‹ Waverley (volume 2)Chapitre 13 sur 50 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Garnison de cavalerie en Écosse.

Le lendemain, dès le grand matin, Édouard, agité de mille sentiments confus, mais parmi lesquels dominoit une inquiétude presque sérieuse • en se voyant entièrement abandonné à lui-même, a sortit de la vaste cour du château de Waverley, au milieu des bénédictions et des larmes de tous .* **les vieux domestiques , ainsi que de celles des habitants du village; on lui adressa aussi quelques . ^ pétitions rédigées avec beaucoup d’art et de soin , pour obtenir des grades de brigadiers et de maréchaux - des - logis. Tous déclaroient qu’ils n’auroient jamais consenti à laisser partir leurs fils, leurs frères ou leurs cousins, s’ils n’avoient , cru devoir faire ce sacrifice à sa seigneurie. Édouard se débarrassa d’eux sans leur faire de grandes promesses; en cela, il se conduisit avec . une prudence et une circonspection qu’on n’avoit pas droit d’attendre de son inexpérience et de sa jeunesse. Après avoir fait un court séjour à Londres, il continua sa route à cheval ( manière de voyager alors générale*), se rendit à Édimbourg,

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et de là à un petit port de mer sur les côtes du comté d’Angus, où son régiment étoit en garnison.

Il entroit dans un autre monde, où tout lui parut d’abord charmant, parce que tout étoit nouveau. Son colonel étoit lui-même une étude pour un jeune homme non moins curieux que romanesque; il étoit grand, bien fait et très-actif, malgré son âge avancé; il avoit eu, comme on dit, une jeunesse fort orageuse; il circuloit plusieurs contes sur les causes de sa conversion subite et du changement extraordinaire qui s’étoit opéré dans son esprit. On se disoit à l’oreille qu’il avoit eu une révélation surnaturelle , et qu’un messager du ciel lui étoit apparu; il passoit généralement pour un enthousiaste ; mais personne n’osoit le soupçonner d’hypocrisie. Cette circonstance extraordinaire fit une profonde impression sur l’esprit d’Édouard, et le pénétra d’un sentiment de respect et d’intérêt pour son commandant.

On s’imagine aisément que sous un tel chef les officiers du régiment dévoient former une société plus tranquille , plus réfléchie qu’on ne le trouve ordinairement parmi de jeunes militaires, et que Waverley se trouva préservé de beaucoup de dangers qu’il auroit rencontrés dans toute autre garnison.

11 s’occupa du soin de s’instruire des devoirs de son grade; il connoissoit depuis long -temps

l’art de l'équitation ; il s’appliqua à celui du manège , qui , dans sa perfection , semble réaliser la fable du centaure, puisque les évolutions du cheval paroissent plutôt l’effet de la volonté de son guide que l’effet d’un mouvement ou d’une impulsion extérieure. Il sé fit instruire dans tous les détails des obligations qu’il avoit à remplir; mais lorsque sa première ardeur fut passée , il trouva qu’il s’étoit fait de son état une idée bien au-dessus de la réalité. Les devoirs d’un officier paroissent d’une importance extraordinaire à ceux qui ne les connoissent pas; la pompe et la magnificence en rehaussent le mérite et l’éclat; mais, dans le fait, ce n’est qu’une routine sèche et aride , une espèce de calcul qui ne demande que de l’attention, du sang-froid et de la patience. Notre héros fit , par distraction , plusieurs bévues qui firent rire ses camarades à ses dépens , et lui attirèrent des réprimandes de la part de ses chefs. Le sentiment de son infériorité fut trèspénible pour son amour-propre blessé. Il se demanda cent et cent fois pourquoi son œil ne jugeoit pas aussi bien les distances que Ceux des autres officiers? Pourquoi il ne réussissoit pas aussi bieu qu’eux à calculer tous les mouvements des diverses évolutions dans un espace donné ? Pourquoi sa mémoire, naturellement si fidèle, 1 ne pouvoit -retenir les mots techniques ni les dé-

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tails de l’ordre et de ladiscipline? — Édouard Ætoit modeste; il n’avoit donc point la sotte présomption de croire que ces détails minutieux fussent indignes de lui, et que, né pour être général, il ne dût pas s’assujettir à l’obéissance. La vérité est que la manière vague, sans règle et sans méthode dont il avoit fait ses études, avoit augmenté ses distractions naturelles et l’avoit rendu incapable d’une application sérieuse et soutenue. Cependant le temps s’écouloit rapidement, mais sans profit et sans plaisir pour lui. Les officiers étoient mal vus par les habitants de la campagne, qui se soudoient fort peu de les admettre dans leur société ; et les citadins , uniquement occupés de leurs affaires d’intérêt, menoient un genre de vie qui n’engageoit pas beaucoup Waverley à se lier avec eux. L’approche de la belle saison , et le désir de connoître d’autres parties de 1 Lcosse que celles de son cantonnement , le portèrent à demander la permission de s’absenter pendant quelques semaines. Il se décida à commencer ses courses par rendre visite à l’ancien ami de son oncle , se proposant de régler son séjour dans cette famille d’après les circonstances. Il partit - à cheval, accompagné d’un seul domestique; il passa la nuit dans un mauvais cabaret , dont la maîtresse ne portoit ni bas ni souliers : peu s'en fallut que son mari , qui prenoit le titre de

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• gentleman, ne témoignât son mécontentement de

, ce que notre officier n’avoit pas eu l’honnêteté

% de l’inviter à souper avec lui.

Le lendemain notre voyageur traversa un pays tout-à-fait ouvert , et s’approcha insensiblement . de ces hautes montagnes du Perthshire, qui, vues ,V" * j : $§

4 de loin , ne paroissent qu’une ligne d’azur au r . milieu de l’horizon, mais qui, vues de près, élèvent fièrement leurs cimes sourcilleuses. Vers ' • . * ; vfj ' le. milieu de cette barrière étonnante et majes- • ..tueuse, mais encore dans le plat pays, se trou- •.

,• * voit le chateau de Cosme - Comyne Bradwardine ' rtSy* r •* de Bradwardine; et si l’on doit ajouter foi au ;. • , a récit des vieillards du pays, c’est là que ses ancêtres avoient constamment fait leur résidence • depuis le règne de sa majesté le roi Duncan. ‘ ip ¥ ‘ ; 'ij

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