‹ Waverley (volume 2)Chapitre 28 sur 50 · JÉ · texte numérisé non relu

JÉ

WAVXRIÆY,

nications se rétablissent entre le clan Ivor et la " baronnie deBradwardine, comme du tempsoù’unœuf étoit la seule pierre placée entre vous et lui , où le couteau de table vous séparoit l’un de l’autre an lieu de l’épée, et que désormais personne ne demande si le nuage est monté de la plaine à la montagne , ou descendu de la montagne à la plaine; celui-là ne frappe pas avec le fourreau, qui a été frappé avec l’épée : et malheur à qui perd sans regret son ami à cause du nuage d’une matinée de printemps. si

Le baron de Bradwardine répondit à cette harangue avec toute la dignité que les circonstances exigeoient. — Je sais, dit-il, que le chef du clan îyor est un véritable ajoni du Roi , et je suis fâché que le plus léger nuage ait existé entre ce brave et aucun gentilhomme professant les mêmes prin-» cipes, parce que, dans les temps de trouble, — foible est celui qui n’a pas de frère. v '-~

Cette réponse paraissant de nature à rétablir promptement la paix entre les deux illustres ennemis , le baron fit apporter un pot d’usquebaugh , dont il remplit un verre, et but à la santé, à la prospérité de Mac-Ivor de Glennaquoich. L’ambassadeur celte s’empressa de répondre â cette marque de courtoisie; il remplit à son tour un verre de cette liqueur généreuse, et but à la

constante prospérité de la famille de Bradwardine.

Après cette ratification des préliminaires du traité de paix , le député se retira pour conférer avec Macwheeble sur certains articles non ostensibles. Il est probable qu’ils avoient rapport à l’interruption du paiement des subsides, et que le bailli vint à bout de tout terminer sans que son maître pût avoir le moindre soupçon que sa dignité étoit compromise. Du moins est-il certain qu’après que les plénipotentiaires eurent bu lentement une bouteille d’eau-de-vie qui ne fit pas plus d’effet sur eux qu’elle n’en auroit fait sur les deux ours placés sur la porte de l’avenue, Évan Dhu Mac-Combich se fit rendre compte de toutes les circonstances concernant l’enlèvement des vaches, et promit de donner de suite des ordres pour retrouver ces pauvres animaux, qui, disoit-il, ne dévoient pas encore être bien loin. — Ils ont cassé l’os, ajouta-t-il, mais ils n’ont pas eu le temps d’en sucer la moelle.

Notre héros, qui avoit écouté très-attentivement Évan Dhu , fut tout-à-fait étonné de la franchise avec laquelle il prenoit des informations , et de l’heureux résultat qu’il s’en promettoit.

Évan Dhu, de son côté, se trouva très- flatté .. . < de la manière attentive dont Waverley l’avoit

écouté, et du désir qu’il témoignoit de connoître

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les mœurs et la demeure des montagnards. Sans autre cérémonie, il invita Édouard a 1 accompagner dans une petite promenade de douze à quinze milles dans les montagnes, pour reconnoître l’endroit où sans doute les vaches avoient été conduites. Il ajouta : — Je suis persuadé que depuis que vous êtes au monde vous n’avez pas vu d’endroit semblable, et que vous n’en verrez jamais si vous ne venez avec moi ou un des nôtres.

Notre héros se sentit enflammé du plus violent désir de visiter l’antre d’un moderne Cacus; cependant il ne négligea pas de s’informer s’il pouvoit se fier à son guide. Le baron lui répondit qu’on ne lui auroit pas fait cette invitation s’il y avoit eu le moindre danger à courir, et qu’il n avoit rien autre chose à craindre qu’un peu de fatigue. Lorsque Évan ajouta qu’à son retour il pourroit s’arrêter un jour ou deux chez son chef, qui le recevroit avec le plus grand plaisir, Édouard ne regarda plus ce voyage projeté que comme une promenade; mais miss Rose étoit pâle et tremblante. Le baron, qui aimoit la vivacité et la curiosité de son jeune ami, se garda bien de le refroidir en lui parlant de dangers qui n’existoient pas réellement; il remplit un havresac de tout ce qui étoit nécessaire pour cette courte expédition; une espèce de garde-chasse qui accompagnoit le député le mit sur ses épaules.

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Notre héros, un fusil de chasse à la main , se mit • en route sur les traces de son nouvel ami Évan Dhu; ils étoient suivis du garde-chasse dont nous » •

venons de parler , et de deux autres montagnards qui servoient de domestiques à Évan: l’un d’eux y portoit une longue carabine et l’autre un fer de ^ cognée au bout d’une perche ; c’étoit ce qu’on appeloit une hache de Lochaber.

Évan s’empressa d’informer Édouard que cette escorte militaire lui étoit tout-à-fait inutile pour la sûreté de sa personne; mais, ajouta-t-il en ajustant son plaid avec dignité, il devoit paroître convenablement à Tully -Veolan , et en disne -

frère de lait de Vieil Ian Vohr. Ah ! je voudrois

que vos gentilshommes anglais {duinhé - wassel • ’

Saxons ) vissent notre chef avec sa queue ! —

Avec sa queue ? répondit Édouard d’un ton de surprise. — Oui... je veux dire quand il visite un - . chef de son rang. U y a, continua-t-il en s’arrè- * tant et se redressant d’un air de fierté pendant qu’il comptoit sur ses doigts les divers officiers de la maison de son chef : — 1 1 y a son hanchman , son homme de droite ou secrétaire ; son barde ou ■ .

poète ; son bladier ou orateur pour haranguer les personnages auxquels il rend visitç; son gittr- - '

more ou écuyer chargé de porter son épée, sa * targe et son fusil ; il y a son gilly- cas/lue qui le met sur son dos quand il faut traverser les ruis-

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seaux et les torrents ; son gilljr-comslraine qui conduit son cheval par la bride dans les sentiers difficiles et escarpés; son gillj-trusharnish à qui est confié son havre-sac; ensuite le joueur de cornemuse et le second du joueur de cornemuse.

Il y a enfin de plus une douzaine de jeunes gens qui n’ont rien à faire qu’à suivre le laird et à se tenir toujours prêts à exécuter ses ordres.

— Est-ce que votre chef entretient régulièrement tout ce monde à son service ? • -v} '

— Tout ce monde! dites- vous? ce n’est rien en comparaison de la multitude qui n’a d’autre domicile que le château de Glennaquoich.

Chemin faisant, Évan continua à parler de la magnificence et de la grandeur de son maître, en temps de paix comme en temps de guerre. Us arrivèrent enfin au pied de cette chaîne de ro- • chers qu’Édouard n’avoit fait qu’apercevoir de loin. La nuit s’approchoit lorsqu’ils prirent un de ces défilés effrayants qui servent de communication entre la montagne et la plaine ; le sentier, extrêmement rapide et escarpé se dirigeoit entre deux énormes rochers, et suivoit la passage qu’un torrent écumeux , qui grondoit plus bas , s’étoit creusé depuis des siècles. Les derniers rayons du soleil couchant, allèrent tomber sur les flots dans leur sombre lit, et en firent distinguer les détours et les chutes multipliés par l’iné-

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galité du sol. L’espace qui séparoit les voyageurs du torrent étoit un véritable précipice. On apercevoit cà et là quelques pointes de granit, dans les fentes desquelles quelques buissons avoient pris racine. A main droite, ces rocs, qui s’élevoient perpendiculairement, n’étoient pas moins inaccessibles ; mais les sommets de ceux qui étoient de l’autre côté du torrent étoient couverts d’épais taillis du milieu desquels s’élevoient quelques pins.

— C’est ici, dit Évan, le défilé du Bally-Brough. Dans les temps reculés, dix montagnards de la tribu de Donuochie repoussèrent un corps de cent paysans de la plaine; on distingue encore l’endroit où furent enterrés les morts ; c’est sur la petite plate-forme qui est de l’autre côté de l’eau , si toutefois vous avez assez bonne vue pour l’apercevoir... Tenez, regardez, voilà un de ces oiseaux à qui vos gens du midi donnent le nom d’aigle... Vous n’en avez pas de cette espèce en Angleterre... Il va chercher son souper à la baronnie .de Bradwardine; je veux lui donner une commission. A ces mots il tira un coup de fusil, mais il manqua le superbe monarque des tribus ailéq), qui , sans témoigner la moindre frayeur, continua tranquillement sa route. ...

> Un essaim d’oiseaux de proie, faucons, duc$, milans, cbats-biiants , corbeaux, etc., effrayés

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par l’explosion que les échos répétoient au loin, quittèrent brusquement la retraite qu’ils avoicnt •. choisie pour y passer la nuit, et remplirent les airs de cris rauques mêlés au bruit des cascades. Évan, un peu confus d’avoir inutilement déchargé son fusil au lieu de donner une preuve de son adresse, se mit à siffler un pibroch en rechargeant son arme sans s’arrêter.

Ils arrivèrent à une petite vallée entre deux montagnes très-élevées et couvertes de bruyères; ils avoient toujours le torrent pour compagnon , et furent obligés de le traverser quelquefois dans ses détours. Évan offroit alors le secours de ses domestiques à Édouard, pour le porter sur leurs épaules, mais notre héros, qui avoit toujours été assez bon piéton, refusa chaque fois son offre. Il vouloit, sans affectation, prouver à Évan qu’il auroit tort de croire qu’il n’y eût que des effé- • ’ minés parmi les habitants des basses terres, et surtout parmi les Anglais, dont le montagnard sembloit avoir là-dessus mauvaise opinion.

Au bout de cette gorge, ils trouvèrent une fondrière d’une profondeur effrayante, entrecoupée d# nombreuses crevasses qu’on ne pouvoit franchir qu’avec beaucoup de peine et de danger. Ce sentier presque imperceptible, n’étoit praticable que pour les montagnards, et souvent ils étoient ' obligés de se laisser glisser sur leurs pieds, tant il

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étoit rapide; dans d’autres endroits il étoit fangeux, et alors ils étoient obligés de s’accrocher aux pointes des rochers. Ce n’étoit qu’un jea pour eux, chaussés comme ils étoient , mais il n’en étoit pas de même pour Edouard , qui se trouva beaucoup plus fatigué qu’il ne s’y étoit attendu.

'"À peine voyoit-ou assez pour distinguer les objets. Là nuit étoit toutà-fait venue lorsqu’ils arrivèrent au pied d’une énorme clairière entourée de rochers très-élevés; il ne restoit plus à nos voyageurs que cette montée à gravir; l’obscurité n’étoit point très-profonde, et le temps étoit assez agréable. Waverley s’arma de courage et continua à marcher d’un pas ferme, mais il envioit en secret la vigueur de ces adroits montagnards, qui ne donnoient pas le moindre symptôme de lassitude , et marchoient toujours avec la même vitesse. Notre héros calcula qu’ils avoient déjà fait environ quinze milles. Le revers de la montagne qu’ils venoient de franchir étoit couvert d’arbres touffus. Là lé chef de la caravane eut line conférence avec sa troupe , d’après laquelle le garde-chasse quitta lê havre-sac qui contenoit léS bagages d’Édouard, le remit à un des domestiques d’Évan, et partit aussitôt avec un des montagnards, en prenant un chemin tont-à-fait opposé à celui que suivoient les trois autres voyageùffe : Wfcéé* v ley demahda te iOotjf de eette Sé-

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partition ; Évan lui répondit que le garde-chasse étoit parti pour un hameau éloigné d’environ trois milles : — Tout me porte à croire, ajouta-t-il, que c’est chez l’honnête Donald Bean Lean que sont ' les vaches; j’ai cru qu’il étoit prudent de nous faire précéder par un de ses amis , car peut-être auroit-il vu de mauvais œil des étrangers le surprendre , pour ainsi dire , dans sa retraite. Édouard n’eut rien à objecter à ces réflexions qui lui paroissoient très-sensées; il se sentit même débarrassé des doutes qui s’étoient élevés dans son esprit en se voyant séparé du garde-chasse, à la merci des montagnards, dans un désert et pendant la nuit. — Je crois que je ferois bien, ajouta Évan , d’aller moi-même annoncer notre visite, car un soldat rouge pourroit causer une surprise désagréable à Donald Bean Lean. Sans attendre de réponse il partit comme un trait et disparut en un moment.

Waverley se trouvoit abandonné à ses réflexions, parce que son nouveau guide, celui qui étoit armé de la hache d’armes , savoit à peine quelques mots d’anglais. Il se trouvoit au milieu d’un bois de pins très -épais, et par conséquent il étoit impossible, vu l’obscurité profonde, de distinguer les traces du chemin ; mais les montagnards paroissoient les trouver par instinct, et marchoient très-rapidement; Édouard les suivoit d'aussi près qu’il pouvoit. Après un très -long

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silence, il 11e put s’empêcher de demander s’ils arriveroient bientôt ? La réponse fut que la caverne étoit à trois ou quatre milles de là; mais que le gentilhomme étant un peu fatigué, Donald pourroit envoyer . . . , qu’il enverroit le curragh. Cette réponse n’apprenoit pas grand’ chose à Kdouard. Que seroit ce curragh : un cheval ? une charrette ? une chaise de poste? Il eut beau réitérer ses questions, il n’obtint pas d’autre réponse que : — oui, oui, ta curragh.

Édouard commença à le concevoir à la sortie du bois, en se trouvant sur les bords d’une large rivière ou lac, où son conducteur lui fit signe de s’asseoir. La lune , qui vint à se lever, lui découvrit la vaste étendue de la rivière qui étoit devant lui, et les formes fantastiques des montagnes qui paroissoient l’environner. Il respiroit avec délices un air pur et frais, embaumé par les fleurs du bouleau : cette halte rétablit peu à peu ses forces presque épuisées.

Il eut le temps de réfléchir long- temps à sa position tout -à -fait romanesque, sur les bords d’une rivière inconnue, sous la direction d’un sauvage dont il n’entendoit presque pas la langue: il avoit entrepris ce voyage pour le plaisir de visiter la caverne d’un chef de voleurs, comme Robin Hood ou Adam de Gordon... La nuit étoit déjà avancée... Son domestique avoit été éloigné

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de lui... Quelle foule de circonstances propres à exercer une imagination naturellement amie du merveilleux ! En supposant qu’il n’eût rien à craindre pour sa vie, du moins ignoroit-il ce qu’il alloit devenir. Ce qui cadroit mal avec ses grandes idées de roman , c’est le motif de sa course pénible et périlleuse. Hélas! c’étoit pour retrouver les vaches du baron... Quelle chute! Il baissa tristement la tète, mais il fut bientôt tiré de ses rêveries par son compagnon , qui le poussa doucement avec le doigt en lui faisant signe de regarder : Édouard aperçut dans le lointain une foible lumière; peu à peu elle augmenta en éclat et en volume , et parut glisser sur l’horizon ; après avoir considéré ce phénomène, il crut entendre <• le bruit des rames; ce bruit augmenta de minute en minute jusqu’à devenir tout-à-fait sensible; il entendit en même temps tin coup de sifflet très-perçant, auquel le porte-hache répondit à ... l’instant, et bientôt une barque, conduite par cinq ou six montagnards, s’approcha de l’endroit où se trouvoit notre héros ; il se leva pour aller au-devant de ses nouveaux compagnons: |j deux d’entre eux le prirent dans leurs bras et le portèrent dans la barque, qui ne tarda pas à s'éloigner avec la plus grande rapidité.

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