LA CHAISE DE SAINT SWITHIN
Iji veille de Toussaint, avant de t’endormir. Aux habitans du ciel .chrétien, fais ta prière ; Ils défendront ta couche et viendront la bénir. Invoque aussi Marie, en disant ton rosaire.
La veille de Toussaint la sorcière des nuits Plane dans l’horizon avec son noir cortège;
A la voix de l’oragè elle mêle ses cris.
Ou je glisse en silçnçe au travers de la neige.
La châtelaine vient prier saint Swithiu.
L’humidité du soir baigne sa chevelure.
Son visage pâlit, son pas est incertain....
Mais sou regard s’anime et son cœur se rassure.
Elle vient répéter ce charme tout-puissant Par lequel saint Swithin arrêtant la sorcière,
La força de descendre, et lui dit fièrement,
’De lui répondre , au nom du Dieu de la lumière.
Quiconque ose s’asseoir sur la chaise du saint. Adresse à la sorcière un mystique langage , v Peut exercer sur elle un pouvoir souverain.
Et la faire, trois fois, parler malgré sa rage.
Le baron a suivi le roi Bruce aux combats.
Depuis trois longs hivers ta châtelaine ignore S’il a trouvé, loin d’elle, un glorieux trépas,
On si , dans son manoir, il doit paroitre encore.
WAVKRLEY.
Elle hésite et frémit.... Enfin sort de sa bouche « Le mot dont saint Swithiu a fait un talisman.
Quel est ce cri d'horreur ? Est-ce la voix farouche Du Démon courroucé, qui préside au torrent?
Le vent s'est tu soudain, et le torrent s’arrête;
Un silence de mort règne au loin dans les airs.
Ce calme , qui succède au Jjruit de la tempête. Annonce un messager du prince des Enfers.
— Je regrette de tromper l’attente de la société, e.t surtout du capitaine Waverley, qui écoute si attenti veipent , dit miss Rose; mais ce n’est qu’un, fragment, quoiqu’il y ait encore quelques vers dans lesquels le poète décrit le retour du baron de ses longues guerres, et la manière dont milady fuf trouvée sur le bord du ruisseau. — C’est une de ces fictions, dit le baron , qui , dans des temps superstitieux, défiguroient les chroniques des plus illustres familles. Rome a eu ses prodiges , ainsi que plusieurs autres nations de l’antiquité; comme l’on peut s’en convaincre en lisant l’histoire ancienne, ou le petit volume compilé par Julius Obsequens , et dédié par le savant éditeur Scheffer , à son patron Renedictus Skytte, baron de Dudershoff.
— Mon père n’a pas grande confiance en tous ces événements merveilleux , dit miss Rose : il hii
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WA.VHRLKT.
arriva une fois de conserver soir sang-froid pendant qu’un synode de presbytériens se disperça a l’apparition de l’esprit malin. — Waverley té-’ moighâ par ses regards qu’il désiroit connoître les détails de cette scène. — Voulez-vous, dit raiss Bradwardine, que je vous rapporte cette histoire Jout au long, comme je vous ai chanté la Romance.?' — Vous me ferez le plus grând plaisir.*
— Il y avoit une fois une vieille appelée Jeannette Gellatley, qui passoit pour être sorcière, et cêla pour des motifs bien puissants sans doute ; * elle étoit trè^-âgée , très-laide et très-pauyre. Elle -«voit deux -fils, dont l’un étoit poète jet l’autre presque privé de la raison ; on prétendit' dans le pays que cette mère dénaturée avoit jeté un maléfice siîr son malheureux fils. Elle fut arrêtée comme sorcière , et mise en prison dans le clocher de la paroisse. Là on ne lui donna que très - peu de nourriture, sans lui permettre de dormir; son * cerveau se troubla au point qu’elle crut être réel-' lement sorcière, comme le prétendoierit ses accusateurs; pendant que son esprit se trouvoit dans cet état, elle reçut l’ordre de faire une con- •' fession générale devant tous les whigs et tous les presbytériens du canton , qui n’osèrent l’exorciser. Comme l’accusée étoit née dans la baronnie démon père, il se rendit à l’assemblée pour vôir l’issùe de ce beau procès entre une sorcière et lé
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clergé. Pendant*que la pauvre femme confessoit
que le diable lui apparoissoit sous la forme d'un beau jeune homme noir (et, si vous aviez vu la pauvre Jeannette avec ses yeux chassieux, vous conviendriez que. ce choix faisoit peu" d’honneur au goût d’Apollyon), tous les assistants, muets (l’étonnement, prêtoient une oreille attentive, et le greffier écfivoit d’une main tremblante cette dé* claration étrange , lorsque la pauvre fille changea tout à coup de ton, et dit en poussant un «grand cri: — Prenez garde à vous, prenez' garder je vois le diable au milieu de vous, ta frayeur s’eippare de toute l’assemblée; chacun se hâte, de prendre la fuite; heureuses les personnes qui se trouvent placées près de la porte ! Quelle confusion ,* quel désordre règne parmi les coiffes, parmi les Chapeaux et les perruques, avant que l’église soit évacuée ! Il n’ÿ reste que notre prélatiste 1 obstiné, pour mettre tout d’accord, * à ses risques et périls, “entre la sorcière et son
admirateur. ' * ‘ ’
— Risu solvuntur tabulée, dit le baron. Le rire
termina le procès. Quand on revint de cette terreur panique , on en eut trop de honte pour recommencer les poursuites contre Jeannette
Gellatiey. / * . ’ * » J
1 De la secte épiscopale.
WAVF.RLEY. ' I fi~!
Cette anecdote amena une longue discussion:
Ces vagues fictions , ces bizarres mensonges ,
Entretien du foyer au retour des frimas ,
Pour l’enfance crédule entretien plein d’appas ,
Et qui souvent poursuit l’âge mûr dans ses songes.
Ce fut par une conversation semblable et les
légendes romantiques dont le baron assaisonna le récit, que se termina le second jour passé par notre héros à Tully-Veolan.