‹ WaverleyChapitre 106 sur 231 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

J'entrai dans l'écurie, si l'on peut donner ce nom à un endro'' où les chevaux étaient pêle-mêle avec les chèvres, les vaches, le^ cochons et la volaille, à l'abri du même toit que le reste de la maison, quoique, par un luxe entièrement inconnu au reste du hameau, et que j'entendis plus tard attribuer à un excès d'orgueil de notre hôtesse JeanieM«-Alpi.ne, cette dépendance de la hutte fiit nourvue d'une entrée différente de celle qui servait à ses pratiques bipèdes. M'élant arrêté près de la porte, je déchiffrai à la lueur de m i torche le billet suivant, écrit sur un morceau de papier sale, chiffonné et humide, et iiortant en adresse: «Pour être remis entre les mains de l'honorable F. 0., jeune gentilhomme anglais. « Il contenait ce qui suit :

« MOMSIEUR ,

« Beaucoup d'oiseaux de proie sont dehors cette nuit, ce qui m'empèrhe d'aller vous trouver au clach in d'Aherfoil. ainsi que mon resppct.ible parent B. N. J., commej'en avais l'intention. Je vous engage à éviter toute communication qui ne serait pas indispensable avec les personnes que vous y rencontrerez: il pourrait en résulter des conséquences fâcheuses. La personne qui vous remettra ce billet est sûre : elle vous conduira dans un endroit où, avec l'aide de Dieu, je pourrai vous voir sans danger. J'espère que mon parent et vous, vous viendrez visiter ma pauvre nnison : en dépit de mes ennemis, je puis encore vous y promettre aussi bonne chère qu'il est possible à un montagnard de la faire à ses amis, et nous porterons solennellement la santé d'une certaine D. V. ; nous nous occuperons aussi de quelques affaires dans lesquelles je me flatte de pouvoir vous être utile. En attendant, je suis, comme il est d'usage entr* gentilshommes, votre serviteur prêt à vous obéir,

Je fus très contrarié du contenu de cette lettre, qui semblait reculer le service que j'avais attendu de ce Camnbell. Cependant c'était une consolation d'apprendre qu'il continuait de s'intéresser à mes affaires. Je résolus donc de me conformer à ses instructions, de me conduire avec la plus p;rande prudence devant les élrangors, et de saisir la première occasion qui se présenterait pour questionner l'hôtesse sur le moyen de rejoindre ce personn-ige mystérieux. J'annelai alors André à haute voix, età plusieurs reprises, sans recevoir de réponse. J'examinai tous les coins de fécurie, la torche à la main, non sans risoue d'y mettre le fîu si la houe et la litièrr' mouillée n'avaient formé riU heureux préservatif pour trois ou quatre hottes de paille et de foin qui s'y trouvaient. Enfin, après des cris rénétés: «André Fairservice.. .. André, animal, ou êtes vous? «j'entendis une espèce de gémissement qu'on aurait pu attribuer au lutin familier de l'endroit, et une voix dolente répondit: « Par ici. > Guidé par le son, je m'avanç-ii vers le coin du hangar d'où il semblait partir, et je trouvai le vaillant André, blotti contre U muraille derrière un tonneau rempli des plurale de toutes les volailles itnniolées à la cause publique depuis plus d'un mois ; il me fallut unir la violence aux exhortations pour Varracher de celte retraite et le conduire en plein air. Les premiers mots qu'il me dit furent: — Monsieur, je suis un honnête garçon. — Qui di.ible met votre honnêteté en doute, et qu'est-ce que cela nous fait maintenant? Nous allons souper, et j'ai besoin de vous pour nous servir. — Oui. répéta t-il sans paraître faire attention à ce que je venais de lui dire; je suis un honnête gare in. quoi qu'en puisse dire le bailli. J'avoue que le monde et les biens du monde me tiennent assez au cœur, et j'ai cela de commun avec bien d'autres ; mais je suis un honnête garçon, et si j'ai parlé de vous quitter sur la route. Dieu sait que rien

n'était plus loin de ma pensée je disais cela comme tant

d'autres choses qu'on dit quand on contracte un marché, afin de le faire le meilleur possible. J'ai véritablement de l'attachement pour Votre Honneur, tout jeune que vous êtes, et je ne vous quitterais VA^ sans de sérieuses raisons. — Où diable en voulez-vous venir? Tout n'a-t-il pas été réglé à votre satisfaction? Faut-il donc que je vous entende parler de me quitter à tout moment, sans rime ni raison? — Oh Ijusqu'à présent je ne faisais que semblant; mais l'envie m'en est venue maintenant tout de bon... Perte ou gain, je n'ose aller plus loin avec Votre Honneur, et si vous voulez suivre les conseils d'un pauvre homme, vous préférerez manquer à rotre rendez-vous

ROB-ROY

plutôt que de vous exposer ilavantage. J"ai pour vous une amitié sincère, elje snis i^ùrque vous fnrez huniii'ur à votre famille, une fois que le premier feu de la jeunesse sera passé ; mai-> je ne puis vous suivre plus loin, quand même v.. us devriez périr en chemin faute de guide et de bons avis .. Ce serait tenter la Providence que d'alltr dans le pays de Rob Roy. — Rub-Roy ! m'écriai je avec surprise ; je ne connais personne de ce nom. Quel est ce nouveau conte, André? — li est bien dur qu'un bomme ne puisse venir à bout de se faire croire quand il dit la pure et sainte vériié, uniquement parce qu'il lui est arrivé de se laisser aller à quelques petiu mensonges quand la circonstance l'exigeait. Qu'avez-vous besoin de me demander quel est ce Rob-Roy, le bandit qu il est! quand vous avez une lettre de lui dans votre poche ? J'ai entendu un des gens de sa bande dire àcette vieille haridelle d'hôtesse de vous la remetlre. Ils croyaien't que je ne connaissais pas leur jargon ; mais quoique je ne le parle guère, je sais bien comprendre ce qu'ils disent. Je n'avais pas l'intention de vous en parler; mais la peur fait souvent jaser plus qu'on ne devrait peut-être. Oh! monsieur Franck, toutes les manies de votre oncle, toutes les folies de vos cousins ne sont rien en comparaiso:i de votre imprudence. Buvez à rouler sous la table, comme sir Hildelirand ; commencez la sainte journée par vous gorger d'eaude-vie, comme le squire Percy; faites le fanfaron, comme ThornclifT; courtz le cotillon comme John ; jouez et pariez comme Richard ; gagn< z des âmes au pape et au diable, comme Raslheigh ; jurez, blasphémez, n'observez pas le sabbat, et obéissez à la prostituée des sept collines, comme ils le font tous: mais, au nom de la miséricorde divine, ayez pitié de votre jeune sang, et n'allez pas trouver ce Rob- Roy.

André exprimait ses alarmes d'une manière trop naturelle pour que je pusse les considérer comme feintes. Je me bornai pourtant à lui dire que mon intention était de passer la nuit dans cette maison, et ji' lui recommandai d'avoir soin de nos chevaux. Quant au reste, je lui enjoignis un profond silence sur le sujet de ses craintes, en l'assurant qu'il pouvait comj^ter que je ne m'exposerais à aucun danger sérieux sans prendre toutes les précautions convenables. Il me suivit dans la maison d'un airconstcrné, et en murmurant entre ses dents : — Les hommes devraient passer avant les animaux. De toute cette bienheureuse journée, je n'ai eu sous la dent que les deux cuissHS coriaces d'un vieux cnq de bruyère.

En rentrant, je vis que le bon accord de la compagnie avait été troublé pendant mon absence, car je trouvai M. Galbraith et mon ami le bailli se disputant vivement. — Je ne souffrirai pas, disait M. Jarvie. que l'cm traite ainsi ni le duc d'Argyle ni le nom de Campbell. Le duc est un digue seigneur, plein de patriotisme, l'ami et le bienfaiteur du commerce de Glasgow. — Je ne dirai rien de Mac- Callum More ni des Enfants du brouillard, dit en riant le moins grand des deux m"ntagnards; je ne suis pas situé du bon côté de Glencoe pour chercher dispute à Inverrara. — Notre lac n'a jamais ▼u la galère qui figure dans les armoiries des Campbell, dit le plus grand ; je dirai ce qu'- je pense, sans avoir égard aux personnes. Je ne fais pas plus de cas d'un Campbell que de tout autre, et vous pouvez dire à Ma -Galium More que c'est Allan Iverach qui l'a dit : il y a loin d'ici à Li'chuw.

M. G ili'railh, sur qui les différentes santés successivement portées avaient p'odnit quelque etftt, frappa du poing sur la table avec violence, ft s'ccria : — Il y a une dette de sang contractée par celte famille, et il faudra qu'elle la paie un jour. Les os d'un br.ive et loyal GralMme se soulèvent depuis longtemps dans leur tombeau pour dein indiT vengeance de ces ducs perfides II n'y a jamais eu de trahison iri Êc-oss>- que quelque Campbell ne s'y soil trouvé mêlé. Et mainlennit que les luéi hauts ont le des>us, qui donc les soutient, saufli-s Camiibeli? Mais cela nr durera pas longtemps; le moment aiqiroi-lie d'aijruisi'r !e grand rasoir {tkf maid, instrument pour décapiier), afin de leur tondre la barbe de près. Croyez-moi, la rouille qui le couvre ne l'empèdiera pas de faire uni: moisson sanglante. Ki donc ! Garsi hatlachin, s'écria le baihi ; n'avcz-voiis |ias de honte, monsieur, de pailer ainsi devant un magistral? et ne craignez-vous pas ce qui peut en arriver? > oiunu-nt [lourrez vous soutenir votre f.imilli' et satisfaire vos créanciers, tant moi que b's autres, si vou~ agissez de manière a vous placer sou.s la vinilicl» des lois, an (iréjiidicfc de tous et ux qui oui des liaisons avic vous? — Au di.ilde nie» créanciers, et vous avec eux si vous êtes du riouibre ! Ji: vous dis qu'il y aura bientôt du cbangemi'Ul. Les (;,iiii|ibell ne |iorleroiil plus la tète si haute ; Ils ne làch-Toul plus leurs ihiens là où ils n'ftseiit aller eux-mêmes; ils ne protégeront plus les voleurs, les assassins, les oppresseurs; ils ne les cxcileront plus à outrager, à pilier des gens qui valent mieux queux, des clans plus loyaux que le leur.

Le badli aurait Tolontiers continué la discussion ; mais le fumet agréiible de la vnaison que notre hôtesse plaça devant nous opéra une diversion puissante, el il s'occupa vivement de remplir nos assiettes, laissant le champ 'ibre aux étrangers. — Tout cela est vrai, dit le plus grand des deux montagnards qui, comme je l'appris ensuite, s'appelait Stuart ; nous ne serions pas obliges d'abandonner nos iiiaisoiis el de nous réunir en corps pour nous emparer de Rob,

si les Campbell ne lui donnaient pas un asile. Un jour, avec trente hommes de mon nom, nous chassâmes les Mac-Grégor, comme nous aurions chassé le daim, jusqu'à ce que nous alteignimes les défilés de Glenfalloch. Là, les Campbell nous arrèlèrenl, et ne voulurent pas nous laisser aller [ilus loin, de sorte que nous perdîmes nos peines. Mais je donnerais bien quelque chose pour être aussi jirès de Rob nue je l'étais ce jour-là.

Malheureusement dans tous les sujets de conversation que choisissaient ces braves gentilshommes, mon ami le bailli trouvait quelque motif d'oflense. —Vous me pardonnerez de dire toute ma pensée, monsieur; mais je crois qu'alors vous auriez volontiers donne la plus belle Illume de votre bonnet pour être aussi loin de Rob- Roy que vous l'êtes en ce moment. Ma foi, mon contre de charrue, tout rouge qu'il était, n'est encore rien en comparaison de sa claymore.

— Vous ferez bien de ne plus parler de votre contre de charrue, ou je vous ferai rentrer vos paroles dans le ventre avec deux pouces d'acier pour vous les faire digérer, dit le plus grand dfs deux mont.ignards en portant la main sur son poignard avec un regard fcirouche et menaçant. — Pas de querelle, Allan, .lit le plus p'èiit. Si le gentilhomme de Glasgow prend quelque intérêt à Rob-Roy ii est possible qu'il ait le plaisir de le voir ce soir les fers aux pieds et demain matin flottant au bout d'une corde. Il y a trop longtemps qu'il est le fléau du pays, et sa carrière est finie... Mais il est" temps d'aller rejoindre nos gens. — Un moment, Inverashalloch dit Galbraith ; rappelez-vous le vieux dicton : 11 fait un beau clair de lune, dit l'un ; Alors une autre pinte, répond son voisin. Nous ne partirons pas sans une autre chopine. J'ai a^sez de chopines comme cela, dit Inverashalloch. Je bois volontiers mes deux pintes d'usquebaugh ou d'eau-de-vie avec un ami ; mais du diable si j'en avale une goutte de plus quand j'ai de la besogne à faire le lendemain matin ! Et à mon avis, Garschaltachin, vous feriez mieux de faire entrer avant le jour vos cavaliers dans le claehan, afin de partir tous ensemble.— Pourquoi donc être si pressé ? boire et manger n'ont jamais nui à la besogne. Si l'on m'avait consulté, du diable si je vous aurais dérangé pour venir à notre aide. La garnison et nos cavaliers auraient suffi pour s'emparer de Rob ; et voilà le bras qui le couchera par terre, sans avoir besoin pour cela du secours d'aucun monlag:nard. — Vous auriez mieux fait alors de nous laisser où nous étions. Je ne suis pas venu de soixante milles sans ordre. Mais, selon mon opinion, il faudrait moins jaser si vous voulez réussir. Les gens qui sont sur leurs gardes vivent longtemps, et il en peut être ainsi de celui que vous savez bien. Le moyen d'attraper un oiseau n'est pas de jeter votre bonnet après lui. Ces messieurs aussi ont entendu des choses qui n'auraient pas dû aller à leurs oreilles si l'eau-de-vie n'avait été un peu trop forte pour votre tête, major Galbiailh. Vous n'avez pas besoin d'enfoncer votre chapeau et de faire le tapageur avec moi, voyez-vous ; car je ne le souflrirai pas.

— J'ai dit que je ne mequerellerais [dus d'aujourd'hui avec les hautes ou basses terres, dit Galbrailh avec cet air de gravité que prend quelquefois un ivrogne. Quand je ne serai pas de service, je me battrai avec vous ou avec tout autre habitant du pays plat ou des montagnes ; mais, étant de service, non. Je voudrais avoir des nouvelles de ce> habits rouges. S'il était question de quelque chose contre les partisans du roi Jacques, lisseraient ici depuis longlemps; mais quand il de s'agit que de la tranquillité du pays, ils ne se remuent pas aisément.

Il parlait encore que le pas régulier d'une troupe d'infanterie se fit entendre, el un officier, suivi d'une douzaine de soldats, entra dans l'appartcmenl. Son accent anglais sonna très agréablement à mon oreille, f.iligiiée du mélange des jargons des hautes et des basses terres d Ecosse. — Je présume, dit l'officier, que je parle au major Galbrailh, commandant la milice du comté de Lennox, et que voici les deux gentilshommes des hautes terres que je dois rencontrer.

Ils répondirent affirmativement, et l'invitèrent à se rafraîchir, ce qu'il refusa. - Jo suis en retard , messieurs , et je désire rega-^ gner le temps perdu. J'ai ordre de chercher el d'arrêter deux individus coupables de trahison. - C'est de quoi je me lave les mains, dit Inverashalloch. Je suis venu ici avec mes hommes pour combattre Mac-Grégor le Rouge, qui a tué Duncan Mac-Laren d'inverm nly, mon cousin au septième degré ; mais je ne veux pas me mêler de troubler d'honnêtes gentilshommes qui voyagent daos le pays pour leurs affaires. — Ni moi non plus, dit Iverach.

Le major G.tlbr.iith prit la chose plus au sérieux, el, après avoir poussé un hoquet, en forme d'rxorde, il prononça le discours suivant : — ■ Je ne dirai rien contre le roi George, capitaine, parée que, de fait, je liens de lui ma commission. Mais, si ma commissioii est bonne, il ne s'ensuit pas que les autres soient mauvaises; et il y a beaucoup <le gens qui pensent que le nom de J^icqucs est aussi bon que celui de George : c'est du roi de fait et du roi de droit que je p.irle; et )e dis, capitaine, qu'on peut être honnête homme, et fidèle a Ions deux Mais, pour le moment, je suis de l'opinion du lord gouverneur, coiunie M convient à un officier de la milice et à un lieulenanl-député;et, quant a la trahison et tout ce qui s'ensuit, c'est du temps perdu d'en parler : moins on en dit a ce sujet,'

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

mieux cela vaut. — Je suis fâché de voir de quelle manière vous avez eniplové votre temps, monsieur , reprit l'oflicier anglais (en eflet. le raisonnement du digne geiililhomrae se ressentait terrililtjment de la liqueur qu'il avait bue) ; et j'aurais dé.siré qu'il en eût été autrement dans une occasion anssi importante. Je vous engage à essaver de dormir pendant une heure. Ces messieurs appartiennent-ils à votre sociéié? ajout;i-t-il en regardant le bailli et moi, qui. occupés à souper, avions fait peu d'attention à l'entrée de cet officier. — Ce sont des voyageurs, monsieur, répondit Galliraith : le rituel nous dit de prier pour les voyageurs par terre et par mer.

— Je suis chargé, reprit le cafiitaine en prenant une lumière pour nous mieux examiner, d'arrêter un homme d'un certain âge et un jeune homme ; or ces deux messieurs me paraissent répondre au signalement donné. — Prenez garde à ce que vous dites, monsieur! s'écria M Jarvie ; votre habit r.nige et votre chapeau galonné ne pourront vous proléger si vous attentez à ma liberté, à ma pc- sonne. J.' vous poursuivrai en diffamatinn, en détention arbitraire Je suis un bourgeois et un magistrat de Glasgow. Mon nom est^ Nuol Jarvie : avant moi c'était celui de mon père. Je suis bailli, grace à Dieu, et mon père était doyen. — C'était un enragé puritain, dit le major Cilbraith, et il s'est battu contre le roi au pont de Bothwell. — 11 payait ce qu'il devait et ce qu'il achetait, monsieur Galliraith, et c'était un plus honnête homme que le fils de vntre mère. — Je n'ai pas le temps d'écouler tout cela, interrompit l'officier; je vous arrête, messieurs, à moins que vous ne me présentiez des personnes respectables qui me garantissent que vous êtes de loyaux sujets. — Conduisez-moi devant un magistrat civil, répliqua U bailli, devant le shérif ou le juse du canton. Je ne suis ]ias obligé de répondre au\ questions que voudra me faire chaque habit muge. — Eh bien! m'Misirur, je sais comment m'y pr ndre avrc des gens qui ne vt-ulent point purler. Et vous, monsieur, me d t-'l, ipiel est votre nom?

— Fr.inci? Osbaldistone, monsieur. — Quoi! fils de sir Hildebraiid Oshaldislone du Northumberland? — Non , monsieur, interrompit 1.' b;ii!!i, fils de William Osbaldistone, chef de la grande maison Osbaldistone et Tresham de Crane-Alley à Londres. —Je crains, monsieur, dit l'officif r, que votre nom' ne fasse qu'augmenter les soupçons à votre charge 11 me met dans la nécessité de vous demander tous le- papiers que vous pouvez avoir sur vous.

Je remarquai qu'à cette requête les montagnards se regardèrent avec irquiétude. — Je n'en ai point, répondis-je.

L'officier ordonna que je fusse désarmé et fouillé. Résister eiJt été une folie ; je remis donc mes armes, et me soumis à la recherche, qui fut faite avec autant de iiolitesse qu'eu comporte une opéra'ion de cette espèce. Ils ne trouvèrent que le billet qui m'avait été remis par l'hôtesse. — Je ne m'attendais nullement à cela, dit rofficior, mais j'y trouve un motif suffisant pour vous retenir prisonnier; ear je vois que vous êtes en correspondance avec ce brigand proscrit, R.ilie.rt Mac-Gregor Campbell, qui est depuis si longtemis le fléau de ce district. De quelle manière expliquerez-vous cela? — Des espions de Rob ! s'écria Inverashalloch ; pour eu faire justice, il faut les pendre au premier arbre. — Nous nous sommes mis en vovage, dit le bailli, pour aller réclamer de l'argent qui nous «fl dû. et ceci sera tombé par hasard entre les mains de ce jeune homme. Il n'y a pas de loi, j'espère, qui défende à un homme d'aller demander son bien. — Comment cette lettre se trouve-t-elle entre vos mains? me dit l'officier.

Ne pouvant me décider à trahir la pauvre femme qui me l'avait remise, je gardai le silence. — En savez-vous quelque chose, mon camarade, dit l'officier à André, dont les màchoirrs claquaient comme une paire de castagnettes depuis la menace proférée contre nous. — Certainement, j'en sais quelque chose. Un montagnard a remis la lettre à cette vieille bavarde d'hôtesse. Je puis jurer que mon n\.iitre n'en savait rien. — Si l'on me remet une lettre pour un homme qui est chez moi, nedois-jepas la lui rendre? dit l'hôtesse. Oh ! je ne sais ni lire ni écrire ; par couséquinil... — Taisez-vous, bonne femme; on ne vous accuse pas. . Continuez, l'ami. — C'est tout, monsieur IHabit-Rouge; seulement, comme mon mailre a l'intention d'aller dans les montagnes pour voir Rob, je vous assure, monsieur, que ce serait vraiment une bonne œuvre que de le faire reconduire à Glasgow par quelques-uns de v.>s habits rouges, de gré ou de force. Quant à monsieur Jarvie, vous pouvez le garder aussi longtemps que vous voudrez; il e.st bien en état de payer toutes les amendes que vous voudrez lui imposer, et mon maître également, pour dire toute la vérité. Quant à moi, je ne suis qu'un pauvre garçon jardinier, et je ne vaux (las la peine que l'on s'occupe de ma personne. — Ce que j'ai de mieux à faire, reprit l'officier, est d'envoyer ces trois messieurs au qiiarlier-général, sous bonne escorte Ils parais-tnt être en correspondance directe avec l'ennemi, et je ne veux, sous aucun rapport, nie trouver responsable de les avoir laissés en liberté. Messieurs, vous voudrez bien vous regarder comme mes prisonniers. Dès le point du jour je vous ferai conduire en lieu de siireté. Si vous êtes ce que vous prétendez être, on ne tardera pas à le rtconnaitre, et deux ou trois jtuirs d'emprisonnement ne seront pas un grand malheur.... Je n'ecouie rien, dit-il au bailli qui avait la bouche ouverte pour lui parler ; mon service ne

me laisse pas le temps d'entrer dans de vaines discussions. — Fort bien, fort bien, monsieur, ré|iliqua le bailli, vous pouvez maintenant chanter tout à votre aise ; mais prenez garde que je ne vous fasse danser avant peu.

L'officier et les montagnards eurent a'ors une conférence sérieuse, mais ils parlèrent si bas qu'il nous fut impossible d'entendre un mol. Aussitôt après ils sortirent tous. Alors le bai li me dit : — Ces montagnards sont des clans de l'ouest, et, si ce que l'on dit rst vrai, tout aussi peu scrupuleux que leurs voisins; s'ils viennent du bout du comté d'Argyle pour faire la guerre à ce pauvre Roliin, c'est à cause de quelque vieille haine qu'ils ont contre lui et contre son cl.iu ; les Grahame et les Buchanan du comté de Lennox ont Iiris les armes par le même motif. Leurs griefs sont bien connus, et je ne puis les blâmer. Personne n'aime à perdre sa vache. El puis voilà (les soldats, plaignons-les .seulement ! qui sont obligés de marcher au premier signal. Le pauvre P.ob aura du moiidi sur 'les bras demain, quand le soleil éclairera la montagne. Eh bien ! quoiqu'un magistrat doive souhaiter que rien n'entrave le cours de la justice, du diable si je serais fâché d'apprendre que Rob leur a donné leur compte à tous.

On nous laissa passer le reste de la nuit aussi bien que le nermettait le misérable cabaret où nous étions. Le bailli, fatigué de son voyage et des .scènes qui venaient de se pa.^ser, moins iiii|uict d'ailleurs que moi de notre arrestation qui, pour lui. ne pouvait èlie que l'affaire d'un dérangement temporaire; peut-être aussi moins difficile sur la propreté et la décence de sa couche, se jeta dans une des crèches dont j'ai déjà parlé, et ne tarda pas à ronfler d'une manière bruyante. Pour moi, je restai assis au|irè- de la table, la tète appuyée sur mes bras, et je ne goûtai qu'un sommeil souvent interrompu. Dans le cours de la nuit j'eus l'occasion de remarquer une certaine hésitation dans les mouvements des soldats. Des détachements envoyés en reconnaissance revinrent sans apporter aucune information qui parût satisfaire l'officier commandant : il paraissait inquiet et en faisait partir d'autres, qui ne revenaient pas tous au clachan. Aux [iremiers rayons du jour, un caporal et deux hommes se précipitèrent dans la hutte, entraînant avec eux un montagnard que je reconnus immédiatement pour mon ancienne connaissance le porte-clefs Le bailli, éveillé en sursaut par le bruit qu'ils firent, le reconnut également, et s'écria : — Que Dieu nous fasse grâce ! ils ont attrapé ce pauvre Dougal... Capitaine, je donnerai caution, une caution raisonnable pour cet homme.

Cette ofi're lui était sans doute dictée par un .souvenir reconnaissant do l'heureuse intervention du montagnard dans le combat; mais le c ipitaine ne lui répondit qu'en le priant de se mêler de ses propres affaires, et de ne pas oublier que lui-même était prisonnier en ce moment. — Je vois prends à témoin, monsieur Osbaldistone, dit le bailli, qui probablement connaissait mieux les formes de la procédure civile que celles de la jurisprudence militaire ; je vous prends à témoin qu'il a refu~é une caution valable. Je suis d'avis que, d'après l'acte de 1701, Doiigal pourra lui intenter une action en dommage^ et intérêts pour emprisonnement arbitraire, et j'aurai soin certainement que justice lui soit rendue.

L'officier, que j'entendis nommer le capitaine Thornton, ne fit aucune attention aux menaces et aux remontrances du bailli, et soumit Dougal à un interrogatoire très sévère sur son genre de vie et ses relations ; il le 0>rça successivement de convenir, quoique avec l'air de la plus grande répugnance, qu'il connaissait Rob-Koy Mac-Grégor. qu'il l'avait vu depuis un an, depuis six mois, depuis un mois, cette .semaine même ; enfin, qu'il l'avait quitté depuis une heure à peine. Tous ces aveux échappaient au prisonnier l'un après l'autre comme autant de gouttes de sang, et paraissaient ne lui être arrachés que par la menace qu'articula nettement le capitaine Thornton dele faire pendre au premier arbre s'il ne donnait pas des [enseignements plus positifs et plus détaillés. — Maintenau;, mon ami, dit le capitaine, vous voudrez bien me dire combien votre maître a d'hommes avec lui en ce moment.

Dougal promena ses regards de tous côtés, excepté sur son inlerrogateur, et ré|iondit qu'il ne pouvait pas être sûr de cela. — Regardez-moi, chien des montagnes, dit l'officier, et rappelez-vous que votre vie dépend de voire réponse. Combien de coquins ce misérable avait-il avec lui quand vous l'avez quitté? — Ah! il nVii avait que six , moi non lompris. — Et où est le reste de ses bandits? — Ils sontallés avei; le lieutenant se battre contre les clans do l'ouest. — Contre les clans de l'ouest ! Ré! cela est assez probab e. Et quelle mission aviez-vous en venant ici ? — Je venais seulement pour voir ce que V.Ure Honneur faisait dans le elaehan avec ces gentilshommes en habits rouges. — J:' crois, me dit à l'on ille .M. Jarvie qui elau venu se placer derrière moi , je crois que c t homme finira par trahir. Je suis bien aise de ne pas m'ètie exposé à des frais à cause de lui. — .Maintenant, mon ami , dit le capitaine, entiiidous-nous bien. "Vous venez d'avouer que vous des venu ici comme espion, et vous devriez en conséquence être pendu au premier arbre. Mais si vous voulez me rendre un .service, je vous en rendrai un autre. 11 faut que vous me conduisiez, moi et quelques-uns de mes gens , à l'endroit où vous avez laissé votre ch>J

ROB-ROY

j'ai deux mots à lui dire pour une affaire sérieuse; après quoi je vous laisserai aller librement, et je vous donnerai cinq guinéi's pardessus le marché. — Oh ! oh ! s'écria Dougal réduit à la dernière lierplexité... je ne puis faire cela, l'airae mieux être pendu. — Eh liien , vous serez satisfait, mon ami, vous allez l'être, et que la responsabilité en retombe sur votre tète.... Caporal Cramp, chargezvous de l'emploi de grand-prévôt ... Emmenez cet homme !...

Le caporal s'était placé depuis quelques instants en face du pauvre Dougal, tenant à la main une corde qu'il avait trouvée dans la maison, etaffeclant d'y ajouter un nœud coulant pour en faire mieux comprendre la destinàiion. Sur l'ordre du opitaine, ii la jeta autour du cou du malheureux, et, avec l'aide de deux soldats, il l'entraîna jusqu'à la porte. Comme vaincu par l'elfroi d'une mort immédiate, Dougal s'écria du seuil de la porte : — Arrêtez, messieurs, arrêtez... je ferai tout ce que Sou Honneur voudra. — Emmenez-le, dit le bailli, il mérite plus que jam lis d'être pendu.... Eiiimenez-le donc, caporal; pourquoi ne remmenez-vous pas? ^— Du diable! mon brave homme, dit le caporal , je pense et je (luis dire que si vous vous voyiez vous-même aussi près de la potence, vous ne seiiezpas pressé comme vous l'ètf s.

Cette conversation incidente m'erapècha de saisir tout ce qui se passait entre le prisonnier et le capitaine Thornton ; mais j'entendis le premier dire d'un ton pleureur et tout-à- fait subjugué : — Vous n'exigerez pas que je vous suive , quand je vous aurai montré l'endroit où est Mac-Gregor?— Trêve à vos lamentations, coquin ! Non, je vous donne ma parole que je ne vous emmènerai pas plus loin. Caporal, faites ranger la troupe devant la maison, et qu'on prépare les chevaux de ces messieurs; il faut que nous les emmenions avec nous J'ai besoin de tout mon mondi',je ne puis laisser ici personne pour les garder. Allons, mes entants, aux armes.

Les soldats s'empressèrent d'obéir, et fureni bienlôl prêts à marcher: on nous emmena comme pris^'nniers avec Dougal En sortant de l'auberge, j'entendis notre compagnon de captivité ranpeler au capitaine sa promesse de lui donner cinq guiiiées. — Les voici , rejiondit l'officier en lui mettant de 1 or dans la main , mais .si)rii.'cs-y bien, si tu essaies de nous tromper, je te brûle la cervelle ilf MHS "^iirupres mains. — Ce misérable, nie fit observer le bailli, est encore pire que je ne l'avais jugé; c'est une créature intéressée et [leilide : oh! vil amour du lucre! Mon père, le doyen, disait que l'argent perdait plus d'àmes que le fer ne tuait de corps.

L hôtesse s'avança et demanda le paiement de l'écot, y compris tout ce qui avait été bu par le major Galbraith et les deux montagnards. L'offiiier anglais voulut faire quelques objections, mais mistress Mac-Alpine lui déclara que si elle ne s'en était pas fiée à ce qu'ils lui avaient dit, qu'ils attendaient Son Honneur, elle ne leur au'-ait pas fait crédit d'une pinte de liqueur; qu'elle ne savait pas si elle reverraitjamais.M. Galljruith,maisque,dans tous les cas, elle était sûre de ne jamais voir son argent; qu'elle était une pauvre veuve, et n'avait pour vivre que le produit de son auberge. Le capitaine Thornton coupa court à ses remontrances eu lui payant son raéinnire, qui ne montait qu'à quelques shillings d'Angleterre, quoique le total en parût formidable en monnaie du pays. Il voulut même pousser la libéralité jusqu'à nous comprendre, M. Jarvie et moi, dans le paiement général; mais le bailli, sans avoir égard au conseil de l'hôtesse qui l'engageait à laisser faire les Anglais, lesquels à coup sûr nous donnaient assez de tqurraent, calcula la part de l'écot qui nous reg.iidiil et la paya. Le capitaine saisit cette occasion.pour nous faiie quelques excuses sur notre detention : — Si vous êtes, nous dit-il , de fidèles et paisibles sujets du roi, vous ne regretterez pas un jour de relard pour le bien de son .service : dans le tas contraire, je n'aurai fait que mon devoir.

Force était de nous contenter di' ce-ltc a|iologie, et nous le suivîmes qiioiqu'a regret. Je n'oublierai jamais quelle sensation délicieuse j'éprouvai en quittant ra'niisplu're sombre, étontrante et enfùinée delà hutte où nous avions passés! iiicommodciuinl la nuit, pour la fraîcheur embaumée de l'air du matin. Les rayons éclatants du soleil levant, sortant d'un tabernacl.; d'or et de pourpre, éclairaient le p.iysage le plus pittoresque qui ail j.iniMs ravi uns yeux. A gauche était la vallée à travers laqurlle le Forth j>eipentait en poursuivant son cours vers l'esl, et en ceignant d'une guirlande de liois taillis le pied d'une belle colline entièrement detarhee ; à droite, an milieu de iocs nus, d'épais buis.sons et d'iinr pr iriision de monlicnli's, s'étendait un vaUe lac, à la surface duqoe; la lirise du matin soulevait de petites vagues, étincelanlesaux rayons iln sulell. Les bords de cetli: magnifique nappe d'eau étaieni foniRN de masses de rochers et de montagnes majestueuses sur lesquelles .se balançaient des foiéts de bouleaux et de chères- Le fréinis^^enii lit liariiiunieux du fiiiillagi! agile par le vent , le lieinblriiieiii .Kii, rayons du soleil retlechis jiar les eaux, donnaient a ci tt> -olit^de un air de vie et de Mouvement. L'homnie seul paraissHil petit dans ce» lieux où la natfire se nionirait sous \'i:> formes |es plus élevéïïi et |e,s plus majestnulisus. Les misérables petites huttes qui, au iiouiitic d'une douzaine , furmalent le vilage appelé le clachau d'Ab^rfiûi . étaieni Construites de pierres brutes ciiuentccs par du limun uu lieu de mortier, et couvertes de inities de gazon giussiùrement

placées sur des branches de bouleau et de chêne ; ces toitures descendaient si près du sol que, selon la remarque d'André Fairservice, la veille au soir, nous aurions pu faire galoper nos chevaux pardessus les maisons du village, sans nous en apercevoir, à moins que les pieds de nos bêles n'eussent passé à travers le toit. La maison de mistress Mac-Alpine, toute misérable qu'elle nous avait paru , était encore bien supérieure à toutes les autres. Et dans le cas où ma description vous iii>pirerait quelque curiosité de la voir, je ne crois pas que vous y trouviez beaucouji de changements au moment actu .1, cnr les Ecossais n'a'lo[iltiit point facilement les innovations, même quand elles tendent à améliorer leur sort. Le bruit de notre de|iart donna l'éveil aux habitants de ces mi.sérablis demeures, et plus d'une vieille femme vint faire une reconnaissance sur la porte entr'ouverte de sa chaumjère. En voyant ces sihylles avancer leurs tètes grises à peine couvertes d'une calotte de flanelle, et nous montrer leurs fronts ridés el leurs bras longs et décharnés; en les entendant mariiiolter entre elles quelques paroles en gaélique, accompagnées de gestes bizarres, mon imagination me représenta les sorcières de Macbeth , et je crus lire sur les traits sinistres de ces vieilles toute la iiialiee des trois Parques. Les petits enfuiis qui sortaient aussi des maisons, les uns toul-à-fait nus, les autres à moitié couverts de l.inilii^a,ux de vieux plaids, frappaient dans leurs petites mains el faisaient des grimaces aux soldats anglais avec une expression bien précoce de haine nationale et de malignité. Je remarquai surtout qu'on ne voyait pas un homme, pas même un girçon de dix on douze ans, parmi les habitants d'un village dont la populalion semblait considér.ible en proportion de son étendue, et l'idée me vint que nous étions destinés à recevoir de leur part, d ins notre excursion, des téiiioign:iges de malveillance plus effectifs encore ijue ceux qui nous étaient donnés ici. Mais ce ne fut rien encore tant que nous fûmes dans l'enceinte du village. A peine l'arrière-gardeavait-elle dépassé 1 s dernières maisons, pour prendre un petit seniier rompu formé |iar les traîneaux sur lesquels les habitants transportent leur tourbe, et qui conduisait dans les bois de l'autre côté du lac, que nous enlendimes un bruit confus de voix de l'emmes dont les hurlements aigus se mêlaient aux cris des enfants et à Ces battements de mains dont les montagnards accompagnent toujours les exclamations que leur fait pousser la rage ou la douleur. Je demandai à André, qui était pâle comme la mort, ce que tout cela siiîuifiail. — Je crains, dit-il, que nous ne le sachions que trop tôt. Cela signifie que les femmes des Highlands jioursuivent de leurs malédictions et de leurs imprécations les habits rouges, leur souhaitant malheur comme à tout ce qui a jamais parlé la langue saxonne. J'ai entendu des l'emmes anglai.ses et écossaises proférer des malédictions : cela n'a rien d'extraordinaire nulle part; mais je n'ai jamais entendu de langues semblables à celles de ces chiennes de montagnardes, ni des souhaits aussi affreux que les leurs : elles disent qu'elles voudraient voir ces hommes égorgés comme des moulons; se laver les mains jusqu'au coude dans leur sang; les voir souffrir la mort de cet ancien tyran qui fut mis en pieces par son cheval, de telle sorte qu'il ne restait pas de son corps un morceau a.ssez gros pour suffire au souper d'un chien.... et bien d'anires paroles qu'on est éloniié d'entendre sortir d'un gosier liiimam. Je ne crois pas qu'elles puissent se perfectionner dans le talent de blasplieiiier ei de maudire, à moins que le dirtbie lui-même ne vienn.- leur donner des le<,'ons. Et ce qu'il y a de pire, elles nous ont dit de continuer à suivre le lac, pourvoir ce qui nous arrivera.

En réunissant les explications d'André avec ce que j'avais remarqué moi-même, je ne pus douter qu'on ne méditât quelque attaque contre la troupe qui nous accompagnait. La route, à mesure que nous avancions, semblait olfrir toute espèce de facilité pour une surprise. D'abord, se ilétournaiit des bords du lac, elle nous ciniduisit à travels nue pr.iiiie marécageuse, couverte de bois taillis tort épais en certains endroits propres à favoriser une embuscale. Tamôt il oous fallait traveiser des torrents qui desee;:daienl des mont.igues et dont les eaux étaient si gro.^ses et si rapides que les soldats y entraient jusqu'aux geniuiX , et ne pouvaient lésisler à leur violeiiei: qu'en .se tenant deux ou trois par le bras. Quoique je n'eusse aucune expérience de l'art militaire , il me sembla que des guerriers à demi sauv.iges, tels qu'on m'avait représenté les monlignards, pouvaient, dans de semblables lieux, allaiiuer avec avantage des forces régulières. Le b<in suis du bailli et sa pénétration bu avaient fait faire le.s mêmes remarques ; je le vis par la deni.inde qu'il fil de parler au capitaine, à qui il adressa ces paroles ; — Capitaine, je ne prétends pas in'attirer aucune faveur de votre part, ciii c'est nue chose que je méprise, et je commence même pnr pruleMer (|u. je lue lé.serve iniijon.s ii.o.i ..etii/0 contre vous iiour eaii^o (le violence el de déteriti -n arliilraii. ... mais, roiiime ami ilii roi George el de son armée, je prends la liberté de vous làiie quelques oliservation.s. Ne pensez-vous pas que vous pourriez preiidi<' un iiionienl plus favoiulde pour vous enfoncer dans ce vallon 1 Si vous clieiehez Kob-Koy, tout le nmode sait qu'il n'a jamais avec lui moins d une clnquan'aine d'honinus .léletinii.és . el s il a pu ras- .seniblcr les gens de Glengyle, de Gleufinlas et dt lialquidder, il

LES VEILLÉES LITTERAIRES ILLUSTRÉES

serait en état de vous jouer un mauvais tour. Mon avis sincère , comiiii' ami du roi . serait de vous arrêter ici et de retourner au cl.ich.iii.. caries vieilles femmes. rAlierruii sont comme les corneilles de uier, dont le ghipissemeiit lugubre est toujours suivi d'une terapiHe. — Tranquillisoz-vous, monsieur, répondit le capitaine Thornton. Je ne fais qu'exécuter mes ordres. Et si vous èles un ami du roi George, vous serez bien aise d'apprendre qu'il est impossible que lelte bande de brigands, qui a si longtemps ravagé le pays avec impunité, échappe aux mes\ires prises en ce moment pour la détruire. 1,'e.seadron de milice commandé par le major Galbraith , qu'ont njoinl un ou deux autres détachements de cavalerie, occupe en Cl' moment les iléfilés inférieurs de ce (lays sauvage; trois cents monlagiiards , sous les ordres des deux gentilshommes que vous avez vus à l'auberge, se sont emparés des hauteurs, et différents corps de troupes de la garnison doivent garder les collines et les défilés dans toutes les direclions. Les ilerniers renseignements que nous avons sur Rob-Roy s'accordent avec l'aveu fait par son espion que, se trouvant cerné de tous côtés, il a renvoyé le plus grand nombre de ses gens, dans le dessein de se cacher ou de parvenir à s'échapper seul, grâce à la connaissance parfaite qu'il a des passages. — Je ne my fierais pas, dit le bailli ... Il y avait ce matin plus d'eau-de-vie que de cervelle dans la tète de Garjchattachin , et si j'étais à votre place , capitaine, je ne voudrais pas mettre ma priu' ipale confiance dans ces montagnards. Les faucons n'arrachent pas les yeux aux faucons. Ils peuvent bien se quereller entre eux , se dire des injures, peut-être même se donner quelques coups de sabre; mais ils finissent toujours parse réunir contre les gens qui portent des culottes et qui ont de l'argent d ins leurs poches.

Il parait que cet avis ne fut pas tout à fait perdu. Le capitaine Thornton donna ordre à .ses soldats de serrer leurs rangs, de préparer leurs mousquets et de mettre la baïonnette au bout du fusil. li forma une avant-garde et une arriere-gaide , composée chacune de deux soldats sous les ordres d'un sous-officier, et leur recommanda de se tenir sur le qui vive. Doogal fut questionné de nouveau et d'une manière très sévère, mais il persista dans ses déclarations précédentes; et le capitaine lui ayant reproché de le conduire par des chemins qui paraissaient suspects et dangereux, il répondit avec une espèce d'humeur qui me parut assez naturelle : — Ce n'est pas moi qui les ai faits. Si ces messieurs aiment les grandes routes, ils auraient dû retourner à (ilasgow.

tJette réponse mit fin à l'inlerrogatuire , et nous nous remimes en marche. Notre route, quoique nous conduisant vers le lac, avait été jusque-là tellement ombragée, que nous avions à peine entrevu de temps à autre celte belle nappe d'eau ; mais tout à coup, le chemin débouchant du bois et venant côtoyer le bord du lac, nous pûmes en admirera notre aise la vaste surface qui, maintenantque l'air du matin ne l'agitait plus, réfléchis.sait dans un calme majestueux les hautes et sombres inont.ignes couvertes de bruyères, et les masses grises de rochers qui renvironneiit. Bientôt les collines des rivages semblèrent s'élever du sein même du lac et ne nous laissèrent plus à leur pied qu'un sentier rude et étroit dominé pardes rochers, du haut desquels on aurait pu nous écraser en roulant des pierres, sans qu'il eût été possible de faire la moindre résistance. Ajoutez à celaq'^ela route suivait les détours de chaque promontoire et de chaque baie, ce qui souvent empêchait la vue de s'étendre à cent pas devant et derrière nous. Notre commandant parut concevoir quelque inquietude sur notre position ; il reliera l'ordre à ses soldats de se preparer à une alerte, et menaça plusieurs l'ois Dougal de le mettre à mort sur-le-champ s'il l'avait attiré dans quelque embuscade. Celui-ci écouta ses menaces d'un aird'impassibilité slupide, qui pouvait aussi bien provenirdu sentiment de son innocence que de son intlexibilné dans le parti qu'il avait pris. — Si ceschentlemans (prononciation gaélique pour gentlemen) cherchent Gregarach le rouge, dit-il, il est certain qu'ils ne peuvent pas s'attendre à le trouver sans courir quelque danger.» Au moment où le montagiianl prononçait ces moi<, le caporal qui commandait l'avant-garde cria Halte! et envoya un de ses hommes dire au ca|iltaine que ledéfile qui s'offrait devant eux était occupé par des montagnards postes sur un point élevé qui paraissait inexpugnable. Presque au même instant un soldat de l'arriere-garde annonça qu'il avait entendu le son d'une cornemuse dans les bois que nous venions de traverser. Le capitaine Thornton, ol'licier aussi habile que brave, résolut imraédiateraent de forcer le défile qui était devant lui sans attendre qu'on vint fassaillir par derrien'. Il dit à si^s soldats que les cornemuses qu'ils avaienlenlenduesleur annonçaieiil l'arrivée des montagnards de leur parti qui venaient à leur aide ; il leur litsentir l'importance de maicher toujours devant eux , et de s'emparer, s'il était possible, de Rob-Roy, avant que ces auxiliaires vinssent leur enlever la moitié de fhonueur du sutces et partager la récompense promise pour la tète de ce fameux brigand. Il donna ordre à I arriere-garde de rejoindre le centre, fit serrer sur l'avant-garde; en un mol, il prit toutes les dispositions nécessaires pour être maître du chemin et présenter un front aussi étendu que le peimettait son peu de largeur. Quanta Dougal, s'il l'avait trompé, il paierait cher sa trahison, car il le fit placer au centre entre deux grenadiers, auxquels il ordonna

de tirer sur lui s'il essayait de s'échapper. La même place nous fut assignée comme étant la moins danfiereuse, et le capitaine Thornton , prenant sa demi-pique des mains du soldat qui la portait, se mit à la tête de sou détachement et donna f ordre de se mettre en marche. La troupe s'avança aussitôt avec la bravoure naturelle au soldat anglais. Il n'en fut pas de même d'André Fairservice. à qui la frayeur avait presque fail perdre l'esprit ; et s'il faut dire la vérité , le bailli et moi , sans éprouver le même degré d'effroi , nous ne pouvions voir avec une indifférence sto'ique notre vie exposée aux plus grands dangers dans une querelle où nous n'étions pas intéressés. Mais il n'y avait pas de remède , car ce n'était pa.s le moment des remontrances. Nous avançâmes ainsi jusqu'à une vingtaine de pas de l'endroit où l'avant-garde avait aperçu l'ennemi. C'était un promontoire assez étendu et le sentier avait tourné jusque-là autour de sa base comme je l'ai déjà dit; mais vers la pointe du cap, au lieu de côtoyer le rivage, le sentier montait en zigzags rapides sur le rocher, derrière les anfractuosités duquel il disparaissait quelquefois; sans cela cette masse grisâtre et escarpée aurait été inaccessible. C'était sur le sommet de ce rocher que le caporal déclarait avoir vu les bonnets el les longs fusils de plusieurs nionlagnards probablement couchés à plat ventre au milieu de la haute bruyère et des broussailles dont il était couvert. Le capitainelui ordonna de se porter en avant avec trois files et de déloger l'ennemi ; lui-même s'avança d'un pas plus lent, mais ferme, avec le reste de sa troupe, pour le soutenir. Mais l'attaque fut suspendue par l'apparition soudaine d'une femme sur le sommet du rocher. — Arrêtez! dit-elle d'un ton d'autorité, el dites-moi ce que vous cherchez dans le pays des Mac-Grégor.

J'ai rarement vu un port plus noble que celui de cette femme. Elle pouvait avoir de quarante à cinquante ans; sa figure avait dû offrir danssa jeunesse les traits d'une beauté mâle, et quoique la vie dure des montagnes fexposàt sans cesse aux ardeurs du soleil ou aux outrages de Pair, et qu'à ces causes délétères se joignît encore l'influence des chagrinsetdes passions, sa physionomie était encore remarquable parson caractère prononcé et fénerglequ'elleexprimait. Elle ne portait pas son plaid sur la tète et sur les épaules, comme c'est lusagc des filles en Ecosse, mais elle le drapait autour de son corps, suivant la coutume des guerriers montagnards. Elle avait un bonnet d'homme, surmonté d'une plume, une ppée nue à la main, et une paire de pistolets à sa ceinture. — C'est Hélène Campbill, la femme de Rob, me dit tout bas le bailli d'un ton fort alarmé; avant peu il y aura plusd'une tète cassée parmi nous.— Que cherchez-vous ici? demanda-t-elle une seconde fois au capitaine Thornton, qui s'était avancé lui-même pour reconnaître. — Nous cherchons le proscrit Rob-Roy Mac-Crégor Carabpell, répondit l'officier. Nous ne faisons pas la guerre aux femmes ; n'opposez donc pas une vaine résistance aux troupes du roi, et vous pouvez être assurée que vous ne recevrez de nous que dn bons traitemerits. — Oui, répliqua l'amazone, je connais loute l'étendue de votre humanité et de votre clémence. Vous ne m'avez laissé ni nom, ni honneur; les os de ma mère tressailleront dans la tombe quand lesmiensiront les rejoindre. Vous n'avez laissé à moi et aux miens ni tuaison, ni asile, ni lit, ni couverture, ni bestiaux pour nous faire vivre, ni toison pour nous vêtir; vous nous avez tout pris, tout, jusqu'au nom de nos ancêtres; et maintenant vous venez nous enlever la vie. — Je ne viens prendre la vie de personne, répondit le capitaine, mais il faut que j'exécute mes ordres. Si vousêtes seule, bonne femme, vous n'aurez rien à craindre ; s'il y a quelqu'un avec vous qui soit assez téméraire pour tenter une inutile résistance, que son sang retombe sur sa tête. En avanl^ sergent ! — En avant, marche! répéta le sous-officier. Huzza ! mes enfants! pour la tète de Rob-Roy,et pour un* bourse pleine d'or. » Et le sergent s'avança au pas de charge, suivi de six soldats : mais au moment où ils atteignaient le premier tournant du défilé, une douzaine de coups de feu partirent de différents côtés. Le sergent, frappé d'une balle au milieu du corps, fit encore un effort pour continuer de monter, s'appuyant sur ses mains pour gravir la surface du roc ; mais ses forces l'abandonnèrent, et après cette dernière lutte, il roula le long du rocher jusqu'au fond du lac, où il disparut. Trois soldats tombèrent tués ou blessés; les trois autres, se sentant atteints plus ou moins dangereusement, se replièrent sur le corps principal. «Grenadiers, en avant !» cria le capitaine. (Je dois vous rappeler qu'à celte époque les grenadiers portaient en effet cette arme deslructive d'où ils ont tiré leur nom.) Quatre grenadiers marchèrent donc en tête de la troupe, et Thornton se disposaità les soutenir. — .Messieurs, nous dit-il alors, mettez-vous à l'abri du danger ; retirez-vous. .. Grenadiers, ouvrez vos gibernes; grenades en main ; allumez la mèche, en avant!

La troupe s avança en poussant des cris, le capitaine en têie ; les grenadiers jetaient'ieurs projectiles da:is les buissons ou se cachait l'ennemi, et les fusiliers gravissaient bravement le rocher. Dougal, oublié dans ce tumulte , se glissa prudemment sous les broussailles qui couvraient le roc , et qui dominaient celte partie de la route où naus nous étions arrêtés d'abord; Il y grimpa avec l'agilité d'un chat sauvage. Je suivis son exemple par une espèce d'instinct qui me fit penser aue le feu des montagnards balaierait tout ce qui s*

hOB-ROY

ll-ouverait rians le sentier battu. J'étais hors d'haleine, car un feu roulant dont chaque coup était répélé par mille échos, le sifflement des fusées des grenades et leur 'explosion , les cris des soldats, les hurlements des montagnards , formaient un Iracas qui, je ne crains pas de l'avouer, semblait me donne des ailes pour arriver à un lieu de siirelé. Les difficultés augmentèrent bientôt tellement, que je désespérai de rejoindre Dougal s'elan(,ant de roc en roc et sautant d'arbre en arbre avec la légèreté d'un écureuil. Enfin je m'arrêtai, afin de jeter un regard derrière wio' et de découvrir ce qu'étaient devenus mes compagnons; je les aperçus tous deux dans une position très critique Le bailli, a qui la peur avait probablement donné un degré d'agilité extraordinaire, était parvenu à gravir à la hauteur de vingt pieds environ sur le roc ; ra^is son pied ayant glissé en vuulairt passer d'une pointe de rocher à une aulre , il aurait été rejomdre son père le digne doyen, dont il aimait tant à citer les faits et gestes , si une branche d'épine qui s'avançait en saillie n'eût accroché les pans de sa redingote et ne l'eùl retenu. Ainsi suspendu dans une position peu commode, il resseinbl.iit assi z à l'enseigne de la Toisim d'or, qu'on voit sur la bouli(|iie d'un mercier de sa ville natale. Quant a Fairservice , il avait atteint non sans peine le sommet d'un rocher nu et sterile qui dominait le bois; mais il s'y trouvait placé entre deux feux, et dans une position telle qu'il lui était ausM impossible d'avancer que dangereux de reculer. Parcourant en tous sens son étroite plate-forme, il cnait merci alternativement en gaélique et en anglais , suivant le côte vers lequel semblait pencher la victoire. Le bailli répondait à ses cris par des gémissements que lui arrachaient à la fois la peur et la gène résultant de sa situation précaire. Mon premier mouvement fut d'aller au secours de M. Jarvie; mais c'était chose impossible sans le concours d'André, que mes signes, mes prières, mes ordres, mes menaces, ne purent decider à quitter sa périlleuse station. Là , semblable à un ministre d'Etat qui sent son incapacité et les dangers qu'il court sans pouvoir descendre du poste eminent auquel il a eu la presomjition d'aspirer, Andre continuait de pous:>er des cris pitoyables que personne n'entendait, et de s'agiter en tous sens, lai-ant les contorsions et prenant les postures les plus bizarres pour éviter les balles qui sifflaient autour de lui. La cause de sa terreur ne dura que peu de minutes, car le feu , bien nourri jusqu'alors, cessa tout à coup. Alors j'tssayai d'atteindre quelque endroit d'où je pusse faire un appel à la clémence du vainqueur, quel qu'il lût, persuade qu'on ne laisserait pas l'honnête bailli suspendu connue le tombeau de Mahomet entre ciel et terre, sans venir à son secours. A force de grimper, je parvins a une eminence d'où je découvris en plein le champ de bataille. Le combat s'était tll'ectivement terininé , comme je le pressentais, par la défaite complète du capitaine Thornton. Une troupe de montagnards étaient occupés à desarmer cet ol'licier et une douzaine d hommes qui lui restaient et dont la plupart étaient blessés. Environnes par des forces tripies, ne pouvant ni avancer ni reculer, sous un feu meurtrier auquel ils pouvaient a peine répondre avec quelque succès, ils avaient mis bas les arme» par ordre de leur officier, qui avait senti que résister plus longtemps, c'était sacrifier inutilement la vie de ses braves soldats , car la retraite était impossible. Proteges par leur position, les montagnards avaient acheté la victoire à peu de frais; il.s n'eurent qu'un homme tue , et deux furent blesses par les grenades. J'appris plus lard tous ces Uetails. Dans ce moment , )e compris seulement le résultat de l'alTaiie, en voyant l'ollicier anglais, la ligure couverte de sang, ietiouitlé de ses insignes et de ses armes, et ses hommes, dont les vi-agcs iristes et abattus exprimaient la rage et la honte, environnes d'une troupe de guerriers a demi sauvages et subis.-ant les lois que les vainqueurs imposent aux vaincus, ne lùi-ce que pour leur propre sécurité.

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