‹ WaverleyChapitre 180 sur 231 · L.n veille de la Saiiit-Jeaii · texte numérisé non relu

L.n veille de la Saiiit-Jeaii

Le baron de Smayl'home se lève avec le jour; il aiguillonne son coursier, et sans jeter un regard derrière lui, il descend le sentier de Brotherstone.

Il ne va point, près du vaillant Buccleuch, déployer sa large bannière; il ne va point opposer sa targe écossaise à la flèche des Anglais.

(Cependant il a revêtu sa cotte de mailles, son casque est lacé, il porte une cuirasse à l'épreuve; à la selle de son cheval pend une hache d'armes qui pcse dix livres et plus.

Le baron revint au bout de trois jours; il paraissait triste et irrité; et le pas de son cheval était pesant tandis qu'il montait à la totir.

11 ne venait point d'Ancram-Moor, où le sang anglais avait coulé, où le fidèle Douglas et le vaillant Buccleuch avaient résisté au subtil lord Evers.

Cependant son casque était couvert d'entailles profondes, sa cuirasse était percée et bosselée, sa hache et sa dague étaient souillées de sang, mais ce n'était pas de sang anglais.

Il descendit secrètement et en silence auprès de la chapelle; puis il siffla trois fois pour appeler son petit page : le page se nommait Will, comme un Anglais.

« Viens ici, mon petit page, viens ici sur mes genoux ; quoique tu sois bien jeune encore, je pense que tu sauras me dire la véritr.

« Viens! dis-moi tout ce que tu as vu, et songe à nie dire la vérité ! Depuis que j'ai quitté la tour de Smayrhome, qu'a fait ta noble maîtresse'.'

— Ma noble maîtresse se dirige chaque nuit vers la flamme solitaire qui brûle sur le sauvage Wiitchfold ; car de hauteur en hauteur les signaux brillent pour annoncer les Anglais.

« Le butor crie dans le marais, le vent souffle avec violence; cependant elle suit le sentier, taillé dans le roc, qui conduit au signal aérien.

a Une nuit je suivis ses pas, et je me glissai en silence près de la pierre où elle était assise; aucun gardien n'entretenait l'horrible flamme, elle brûlait sans être attisée.

« La seconde nuit je ne la perdis pas de vue jusqu'à ce qu'elle fût arrivée auprès du feu, et, je le jure par la Vierge sainte ! un chevalier armé se tenait auprès de la flamme solitaire.

« Et ce guerrier dit beaucoup de choses à ma noble maîtresse ; mais la pluie tombait, le vent soufflait en tourbillons, et je ne pus entendre leurs paroles.

u La troisième nuit, le ciel était pur, et le tourbillon de la montagne était silencieux, j'observai de nouveau le couple furtif auprès du fanal isolé.

« Et j'entendis qu'elle désignait l'heure de minuit et cette sainte soirée; et qu'elle disait : « Viens celte nuit sous les créneaux de ta » dame, ne redoute pas le vaillant baron.

<i II combat avec la lance près du vaillant Buccleuch ; son épouse « est seule ; la veille de la fête de saint Jean, ma porte s'ouvr ra pour « mon chevalier fidèle. »

— « Je ne peux venir, il est impossible que je vienne; j i n'ose-

« rais aller vers toi. La veille de la Saint-Jean, je dois errer seul « dans ces montagnes; je ne puis aller te trouver dans tes appartc- « nienls.

— « Honte sur toi, chevalier timide! Tu ne peux me refuser, car « la soirée est douce, et quand deux amants se rencontrent, elle « vaut tout un beau jour d'été.

« J'enchaînerai le limier, le gouverneur ne sonnera point de son tt cor, je joncherai de paille les degrés de l'escalier. Ainsi, parlacroi\ « de pierre noire, et par le bienheureux saint Jean , mon amour, je « te conjure de venir!

— « Uuand le limier serait muet, l'escalier jonché de paille, et « quand le gouverneur ne sonnerait point de son cor, il y a un prè- « tre qui habile la chambre de l'Est, et il reconnaîtrait ma défi marche.

I — « Oh ! ne crains pas le prêtre qui habite la chambre de l'Est, ! « car il est parti pour Dryburgh ; et là, pendant trois jours, il doit « dire une messe pour l'àme d'un chevalier occis. »

« L'étranger détourna la tète et fronça les sourcils d'un air irrité : « Ce prêtre qui dit des prières pour l'àme d'un chevalier, pourrait « bien en dire aussi pour moi.

« A l'heure solitaire de minuit, heure où les mauvais esprits sont « puissants, je serai dans ta chambre. » Là-dessus il partit et laissa mylady seule; et je n'ai rien vu de plus. »

Pendant le récit du page, le front du vaillant baron était tour à tour noir et rouge de sang : « Maintenant, dis-moi, comment était ce chevalier que tu as vu; car, par la Vierge sainte, il mourra !

— Ses armes resplendissaient à la rouge lueur du feu, son panache était écarlate et bleu, sur son écu était un limier reienu par une laisse d'argent, et une branche d'if couronnait son casque.

— Tu mens, lu mens, petit page, tu mens impudemment à ton maître! car le chevalier que tu dépeins est froid et couche dans la terre sous l'arbre d'Eildon.

— Ecoutez encore ceci, noble seigneur , car j'ai entendu votre épouse prononcer son nom, et cette noble dame appelait le chevalier sir Richard de Coldinghame. »

Le front du hardi baron changea de couleur, je vous assure, et de rouge de sang il devint pâle... « La tombe est sombre et profonde... le corps était roide et glacé... je ne puis croire ce que tu dis.

« Là où les flots de la belle Tweed entourent le saint monastère de Melrose, à l'endroit où Eildon descend vers la plaine , il y a trois nuits, ce galant chevalier l'ut tue par une main inconnue.

« La lumière vacillante du fanal aura égaré ta vue, et les vents t'auront empêché d'entendre le nom, car en ce moment les cloches de Dryburgh sonnent encore, et la voix des moines blancs s'élève pour sir Richard de Coldinghame. »

Le baron franchit la porte de la cour, il ouvrit la grille, il monta l'étroit escalier; et, au milieu de ses femmes, assises sur la plateforme, il trouva sa belle épouse.

La daine était plongée dans la mélancolie, regardant les glens et les collines, les flots purs de la Tweed, les bo4s de Mertoun, et au loin le Téviotdale.

« Je te salue, je te salue, belle dame ! — Je te salue, fidèle baron ! Quelles nouvelles, quelles nouvelles apportes-tu de la bataille d'Ancrani-Moor? quelles nouvelles du vaillant Buccleuch?

— Ancram-.Moor est baigné dans le sang des hommes dti Sud; et Buccleuch nous recommande de bien veiller à nos signaux. »

La dame rougit, mais elle ne repondit pas ; le baron n'ajouta pas un mot; alors elle descendit l'escalier qui menait à sa chambre et le sombre baron la suivit.

La dame pleurait en dormant ; mais le baron veillait et se retournait sur sa couche, et souvent il se disait à lui-même : « Les vers rampent autour de lui, sa tombe sanglante est profonde, les morts ne peuvent se relever. » i

La cloche des matines allait sonner, la nuit était presque finie, | quand un sommeil pesant s'empara du baron... c'était la veille de !a Saint-Jean.

La dame regarda par la chambre à la lueur d'une lampe mourante, et elle aperçut un chevalier... sir Richard de Coldinghame! | « Hélas! dit-elle, sortez, sortez, pour l'amour de la sainte Vierge! | — Madame, je sais quel est celui qui dort auprès de vous, mais il ne il s'éveillera pas, madame.

« Depuis trois longues nuits je repose dans un tombeau sanglant sous l'arbre d'Eildon ; des messes et des prières ont été dites pour moi, mais elles ont été dites en vain, madame.

« Près des belles ondes de la Tweed, je suis tombé, tué perfidement par l'épée du baron ; et mon esprit, sans repos, doit errer pendant . quelque temps sur le rocher près du fanal. I

« Autour de la place de nos rendez-vous, pendant quelque temps, il faut que je reste errant çà et là ; mais je n'aurais pas eu le pouvoir de venir dans cet appartement si vous ne m'en aviez pas fait la prière. »

L'amour l'emporta sur la crainte. Elle signa son front : « Quel est ton destin, Richard? es-tu sauvé ou damné? » Le fantôme secoua la tète.

ko

ttor

Cf

Kaii

■ Cei

IWp,

BAI LADES ET POÈMES

« Qui donne la mort reçoit la mort : que ton époux et seigneur y songe bien. Mais l'amour adultère est compté pour un crime dans l'autre vie : reçois-en ce gage terrible. »

11 posa sa main droite sui- une solive de chêne, la main gauche sur celle de la châtelaine; la dame ncula et se sentit défaillir, car les doigts du chevalier brûlaient comme un tison ardent.

L emprcinie calcinée de quatre doigts resta sur la solive, et la dame» porta toujours une bandelette à son poignet.

11 est une nonne sous les voiltes de Dryburgh qui ne voit jamais le soleil; il est un moine dans la tour de Melrose qui ne prononce jamais un mot.

Cette nonne qui ne contemple jamais le jour, ce moine qui ne parle jamais : cette nonne, c'est la brillante châtelaine de Smayl'home; ce moine, c'est le vaillant baron.

KiC lloine gris.

Le pape, à qui les bienheureuT ont donné le pouvoir de laver les hommes de leurs péchés, disait une messe solennelle le jour de Saint- Pierre.

Le pape disait la sainte messe, et le peuple s'agenouillait autour de lui; et, à mesure que chacun baisait la terre sacrée, ses péchés s'eflaçaient de son àme.

Dans les rangs serrés de la foule, tout était silencieux; les membres étaient immobiles et les langues muettes, tandis que, sous les hautes voûtes et sous les nefs immenses, résonnait une sainte harmonie.

En arrivant aux paroles mystérieuses de la consécration , le pape frissonne de terreur; il en balbutie les syllabes; et quand il veut élever le calice, le calice tombe sur le sol.

« L'haleine d'un coupable profane cette atmosphère, cette lumière bénie! il n'est point de notre croyance; il n'a point de part à mes paroles.

« C'est un homme à qui les mots divins ne peuvent donner la paix de l'àme, un misérable dont l'approche odieuse fait reculer les olrjels sacrés.

« Hors d'ici, malheureux! hâte-toi de fuir! redoute ma malédiction ! Je te somme de ne plus interrompre ma voix et de te retirera l'instant! »

Au milieu de la foule, il y avait un pèlerin agenouillé, velu d'une robe de bure grise; il avait voyagé loin de son pays natal, et ce jour-là il voyait Rome pour la première fois.

Pendant quarante jours, et autant de nuits, je pense, il n'avait ^ pas prononcé un seul mot, et il n'avait rompu son jeune qu'avec du pain et de l'eau.

Parmi la multitude pénitente, aucun ne priait dans une attitude plus humble; mais lorsque le saint père eut parlé, il se leva et sortit.

Il tourne ses pas vers la terre natale et reprend son pénible Yoyage ; il revoit les beaux et fertiles rivages du Lothian et les montagnes bleues de Pentland.

Son pied maudit regagne l'asile paternel, et les beaux bois d"Eskedale. Il revoit le cours tranquille du plus doux ruisseau qui , protégé par de vastes forêts, ait jamais porté ses eaux à l'océan Oriental.

Les seigneurs donnent la main au pèlerin, et les vassaux ploient le genou devant lui ; car, parmi les plus fameux chefs écossais, nul n'était plus renommé.

Et toujours il avait hardiment combattu pour son pays; oui, même I quand, sur les bords du Till, la haute noblesse de l'Ecosse répandit f tînt de sang.

Oh ! qu'ils sont délicieux les sentiers qui courent auprès des flots de l'Eske, au-dessus des préci|)ices, à travers d'épais taillis impéné- I trahies au soleil.

• Là les pas du poète ravi peuvent errer au hasard , et il peut s'a- { bandonner à la muse que n'elT.irouche pas l'éclat du jour; là une beauté pudique, guidée par le timide amour, peut éviter l'indiscrète clarté.

Ces sentiers conduisent du beau domaine dont les sons du cor paient la redevance , jusqu'aux bosquets de noisetiers d'Auchendinny, et jusqu'au bois d'Houselee, hante par un esprit.

Qui ne connaît les bocages de hêtres do Melville, le glen rocailleux de Roslin , Dalkeith séjour des vertus , et le classique Hawthorndenî

Cependant le pèlerin évte to'js ces lieux; il prend seulement le sentier solitaire qui conduit à la grange ruinée de nurndalc.

Cet endroit désolé élan, je le pense, aussi triste qu'une âme sombre p<>uvait le désirer; car les murs chancelants menaçaient ruine, et le toit portail la trace des ravages du feu.

C'était un soir d'été, et sur la cime du Carnethy les derniers rayons

du soleil brillaient encore faiblement, et rayaient de pourpre les masses grisâtres des rochers.

Les cloches du couvent sonnaient les vêpres parmi les chênes de Newbottle, et mélaieut leur glas solennel au chant du soir qu'on adresse à la Vierge.

Le triste glas, les faibles vibrations de l'hymne saint, doucement portés par le vent, vinrent frapper l'oreille du pèlerin au moment où il retrouva son chemin accoutume.

Il était, je pense, profondément plongé dans ses pensées, car il ne leva point les yeux jusqu'à l'horrible endroit où tout dort sous les ruines.

Il contemplait, avec un douloureux soupir, les murs calcinés par le feu. lorsqu'il aperçut un moine vêtu de gris, qui se reposait sur une pierre.

« Que le seigneur te bénisse! dit le moine. Tu es sans doute un pèlerin? » Mais, saisi d'une étrange surprise, lord Albert le regarde fixement et ne fait point d'autre réponse.

« 0! viens-tu de l'Est, ou viens-tu de l'Ouest? Apportes-tu des reliques d'outre-mer? Viens-tu de visiter la châsse du bienheureux Jacques ou celle de saint John de Dewerley?

— Je ne viens point de visiter lâchasse ilu bienheureux Jacques, et je n'apporte point de reliques d'outre-mer. Ce que j'apports... c'est la malédiction de notre saint-père le pape, malédiction qui doit s'attacher à moi pour toujours!

— Ne parle pas ainsi , malheureux pèlerin ! mais agenouille-toi devant moi, et confesse entièrement tes mortelles offenses : tu peux encore être absous.

— Et qui es-tu, toi moine, pour que je me confesse à toi, alors que celui qui garde les clefs de la terre et du ciel n'a pas le pouvoir de me pardonner?

— Moi ! Je suis envoyé d'un climat lointain , que dix fois cinq cents milles séparent de ce pays, et cela pour absoudre d'un crinK épouvantable, commis jadis en ce lieu même, à l'heure où le jour fait place à la nuit. »

Aussitôt le pèlerin s'agenouilla sur le sable et commença ainsi sa confession, tandis que le moine appuyait une main de glace sur le cou de son pénitent.

YVilliani et Hélène.

La belle Hélène s'cveille d'un triste songe, et les yeux attachés sur la pourpre naissante du jour : « Hélas! mon amour, lu tardes longtemps ! Es-tu donc parjure, ou es-tu mort? »

Sous l'autorité royale du brave Frédéric, il suit la croisade téméraire; pas un mot sur les guerres de Palestine n'est venu informer Hélène du sort de son amant.

On fit enfin une trêve avec les païens et les sarrasins, et chaque chevalier parlil pour essuyer les larmes que versait son amie.

Notre vaillante armée revenait vers la patrie en chantant des refrains joyeux; le laurier vert, gage de la victoire, ondoyait auprès des panaches.

Vieux et jeunes, pères et fils se pressent sur sa route; et les clameurs bruyantes, la galté, les chants harmonieux acquittent la dette de l'affection.

Plus d'une virrge retrouve son amant fidèle et sanglote dans ses embrassements, et tour à tour les larmes de joie et le sourire paraissent sur la physionomie mobile de la jeune fille.

Ni joie ni sourire pour la triste Hélène ! elle suit vainement l'armée; personne ne peut lui dire le destin de William, s'il est parjure ou s'il est mort.

La bande guerrière est passée et .s'éloigne ; Hélène arrache ses cheveux noirs, et, saisie par une folie amère, elle pleure avec un sauvage désespoir.

« Oh! lève-loi, mon enfant, lui dit sa mère; ne t'altrisle pas vainement ; jamais les larmes n'ont rappelé le cœur léger d'un amant parjure.

— 0 ma mère! ce qui est passé est jiassé, ce qui est perdu est perdu pour toujours : la mort, la mort seule peut me consoler ; oh! |iuissé-je n'être pas née!

« Oh! brise-Ini, mon cœur brise-toi sur l'heure! bois le sang de ma vie, o dc.spspoir ! il n'y a plus pour moi de joies sur la lerre, nde place dans le ciel.

— Seigneur! n'entrez pas en jugement avec votre faible enfant, s'écria la pieuse mtre; ne lui imputez pas ce blaspliènu-, elle ne sait ce (pi'el e dit.

« Dis ton Pater no^ln, enfant! tourne ton cœur vers Dieu et sa grâce ! sa volonté a changé ton bonheur en misère, elle peut changer ta misère on bonheur.

— 0 mère, mère, qu'est-ce que le bonheur? 0 mère, qu'est-ce

LKS VEILLÉES UTTÉRAIRES ILLUSTRÉES.

que la misère? ramoiir de mon William était le ciel sur terre, sans lui la terre est un enfer.

« Pourquoi prierais-je le ciel impitoyable, puisque mon bien-aimé William est moil? je ne priais que pour William et toutes mes prières ont été vaines.

— .\pproehe-toi des autels, mon enfant, et cesse de verser des larmes : l'humble prière de la résignation sanctiliera ta douleur.

— Les autels ne peuvent éteindre ce feu, ni adoucir cette peine dévorante; les autels ne peuvent dire au mort : Lève-toi et vis de nouveau.

a 0 brise-toi, mon cœur, brise-toi sur l'heure ! Tu es mon Dieu, Desespoir! La main du ciel s'appesantit sur moi, toute prière est superilue.

— Seigneur, n'entrez pas en jugement avec votre faible créature ! elle ne sait pas ce que prononce sa langue, ne le lui imputez point, je vous en supplie !

« Eloigne, mon enfant, cette tristesse désespérée, tourne ton cœur vers Dieu et sa grâce, le feu céleste de la dévotion peut convertir ta misère en bonheur.

— 0 mère, mère, qu'est-ce que le bonheur ! 0 mère, qu'est-ce que la misère"? Sans mon William, que serait le ciel? ou avec lui, que serait l'enfer? »

.\insi, dansson égarement, elle accuse les décrets éternels, et insulte aux pouvoirs sacrés, tandis que, consumée d'angoisse, elle parcourt sa chambre silencieuse dans une tour solitaire.

Elle se frappa la poitrine, elle se tordit les bras tant que le soleil et le jour durèrent, et l'éclat scintillant des étoiles vint brillera travers les barreaux.

Tout-à-coup, crac Lie pont-levis suspendu au-dessus du fossé tomba ; et patatra ! patatra! le pas d'un cheval résonna sur le pontlevis.

On entendit le bruit sonore de l'acier au mornent où le cavalier descendit de cheval; puis ou entendit un pas pesant monter avec lenteur les degrés de l'escalier tournant.

Ecoutez, écoutez! on frappe... toc, toc!... un bruit d'armes résonne faiblement... le verrou et les serrures crient... enfin une voix murmure ces mots :

a Eveille-toi, lève-toi, mon amour! Comment te portes-tu, Hélène? Veillais-tu, ou dormais-tu? étais-tu gaie ou triste, pensais-tu à moi, ma belle?

— Mon bien-aimé ! mon bien-aimé !... Si tard dans la nuit !... Je veillais, je pleurais sur toi ; j'ai bien souffert depuis l'aurore, où étais-tu donc, William?

— Je me suis rais en selle un peu tard. J'arrive à l'instant de Hongrie; j'ai chevauché depuis que les ténèbres sont descendues sur la terre; et nous allons retourner ensemble sur la frontière, avant la cloche du matin.

-- 0! reste cette nuit dans mes bras, et réchauffe-toi dans leurs enlacements! lèvent souffle glacé à travers les buissons d'aubépine;... mon bien-aimé est froid comme la mort.

— Laisse le vent soufflera travers les buissons d'aubépine ! Il nous faut partir cette nuit; le coursier est près, l'éperon brille, je ne puis attendre jusqu'au jour.

« Allons, allons, et vile! Tu monteras en croupe sur mon noir cheval bai be : par dessus haies et barrières, nous ferons cent milles d'une traite pour trouver le lit nuptial.

— Pendant la nuit! Cent milles peiidantia nuit! 0! reste, très cher William ! La cloche sonne minuit, heure sombre et terrible ! 0 mon bien-aimé, demeure jusqu'au jour.

— Regarde, regarde! la lune est belle! nous irons vite, je pense. Monte, et en avant ! car, avant le jour, nous atteindrons notre couche nuptiale.

« Le noir cheval barbe s'ébroue, le mors résonne, allons, et vile, et vite, assieds-toi! Le festin est prêt; la chambre est parée, les •convives sont réunis et nous attendent. »

L'amour l'emporte sur la crainte : elle se lance, elle se hâte, elle monte sur la croupe du barbe, et elle entrelace ses beaux bras autour de la ceinture de son bien-aimé William.

Et hurrah! hurrah! ils g doppent aussi vite, aussi vite qu'on peut aller; etsousAs pieds foudroyants du coursier, les pierres jellent ■des trainéesjœ feu.

El sur la droite et sur la gauche, sans que leur vue puisse se fixer un moment, montagne, plaine et prairie, chaumière et château, s'enfuient vite, vile sous leurs yeux.

« Tiens ferme., as-tu peur?"... la lune est brillante... mon barbe est léger... tiens-loi bien ! craindrais-tu? — Oh non! dit-elle fuiblcraeiJt: mais pourquoi es-tu si morne et si glacé?

« Que signifient ces chants et ces vibrations sonores? — C'est le bruit de la cloche des morts, c'est un chant funèbre pour un corps rendu à la terre.

« ,\vec vos chants et vos prières, à l'aube du matin, vous pourrez oiilerrer les morts; ce soir je voyage à cheval avec ma fiancée pour 'la conduire au lit nuptial.

« Viens avec la suite de chanteurs, hôte du tombeau, viens entonner le chant d'hymen. Viens, prêtre, viens bénir le festin des noces. Venez tous : venez, suivez-moi »

Les chants et les cloches se taisent : le cercueil tombe ; le corps enseveli se lève, et en grande hâte, toute la troupe suit la course frénétique du barbe.

Et ils vont; en avant! en avant! le coursier hennit avecbruit, une respiration bruyante sort de la poitrine agitée du cavalier, tandis qu'ils précipitent leur course effrénée.

« 0 William, pourquoi cette hâte insensée, où est donc la couche nuptiale? — Elle est bien loin, basse, humide, étroite, et glacée, ô fille sans confiance.

— 11 n'y aura pas de place pour moi? — Il y en a pour deus:... liàte, hâte ta course, ô mon barbe! » Et il pousse le cheval furieux sur un pont retentissant, jeté sur une eau qui bouillonne.

Trra! trra! ils chevauchent sur le rivage: flac ! flac ! le long de la mer; le fouet est levé, l'éperon brille, les pierres lancent du feu.

Sur la droite et sur la gauche passent en volant forêts, bosquets, buissons; sur la droite etsur la gauche passent en volant, cités, villes et tours.

« As-tu peur? as-tu peur? la lune est belle; crains-tu d'aller à cheval avec moi? Hurrah! hurrah! les morts vont vite! — 0 mon William, laissons les morts!

« Vois-tu cela , vois-tu? Qu'est-ce donc qui se balance et crie au milieu des sifUements de la pluie! — C'est un gibet et le fer du bourreau, et la roue maudite : un meurtrier y est enchaîné.

« Holà! viens ici, félon; nous allons au lit nuptial; et avec tes fers, tuvas exécuter la danse du captif devant ma fiancée et, devant mol. »

Et vite, vite ! Clac, clic, clac! le cadavre en lambeaux descend ; et léger comme le vent qui souffle à travers les bosquets, il se joint à la sauvage caravane.

Trra! trra! ils chevauchent sur le rivage; flac, flac! le long de la mer, le fouet est rouge, l'éperon dégoutte de sang, les pierres lancent des traînées de l'eu.

Comme ils voyaient fuir les objets que la lune éclairait faiblement comme ils voyaient fuir les ténèbres elles-mêmes! comme la terre fuyait sous leurs |)ieds et le ciel sur leurs tètes!

« As-tu peur? as-tu peur? La lune est belle et les raorts von< vite! Craiiij-tu donc les morts, fidèle Hélène?.. — Oii' laisse en paix les morls !

— 0 mon coursier, noir coursier barbe! il n -Me qn-' :

tends le coq ; le sable sera bientôt entièrement éc^uio . j aija i,^ .

sier, noir coursier barbe, je sens l'air du matin ; la course approche de son terme.

«Hurrah! hurrah! les morts vont vile; la fiancée, la fiancée arrive! elbieiili'it nous atteindrons la couche nupliale, car c'est ici ma demeure, Hélène. »

Tournant lentement sur ses gonds rouilles, une porte de fer s'ouvrit; et aux pâles rayons de la lune, on vit une église et une tour.

Les oiseaux de nuit s'effrayèrent et s'enfuirent, en poussant des cris funèbres, et on entendit les âmes maudites faisant un biuit semblable à celui des feuilles 'l'automne.

Par dessus les fosses et les pierres tumulaires, William lança son ardent coursier, puis, soudain, devant un tombeau ouvert, il arrêta enfin sa course vagabonde.

Son gantelet se détache et abandonne les rênes, le casque d'acier tombe à terre, la cuirasse laisse à nu ses flancs décharnés, l'éperon quitte son talon sanglant.

Les yeux laissent leur place vide, la chair devenue poussière se détache des os, et les beaux bras d'Hélène n'entourent qu'un horrible squelette.

Le barbe furieux souffle feu et fumée, et faisant un bond effrayant, il s'évapore dans l'air impalpable, et laisse Hélène sur la terre.

A demi vus par moment, par moment à demi entendus, les pâles spectres volent auprès de la jeune fille, tournent autour d'elle en * formant une danse terrible, et hurlent ce chant funèbre :

« Même quand notre cœur est brisé par le chagrin, révérons les décrets du ciel. » L'àme d'Hélène est sortie de sou corps ; le ciel lui fasse grâce !

— --■■^^Tvx\.A/vnjVWW\i"«j"«

Paris. — Imprimerie Lacour ei Coinp'., rue Soufflet, 11.

iVWffilS HffilKtlii^SI

WALTER -SCOTT

DE LOUIS BARRÉ

Gravées sur bois par ROUGET.

LES PURITAINS

Page 1