CHAPITRE XXII
Dans une gorge écartée de la montagne, à un quart de mille environ du chainii de bataille, était une hutte de berger, misérable chaumière que les chefs de l'armée presbytérienne avaient choisie comme le seul lieu clos et couvert qu'on pût trouver à une certaine distance, pour y tenir leur consi-il. Ce fut là que Burley conduisit Morton, et celui-ci, en s'approchant, fut surpris du tumulte et des cris confus qui s'y faisaient entendre. La gravité calme, mêlée d'inquiétude, qui devait présider à des délibérations si importantes dans ce moment critique, semblait avoir fait place à la discorde et à une violente agitation qui firent mal augurer à Morton des mesures qu'on allait prendre. Arrivés à la porte, ils la trouvèrent ouverte, mais encombrée d'une foule de gens qui, sans être appelés à l'assemblée, ne se faisaient aucun scrupule de venir écouter des délibérations qui les intéressaient si vivement. A force de prières, de menaces, en usant même de violence, Burley, à qui son caractère ferme assurait une .sorte d'empire sur ces masses indisciplinées, écarta les curieux, introduisit Morton dans la chaumière, et ferma la porte derrière lui. Dans des circonstances moins graves, le jeune homme se serait amusé et des discours qu'il entendit et du spectacle dont il fut témoin. L'intérieur de cette cabane obscure et à demi détruite était éclairé en partie parquelques bruyères qui brûlaient sur le sol, et la fumée, manquant d'issue , se répandait dans la chambre et formait sur la tète des chefs assemblés un dais de nuages, aussi obscur que leur théologie métaphysique. On voyait à peine, comme des étoiles à travers un brouillard, quelques chandelles, ou plutôt desjon<:s trempés dans le suif, appartenant au pauvre pro[iriélaire de la chaumière et appliqués aux murailles avec de la terre glaise. Celte lueur incertaine laissait apercevoir des visages animés d'un orgueil mystique , ou assombris par un sauvage fanatisme. A l'air inquiet et irrésolu de quelques chefs, on reconnaissait des gens étourdiraent engagés dans une entreprise qu'ils n'avaient ni le courage ni les moyens de faire réu.ssir, et dans laquelle la honte seule les empêchait de reculer. C'était en effet un corps qui manquait d'ensemble et de solidité. Les plus ardents étaient ceux qui, ayant pris par', comme Burley, au meurtre du primat, s'étaient réunis à Loudon-Hill avec d'autres hommes d'un zèle nonmioins effréné et non moins implacable, et qui, après d'autres actes d'une égale violence, ne pouvaient espérer aucun pardon du gouvernement. Parmi la foule on remarquait plusieurs prédicateurs qui, repoussant la tolérance que leur offrait l'administration, avaient mieux aimé assembler leur troupeau dans le désert que d'adorer Dieu dans des temples bâtis de main d'bonirac, ce qui aurait semblé accorder à l'autorité temporelle le droit de contrôle sur la hiérarchie ecclésiastique. Le reste du conseil .se composait de gentilshommes d'une furtune médiocre et de riches fermiers qu'une oppression insupportable avait poussés à se joindre aux insurgés. Ils avaient aussi avec eux leurs prêtres, qui, ayant profilé de la tolérance légale, se préparaient à lutter contre le parti violent, et à combattre la déclaration proposée par celui-ci à l'égard de ce qu'il appelait la criminelle et illégitime Adhésion. Celle délicate que.stion avait été écartée dans les premiers manifestes rédigés pour motiver l'entrée en campagne; mais elle s'était élevée de nouveau en l'absence de Balfour, et, à son grand déplaisir, il vit qu'elle excitait une bruyante querelle entre les deux partis. .Macbriar, Keltledrunimlc et les autres prédicateurs du désert étaient engagés dans une vive polémique avec l'oundtext, le pasteur toléré de la paroisse deMilnwood, qui lui-même avait ceint le glaive, mais qui, avant d'être ap|ielé à comliallre en plaine campagne pour la cause du presbytérianisme, défendait avec énergie SCS (irincipes particuliers dans le ronsiil. Le fort de la discii.sslon était soutenu par Poundtext et Kelllcdriimmle, qu'appuyaient les clam<;urs de leurs adhérents respeclifs: telle était la cause du tumulte qui avait frappé les oreilles de .Morton à son approche de la chaumière. Les deux prêtres ne manquaient ni de poumons ni de facilité oratoire; tous deux violents, pleins de feu, et inflexibles dans la défense de. leurs principes, ils .s'accablaient tour à tour sous le poids des textes sacrés, qu'ils citaient avec une merveilleuse promptitude ; en un mot, tous deux étaient si vivement pénétrés de l'importance de la question, que le bruit de leur dispute égalait presque celui d'un combat. Scandalisé de ces débats violents, Balfour .s'interposa entre les adversaires 11 leur fit sentir en termes généraux r<imbien la désunion serait funeste dans les circonstances actuelles; il flatta habilement les deux partis, et, usant de l'autorité que lui assuraient ■es services danscc jour de victoire., il parvint à faire ajourner toute controverse. KetlU-drummle et Poundtixt, ainsi réduits au silence, continuèrent à .se lancer des regards terribles, comme deux dogues
Sui, séparés au milieu du combat, ont pris bur refuge chaeua mus I chute de ion maitre, (urreiHaat le«ri mouvemonU respei' %, «t
montrant parleurs inurmures, par leurs crins hérissés et leurs yeux pleins de flammes, que leur querelle n'est pas apaisée, et qu'ils attendent la première occasion pour s'élancer de nouveau l'un contre l'autre.
Balfour profita de ce moment de calme pour présenter au conseil M. Henri Morton deMilnwood, comme un homme touché des malheurs du temps, et disposé à sacrifier ses biens et sa vie pour la cause sacrée à laquelle son père, le célèbre Silas Morton, avait rendu autrefois de si éclatants services. Aussitôt Poundtext serra la main à Morion en signe d'amitié, ce que firent aussi ceux qui montraient quelque modération. Les autres murmurèrent le motd'éraslianisme, et rappelèrent tout bas que Silas Morton, vaillant et digne serviteur du Covenant, avait ensuite apostasie quand un parti réformiste eut reconnu l'aulorilé de Charles Stuart, ouvrant ainsi la porte à l'oppression qui pesait maintenant sur l'Eglise et le pays, llsajoutaient toutefois que, dans ces jours critiques, ils ne voulaient refuser l'alliance d'aucun liomrae capable de mettre la main à l'œuvre: ainsi Morton fut reconnu pour un des chefs de l'armée et admis dans le Conseil, sinon avec l'approbation générale, au moins sans que personne .s'y opposât formellement. Ou procéda ensuite, sur la motion de Burley, à la formation des corps de combattants, dont le nombre croissait à chaque instant. Dans cette répartition, les insurgés de la paroisse et de la congrégation de Poundtext furent naturellement placés sous le commandement de Morton, mesure également agréable aux soldats et à leur chef, qui se recommandait à leur confiance [lar ses qualités personnelles, et aussi parce i|u'il était né parmi eux. Il devint nécessaire ensuite de déierniiner quel parti on tirerait de la victoire. Le cœur de Morton tressaillit quand il entendit nommer le château de Tillieludlem comme une des plus importantes positions dont il fallait s'emparer. Ce château, comme nous l'avonssouventdit, commandait la route qui unissait la partie inculte et la partie plus fertile de cette contrée; assurément il deviendrait, pour tous les royalistes du pays, une place de retraite, et un point de réunion, si les insurgés le laissaient derrière eux. Cette mesure était surtout sollicitée par Poundtext et ses partisans, dont les habitations et les familles se seraient trouvées exposées à toutes les exactions des militaires s'ils restaient maîtres d'une pareille place.
— Je suis d'avis, dit Poundtext ( car, comme tous les théologiens de celle époque, il n'hésitait pas à donner son opinion sur les opérations militaires, malgré sa complète ignorance de l'objet ) ; je suis d'avis de prendre et de raser la forteresse de cette femme, lady Marguerite Bellenden, quand il nous faudrait élever une montagne pour l'attaquer; car sa race est une race rebelle et sanguinaire; la main de ses fils s'est à toules les époques appesantie sur les enfants du Covenant. Ils ont porté leurs mors sur nos visages, et placé leurs brides entn; nos mâchoires. — Quels sont leurs moyens de défense, et quelle est la garnison ? dit Burley. La place est furie; mais je ne puis concevoir que deux femmes la défendent contre une armée. — Il y a encore, répliqua Poundtext, Harrison le majordome, et John Gudjill, sommelier de la dame, qui se vante d'avoir été un homme de guerre depuis son enfance, et d'avoir porté li's armes contre la bonne cause sous James Grahame do Montro>e, cet enfant de Bclial. — Bon! s'écria Burley d'un ton de mépris, un sommelier ! — 11 s'y trouve aussi ce vieux réprouvé Miles Bellenden de Charnwood, dont les mains se sont trempées dans le sang des fidèles. — Si ce Miles Bellenden est le frère de sir Arthur, c'ist un homme dont l'épée ne rentrera pas dans le fourreau, une fois qu'il l'en aura tirée ; mais il doit être accablé pac l'âge. — J'ai entendu dire dans le pays en le traversant, ajouta un autre membre du conseil, qu'à la nouvelle de noire victoire, ils avaient fermé les portes du chateau, en ras.scmblaiit des soldats et en réunissant des provisions. Ce fut toujours une maison opiniâtre et réprouvée. — Ce ne sera pas de mou consenlement, repril Burley, qu'on entreprendra un siège qui [leut consumer beaucoup de temps II faut marcher et profiter de notre avantage en nous emparant de Glasgow; certes, les troupes que nous avmis battues aujourd'hui, mèiiie renforcées du régiment de lord Ross, ne jugeront point prudent de nous y attendre.— Toutefois, objecta Poundlixl, nous pouvons déployer un drapeau devant le château, et le sommer de se rendre; peut-être nous livreront-ils la iilace, qiioiiiue ce .soit une rai;e rebelle. Nous en ferons sortir les femmes, lady Marguerite Bellenden, sa petitefille, et Jciiny Dennison, jeune fille aux regards séducteurs ; et nous les enverrons en paix, avec un saiif-conduil, à la ville voisine, ou même à Edimbourg. Quant à John Gudyill, Hugh Harrison et Miles Bellenden, nous les mettrons au fers, comme jadis eux-mêmes onl fait aux saints inarlyrs. — Qui parle de paix et de sauf-conduit? s'écria du milieu de la foule une voix aigre et perçante. — Silence! friTc Habacur, dit Macbriar d'un Ion de douceur. —Je no garderai point le siliiicc, coulinua cette voix étrange cl bizarre: est-ce le temps de parler de paix, quand la terre est ébranlée, quand les montagnes sont entr'ouvertis, les rivières changées en sang, et le glaive à deux tranchants tiré du fourri;au pour se désaltérer dans nos vfines, pour dévorer la chair comme le feu dévore un chaume des.scché ?
En parlant ainsi, l'orateur s'élança au milieu du cercle, el offrit
LEï^ VRILLÉKS LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES.
aux yeux étonnés de Morion une figure digne d'une tclh' voix et d'un" tel langage. Vue jacquettoen haillons, jadis noire, et des lambeaux d'un manteau de lierger, composaient son costume, à peine suffisant lunir satisfaire à la décence, et moins encore pour garantir du froid. Une longue barbe, blanche comme la neige, descendaitsur sa poitrine, et se mêlait à une chevelure grise, toulVue, tiinil)ant en desordre autour de son visage farouche. Ses traits, amaigris par la misère, avaient à (icine conserve quelque chose d'humain. Son œil gris, sauvage et hagard, indiquait une imagination en désordre. Il tenait un sabre rouillé, teint de sang aussi bien que ses mains longues et sèches, et ses ongles res.semblaient aux serres d'un aigle. — Au nom du ciel, quel est cet homme? dit tout bas à Poundlext Morton surpris et presque effrayé de cette horribje apparition, qu'on eût prise pour le l'anlôme de quelque druide feint du sang des victimes humaines, plutôt que pour un habitant- de la terre. — C'est Habacuc Mucklewrath, répondit Poundtext sur le même Ion. L'ennemi l'a si longtemps retenu piisonnier dans des forts et des châteaux, que son esprit s'est égaré, et qu'il est, je le crains bien, possédé du démon. Néanmoins, les plus violents de nos frères croient qu'il est inspiré par l'esprit, et que ses paroles fructifient en eux.
Il fut alors interrompu par Mucklewrath, qui répéta d'une voix à ébranler les solives de la cabane : — Qui parle de paix et de saufconduit? qui parle de merci pour la race sanguinaire des réprouves? Je dis : prenez les enfants et les écrasez contre les pierres ; prenez les filles et les femmes, et les précipitez du haut de ces murailles où elles ont mis leur confiance ; que les chiens puissent s'engraisser de leur sang, comme ils ont fait du sang de Jézabel, l'épouse d'Achab, et que leurs cadavres pourrissent et servent d'engrais sur le champ qui fut celui de leurs pères. —Bien parlé! s'écrièrent aussitôt plusieurs voix sombres et terribles ; nous rendrons peu de services à la bonne cause, si nous faisons déjà bon marché aux ennemis du ciel.
— Ceci est le comble de l'abomination et de l'impiété! dit Morton incapable de se contenir. Quelle protection pouvcz-vous espérer du ciel, quand vous écoutez des radotages horribles d'atrocité et de folie?— Silence, jeune homme! intei rompit Kettledrummle; réserve tes censures pour les choses que tu peux connaître : il ne t'appartient pas de juger le vase dans lequel l'Esprit verse ses inspirations.
— Nous jugeons de l'arbre par le fruit, opposa Poundtext, et nous ne regardons pas comme inspirés par le ciel des discours qui sont en opposition formelle.avecles lois divines. — Vous oubliez, frère Poundtext, reprit Macbriar, que les derniers jours sontarrivcs où les signes et les prodiges seront multipliés.
Poundtext allait répondre; mais, avant qu'il eût prononcé une parole, l'extravagant prédicateur s'écria, d'une voix qui ne permettait à aucune autre de se faire entendre : — Qui parle de signes et de prodiges? Ne suis-je pas Habacuc Mucklewrath, dont le nom est maintenant Magor-Missabib, parce que je suis devenu un objet de terreur pour moi-même et pour tous ceux qui m'entourent? Je l'ai entendu... Où l'ai-je entendu?... N'était-ce pas dans la tour de Bass, qui domine la vaste mer?... Je l'ai entendu dans le mugissement des vents, dans le bruit des flots... Les oiseaux de mer l'ont silïlé et crié dans Jeurs sifflements et dans leurs cris, en nageant et en volant, en tom'banl et en plongeant dans les vagues... Je l'ai vu... D'où l'ai-je vu?... N'était-ce pas des hauteursde Dunbarton, quand je regardais, vers l'ouest, les plaines fertiles, et vers le nord, les stériles montagnes des hautestcrres; quand les nuages .s'amoncelaient et fermaient les tempêtes, et que les éclairs du ciel éclataient en traînées de flammes aussi larges que les bannières d'une armée?... Qu'ai-je vu?.-.. Des corps morts, des chevaux blessés, le choc des combattants, et des vêtements souillés de sang... Qu'ai-je entendu?... Une voix qui criait : Tue, tue, frappe, tue sans quartier, sois sans miséricorde! tue les vieillards et les jeunes gens, la vierge, l'enfant et la rnère en cheveux blancs ! Détruis la maison et remplis les cours de cadavres! — Nous obéirons! s'écrièrent plusieurs voix; il y a six jours qu'il n'a ni parlé ni mangé de pain, et maintenant sa langue est déliée. Nous obéirons ; nous ferons comme il a dit'
Frappé d'épouvante, de dégoût et d'horreur, Morton sortit du cercle et quitta la chaumière. 11 fut suivi par Buricy, qui surveillait tous ses mouvements. — Où allez-vous? dit ce dernier en lui saisissant le bras. — Je ne sais... peu m'importe. . mais je ne resterai pas ici plus longtemps. — Si tôt fatigué, jeune homme? tu mets la main à la charrue, et tu voudrais déjà l'abandonner? Est-ce là ton attachement à la cause de ton père? — Aucune cause, s'écria Morton indigné, aucune cause ne peut [irospérer avec de tels défenseurs! Les uns se déclarent pour les rêves d'un fou altéré de sang; un autre chef t'stun vieux pédant scolastique ; un troisième...
Il s'arrêta, et son compagnon, comjiletant sa pensée : — Est un assassin, un Balfour de Burley, voulais-tu dire?... Mais je dois t'entendre sans colère... Pense donc, jeune homme, que ce ne sont pas des hommes d'un esprit froid et réfléchi qui se lèvent pour exécuter les jugements du ciel et accomplir la délivrance du peuple. Si lu avais \u les a-imées d'Angleterre pendant le parlement de 1640, lorsque leurs rangs étaient remplis de sectaires et d'enthousiastes plus féroces que les anabaptistes de Munster, tu aurais eu encore un plus grand sujM d'étonuemeut; et cependant ces hommes étaient invin-
cibles sur le champ de bataille, et leurs mains firent des prodiges pour la liberté du pays.— Mais leurs opérations étaient dirigées avec sagesse, et la violence de leur zèle s'exhalait tout entière dans leurs discours, sans produire de divisions dans leurs conseils ou les poussera la cruauté. J'ai souvent entendu mon père s'étonner du contraste entre l'extravagance de leurs opinions religieuses, etlasage.ssc, la modération de leur conduite dans les affaires civiles et militaires. Vos réunions, à vous, sont un véritable chaos. — 11 faut prendre patience, jeune homme, et ne pas abandonner la cause de la religion et du pays, pour un mot déraisonnable ou une action extravagante Ecoute-moi, j'ai déjà fait comprendre aux plus sages de nos amis que notre conseil est trop nombreux, et qu'avec lui nous ne pouvons espérer de vaincre les Madianites. Ils ont écouté ma voix, et nos assemblées seront bientôt réduites à un assez petit nombre de membres pour pouvoir délibérer et agir avec ensemble. Tu y auras ta voix, soit pour diriger nos opérations militaires, soit pour protéger ce qu'il faudra épargner. Es-tu satisfait? — Je serai charmé sans doute de pouvoir adoucir les horreurs de la guerre civile, et je n'abandonnerai pas le poste que j'ai accepté, à moins ■^ue je ne voie adopter des mesures contre lesquelles ma conscience se révolte. Mais jamais je ne consentirai au meurtre du vaincu qui demande quartier, jamais je n'autoriserai des exécutions sans jugement préalable : je m'y opposerai de toute la force de mon âme et de mon bras, ainsi qu'à toute tentative de nos ennemis.
Balfour fit un geste d'impatience. — Tu verras, mon fils, dit-il, que la génération obstinée et au cœur dur à laquelle nous avons affaire doit être châtiée avec des scorpions, jusqu'à ce- qu'elle s'humilie et qu'elle accepte le châtiment de son iniquité. Voici la parole qui a été prononcée contre elle : « Je ferai lever sur vous un glaive qui vengera mes fidèles!... » Mais en tout nous agirons avec prudence et réflexion, comme le vertueux James Melvin quand il exécuta le jugement prononcé sur le tyran et l'oppresseur, sur le cardinal Beaton. — Je vous l'avoue, repondit Morton, j'ai encore plus d'horreur d'une cruauté préméditée que d'un meurtre commis dans l'emportement du zèle et de la vengeance. — Tu n'es qu'un jeune homme ! et tu ne sais pas encore combien sont légères dans la balance quelques gouttes de sang, auprès du poids et ne l'importance de ce grand témoignage national. Mais rassure-toi; tu auras voix au conseil sur ces matières, et j'espère que nous trouverons peu d'occasions de différer d'avis.
Avec cette assurance pour l'avenir, Morton fut forcé d'accepter l'état de choses actuel, et Burley le quitta en l'engageant à prendre quelque repos, l'armée devant se mettre en marche au point du jour. — Et vous,. répliqua Morton, n'allez-vous point vous reposer aussi? — Non, dit Burley, mes yeux ne doivent pas encore connaître le sommeil : il importe de choisir dès ce soir les membres du nouveau conseil, et je vous appellerai demain matin pour assister à la délibération.
11 s'éloigna, laissant Morton se livrer au repos. L'endroit où se trouvait ce dernier était assez convenable pour dormir, car c'était un enfoncement dans le roc, bien abrité contre lèvent. Une grande quantité de mousse dont la terre était couverte lui offrit un coucher assez doux pour un homme accablé de fatigues et d'inquiétudes. Morton, s'enveloppant dans le manteau de dragon qu'il avait conservé, s'étendit par terre, et avant qu'il put s'abandonner à de longues réflexions sur le malheureux état de son pays et sur sa propre situation, il s'endormit d'un profond sommeil. L'armée reposa sar le sol, divisée en divers groupes qui choisirent les endroits les plus commodes et les mieux abrités. Les principaux chefs restèrent en conférence avec Burley, et quelques sentinelles, placées à l'entour, se tinrent éveillées en chantant des psaumes ou en écoutant les discours de ceux qui avaient reçu le don de la parole.