle parut d’abord inconsolable; mais peu à peu les illusions flatteuses dont elle s’étoit bercée avec tant de plaisir se dissipèrent; elle fit comme tant d’autres, et se déter-

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mina à prendre un pis-aller. Au bout de six mois elle donna sa main à Jonas, fils unique de l’intendant du baronnet, qui avoit l’agréable perspective de succéder à son père dans son emploi. Tous ces avantages déterminèrent M. Stubbs, et sa fille trouva un motif puissant d’accepter l’offre qu’on lui faisoit, dans l’air de force et de santé de celui qui la recherchoit. On passa donc légèrement sur l’article de la naissance, et le mariage fut conclu. Personne n’en ressentit un plaisir plus vif que miss Rachel, qui jusqu’alors avoit toujours regardé de mauvais œil cette jeune présomptueuse. Lorsqu’elle vit les deux fiancés à l’église, elle daigna honorer la jeune épouse d’un sourire plein de bienveillance , et d’un regard tout- à-fait amical; elle lui fit une révérence gracieuse, et cela en présence dit recteur, du pasteur, du sacristain et de tous les dignitaires des paroisses réunies de Waverley et de Béverley.

Je demande pardon, une fois pour toutes, à ceux de mes lecteurs qui ne lisent que pour s’amuser, si je les entretiens si souvent des disputes politiques, des torys et des whigs , des dissensions entre les jacobites et les partisans de la maison de Hanovre ; mais je suis obligé d’entrer dans ces détails pour qu’ils puissent comprendre mon récit. Le plan que je mè suis tracé exige que je leur fasse conrtoîtreles causes des événements

de cet ouvrage ; ou ne peut les trouver que dans les préjugés, la croyance et les préjugés politiques qui existoient à cette époque. Je n’osç promettre aux belles qui me liront, et dont je connois la vive impatience, de les faire monter sur un char volant traîné par des hyppogryphes, je voyage modestement dans une voiture ordinaire, et je suis là grande route. Ceux qui s’ennuieront d’être

avec moi pourront me dire adieu dès le premier

relai, et chercher des moyens de transport aussi rapides que ceux du prince Hussein , ou la guérite volante de Malek le tisserand. Les personnes qui, m’honorant encore de leur société, auront le courage de surmonter les lenteurs occasionées par les mauvais chemins, pourront enfin , grâces à de bons chevaux et à un guide honnête , selon l’expression o*hligée des affiches , trouver des sites plus pittoresques... qu’elles aient donc la force de ne pas s’impatienter de la longueur des premières journées !

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