‹ Waverley (volume 2)Chapitre 39 sur 50 · MF · texte numérisé non relu

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cerfs promenoient leurs regards sur leurs ennemis cpii les tenoient bloqués, les chasseurs les plus expérimentés annoncèrent qu’on devoit s’attendre à quelque sortie vigoureuse. Cependant le massacre commença sur tous les points. On n’entendoit de toute part que les aboiements des chiens , les cris des chasseurs et les décharges de ' la mousqueterie. Les assiégés, réduits au désespoir, chargèrent impétueusement les masses qui étoient à leur droite; c’étoit précisément le quartier-général des chefs de clan. L’ordre fut aussitôt donné en langue gallique de se coucher visage . ^ contre terre. Édouard ne comprit pas cet ordre , ■ ■ g mk et son ignorance faillit lui coûter la vie. Fergus s’apercevant du danger , s’élança vers lui, le saisit avec force et le coucha sur la terre au moment même où le troupeau passa sur eux. Il eût été de toute impossibilité de résister à cette masse , et les coups de ces animaux sont très-dangereux.

Sans l’adresse et le courage de Fergus, tout porte à croire que son hôte auroit été immolé. 11 le tint d’une main ferme jusqu’à ce que le torrent fût entièrement passé. Waverley essaya de se lever; mais il se sentit couvert de contusions, et ne tarda pas à s’apercevoir qu’il a voit le pied violemment foulé.

Cet accident amortit un peu la joie bruyante de l’assemblée, quoique les montagnards fussent

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accoutumés à ces sortes de blessures. On dressa

J ; $ de suite une espèce de tente où Édouard fut placé

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sur un lit de feuilles de bruyère. Le chirurgien, ou celui qui s’offrit pour en remplir les fonctions, sembloit à la fois un docteur et un sorcier; c’étoit un vieux montagnard portant une longue barbe blanche qui faisoit encore mieux ressortir • j son teint basané et les rides de son front. Il *£ * 1

n’avoit pour tout habillement qu’une*asaque de • ,1

mm ? . tartan qui lui descendoit jusqu’aux genoux. Il - \

, fit beaucoup de gestes, de cérémonies; en s’ap- , '*

prochant d’Édouard, il fit trois fois le tour du lit,

*<’-> vaV*’* y ayant soin d’aller de l’orient vers l'occident , ainsi 1 J que le fait le soleil. Toute l’assemblée paroissoit attacher la plus haute importance à la réussite de cette opération qu’on appeloit le deasil. Édouard souffroit trop pour être tenté de faire la moindre question; et d’ailleurs comptant peu sur une réponse', il se soumit en silence.

Le vieil esculape saigna très - adroitement Édouard avec une ventouse. Il fit bouillir plu- ^ * j plantes dont il forma une ambrocation , * JÎ ^

soin de marmoter certaines paroles mafomenta ensuite la partie souffrante,

«v ; ■ murmurant toujours des prières ou des charmes m •'*' magiques peut-être, car Waverley ne put distiu-

guer que les mots : Gaspar-Melchior-Baltliazar- Max-Prax-Fax. Les fomentations ne tardèrent

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pas à soulager le malade, ce que notre héros attribua aux sucs des herbes et à l’effet de la chaleur; mais l’assemblée ne doutoit pas que le soulagement qu’éprouvoit le malade ne provînt des paroles magiques qu’on avoit prononcées sur lui. On apprit à Édouard que toutes les plantes s dont on s’étoit servi avoient été cueillies pendant la pleine lune, et que l’herboriste en les cueillant n’avoit cessé de réciter ces paroles puissantes:

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Je te salue , herbe diviue.

Jadis cueillie en Palestine,

Au mont sacré des Oliviers !

Grâces à tes sucs nourriciers ,

Tu peux rappeler â la vie Les malades presque mourans.

Au nom de la vierge Marie Je viens te cueillir dans nos champs.

Édouard ne vit pas sans quelque étonnement que Fergus, malgré l’éducation qu’il avoit reçue, ' partageoit la superstition de ses compatriotes. Peut-être pensoit-il qu’il agiroit d’une manière peu politique en paroissant ne pas adopter une croyance généralement reçue ; peut-être n’avoitil jamais réfléchi sérieusement sur ces matières, ou peut-être enfin n’étoit-il pas tout-à-fait débarrassé du joug de ces idées superstitieuses , quoique ses discours semblassent annoncer un homme au-dessus des préjugés. Waverley ne se permit ' aucune réflexion sur la manière dont on l’avoit

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soigné ; mais il paya son docteur avec une générosité qui surpassa de beaucoup ses espérances. Celui-ci fit tant de remercîmens en langues anglaise et celtique, que Mac-Ivor fut indigné de cet excès de reconnoissance ; il y mit fin par un jurement énergique : Ceade mi/lia molighiart.

( Mille malédictions sur toi ! ) En même temps il le poussa par les épaules hors de la tente.

Quand Waverley fut seul, la douleur et la fatigue le plongèrent bientôt dans un sommeil profond, quoique troublé par un peu de fièvre; il dut sans doute ce repos à la potiôn qu’il avoit • avalée, espèce d’opiat que le vieux montagnard V avoit extrait de plusieurs plantes.

La joie générale avoit été troublée par ce malheureux accident ; Fergus et ses amis montrèrent les regrets les plus vifs, et délibérèrent sur les moyens d’emmener le jeune étranger. Mac-Ivor fit préparer un brancard avec des branches de bou- ; leau , et ses vassaux transportèrent W averley avec / tant d’adresse, qu’il n’est pas improbable qu’ils soient les ancêtres de ces robustes Celtes qui ont de nos jours le bonheur de transporter en chaise à porteur les belles d’Édimbourg dans dix Roufs 1 différents dans la même soirée.

' ; Quand Waverley fut élevé sur leurs épaules, il jouit avec satisfaction de l’effet pittoresque

• ■ 1 Assemblées.

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produit par le départ de ce camp du désert.

Les différentes tribus se réunirent au Pibroch ** de leur clan, conduites par leur chef patriarcal. jÇi Quelques-unes déjà parties étoient aperçues graij \

vissant les détours des montagnes, ou descendant les gorges qui conduisoieut au lieu de l’action.

L’oreille étoit parfois frappée , quoique faiblement, du son de leurs cornemuses. D’autres for- '. *

moient des groupes mouvants sur la pelouse; les plumes de leurs bonnets et leurs larges plaids flottoient au gré des vents du matin, tandis que , ’ leurs armes brillantes réfléchissoient les rayous du soleil levant. Plusieurs chefs s’empressèrent - * •

de témoigner à Waverley leur crainte de ne pas le voir de long-temps à même de partager leurs amusements; mais Fergus eut l’attention d’abréger la cérémonie des adieux. La tribu d’Ivor se ' •

trouva bientôt entièrement réunie et rangée en ordre de marche. Fergus donna le signal du dé- - ’ . :

part , par un autre chemin que celui qu’ils avoient . ✓ s suivi en venant. Il annonça à Waverley q« une .* partie de ceux qui l’accompagnoient avoient une expédition à faire; que, lorsqu’ils seroient arrivés - v .

chez un gentilhomme de ses amis, il le confieroit .* - .à ses soins, et qu’il seroit obligé de s’absenter pour • , •* quelques jours. — Soyez assuré, lifi dit-il, qu’iP. *. - aura pour vous tous les égards que vous méri- * / tçz... Je ne tarderai pas à reyenir. t ; ’v' ,*

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Waverley fut surpris de ce que Fergus nie lui avoit pas parlé de son projet; mais il ne jugea pas convenable de lui faire des questions à cet égard.

La plupart des tenanciers partirent en avantgarde sous la conduite du vieux Ballenkeiroch ej d’Évan D’hu Mac-Combich; tous paroissoient animés de la joie la plus vive; il ne resta que quelques hommes auprès du chef, pour lui servir d’escorte. Fergus marchoit à côté de la litière d’Édouard , et ne cessoit de s’occuper de lui de la manière la plus affectueuse. Après une marche longue et pénible, ils arrivèrent chez l’ami de Fergus, qui avoit fait les préparatifs que comportoient sa situation et son état ; il parut enchanté de l’honneur que lui faisoit le jeune étranger en " consentant à devenir son hôte. Édouard admira dans ce vieillard les restes de l’antique simplicité. Ses vêtements provenoient des productions de ses domaines : la laine de ses brebis en avoit fourni le tissu , ouvrage de ses serviteurs. C’étoit avec le suc des herbes et des lichens des montagnes voisines qu’il lui avoit donné la couleur du tartan. La toile de son linge avoit été faite' 'avec le chanvre qu’il avoit récolté et que ses filles avoient préparé ; les mèts simples mais abondants qui couvroient sa table, provenoient de sa basse-cour, de ses étangs et de son jardin.

Comme son cœur étoit étranger à toute espèce

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d’ambition , peu lui importoit de commander à des vassaux ; il se trouvoit heureux de couler des jours paisibles sous la protection de Vich Ian Vohr et de quelques autres chefs non moins entreprenants. Il est bien vrai que souvent les jeunes gens nés sur ses terres le quittoient pour aller servir sous les ordres de ses amis ; mais ses vieux domestiques, peu nombreux, secouoient la ’ tête lorsqu’ils entendoient reprocher à leur maître son manque de hardiesse et de courage : Ah! di- / soient-ils d’après un vieux proverbe , lorsque le vent soufjle doucement , la pluie tombe long-temps.

Ce bon vieillard , dont la bienveillante hospitalité • n’avoit point de bornes, se seroit fait un devoir de témoigner les plus tendres égards à Waverley, eût- il été le dernier paysan anglais. Il suffisoit, à ses yeux, qu’il fût malade et souffrant pour qu’il le reçût bien ; mais le titre d’ami de Fergus le fit considérer comme un dépôt précieux qui méri- ' toit toute sa sollicitude et la prévenance la plus attentive.

Mac-Ivor, après avoir témoigné à Waverley peut-être plus d’inquiétude que ne demandoit sa position , lui fit ses adieux et lui promit de revenir sous peu de jours. — J’espère, dit-il, qu’à ~ mon retour vous serez en état de montera cheval pour retourner à Glennaquoich. Le lendemain, le vieux hôte de notre malade lui apprit que son

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« ami s’étoit mis en marche «lès la pointe du jour;

• qu’il avoit emmené tout son monde, à l’excep- ' A lion de Callum Reg son affidé, et qu’il lui avoit donné l’ordre de ne pas perdre son ami de vue,, et de lui obéir comme à lui-même. Waverley s’informa si l’on connoissoit le but du voyage de Mac-Ivor; le vieillard arrêta ses regards sur '» lui d’un air mystérieux, et se contenta de sourire. Waverley renouvela sa question, et son hôte lui répondit en citant un proverbe :

Pourquoi le messager jadis fut -il pendu ?

C’est qu’011 lui demanda tout ce qu’il avoit vu.

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Il alloit continuer, mais Callum Beg ne lui en laissa pas le temps. — Le chef ( Ta Ttghearnach ) -, dit-il, n’aimoit pas qu’un hôte étranger fit beaucoup de questions. Waverley sentit qu’il désobligeroit son ami , s’il cberchoit à connoltre d’un autre ce qu’il n’avoit pas jugé à propos de lui communiquer lui -même.

Il seroit tout-à-fait déplacé de tracer les progrès du rétablissement de la santé de notre héros; ■ cinq jours s’étoient à peine écoulés, qu’il se sentit ■ . en état de marcher à l’aide d’un bâton , et que - • Fergus revint avec six de ses gens.

Son visage paroissoit rayonnant de joie; il félicita son ami sur sa prompte convalescence, et, trouvant qu’il ponvoit monter à cheval , il lui V " -Y* v - ‘

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proposa tle partir de suite pour Glennaquoich. Cette proposition fit le plus grand plaisir à Waverley , car il n’avoit cessé de voir la belle Flore daus ses rêves.

Ils ont bientôt franchi les côteaux , les vallons , Les tourbières, les marécages.

Fer gu s se tint constamment auprès de son ami pendant toute la route, et ses mirmidons ne s’éloignèrent que pour tirer sur quelques chevreuils ou sur quelques coqs de bruyère. Le cœur de Waverley battit avec force lorsqu’il aperçut la vieille tour de Ian Nan Chaistel, et surtout lorsqu’il put distinguer la belle Flore qui venoit à sa. . rencontre.

Fcrgus, avec sa bonne humeur accoutumée, lui cria de loin: — Incomparable princesse! ouvrez les portes au Maure Abindares, que son ami Rodrigue de Narvaez, connétable d’An tiquera, amène dans votre château!... Ou bien, si vous le préférez, ouvrez au vaillant marquis de Mantoue, qui tremble pour les jours de son malheu-^* . reux ami presque mourant , Baldovinos de la Montagne 1 !... Que tes cendres reposent en paix,» '

■ Allusion à ce passage du premier livre des Aventures rfç- \ . Don Quichotte. . A V . 1

Abraarnuestras merccdes al senor Baldavulqs , y al sentir marques de Man- k . * • tua , que mien mal hcridn , y al senor moro Abcndarracs , que une caution »7 valeroso Rodrigo de Narvaez. • • / ; J

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ingénieux Cervantes! Comment pourrois-je.sans te citer, faire comprendre mes plaintes à la belle romanesque de ce château !

Flore s’approcha et reçut Édouard avec les démonstrations de la plus sincère affection et de la plus vive inquiétude sur son malheureux accident, qu’elle connoissoit déjà. — Mon cher Fergus, dit-elle, comment avez-vous pu veiller avec aussi peu de soin sur la sûreté de votre hôte?... devoit-il s’attendre à cette indifférence? Édouard s’empressa de disculper son ami, qui, dans le fait , lui avoit sauvé la vie au péril de la sienne.

Après les premiers compliments , Fergus dit quelques mots à sa sœur en langue gallique, et les joues de la belle Flore furent bientôt inondées de larmes , que la dévotion ou le contentement paroissoit faire couler; elle leva ses beaux yeux au ciel, et joignit ses mains pour le remercier. Une minute s’étoit à peine écoulée, qu’elle remit -à Waverley des lettres qu’on avoit envoyées de * Tully-Veolan pendant son absence; elle en remit '. d’autres à son frère, ainsi que plusieurs numéros du Mercure Calédonien , la seule gazette publiée alors sur cette rive-nord du Tweed.

Les deux amis se retirèrent pour examiner leurs * dépêches; Waverley vit bientôt que les siennes demandoient la plus sérieuse attention.

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