‹ Waverley (volume 2)Chapitre 40 sur 50 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Nouvelle» d’Angleterre.

Les lettres qu’Édouard avoit reçues d’Angleterre , jusqu’à cette époque, ne nous ont pas paru mériter d’être communiquées au lecteur. Son père lui écrivoit de manière à faire croire que les nombreuses affaires de son emploi ne lui laissoient pas un moment de loisir pour s’occuper de sa famille. Il le chargeoit de rendre ses devoirs à plusieurs personnes de rang en Ecosse; mais Waverley,tout entier aux amusements que lui avoient offerts les châteaux de Tully-Veolan et de Glennaquoich, n’avoit pas cru devoir s’occuper du soin de remplir des commissions qu’on ne faisoit que lui indiquer; d’ailleurs sa permission de s’absenter du régiment étoit trop limitée pour qu’il eût le temps de faire de longues courses. Les dernières lettres de son père l’engageoient , d’un ton de mystère, à continuer de servir, lui laissant entrevoir un avancement rapide. Celles de son oncle étoient d’une nature bien différente ; elles étoient courtes : car l’honnête baronnet ne ressembloit en rien à ces correspondants encyclopédistes qui

remplissent jusqu’à la marge de leurs feuillets, et trouvent à peine la place de mettre leur signature ; mais elles étoierit remplies de la plus tendre affection. Tl faisoit parfois des allusions sur ses nouveaux hôtes, lui demandoit souvent en quel état se trouvoient ses finances ; et surtout de quelle manière se conduisoient les recrues qu’il avoit emmenées avec lui. Sa tante Itachel lui recommandoit fortement de 11e pas oublier ses principes de religion, et de se prémunir coutre les brouillards écossais, qui, à ce qu’elle avoit entendu dire, mouilloient un Anglais jusqu’aux os. Aussi lui répétoit-elle, de ne jamais sortir le soir sans redingote, et d’avoir toujours un gilet de flanelle. M. Pembroke n’avoit écrit qu’une seule foisà notre héros : mais sa lettre étoit six fois plus longue que celles qu’on écrit de nos jours : elle n’avoit pas moins de dix énormes pages d’une écriture trèsserrée; c’étoit le précis d’un manuscrit in- 4 °, d’additions et corrections aux deux traités remis à Waverley avant son départ. Se réservant de lui envoyer par la première occasion favorable , l'ouvrage entier , trop volumineux pour le mettre à la poste, il lui donnoit avis qu’il lui adressoit aussi quelques brochures nouvelles , non moins curieuses qu’intéressantes, qui sortoient des presses d’un de ses amis. Depuis quelque temps il entretcnoit une correspondance suivie avec sou ami le

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libraire de la Petite Bretagne ' } plusieurs rayons de la bibliothèque du château se trouvoient chargés de pamphlets, et l’on présentoit régulièrement une fois par an à sir Éverard un mémoire, en nombres ronds, dont le montant n’étoit jamais exprimé que par trois chiffres , et dûment acquitté par Jonathan Grubbet, imprimeur- libraire à la Petite Bretagne.

Telles étoient , les lettres qu’Édouard avoit reçues jusqu’à ce jour; celles qu’on lui remit à Glennaquoich étoient bien d’une autre impor- • tance. J’aurois beau les transcrire littéralement,* le lecteur ne pourrait comprendre le motif qui les avoit fait écrire, s’il n’examine un moment la situation des affaires politiques, et les divers agitations du cabinet de Saint-James à cette époque.

Il y avoit, comme ce n’est pas rare, deux partis dans le ministère. Le moins nombreux cherchoit à suppléer à sa faiblesse par ses intrigues et par son infatigable activité dans ses projets ambitieux.

Il s’étoit fait depuis peu quelques nouveaux prosélytes, ce qui lui donnoit l’espoir de supplanter le parti rival dans la faveur du roi , et d’obtenir la prépondérance dans la chambre des communes.

On n’avoit rien négligé pour s’attacher Richard Waverley ; cet honnête gentilhomme avoit su,

* Quartier de Londres. : ‘ * * » :* ■ i T y '''t '

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par une conduite prudente et réservée , par son attention à l’étiquette autant qu’à la substance

• des affaires, parvenir à passer pour un politique profond. Il possédoit au suprême degré l’art de ne point se montrer à découvert, de cacher la médiocrité de ses moyens sous des phrases banales qu’il ne plaçoit qu’à propos. Loin d’imiter ces jeunes orateurs dont l’éloquence brillante ne consiste qu’en métaphores hardies, dont la

. chaleur factice s’évapore en fumée, il avoit su passer pour un homme doué d’un talent réel et de bon usage , comme disent nos dames en choi-

• sissant leurs robes de soie pour leur parure de tous les jours , quelles ne confondent pas avec le tissu plus brillant que solide des robes du dimanche.

Cette idée sur M. Richard Waverley étoit si générale, que le parti dont nous venons de parler 11’hésita pas à lui proposer une place très-élevée, si les changements qu’on méditoit avoient lieu. Il ne s’agissoit pas, il est vrai, de le nommer ministre ; mais son emploi devoit être plus honorable et plus lucratif que celui qu’il exerçoit.

.. Richard ne put résister à cette double tentation. Quoique le personnage marquaut qu’il s’agissoit

. de supplanter fut son protecteur, il ne balança pas à seconder les attaques dirigées contre lui. Malheureusement trop de précipitation fit découvrir cette machination ténébreuse; toutes les

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personnes attachées au gouvernement qui se trouvèrent impliquées dans cette conspiration , et qui n’eurent pas la sage prévoyance de donner leur démission, furent informées officiellement que le roi n’avoit plus besoin de leurs services ; Richard fut de ce nombre. Comme il étoit, aux yeux du ministre, coupable d’une noire ingratitude, sa destitution fut conçue en termes de mépris et de reproches. Le public et même le parti qu’il avoit voulu servir ne plaignirent pas beaucoup la chute de cet homme d’État, qui n’avoit eu pour guide que son amour-propre et ses intérêts. Richard se retira à la campagne, et eut à regretter son rang et ses émoluments, qui ne lui étoient pas moins chers que la gloire.

La lettre qu’il écrivit à son fils pour lui faire part de cet événement, étoit un chef-d’œuvre dans son genre, Aristide n’avoit pas été plus malheureux. Un monarque injuste, une patrie ingrate , tel étoit le refrain de chaque paragraphe. Il parloit de ses longs services , de ses nombreux sacrifices, quoiqu’il eût été largement payé des premiers, et qu’on fût embarrassé de dire en quoi consistoient les autres, si ce n’est d’avoir quitté, non par conviction, mais par l’espoir du lucre, les principes que sa famille professoit. La modération l’avoit abandonné entièrement dans les derniers paragraphes de sa lettre ; il parloit

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de se venger, cl recommandent vivement à son

fils de saisir la première occasion pour se démettre de son emploi. — L’honneur vous en fait un devoir, lui disoit-il, l’affront qu’on a fait à ,i

votre père retombe sur vous; ne perdez pas un moment pour rompre vos engagemens; que votre démission parte à l’instant même où ma lettre vous parviendra : votre oncle partage mes désirs, et doit vous le faire connoître.

Édouard ouvrit la lettre de son oncle. Le malheur de son frère lui avait fait oublier tous ses torts et l’opposition de leurs principes politiques.

Se trouvant trop éloigné de la capitale pour être informé du véritable motif de la disgrâce de Richard, loin de les attribuer à ses intrigues ambitieuses , le bon et crédule baronnet n’y vit qu’une nouvelle preuve de l’injustice du gouvernement actuel. — Il est bien vrai, se disoit-il, et il en fit même part à son neveu , que sir Richard n’auroit point éprouvé une injustice semblable, la première dont la famille de Waverley avoit à rougir, s’il n’eùt pas oublié ce qu’il devoit à son nom, en acceptant de l’emploi d’un pareil gouvernement : je suis persuadé, ajoutait -il, qu’il sent aujourd’hui toute l’énormité de sa faute , et •

j’aurai soin de veiller à ce qu’il n’ait pas lieu de regretter les gratifications qu’il recevoit; notre famille n’a pas besoin «le secours !

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Sir Evrard partageoit l’opinion de son frère, concernant la nécessité où se tronvoit leur héritier présomptif de ne plus rester dans un poste qui l’exposoit à recevoir une injure semblable à celle que son père venoit d’éprouver. Il invitoit Edouard à prendre le moyen le plus sûr et le plus prompt pour faire parvenir sa démission aux \ 1 bureaux de la guerre. — N’y mettez pas plus d’égards ni de politesse, ajoutoit- il, qu’on n’en a eus pour votre père. Il le chargeoit en même temps d’un million de compliments pour le baron de Bradwardine.

Sa tante s’exprimoit d’une manière plus ouverte encore. Elle regardoit la disgrâce de son • frère comme la juste punition du forfait qu’il avoit commis en oubliant les liens sacrés qui l’attachoient à son légitime souverain , quoique exilé, et d’avoir eu la bassesse de prêter serment d’obéissance à l’usurpateur. Sir Nigel Waverley son grand-père n’eut jamais cette lâche complaisance ni pour le parlement, ni pour Cromwel, disoit-èlle, quoique son refus l’exposât à perdre sa fortune et la vie. Elle espéroit que son cher Edouard marcheroit sur les traces de ses ancêtres, et qu’il s’empresseroit de quitter les signes d’esclavage qu’il avoit eu le malheur d’arborer; qu’il regarderoit les chagrins que son père avoit éprouvés comme un avertissement du Ciel, qu’on ne*

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viole jamais impunément le serment cle fidélité. Elle le chargeoit aussi d’offrir ses compliments au baron de Bradwardine; de lui dire si ce gentilhomme prenoit toujours beaucoup de tabac; s’il aimoit encore la danse comme il l’aimoit il y a trente ans, et si miss Rose, sa fille, étoit assez âgée pour porter une belle paire de boucles d’oreilles qu’elle avoit le projet de lui envoyer comme un gage de son amitié.

Le lecteur présume bien que ces lettres remplirent Waverley de la plus vive indignation.

• D’apres les études frivoles qu’il avoit faites , il n’avoit aucune opinion arrêtée qui pût contenir son ressentiment. Il ignoroit entièrement la véritable cause de la disgrâce de son père; il ne connoissoit pas les détours de la politique, et n’avoit pas la moindre idée des intrigues où son père s’étoit engagé. L’impression que les divers

. partis qui existaient alors avoient faite sur son esprit n’étoit point favorable au gouvernement présent : on n’en sera point étonné si l’on réfléchit à la société qu’il avoit constamment fréquentée au

• château de Waverley. Il partagea donc le ressentiment des personnes qui avoient le droit de lui donner des conseils et des ordres; on pourroit peut-être ajouter à ces motifs déterminants l’ennui qu’il avoit supporté dans la garnison, et son infériorité parmi ses camarades pour les connois-

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sauces militaires. Sa détermination n’eût pas déjà été irrévocablement prise, que la lettre de son colouel auroit suffi pour lever tous ses doutes et tous ses scrupules : comme elle est courte, nous allons la transcrire mot pour mot.

«Monsieur,

« J ai poussé plus loin que je ne le devois l’in- « dulgence que ra’inspiroient les sentiments de « mon cœur et la charité chrétienne pour des « fautes que je n’attribuois qu’à l’inexpérience de « la jeunesse. Comme ma condescendance n’a « pas eu 1 effet que j en attendois, je me vois forcé « par les circonstances critiques où nous nous « trouvons d’employer le seul remède qui soit « en mon pouvoir.

« Je vous ordonne donc de rejoindre le régi- « ment dans le délai de trois jours à compter de « la date de ma lettre. Faute par vous de vous « conformer a 1 ordre que je ne vous donne qu’à « regret, je ferai mon rapport au commissaire « général, et je vous signalerai comme absent « sans permission; il prendra, n’en doutez pas,

« des mesures qui ne me seront pas moins désa- « gréables qu’à vous-même.

« Votre très-humble serviteur , J. G. — , '

Lieùtcn ant- colonel , commandant le — régiment « de dragons . .

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La lecture de cette lettre fit bouillonner le sang de Waverley. Il étôit accoutumé dès son enfance à disposer de son temps comme bon lui sembloit. et cette habitude lui reudoit la discipline militaire tout- à- fait désagréable. Ce n’étoit pas la première fois qu’il s’en apercevoit; il s’étoit bercé de l’espoir qu’on u’agiroit jamais rigoureusement envers lui ; la conduite passée de son colonel l’avoit confirmé dans cette opinion , et il ne trouvoit rien dans la sienne qui eût dû porter son commandant à cet acte de rigueur, si ce n’est les craintes qu’il lui avoit manifestées dans sa première lettre. - Pourquoi, se disoit-il, un homme

qui me témoignoit un si tendre intérêt a-t-il pris subitement un tou si dur et si insolent?

En réfléchissant sur le contenu des lettres qu’il venoit de recevoir de sa famille, il ne douta pas qu’on n’eût le projet de faire peser sur lui le même abus de pouvoir qu’on avoit fait éprouver à son père , et que les auteurs de cette trame infernale ne cherchassent à dégrader tous les membres de la famille de Waverley.

Édouard écrivit de suite quelques lignes d’un style très-froid à son colonel ; il le remerciât des bontés qu’il avoit d’abord eues pour lui, et il Vémoignoit ses regrets de ce qu’il avoit pris un ton qui paroissoit n’avoir d’autre but que de le dégager de tout lien de reconnoissance et d’at-

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tacheraent. Il le prévenoit que ühonneur lui comrnandoit impérieusement de donner sa démission, pour mettre fin à la pénible correspondance qu’il venoit d’entamer, et il le prioit d’avoir la complaisance d’en faire part à qui de droit.

Lorsqu il eut terminé cette épître magnanime, il se trouva un peu embarrassé sur la manière dont il devoit rédiger sa démission , et se décida à consulter son ami. Il est bon d’observer en passant que la vivacité que Fergus mettoit dans ses discours, dans ses actions, et ses déterminations, avoit fait la plus forte impression sur l’esprit de Waverley; il sentoit qu’il avoit peutêtre autant d’intelligence que le jeune chef de tribu, mais qu’il lui étoit bien inférieur pour le coup -d’œil prompt et rapide dans les circonstances difficiles, et pour ce tact des convenances que l’habitude de vivre dans le grand monde lui avoit donné.

Lorsqu’Édouard rencontra Fergus, ce dernier s’occupoit encore à lire, en marchant, les papiers publics; et, peu satisfait des nouvelles qu’ils lui donnoient : — Capitaine Waverley, lui dit-il, vos lettres font -elles mention des étranges événements que les journaux m’ont annoncés? En disant ces mots, il lui remit le journal qui rapportoit, dans les termes les plus amers, la disgrâce de sir Richard. Cet article étoit sans doute extrait

de quelque gazette de Loudres; un autre paragraphe commençoit de la manière suivante :

On dit que ce même Richard n’est pas le seul

de la famille de W.v.rl.v qui ait donné l’exemple de cette versatilité d’opinion et de principes.

( Voyez la gazette de ce jour.) Notre héros prit d’une main tremblante le numéro qu’on lui mdiquoit, et lut ce qui suit : — Édouard Waverley, capitaine de dragons, prévenu d’avoir quitté son corps sans permission, est remplacé dans son grade par le lieutenant Julius Butler.

Notre héros frémit d’indignation et de rage.

Quoi! disoit-il, moi qui ne respirois qu’hon-

neur et que gloire , je deviens la risée du public sans l’avoir mérité!., sans avoir été prévenu!— -En comparant la date de la lettre de son colonel; et de l’article du journal, il vit que la menace de faire un rapport contre lui avoit été mise à exécution sans qu’on eut daigné s informer si elle lui étoit parvenue, et s’il se mettroit en devoir d obéir; il en conclut que c’étoit un plan concerté pour le déshonorer. Il fit d’inutiles efforts pour cacher l’émotion qui l’oppressoit, ses yeux se remplirent de larmes, il se laissa tomber dans les bras de Fergus. •

Mac Ivor n’avoit pas le défaut d etre insensible au chagrin de ses amis. Indépendamment de certain plan qu’il avoit formé dans sa tête,

Waverleÿ lui iuspiroit le plus vif intérêt ; il partagea sincèrement sa juste indignation, et vit de suite que la disgrâce de son ami avoit d’autres motifsque ceux du colonel; mais il ne pouvoit concevoir que celui-ci, qui passoit pour un homme d’honneur et plein de loyauté, eût pu participer à cette œuvre d’iniquité. Il 11’oublia rien pour calmer notre héros, et tâcha surtout de tourner ses idées vers l’espoir d’une vengeance éclatante. Édouard saisit avidement cette idée. — Me ferezvous le plaisir, dit-il, de porter un cartel au colonel, cher Fergus? vous me rendrez un service que je n’oublierai de ma vie!

— Soyez bien persuadé, lui répondit Fergus, que je me ferois un devoir sacré de remplir vos intentions, si je pouvois croire que cette démarche put rétablir votre honneur; mais je ne dois pas vous dissimuler que je doute que votre colonol’' veuille vous rendre raison des mesures qu’il a prises contre vous; car enfin, quelque rigoureuses qu’elles soient, elles ne dépassent pas les bornes de son autorité. Il est possible, d’après ses nouveaux principes, qu’il croie pécher mortellement en acceptant un duel; il ne craindra pas d’être accusé de manquer de courage, parce qu’à cet. égard sa réputation est faite depuis long-temps : d'ailleurs.... j’ai..,, à vous dire la vérité.... je n’aimerois pas trop à m’approcher d'une ville de

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garnison , dans les circonstances oii nous nous trouvons. — Je suis donc obligé de supporter mon injure !... Toute vengeance m’est interdite 1 — Vengez-vous avec la tête et non avec la main : faites tomber les effets de votre juste vengeance non sur de malheureux instruments de la tyrannie, mais sur ce gouvernement oppresseur pour qui l’injustice, l’insulte, l’ignominie ne sont qu’un jeu; c’est sur lui-même que votre ressentiment doit tomber. — Attaquer le gouvernement! — Oui, le gouvernement usurpateur... Votre grand-père eût préféré servir l’enfer, plutôt que la maison de Hanovre... — Depuis cette époque, nous comptons deux rois de cette dynastie. — Je n’en disconviens pas; mais, dites-moi, parce que nous avons donné le temps à ces usurpateurs de montrer leur véritable caractère ; parce que nous avons supporté patiemment le joug;.. .que nous avons même consenti à accepter d’eux des emplois (ce qui leur a fourni l’occasion de nous insulter et de nous humilier) , devons-nous rester insensibles à des itij ures dont l’idée seule fit frissonner nos pères ?... La cause de la maison de Stuart est-elle moins juste, moins légitime , parce qu’elle est représentée par . un prince entièrement étranger aux. prétendus crimes qu’on a osé reprocher à son père ? X • — Essuyez vos larmes et rapportez- vous-en à

moi sur les moyens de vous venger. A lions trou-

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ver ma^œur, qui nous donnera des détails sur tout ce qui s’est passé pendant notre absence; mais avant tout, ajoutez un post-scriptum à votre lettre : dites à votre huguenot de colonel que vous êtes fâché de la peine qu’il s’est donnée ; que, s’il eût attendu un jour ou deux, il eût reçu votre démission sans la demander.

Le paquet de lettres fut remis à un commissionnaire afûdé, pour les porter au bureau de poste le plus voisin.

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