‹ WaverleyChapitre 110 sur 231 · FIN DE ROB-ROY · texte numérisé non relu

FIN DE ROB-ROY

BALLADES ET POÉSIES

BIÏiïiiBES m POÉSïfiS.

-~>>*^i*ft#§^-Ç'*-Ç-^

I^e Roi du Feu.

Valeureux chevaliers, belles dames, prêtez l'oreille à ma harpe ; ■vous entendrez parler d'amour, de guerre et de merveilles, et, au milieu de votre joie, vous pourrez donner un soupir à l'histoire du comte Albert et de la belle Rosalie.

Voyez-vous ce château si formidable et si élevé? Voyez-vous cette dame, les yeux remplis de larmes? Voyez-vous ce pèlerin de la terre de la Palestine, le chapeau couronné d'écaillés et un bâton à la main?

(1 l'elerin.bon pèlerin, dites-moi, quelles nouvelles apportez-vous de la sainte contrée? Où en est la guerre sur les rivages de Galilée? et comment se comportent nos guerriers, la fleur de la chevalerie?

— La guerre sourit ;i nos etforls près des vagues de Galilée, car nous avons Gilead, et Nablous, et Ramah, et nos guerriers combat • tenl vaillamment près du mont Lebanon ; car les païens sont perdus, et les chretieus sont vainqueurs.»

Une belle chaîne d'or était entrelacée dans les anneaux de la chevelure de la dame : elle posa cette belle chaîne sur les cheveux gris du (lulerin: « 0 pèlerin, bon pèlerin ! cette chaîne vous appartient, pour les nouvelles que vous apportez de la sainte coniree!

« Et dites-moi, pèlerin, bon pèlerin ! près des vagues de Galilée, avez- vous vu le comte Albert, ce chevalier aimable et brave ! Quajid le croissant recula, quand la croix rouge fut victorieuse, oh ! l'avezvous vu monter le premier sur le mont Lebanon !

— 0 lady, belle lady, l'arbuste devient arbre; o lady, belle lady, le ruisseau tranquille augmente ses ondes; votre château est fortement assis , et vutre espoir prend un haut essor ; mais, lady, belle lady, tout fleurit pour mourir.

«Les rameaux verts se fanent; l'orage éclate, et ne laisse de votre château que les murailles sillonnées par la foudre ; le paisible et pur ruisseau roule des torrents de fange; l'heureuse espérance s'envole ; le comte Albert est prisonnier sur le mont Lebanon.»

La dame prend un cheval; il est agile et servira son impatience. Elle prend une epte ; la lame est affilée, c'est une protection certaine. Puis elle prend un vaisseau ,et vogue vers la Palestine pour racheter le com le Albert des fers du Soudan,

Le comte Albert songeait peu à la belle Rosalie ; il songeait peu à sa foi, ou à son bonmur de chevalier; une damoiselle païenne avait conquis ce cœur léger, c'était la charmante fille du Soudan du mont Lebanon,

(' O chrétien, brave chrétien ! mon amour sera pour toi; mais avant que je t'écoute, il faut que tu fasses trois choses : tu adopteras desurnuis nos lois et notre culte, et tu feras cela d'abord pour l'amour de Zutema.

« Et ensuite, dans la caverne oïi brûle sans cesse la flamme mysliqiie adorée par le Kurde, tu veilleraspendant trois nuits en silence; tu feras celacnsuile pour l'amour de Zuléma,

« Et enfin tu nous aideras du conseil et de la main à punir le Frank. ( raMsseur de la Palestine; alors, comte Albert, je t'avouerai pour mon seigneur et mon amour, quand ces choses seront accomplies pour l'amour de Zuléma.

" a jeté de côte son casque et son épée, dont la poignée formait 'tine crnix; rcnon^'ant à la chevalerie, déniant son Uicu, il a revêtu

talian vert cl couvert sa tête d'un turban pour l'amour de la

îerge du Lebanon,

El bien bas, bien bas sous la terre, au sein d'une horrible caverne,

ns les parois i\r laipielle s'ouvrent cinquante portails et cinquante

"'■ d acier, il a veillé jusqu'au jour, maisil n'a eu aucune vision,

y* vu que la tlamnn' brillante sur sun autel de pierre.

La princesse est surprise, le sultan est surpris, les prêtres murmurent, mécontents, en regardant Albert; ils visitent ses vêtements, et sous le caftan ils trouvent un rosaire béni.

Et bien bas, bien bas sous la terre, il veilla de nouveau dans la caverne durant la longue nuit, tandis que les vents soufflaient à l'entour. Mais leur murmure était lointain, et il ne s'éleva point davantage : la flamme brûlait , immobile , et il ne vit rien de plus.

Les prêtres murmurèrent hautement, et le roi fut très surpris ; cependant les prêtres, en chantaiU quelque charme sinistre, cherchèrent sur le corps d'.\lbert; et voici! sur sa poitrine était le signe de la croix imprimé par son père.

Les prêtres l'efTacèrent avec peine, et l'apostat descendit de nouveau dans la caverne; mais, comme il descendait, un soupir se fît entendre... C'était son bon ange qui lui disait adieu.

Ses cheveux se hérissèrent, et son cœur battit tumultueusement; il lit cinq pas en arrière, à demi résolu à la retraite ; mais son cœur fut rall'ermi et son projet fut arrêté quand il pensa à la vierge du Lebanon.

A peine fut-il sous la voûte, à peine eut-il passé le seuil, que les vents se détachèrent des quatre points du ciel : ils ébranlèrent les portes d'acier, et sur leurs ailes arriva l'horrible Roi du feu.

La caverne tressaille péniblement à chaque pas qu'il fait en avant; le feu s'élance sur son autel en rapides tourbillons ; et la montagne proclame par des explosions volcaniques l'effrayante approche du monarque du feu.

D'une hauteur immense, d'une forme insaisissable, l'éclair est son haleine, la tempête est sa voix : ahisansdonte le comte Albert sentit faiblir son vaillant cœur en voyant le roi du feu dans sa terrible majestée.

Un large damas d'un acier bleuâtre étincelait dans sa main à travers la fumée. Le mont Lebanon trembla quand le monarque prit ainsi la parole : « Arme-toi de ce fer, et tu seras vainqueur tant que tu n'auras pas de nouveau fléchi devant la croix et adoré la Vierge des chrétiens. »

Le bras enseveli dans les nuages présenta l'épée étincelante ; l'apostat il genoux reçut le don magique : le tonnerre gronda au loin, les feux jetèrent une pâle clarté, tandis que, porté parle tourbillon, le fantôme se retirait.

Le comte Albert se rangea parmi les chevaliers païens; quoique son cœur fût faible, son bras était tort : la croix rouge fut vaincue, et le croissant triompha du jour où Albert commanda sur le mont Lebanon.

Depuis les forêts du Lebanon jusqu'aux vagues de Galilée les sables de Samaar burent le >ang des braves. Enfin les chevaliers du Temi'le et les chevaliers de Saint-Jean, avec Baudouin, roi de Jérusalem, s'avancèrent contre Albert.

Les cymbales guerrières retentissaient et les trompettes leur répondaient; les lances étaient en arrêt, et li:s pointes de celles des chrétiens touchaient le 1er des piques musulmanes. Le comte Albert renversa cavaliers et chevaux pour arriver jusqu'au cœur de l'arraée où se trouvait le roi Raudouin.

Contre l'épée magique que maniait le comte Albert, l'ccu du roi croisé n'était qu'une vaine défense; mais un page se précipita devant le monarque, et fendit l'orgueilleux turban du renégat.

Le coup fut si violent, que le comte Albert chancela; il fut jeté hors de ses ar(;ons en face de l'écu où brillait le signe du salut; et à peine avait-il incliné la tête devant la croix rouge.,, qu'il dit à son insu : " lionne grdne. Sulre Dame '. v

Aussilùl, l'épée magique rendit un son douloureux, car sa vertu l'tail ainanlie. Elle glissa entre les doigts d'Albert, et on ne la revit jamais; seulement quelques hommes dignes de foi assurent que, sur

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

les ailes d'un éclair rougeàtre, i'épée retourna vers l'horrible roi du feu.

Le comte grinça des dents, et ferma sa main armée d'un gantelet; puis d'un coup il renversa le page sur le sable; alors, comme lecasque brisé se détacha de la tète du jeune homme, on put voir ses veux bleus et les anneaux d'or de sa chevelure.

Pendant un seul instant, le comte Albert resta immobile d'horreur devant ces yeux troublés par le vertige delà mort, et devant ces cheveux souillés de sang; profitant de cet instant, les templiers s'avancèrent, semblables aux flots du Cédron, et trempèrent leurs longues lames dans le sang de l'apostat.

Les Sarrasins, les Kurdes et les Ismaélites cédèrent devant l'écu chargé des coquilles et de la croix; et les aigles se rassasièrent des cadavres païens depuis la fontaine de Bethsabée jusqu'aux collines de Nephtali.

La bataille a cessé dans la plaine de Bethsaida... Quel est ce chevalier païen couché raide parmi les morts? Quel est ce jeune page étendu sur ses genoux? Ah! c'est le comte Albert et la belle Rosalie.

La dame fut enterrée sur le saint territoire de Jérusalem: son âme fut reçue par la haute miséricorde de Notre-Dame. Quant au comte, il fut laissé à la merci des chiens et des vautours. Son àme s'envola sur les vents vers l'horrible roi du feu.

Maintenant, plus d'un ménestrel peut dire sur sa harpe comment la croix rouge fut victorieuse, et le croissant abattu. Seigneurs et gracieuses dames ont soupiré au milieu do leur joie, en entendant l'histoire du comte Albert et de la belle Rosalie.

Frederick et .%licc.

Frederick abandonne la terre de France : ses pas arpentent à la hàto la route qui le ramène au pays; et le voyageur jette un coup d'œil insouciant sur la scène de ses plaisirs passés.

Joyeux sur son coursier qui se cabre, il est impatient d'éprouver sa lance encore vierge, et le jeune guerrier conduit ses beaux rêves d'espérance sur les montagnes, dans les vallées, à travers les clairières.

Sans appui, abattue, laissée dans l'abandon, l'aimable Alice pleure dans la solitude, elle pleure sur la rupture de ses engagements d'amour, et sur l'espérance, la paix, la pureté perdues.

Voyez les battements convulsifs de son sein! Voyez les torrents de larmes qu'elle répand dans son angoisse! Bientôt à ses bruyants sanglots se mêlent de frénétiques éclats de rire.

Elle maudit d'un air égaré ; avec égarement elle prie. Sept jours et autant de nuits se passent ainsi : puis la mort par pitié vient à

son aide, à l'heure où la cloche du village frappe lentement quatre coups.

Loin d'elle, et loin delà France, le parjure Frederick poursuit son voyage ; il observe gaiement le premier regard du matin étincelant sur les flancs de la montagne.

N'entendez- vous pas le son prophétique, semblable à la langue de cette tour là-bas, annoncer doucement autour des collines la quatrième heure, l'heure fatale?

Le coursier tressaille ; il aspire l'air par ses naseaux, sans qu'il apparaisse aucune cause de terreur ; les cheveux du cavalier se hérissent, il se sent frappé de craintes mystérieuses.

Désespéré de son involontaire frayeur, Frederick enfonce les éperons dans les flancs du coursier; il voudrait se fuir lui-même; tourmenté, sans repos, il marche toujours en avant.

Pendant .sept jours et sept nuits, il erra au hasard. Moments funestes! Une incessante agitation, une terreur sans cause, précipitèrent ses pas pendant des milles et des milles.

La septième nuit descendit sombre et triste : les rivières s'enflaient la pluie ruisselait par torrents, tandis qu'un tonnerre éloigné ajoutait à la scène d'horreur de ses mugissements.

Harassé, mouillé, consumé par la fatigue, où Frederick posera- !-il sa tète? Là seulement, dans cette chapelle en ruines que la lumière des éclairs lui fait apercevoir.

Le voyageur attache son coursier sous le portail obscur : puis descendant lentement un escalier ruiné, il se trouve dans un chemin obscur.

De longuesvoùtess'étcndent devant lui ! Il y voit passerdouceraent de faibles lumières! « Sainte Marie, entends ma voix ! Daigne guider les pas d'un pécheur. »

Le rayon tremblant s'efface par intervalles ; cependant les lumières avancent lentement, jusqu'à ce que leur triste lueur s'arrête contre une porte de fer.

Des voix tonnantes mêlées à des éclats de rire s'élèvent au dedans : et aussitôt que ces bruits s'apaisent, un chant solennel y fait succéder sa mélodieuse harmonie.

Au milieu du bruit, Frederick croit entendre la voix d'amis que la mort a depuis longtemps enlevés; puis il reconnaît dans cet air solennel le lai qu'Alice aimait à chanter.

Ecoutez! Maintenantun glas sépulcral rompt quatre fois le silence de la nuit , quatre fois à ces vibrations qui s'éteignent, l'écho des ruines a répondu.

Lorsque les tintements prolongés cessent enfin de retentir, la porte de fer s'ouvre lentement : un banquet s'offre aux yeux du voyageur, mais ce banquet ressemble à une fête funèbre !

Des cercueils servent de siège ; toute la table est couverte d'un drap noir; elle est entourée de parents, de frères, d'amis, depuis longtemps comptés parmi les morts.

■Alice, enveloppée de son linceul et souriant d'une manière effrayante, montre un siège à l'étranger ; tous les spectres se lèvent avec un bruit pareil au tonnerre et saluent l'hôte qu'ils attendaient.

Ils balancent dans l'air leurs bras amaigris, et leurs voix sauvages enflent leurs accords en répétant ce salut : «Traître, sois le bienvenu dans le tombeau ! parjure, dis adieu à la lumière. »

Paris. — Imp. Lacoijr et Comp., rue St-Hyac>nllie-St-Michel, 33, et rue Soufflet, 11.

'wmmu mmwmmm

WALTER -SCOTT

DE LOUIS BARRÉ

QUENTIN DURWARD

LA DAME DU LAC

PARIS 1850, J. BUY AIi\L, i: DITE ru,

27, lU'f- (.rfiNfidAUD, 27.

(lir.s.)

— LA DAME DU LAC

Par *Valter-Seo<t. — Tiaduclion nouvelle de L. BARRÉ.

Page 1