‹ Waverley (volume 2)Chapitre 3 sur 50 · YA.VJ£RL£T · texte numérisé non relu

YA.VJ£RL£T

tendues dans l’antichambre? — Si j’avois mis: fBaverley, histoire traduite de l’allemand , quel eût été le lecteur assez borné pour ne pas se représenter un abbé sans mœurs; un dtlc oppresseur ; une association mystérieuse entre les rosecroix et les illuminés; des draps mortuaires, des ombres sanglantes, des cavernes, des machines électriques, des chausse • trappes , des lanternes sourdes, etc.? Si je m’étois avisé de prendre pour second titre: Histoire du sentiment , etc., n’auroisje pas fait deviner une héroïne avec des cheveux châtains , n’ayant que sa harpe pour charmer les ennuis de sa solitude, la portant elle- même soit dans les châteaux , soit dans les cabanes, et voyageant toujours à pied, sous la conduite d’une jeune paysanne dont on ne peut comprendre le jargon?

1 Si j’avois intitulé mon Waverley : Histoire moderne , quel est le lecteur qui 11e se seroit empressé de me demander un tableau du monde fashionable , quelques anecdotes scandaleuses et à peine gazées, une héroïne de Grosvenor - Square , un membre tlu club des Barouches 1 , ou de celui des carrosses à quatre chevaux , avec une bande de personnages secondaires choisis parmi les élégantes de Queen-Anne-Street, ou les héros de Bow-Street-Office ?

‘ Espèce de voiture.

8 ' • \v^,vERX,F.y.

Je pourrois étendre ces détails pour démontrer l ? importance d’un titre, et en même temps pour faire parade de ma vaste science sur la .composition des romans ; j’en ai assez dit. Je n’aurai pas • l’indiscrétion d’ennuyer plus long -temps mon lectehr, impatient sans doute de connoitre de quelle manière un auteur aussi versé dans soft art ^ saura l’intéresser dans le cours de son ouvrage.

En fixant l’époque de cette histoire soixante ans ® van t celle où j’écris, i er novembre i8o5,

^ je suis censé prévenir le lecteur que je ne veux lui retracer ni les exploits d’un chevalier errant , ni les grâces d’un de nos aimables.du jour. Mon hérqs n’aura point de clous à ses souliers, comme c’étoit la mode il y a plusieiys siècles, ni de fers à ses bottes, comme à celles qui retentissent sur lesdallesàBond-Street; mes demoiselles ne seront <» ni enveloppées d’un manteau d’écarlate comme la, lady Alice d’une ancienne ballade, ni réduites* • à la nudité primitive d’une fashionable moderne dans un Roui. .

L’époque que j’ai indiquée annonce que je m’appliquerai plus à peindre les hommes que les coutumes. Une histoire de mœurs ne peut intéxesser le lecteur qu’autant que leur ancienneté les rend vénérables , ou que léur bizarrerie les fait remarquer. C’est ainsi que les cottes de mailles de nos

ancêtres , et lés triples fourrures de nos élégants,

WAVERLET.

peuvent convertir également à tous les héros de roman. Nous en pouvons dire autant des loca- r u ' .

Iités. Les immenses salles des châteaux gothiques, éclairées-par le foible jour de quelques fenêtres très-étroites ; la cuisine enfumée, au milieu de laquelle s’élève une énorme table de chêne couverte dç hures de sanglier, de faisans, de paons, de grues, de cygnes, peuvent fournir le »

sujet d’agréables descriptions. On peut produire un effet bien plus grand encore , en décrivant nos fêtes... Au surplus, on peut voir ces descrip- « ' lions enchanteresses dans un de nos journaux, ayant pour titre : Le Miroir de la Mode.

On conçoit aisément que les récits des bals , des fêtes de nos jours, plairont beaucoup plus que ceux des grandes réunions de famille, des assemblées d’étiquette qui avoient Ueu il y a soixante ans. Convaincu de cette' vérité, j’ai pris le parti de renoncer aux descriptions, et de ne . <*

mettre en scène que les passions du cœur humain.

Ces passions sont les mêmes dans tous les états ' * >>•

de la société : on les trouve sous les corselets

d’acier du seizième siècle , sous les habits brodés du dix-huitième, comme sous le frac uni et le gilet •

blanc de nos jours. On ne peut disconvenir que les lois, les mœurs, les habitudes des temps, ne fassent paroître les passions sous des formes différentes; mais les armoiries restent les mêmes

pour le fond, quoique les couleurs soient changées. La colère terrible de nos pères étoit trèsbienreprésentée par un écusson à gueules rouges; if peignoit aux yeux leurs vengeances sanglantes. De nos jours on peut donner à leurs neveux un écusson à fond de sable ; il indiquera leuç marche lente, sourde, mystérieuse pour se défaire adroitement de leur ennemi!... mais ils ont les mêmes sentiments, les mêmes passions. Le pair orgueilleux , qui de nos jours se cpntente de se servir de son crédit, de son autorité, de ses richesses, pour intenter un procès ruineux à son voisin, est le digne neveu de ce baron qui ne craignoit pas de faire mettre le feu au château de son compétiteur, et l’assommoit de sa main , s’il cherchoit à s’échapper à travers les flammes. .

J’ai tiré le sujet de mon livre du grand livre de la nature, toujours nouveau, malgré les innombrables éditions qu’on en a faites. J’ai eu le bonheur de trouver dafts une partie du nord de l’Écosse des contrastes qui m’ont servi à mettre de la variété dans nies récits , pour rendre mes préceptes de mofale plus agréables, Je sais qu’on rïe doit attendre aucun fruit de ses leçons , si l’on ne trouve le secret de les faire écouter avec plaisir, et cette tâche est bien plus difficile à remplir aujourd’hui qu’elle ne l’étoit il y et soixante ans »,

WA.VKULET.

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