CHAPITRE XXXI
Interrogatoire.
Le major Melville Cairnvreckan , étoit un
vieux gentilhomme qui avoit passé sa jeunesse dans la carrière des armes : il reçut M. Morton avec cordialité , et le prisonnier avec une politesse que les circonstances équivoques dans lesquelles il se trouvoit rendoient froide et gênée. S’étant informé de la blessure du maréchal ,
et voyant qu’il en étoit quitte pour la peur, et que le prévenu avoit été forcé de se défendre, il termina cette affaire en faisant remettre une petite somme à celui qu’on avoit cru mort.
— Je désirerois bien sincèrement, dit-il à Waverley, que tous mes devoirs fussent remplis ; mais je suis obligé de vous demander quel est le motif qui vous fait voyager dans ce pays, par les temps malheureux où nous nous trouvons ?
Ebenezer Cruikshanks s’approcha du magistrat pour lui faire part des soupçons qu’il avoit conçus sur la manière dont Callum Beg s’étoit évadé. — Son cheval , ajouta-t-il , appartient à
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, Vieil Ian Vohr; mais je ne vouilrois pas qu il sût ce que je vous dis , parce que sa race infe^ale est . ' capable de venir brûler ma maison pendant la nuit. 11 finit par faire valoir le service important qu'il avoit rendu à l’Église ainsi qu’au gouvernement, en arrêtant (avec l’assistance du Créateur, dit-il modestement ) un complice du formidable Vich Ian Vohr. — J’espère, ajouta-t-il, qu’on me dédommagera des dangers auxquels je me suis exposé , de la perte de mon temps , et du chagrin que j’éprouve d’avoir voyagé le saint jour
du dimanche.
Le major Melville luï dit avec beaucoup de gravité . __ Au lieu de réclamer la récompense de vos prétendus services , vous devriez demander le pardon de votre coupable négligence à vous conformer à la dernière ordonnance qui défend à tout aubergiste de loger un étranger sans en avertir le magistrat le plus voisin. Quant à vo* principes de religion et de loyauté, vous avez su faire taire votre conscience pour profiter de l’occasion, et doubler le prix du louage de votre cheval.... Comme il ne m’appartient pas de pro- . nonçer seul sur un délit de cette nature ,qe me réserve d’en rendre compte à la session du tri- ’ mestre prochain. — L’aubergiste se retira triste
et confus. , ■ * . ...
-Le major Melville ordonna à tous les villageois
de rentrer chez eux ; excepté deux qui remplissoient les fonctions de constables : il les fit passer dans une pièce voisine, et ne garda avec lui que Ms Morton, le greffier et Waverley. Le plus profond silence régna pendant quelque temps. Le major Melville examinoit les traits du jeune prévenu, d’un air plein de compassion; de temps en temps il jetoit les yeux sur un papier qu’il tenoit à la main. — Quel est votre nom ? demanda-t-il à notre héros. — Édouard Waverley. — Je m’en . doutois.... Capitaine de dragons, neveu de sir Éverard Waverley? — C’est moi....
— Jeune homme ! je suis bien fâché de la tâche que mon devoir m’oblige de remplir.
— Puisque c’est votre devoir. Monsieur, vous n’avez pas besoin d’excuses.
— "Vous avez raison : permettez-moi donc de
vous demander de quelle manière vous avez employé votre temps depuis que vous avez obtenu là permission de vous absenter de votre régiment. •>'
— Avant de répondre à cette question générale , permettez-moi de vous demander à mon tour de quoi je suis accusé, et quelle autorité m’impose l’obligation de répondre à vos questions ? * ® s
— » L’accusation dirigée contre vous, M. Waverley, est de la nature la plus grave, et vous-
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compromet fortement, comme citoyen et comme militaire. Vous êtes accusé d’avoir semé 1 esprit de rébellion parmi les hommes placés sous votre commandement ; et de leur avoir donné l’exemple de la désertion en prolongeant arbitrairement votre congé, au mépris des ordres réitérés de votre colonel... Vous êtes accusé de haute -trahison en prenant les armes contre votre roi.... On ne sauroit se rendre coupable de crimes plus grands. — Quelle autorité m’ordonne de répondre à de semblables calomnies? — Une autorité dont vous ne ‘disputerez pas la légitimité. — Le major Melville lui mit entre les mains un mandat d’arrêt en bonne forme, lancé par la cour royale d’Écosse contre Édouard Waverley , suspecté de trahison , de trames et menées perfides, etc.
L’étonnement dont Édouard fut frappé à la lecture de ce mandat d’arrêt , parut au major Melville une preuve qu’il se sentoit coupable, tandis que M. Morton le regarda comme l’expression de l’innocence injustement accusée. Il y avoit quelque chose de vrai dans ces deux conjectures. Quoiqu’Édouard se sentît innocent des crimes qu’on lui imputoit, en jetant un coup-d’œil rapide sur sa conduite, il ne pouvoit se dissimuler qu il lui seroit bien difficile de se justifigf pleinement.
— C’est une des parties les plus pénibles de cette malheureuse affaire , reprit le major Mel-
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ville, <!|ue, dans une accusation aussi grave, je sois forcé de vous inviter à me communiquer tous -vos papiers. ‘ < T
— Vous allez être satisfait sur-le-champ, répondit Édouard en mettant son portefeuille sur la table, il n’y a qu’une pièce que je vous prierais de ne point examiner.
—Je crains de ne pouvoir condescendre à vos désirs.
— Eh bien ! Monsieur, lisez-la; mais, comme je crois qu’elle ne peut vous être d’aucune utilité, j’ose espérer que vous me la rendrez.
— Il tira de son sein la lettre qu’il avoit reçue le matin et la présenta dans son enveloppe. Le major la lut en silence et donna l’ordre à sou greffier d’en fairè une copie qu’il mit dans l’en- .veloppe, et rendit l’original à Waverley d’un air grave et triste. a
Après avoir donné au prisonnier le temps de recueillir ses idées, il reprit son interrogatoire , et son greffier eut soin de transcrire littéralement les questions et les réponses.
' — Monsieur Waverley, dit le major, connaissezvous le sieur Humphry Hougthon , sous - officier dans votre régiment? , • .• s- -A *
— Je le connois très-bien : il étoit brigadier dans ma compagnie, et fils d’un des fermiers de mon oncle. - v . * .
WAVÏM-KY.
— Très -bien : n’avoit-il pas votre confiance? îTétoit-il pas le dépositaire de tous les secrets de
ses camarades?
— Je n’ai jamais eu besoin d’un pareil homme pour confident. Je l’aimois, parce qu’il étoit trèsactif et très- intelligent ; je crois qu’il inspiroit les mêmes sentiments à ses camarades.
— Vous avez souvent employé cet homme pour correspondre avec les jeunes gens que vous aviez emmenés de Waverley.
— Je n’en disconviens pas : ces pauvres diables, incorporés dans un régiment presque entièrement composé d’Écossais et d’Irlandais, s’adressoient à moi pour tous leurs besoins : il est tout naturel qu’ils prissent pour interprète leur brigadier, qui se trouvoit leur compatriote.
— Vous convenez donc qu’il avoit la plus grande influence sur les recrues que vous aviez amenées.
— J’en conviens; mais qu’a de commun, je vous prie, cette particularité avec mon arrestation ?
— Je vais vous le dire : je vous prie de mettre dans vos réponses la plus grande franchise. Depuis que vous avez quitté le régiment, n’avez-vous entretenu aucune correspondance directe ou indirecte avec le brigadier Hougthon?
— Moi, entretenir correspondance avec cet homme! Et pourquoi, je vous prie, ou dans quelle intention l’aurois-je fait?
DiçjltizecTby Goûgle
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"• — C’est ce que vous allez avoir la bonté de m’expliquer. Ne lui avez -vous donné aucune commission de livres?
— A cet égard, je me rappelle lui avoir donné une commission insignifiante, et cela parce que mon domestique ne savoit pas lire. Je le chargeai d’emballer quelques livres dont je lui faisois passer la liste, et de me les adresser à Tully-Veolan.
— De quelle nature étoient ces livres?
— C’étoient en grande partie les ouvrages de nos meilleurs littérateurs, et ils dévoient servir aux lectures d’une jeune dame.
— Parmi ces ouvrages de littérature, n’y avoitil pas des pamphlets , des dissertations dangereuses?. -
— Il s’y trouvoit, je l’avoue , plusieurs écrits sur la politique; mais je les ai à peine regardés. Ils m’avoient été adressés par un ami bien tendre, dont le cœur vaut bien mieux que la tête : ses livres m’ont paru des productions fort insipides.
— Cet ami si distingué , si vertueux , est sans doute M. Pembroke, prêtre non assermenté, l’auteur de deux abominables manuscrits qu’on ai trouvés dans vos malles ? , • •
^ — Je vous jure, foi de gentilhomme, que je n’en ai jamais lu six pages.» > ;. •- .
» - — Je ne suis pas votre juge, monsieur Waverley ; vos réponses seront transmises .à qui do
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droit. ConnoiSsez - vous le nommé Wily WiU, ou
WU1 Ruthven ? •> . • v
* Je n’avois pas encore entendu prononcer
. ce nom. . ' ' ' v .
Ne vous êtes-vous jamais servi de son intermédiaire pour engager le brigadier Humphry Hougtbon à déserter avec ses camarades, afin de • venir se joindre aux montagnards et autres tebelles qui viennent de prendre les armes pour
secpnder le jeune Prétendant?
J’ose vous assurer sur mon honneur que
non -seulement je n’ai point participé à ce complot, mais que je ne voudrais pas, pour le premier trône de la terre , me rendre coupable d’une perfidie semblable.
—Cependant, Monsieur, en considérant cette adresse écrite par un des chefs des insurges, en, examinant les vers qu’il vous a adressés, je ne > nuis m’empêcher de trouver une analogie entre les exploits du capitaine Woga» elles faits dont on vous accuse : on vous le propose pour modèle. \ Waverley fut frappé de cette coïncidence ; cependant il représenta que les désirs ou les espérances de la personne qui lui avoit écrit ne poUvoient être regardés comme preuve des prétendus crimes qu’on lui imputoit.
Je sais , de la manière la plus positive , dit le major y que , pendant votre absence du régiment.
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vous n’avez pas quitté les châteaux de Tully- Veolan ou de Glennaquoich qui appartiennent à deux chefs des insurgés.
— Je. ne disconviens pas d’avoir habité chez eux ; mais j’affirme , sur mon honneur, que je ne connoissois nullement leurs intentions.
— J’ose espérer , Monsieur , que vous ne nierez pas que vous avez suivi votre ami Glennaquoich au rendez-vous que s’étoient donné les rebelles pour se concerter sur les mesures à prendre ; afin de cacher leur projet, ils avoient fait semblant de . se réunir pour une grande chasse.
— Je ne disconviens pas de m’être trouvé à ce rendez-vous; mais je soutiens que je n’y ai rien vu ni entendu qui pût me faire soupçonner qu’ils eussent le projet dont vous parlez.
— 'Ne partîtes-vous pas de ce rendez-vous avec Glennaquoich et la plus grande partie de son é clan, pour aller joindre l’armée du jeune Prétendant? Après lui avoir fait votre cour, vous revîntes pour armer et discipliner le reste du clan , et le réunir aux autres bandes.
— -Je n’ai jamais fait de courses semblables avec Glennaquoich. Je n’ai jamais entendu dire que la personne que vous venez de nommer fut dans cette contrée.
Waverley raconta, dans le plus grand détail , l’accident qui lui étoit arrivé à cette chasse : il
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ajouta qu’à son retour il avoit appris sa destitution , et qu’alors, pour la première fois, il avoit cru apercevoir parmi les montagnards des symptômes qui paroissoient indiquer qu’ils soqgeoient à prendre les armes : que, n’ayant pas le moindre projet de se joindre à eux, et rien ne le retenant en Écosse, il étoit parti pour son pays natal, d’après les ordres de ses parents. Il pria le major de lire les lettres qui se trouvoient sur la table. Le major fit droit à sa demande et lut les lettres de sir Richard , de sir Éverard et de la tante Rachel; mais il n’en tira pas les conséquences auxquelles Waverley s’attendoit : elles respiroient le mécontentement et parloient de vengeance ; miss Rachel se déclaroit ouvertement pour la légitimité de la cause des Stuarls.... Ce n’étoient pas des pièces très-justificatives pour Édouard.
— Monsieur Waverley, dit le major, permettez-moi de vous faire une autre question : n’avezvous pas reçu plusieurs lettres de votre colonel , qui vous enjoignoit de revenir à votre poste , etqui vous informoit qu’on se servoit de votre nom pour propager l’esprit de désertion dans votre compagnie ?
— Non, monsieur le major; mon colonel m’a écrit une première fois, de là manière la plus honnête et la plus amicale , pour m’inviter à ne pas faire un trop long séjour au château de Brad-
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wardine; mais il ne me donnoit aucun ordre à cet égard... J’ai reçu une seconde lettre de sa part, le jour même où les papiers publics m’ont appris ma destitution : il m’ordonnoit de rejoindre mon régiment sous trois jours, si je ne voulois être dénoncé comme absent sans congé. Je n’ai pas eu le temps d’obéir à ses ordres.... S’il m’a écrit d’autres lettres , j’affirme que je ne les ai pas reçues.
— Monsieur Waverley , j’ai oublié de vous faire part d’une circonstance qui , quoique moins importante, vous a cependant fait beaucoup de tort aux yeux du public : on a dit qu’un toast de ré- 4 bellion fut porté devant vous , et que , quoique officier au service de sa majesté, vous souffrîtes qu’un tiers demandât raison de cette insulte.... Les tribunaux ne pourront vous faire un crime de votre conduite; mais si , comme on me l’a dit, les officiers de votre régiment vous ont demandé une explication sur cette affaire, je suis étonné qu’en votre double qualité de gentilhomme et de militaire, vous ne vous soyez pas fait un devoir de répondre à leur désir.
C’en étoit trop pour Édouard. Accablé sous le poids d’une masse d’accusations, où les mensonges se mêloient aux vérités de manière à ne pouvoir les distinguer; se voyant seul, sans amis, dans un pays étranger, il crut toucher au dernier mo-
ment de son honneur et de sa vie. Il appuya douloureusement sa tête sur sa main , bien décidé à ne plus répondre aux questions qu’on pourrait lui faire ; puisque sa candeur et sa franchise n’avoient servi qu’à fournir des armes contre lui.
Le major , sans éprouver de surprise ni de trouble, continua tranquillement ses interrogations.
— Que me servira de vous répondre , lui dit Édouard d’une voix étouffée; vous paraissez convaincu que je suis coupable, et mes réponses n’ont servi qu’à vous confirmer dans votre persuasion : jouissez de votre triomphe et cessez de me tourmenter. Si je suis coupable de l’infâme lâcheté , et de l’horrible perfidie dont vous m’accusez, je ne mérite pas que vous ajoutiez la moindre, foi à tout ce que je puis vous dire ; je me repose sur celui qui lit au «fond des cœurs : ma conscience ne me reproche rien. Je vous le répète, je ne vois pas pourquoi je continuerois à voul prêter des armes pour triompher de mon innocence : ne vous donnez plus la peine de m’interroger, je ne vous répondrais pas. En disant ces mots, il reprit l’attitude d’un homme décidé à se taire. ,•
— Monsieur Waverley, lut dit le magistrat , permettez-moi de vous inviter à ne pas vous pri-
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vervolontairemeht des moyens de défense que peuvent faire naître votre franchise, votre bonne foi et votre candeur. Un jeune homme sans expérience peut facilement tomber dans les pièges qu'on lui tend avec une adresse perfide. Mac-Ivor pourrait bien être du nombre de ces hommes artificieux qui prennent le masque de l’amitié pour tromper plus sûrement des jeunes gens comme, vous sans défiance, et tout-à-fait étrangers aux moeurs, au caractère des montagnards..é. Je ne serois pas éloigné de croire que vous avez été dupe de votre bonne foi, et que c’est involontairement que vous vous êtes rendu coupable ; mais comme vous devez être au courant de tons les projets, et de tous les plans des insurgés, j’ose espérer que vous mériterez que je m’intéresse à votre malheureuse position , par un aveu franc et sincère de tout ce que vous £*vez sur cet objet. Je puis vous promettre que votre franchise vous obtiendra, sinon le pardon total de votre faute, 4, u moins une diminution de peine , et que vous en serez quitte pour quelques jours de détention. . .. ;lt f ;
Waverley avoit écouté très-attentivement cette longue exhortation : il se leva de sa chaise avec une vivacité qu’il n’avoit pas encore montrée depuis qu’on l’interrogeoit. • .. ... -
-r Monsieur le major, dit-il, jusqu’à préseAt
j’ai répondu à toutes vos questions avec la plus grande franchise, parce qu’il s’agissoit de moi seul ; mais puisque vous m’estimez assez peu pour me croire capable de remplir le rôle de dénonciateur contre des personnes qui m’ont donné l’hospitalité, je vous déclare que je regarde cette invitation comme très-injurieuse. Puisque , dans ma cruelle position, je n’ai d’autre moyen de vous prouver mon juste ressentiment qu’en me défiant de vos insinuations, sachez, monsieur le major , que vous m’arracherez le cœur plutôt qu’une seule syllabe.
M. Morton et le major se regardèrent ; et le premier, qui dans le cours de l’interrogatoire avoit toussé plusieurs fois, eut recours à sa tabatière et à son mouchoir.
— Monsieur Waverley, dit le major, l’emploi que je remplis me défend impérieusement de vous faire la moindre injure, ni d’en souffrir de votre part; je terminerai donc une discussion qui pourroit y donner lieu. Je crains d’être obligé de lancer un mandat de détention ; mais ma maison vous servira de prison.... Je craindrois d’essuyer ' un refus en vous invitant à partager notre souper... J’aurai soin de faire porter des rafraîchis- i sements dans votre appartement.
Edouard le salua, et sortit escorté par des officiers de justice, qui le conduisirent dans une
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petite chambre très-propre. Il refusa toute espèce de nourriture , et se jeta sur son lit, accablé sous le poids du chagrin et de la fatigue. Il tomba bientôt dans un profond sommeil , contre son attente ; mais on dit que les sauvages du nord de l’Amérique , après avoir supporté une longue et douloureuse torture, et près de rendre le dernier soupir, s’endorment si profondément qu’on ne peut parvenir à les éveiller qu’en leur appliquant un fer rouge. t
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