‹ Waverley (volume 2)Chapitre 7 sur 50 · SS · texte numérisé non relu

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même les longs et fastidieux détails de so^ oncle, concernant les mariages qui avoient uni les membres de la famille de Waverley à de hauts et puissants barons et chevaliers; s’il maudissoit avec toute l’amertume d’Hotspur 1 ( malgré tout ce qu’il devoit aux trois hermines) les termes emphatiques du blason, tels que griffons, dragons ailés, aigles à deux têtes, etc., il prenoit cependant quelquefois un vif intérêt à ces récits, et les écoutoit avec la plus grande attention.

Les hauts faits d’armes de Wilibert de Waverley dans la Terre -Sainte, sa longue absence, et les dangers sans nombre qu’il avoit courus; son retour dans sa patrie , son apparition inattendue dans son château, le jour même où la fiancée de son cœur venoit de s’unir en secondes noces au héros qui l’avoit protégée pendant si long-temps; la générosité qu’avoit eue ce noble croisé de renoncer à ses droits pour aller s’ensevelir dans un cloître, sa résignation , sa patience; tous ces récits et autres semblables faisoient la plus forte impression sur notre jeune ami ; son cœur se gonfloit, sa respiration s’embarrassoit , et ses yeux étoient inondés de larmes. Il n’éprouvoit pas une émotion

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contoit les souffrances et le courage île lady Alix Waverley, à l’époque de la grande guerre civile.

Il régnoitune expression de bonté, de sensibilité, de grandeur, sur tous les traits de la figiue de •• cette respectable demoiselle, lorsqu elle rendoit % compte de la manière dont Charles I er , après la malheureuse bataille de Worcester, vint chercher un asile momentané au château nie Waverley, qui bientôt fut investi par un gros de cavalerie ennemie ; comment milady se détermina à faire sortir son fds avec quelques domestiques, leur ordonnant de se faire tuer, s’il le falloir , et d’opposer la plus vigoureuse résistance au moins pendant une heure, pour que le joi eût le temps de se sauver. — Que Dieu te récompense comme tu le mérites! s’écrioit miss Rachel en arrêtant ses regards sur le portrait de cette héroïne : que Dieu te récompense, femme incomparable, toi qui n’hésitas pas de sacrifier la vie de ton fils pour sauver celle de ton roi ! On amena bientôt au château, ajoutoit-elle, un prisonnier mortellement blessé ; vous pouvez voir encore les traces de son sang sur le grand escalier et dans le grand salon; il y expira aux pieds de sa mère. Il y eut, à ce dernier moment, entre la mère et le fils, un échange des sentiments les plus nobles et les plus généreux. Le mourant apprit, par un regard, que

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son entreprise avoit eu le succès qu’il en attendent. Je me rappelle très -bien avoir vu une personne qui connoissoit et qui aimoit tendrement ce brave jeune homme. Miss Lucy Saint- Aubin renonça au mariage pour se livrer tout entière aux regrets les plus douloureux. Sa beauté, sa naissance , sa fortune lui donnoient le droit de prétendre aux partis les plus brillants; mais elle refusa toutes les offres qui lui furent faites ; elle ne cessa , jusqu’au dernier jour de sa vie , de porter le deuil pour son pauvre William, à qui elle avoit été fiancée. Sa mort arriva. .. Je ne puis me rappeler la date précise, mais je crois que ce fut dans le mois de novembre de l’année où, se sentant très-mal, elle demanda instamment qu’on la portât encore une fois au château de Waverley. Elle parcourut tous les endroits où elle s’étoit trouvée avec mon grand-oncle; elle voulut qu’on levât les tapis pour considérer, pour la dernière fois, les traces de ce noble sang. Ah! si les larmes eussent été capables de les effacer, on ne les verroit plus aujourd’hui ; tous les yeux en versèrent! Vous saurez, mon cher Édouard, que les arbres parurent partager la douleur générale, car sans qu’il y eût le moindre souffle de vent, toutes les feuilles tombèrent autour de Lucy. Hélas! tout en elle annonçoit qu’elle ne les verroit plus reverdir.

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Après avoir entendu les récits de ces événements merveilleux, Édouard se retiroit à l’écart pour se livrer aux sentiments qu’ils avoient fait naître en lui. Dans un des coins de la bibliothèque éclairée par la foible lueur des derniers tisons du vaste foyer, notre héros aimoit à jouir d’une espece de fantasmagorie mentale; s#n imagination se montoit par degrés, et finisspit par lui rendre sensibles les objets dont il étoit occupé. Il voyoit les riches préparatifs de noce qui se faisoient au château de Waverley, la taille haute et majestueuse de son ancêtre en costume de pèlerin, tranquille spectateur de la félicité de son héritier supposé et de sa prétendue; la surprise occasionée par la scène de la reconnoissance; le mouvement tumultueux de tous les vassaux qui couroient aux armes; la stupeur du fiancé ; la confusion de la malheureuse épouse ; le désespoir muet et concentré de Wilibert; son air plein de noblesse et de dignité, en jetant sur le parquet son épée à demi tirée, et sa fuite précipitée loin du château de ses pères. - ■ , L’imagination d’Édouard lui présentoit une autre scène, d’apfès le tableau de miss Rachel.* Il voyoit milady Waverley assise sur sa terrasse, prêtant une oreille attentive pour distinguer les pas du cheval du roi, et cherchant à découvrir des yeux son fils> chéri. Il voyoit sur sa figure la

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double expression de la crainte et de l’espoir pour son fils et pour son roi , quand elle croyoit entendre le cliquetis des armes au moindre mouvement des feuilles. Il distinguoit dans le lointain un bruit sourd, semblable à celui d’un torrent^ 1 , impétueux ; peu à peu ce bruit devenoit plus sen- ' » sible, Edouard finissoit par reconnoitre les pas des chevaux, les cris des combattants, les décharges de la mousqueterie : il voyoit un paysan

hors d’haleine entrer dans la cour du château ,

• * apportant la triste nouvelle... Nous ne pousserons .

pas plus loin cette description.

On conçoit aisément que, d’après la tournure > romanesque de son esprit , Édouard devoit se complaire dans ce inonde idéal , et qu’il devoit éprouver la plus grande peine lorsqu’on venoit l’en arracher. On donnoit, dans le pays, le nom -» de Chasses de JVaverlej aux terres dont le châ- ^ teau était environné, parce qu’elles étoient d’une étendue beaucoup plus considérable que le parc le plus spacieux ; ce n’étoit autrefois qu’une forêt déserte, qui, quoique distribuée en vastes clairières, servoit de retraite aux bêtes fauves, et conservoit toujours des traces de son ancienne solitude; elle étoit coupée en tout sens par de larges avenues aujourd’hui embarrassées par d’épais buissons , mais qui avoient été, dans d’autres temps , le rendez-vous des belles pour assister à

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la chasse au cerf, le voir déchirer par les chiens courants, ou pour lancer elles-mêmes la flèche meurtrière contre son flanc palpitant. On y voyoit encore un monument de forme gothique , couvert d’herbe touffue , qu’on appeloit Halte de la reine. On racontait que la reine Élisabeth elle- * même y avoit tué de sa propre main six chevreuils. C’était de ce côté qu’Édouard aimoit à diriger ses promenades. Quelquefois , un fusil sur l’épaule, son chien derrière lui, un livre dans sa poche , il suivoit une des longues avenues ; après une montée de plusieurs milles, elle se rétfécissoit peu à peu , et ne formoit plus qu’un passagè étroit entre des rocs escarpés entièrement couverts de bois , en forme de voûte. On se trouvoit tout à coup et sans s’y attendre sur les bords d’un ; petit lac très -profond, mais tranquille, et : qu’oir ^ appeloit pour cette raison le miroir du bois. Dans « les temps reculés, on avoit bâti une tour, sur un rocher presque entièrement entouré par les eaux; on lui ayoit donné le nom de Citadelle de

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IF averley, parce que plusieurs fois cette presqu’île avoit offert un asile à cette famille dans les guerres terribles de la maison d’York contre* celle de Lancastre. C’est dans cette tour solitaire *'• que les derniers partisans de la Rose blanche ’ établirent leurs magasins, et par ce moyen osèrept soutenir leurs prétentions, jusqu a l’époque où

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le fameux Richard de Glocester parvint à s’en ,'yljj

rendre maître. C’est encore là que se maintint • •• v-^1 long-temps un parti de cavalerie commandé par ,'y '• 1 Nigel Waverley, frère cadet de ce William dont .y - , miss Rachel aimoit tant à raconter la mort héroïque. Dans ces lieux solitaires et silencieux',

Edouard se plaisoit à donner essor à son imagination : semblable à l’enfant entièrement occupé '« du soin d’arranger, d’embellir son château de

cartes , il se représentoit des scènes merveilleuses , . , “*£'■ 'H

plus brillantes que toutes celles dont il avoit entendu parler. Nous verrons dans le chapitre suivant le résultat de l’habitude qu’il avoit contractée de se livrer sans mesure à ses vagues rêveries.

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