CHAPITRE XXV
Tous les renseignements qu'on put se procurer dans la soirée firent [ircvoir qw les insurgés marcheraient sur Tillu tudiem le len- 'deprain, di s la jiMimle du jour, l'ike ayant examine les blessures de ilord Evandak"., .amwMiiç;! qu'il ilcs trouvait dans un état sati^liaisaut. EWcs iéit;aii«nt noratureuses, mais lonites sans danger ; et le sang qu'il avaiit fierdiu, auta.nil j>c<oit-<otire qpe fc remède si prône de lady Margueiiiile, .avait ôl«»i;giwe *oul symiffléBie de fièvre ; aussi, maigre quelques ricnileurs cl une c^riiijûc (liiiliilesse , le malade soutenait-il qu'il ■pcnjvail marcher à l'aide ■d''ii)inc tiéqwiile. Il refusa de rester enfermé dans sa chambre , cspersnat «încow^^ger les soldats pui' sa presence et faire modifier ulilenK nt le julan de défense du major, fondé sans doute sur quelque vieille routine militaire. Lord Evandale était bien propre à donner son avV sur de lels sujets, car des sa premiere jeunesse il avait servi en France cl dans les f'ays-Bas Cependant il ne vit rien ou presque rien à changer aux préparatifs déjà faits; et, n'eût été le manque de provisions, il lui parut evident qu'une telle place n'avait rien à redouter des ennemis qui la menaçaient. Des le point du jour, lord Evandale et le major bellenden étaient sur les ronriiarls, examiinant avec une attenlion scrupuleuse l'état de ieiii* préparatifs, et atlendaiit avec anxiété l'approche de l'ennemi. Je (lois ajouter que le rapport des espions avait été alors régulièrement fait et entendu. Mais le major n'accueillit qu'avec la plus méprisante incrédulité' la nouvelle que Morton avait pris Iss armes contre le gouvernement. — Je le connais mieux que vous, fut la seule réponse qu'il daigna faire. Les gaillards n'ont point ose s'avancer assez loin , et ils ont été abuses par quelque ressemblauce trompeuse, ou bien ils nous ont l'ait une histoire. — Je ne suis poiul de votre avis, major, répondit lord Evandale; je pense que vous verrez ce ji une gentilhomme à la tête des rebelles; et quoiqu'au fond du cœur j'en sois fâché, je n'en suis |ias grandement surpris. — Vous êtes aussi fou que Claverhouse. Il me soutenait en face , hier matin, que ce jeune homme, qui a d'aussi bons pricipes, autant de courage et de herté que nous tous, n'attendait qu'une occasion pour se mettre à la tête des insurges. — Mais, major, à considérer le traitement qu'il a reçu et les soupçons dont il est l'objet, quelle autre carrière lui est ouverte? Pour moi , il me serait difficile de décider s'il mérite plutôt le blâme que la compassion. ^- Le blâme, mylord ! .... La com[iassion ! répéta le major étonne d'entendre un pareil langage. Il mériterait d'être pendu, voilà tout. Et fût-ce mon propre fils, je lui verrais avec plaisir mettre la corde au cou. Le blâme! ah bien, oui ! Mais Votre Seigneurie ne pense certainement pas ce qu'elle vient de dire.— Sur mon honneur, major BellendeB, je pense depuis quelque temps que nos politiques et nos prélats ont poussé un peu loin les choses dans ce pays; qu'ils se aout aliéné, par des violences de tout genre, non seulement le bas peuple, mais
LES PURITAINS
les classes plus élevées que l'esprit de parti ou des intérêts de cour n'enchaînent pas sous l'étendard royal. — Je ne suis pas un politique, mylord,et je ne comprends pas de si subtiles distinctions. Mon épée est au service du roi; et quand il commande, je la tire pour sa cause. — Vous ne me verrez pas, j'espère, moins empressé que vous, major ; seulement je souhaiterais du fond du cœur que nos ennemis fussent des étrangers. Au reste, ce n'est pas le moment de discuter là-dessus; les rebelles approchent, et nous ne devons songer qu'à nous défendre.
En effet, l'avant-garde des insurgés se montrait sur la route au sommet de la colline , et s'avançait vers le château. Us s'arrêtèrent cependant à une certaine distance, comme s'ils eussent craint, en s'approchant davantage, d'exposer leurs colonnes au feu de l'artillerie de la place. Mais leurs bataillons, qui d'abord avaient paru peu nombreux, se montrèrent bientôt profonds et serrés , et à juger des masses qui couvraient la route derrière la colline par celles qu'on voyait de ce côté, les forces de l'ennemi devaient être considérables. Les deux partis restèrent nn moment en suspens. Les rangs mal formés des covenantaires flottaient irrégulièrement, soit par suite de la pression qu'ils éprouvaient en arrière, soit à cause de leur inexpérience dans les mouvements militaires; leurs armes, pittoresques par leur diversité même, brillaient au soleil levant dont les rayons étaient reflétés par une forêt de piques , de mousquets, de/hallebardes et de haches. La multitude resta quelques minutes danscel état d'indécision ; mais enfin trois ou quatre cavaliers, qui semblaient être les chefs, sortirent de la première ligne, et gravirent un monticule un peu plus voisin du château. John Gudyill , qui n'était pas sans quelque habileté comme artilleur, pointa un canon contre cette troupe détachée. — Je lâcherai le faucon, dit-il, quand Votre Honneur m'en donnera l'ordre ; et, sur ma foi, il leur arrachera les plumes.
Le major regarda lord Evandale. — Un instant dit le jeune gentilhomme; ils demandent à parlementer.
En -effet , un des cavaliers mit pied à terre en ce moment, et déployant un morceau d'étoffe blanche au bout d'une pique , il se dirigea vers le château , tandis que le major et lord Evandale descendaient de la tour principale pour aller au devant de lui jusqu'à la barrière, pensant que la prudence défendait de le recevoir dans l'enceinte du château. Cependant les autres cavaliers, comme s'ils eussent prévu les mauvaises intentions de John Gudyill à leur égard abandonnèrent le poste avancé qu'ils avaient choisi, et rejoignirent le corps principal. L'envoyé des covenantaires, à en juger par son air et ses manières, semblait abondamment pourvu de cet orgueil fanatique qui caractérisait la secte. Son visage indiquait une satisfaction méprisante, et ses yeux à demi fermés semblaient dédaigner de se fixer sur des objets terrestres, tandis que, marchant d'un pas solennel, ses pieds foulaient la terre avec dédain. Lord Evandale ne put réprimer un sourire à l'aspect de cette singulière figure. —
— Avez-vous jamais vu pareil automate? dit-il au major Bellendcn. On dirait qu'il se meut par un ressort. Croyez-vous qu'il puisse parler? — Sans doute, ré|iliqua le major, et je crois reconnaître une de mes vieilles connaissances, un vrai puritain, du vrai levain pharisaïque. Attendez , il tousse et crache, il va sommer le château avec un bout de sermon, au lieu de s'annoncer par une fanfare.
Le vieux soldat, qui dans son temps avait eu mainte occasion de se familiariser avec les manières de ces fanatiques, ne s'était pas beaucoup trompédans sa conjecture ; seulement, au lieu d'un exorde en simple prose, le laird de Langcale (car ce n'était rien moins que ce grand personnage) récita d'une voix de stentor un verset du psaume xxiv : « Barrières levez-vous! portes établies pour les siècles, arrachez-vous de vos gonds... »
— Je m'en étais bien douté, dit le major à Evandale. Et alors il se présenta à l'entrée de la barricade, et demanda dans quel but et pour quel motif, tel qu'un pourceau incommodé par le vent, il poussait de si lugubres cris aux portes du château. — Je viens, répondit l'ambassadeur d'une voix perçante et sans remplir aucune des formules prescrites parla politesse ou l'usage, je viens .au nom de la sainte armée du Covenant, parler aux deux fils de Béiial, William Maxwell dit lord Evandale , et Miles Bcllenden de Charnwood.
— El qu'avez-vous à dire à Miles Bcllenden et à lord Evandale ? — Est-ce à eux que je parle, demanda le laird de Langcale avec le même ton d'impolitesse et de suffisance. — Oui, faute de mieux. — Alors voici la sommation, poursuivit l'envoyé en remettant un pa-
Eier à lord Evandale ; et voici une lettre particulière pour Miles ellendcn, de la part d'un saint jeune homme qui a l'honneur de commander un corps de l'armée. Lisez tranquillement ces papiers, el puissiez-vous, avec l'aide de FJieu, faire votre profit du contenu, bien que votre amendment soil chose fort douteuse!
La sommation était ainsi conçue: «Nous chefs nommés et constitués par les gentilshommes, les ministres et tous autres actuellement armés pour la cause de la liberté et de la religion, avertissons el sommons 'William lord Evandale, Miles Bcllenden do Cliarnwooil et tous ceux qui en ce mûmcnt .sont sous les armes cl comiiosent l,i garnison du château de Tillieludlcm, qu'ils aient à rendre cl livrer
le susdit château, moyennant quoi ils obtiendront la vie sauve et la permission d'en sortir avec leurs effets, armes et bagages; el ajoutons qu'en cas contraire, ils auront à souffrir par la flamme et le fer tout ce que permettent les lois militaires contre ceux qui résistent dans une place sans défense. Ainsi, que Dieu protège la bonne cause! »
Cettesommation était .signée par John Balfour de Burley, quartier-maître général de l'armée du Covenant, pour lui-même et au nom des autres chefs.
La lettre adressée au major Bellenden était de la main de Hem i Morton, et conçue en ces termes-
Au major Bellenden.
J'ai fait une démarche, mon vénérable ami, qr.i, entre antres conséquences pénibles, m'attirera, je le crains bien, votre formelle désapprobation. Mais j'ai pris cette détermination en tout honneur, de bonne foi, et A l'entière satisfaction de ma propre conscience. Je n'ai pu me résigner à voir plus longtemps mes droits et ceux de mes compatriotes foulés aux pieds, notre indépendance violée, nos personnes insultées, et notre sang répandu, sans motif légitime, sans jugement légal. La Providence, grâce à la violence même de nos oppresseurs, semble me faciliter aujourd'hui les moyens de briser ce joug insupportable; et je soutiens qu'il ne mériterait ni le nom ni les privilèges d'homme libre, celui qui, pensant comme moi, refuserait le secours de son bras à la caused." son pays. Mais Dieu, qui connaît mon cœur, m'est témoin que je ne partage pas les passions violentes de cette multitude opprimée dont j'ai embrassé hi parti. Le plus ardent de tous mes désirs est de voir cettr guerre atroce prompteinent terminée par les efforts des hommes sages et modérés de tous les partis; de voir établir un ordre de choses qui, sans porter atteinte aux droits constitutionnels du roi, remplace la tyranni." militaire par l'autorité d'une législature équitable, et qui, permettant ;i chacun de servir Dieu selon sa conscience, réprime par la seule raison un fanatique enthousiasme, au lieu de l'irriter jusqu'à la frénésie par la persécution et l'intolérance.
Vous concevrez facilement combien, avec de tels sentiments, il m'est pénible de me trouver en armes devant le château de votre vénérable parente. Votre dessein est, dit-on, de le défendre contre nous. Pcrmut'ezinoi de vous assurer qu'une telle mesure n'aboutirait qu'à une inutile effusion de sang. Repoussés dans un pi emier assaut, nous serions assez forts pour investir la place et \\ réduire par la famine, car nous savon<! que vous n'avez rien de ce qu'il faut pour soutenir un long siège. Je gémis en pensant aux malheurs qui s'ensuivraient et aux personnes qui seraient le plus exposées à en souffrir.
Ne supposez pas, mon respectable ami, que je veuille vous proposeï aucune condition qui puisse compromettre la haute et belle réputation que vous avez si bien méritée et si longtemps soutenue. Que les troupes régulières sortent du château ; j'assurerai leur retraite, et j'exigerai seulement que vous donniez votre parole de rester neutre pendant cette malheureuse guérie ; j'aurai soin qu'on respecte les biens de lady Marguerite, ainsi que les vôtres, et qu'on ne mette chez vous aucune garnison. Je pourrais vous en dire davantage à l'appui de ma proposition ; mais comme, en ce moment, je dois paraître criminel à vos yeux, jr crains que les meilleurs arguments présentés par moi ne perdent de leur force. Je finirai donc en vous assurant que ma reconnaissance pour vous, quels que soient par la suite vos sentiments à mon égard, sera toujours aussi vive et aussi durable, et que le plus heureux moment do ma vie serait celui où je pourrais vous la prouver plus efficacement que par des paroles, tîien que vous puissiez, dans un premier moment d'irritation, rejeter l'offre que je vous fais, n'en revenez pas moins à ma proposition, si des événements prochains vous engageaient à l'accepter ; ce sera toujours avec le plus grand plaisir que je m'empresserai de vous être utile.
Henri Mouton.
Ayant lu cette lettre avec l'indignation la plus marquée, le major la mit sous les yeux de lord Evandale. — Je n'aurais jamais cru [lareille chose do llenri Morton, dit-il, qu.ind la moitié du genre humain me l'eût juré. L'ingrat! le traître! le rebelle! et rebelle dr sang-froid, sans avoir pour excuse un enthousiasme semblable a celui de ce jeune ccervelc qu'il a député vers nous! Mais j'aurais dû me rappeler qu'il était presbytérien, j'aurais dû songer que je caressais un jeune louveteau et que son naturel l'exciterait à me mordre cl à me déchirer à la pre.mière occasion. Si saint Paul revenait sur la terre, el qu'il fût presbytérien, il deviendrait rebelle avant trois mois : c'est dans leur sang. — Certes, répliqua le lord, je serais le dernier à proposer de rendre la place; mais si les provisions nous manquent, si nous ne recevons pas de secours d'Edimbourg ou de Glasgow, je pense que nous devrions profiler de celte ouverture pour faire du moins sortir ces dames en sûraté du château. — Elles souffriront tout, avant d'accepter la protection de cet hypocrite à langue dorée, répondit le major avec indignation. S'il en était autrement, je les renierais pour mes parentes. Mais congédions le digne ambassadeur. Mon ami, ajouta-l-il en s'adressant à Langcale, dites à vos chefs el aux misérables qu'ils ont amenés ici, que s'ils n'ont pas une entière confiance dans la solidité de leurs crânes, je leur conseille de ne pas venir les heurter contre ces vieilles muraillea. D'ailleurs, qu'ils ne nous envoient plus de parlemeotairc, nu nous pendrons leur messager en représailles du meurtre du coriietlc Grabame.
L'ambassadeur alla porter celte nouvelle k ceux qui l'avaient envoyé 11 n'eut pas plus tôt rejoint le corps principal qu'un munaurs
LES VEILLÉKS LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
sVleva parmi la multitude, et qu'on déploya aux premiers rangs un grand drapeau rou^c horde de bleu. Au moment où ce signal de guerre et de défi déroulait ses vastes plis aux vents du matin, on \it flotter sur les fdrtillcaliinis du cliàleau l'ancienne bannière de lady Marguerite, ainsi que l'étendard royal, et en mémo temps une décharge générale d'artillerie, dirigée contre les premiers rangs des insurges, leur fit éprouver quelques pertes. Leurs chefs les rctiièrent aussitôt derrière la colline. — Je crois, dit John Gudyill pendant qu'il se hâtait de recharger ses pièces, qu'ils ont trouvé les morsures de nos faucons un peu cuisantes pour eux. Ce n'est pas pour rien que CCS oiseaux sifflent.
Mais comme il prononçait ces mots, le sommet de la colline fut de nouveau couvert par les bataillons ennemis. Ils dirigèrent une décharge générale de leurs armes à feu contre les défenseurs du château qu'on voyait aux créneaux. A la faveur de la fumée, une colonne de paysans armés de piques s'élança d'un air déterminé, et essuyant avec intrépidité le feu continuel de la garnison, se fraya un chemin jusqu'à l'entrée de l'avenue. Ils étaient conduits par Balfour luimême, non moins brave qu'enthousiaste. Bientôt, malgré tous les obstacles, ils curent forcé la barricade, tuant et blessant les soldats qui la défendaient, ou les l'orçautà se retirer derrière la seconde. Mais les précautions du major Bellenden rendirent ce succès inutile; car à peine les covenantaires étaient-ils maîtres de ce poste, qu'ils y fureut accablés par le feu suivi et meurtrier du château et de toutes les positions qui le dominaient. Ne pouvant se mettre à l'abri de cette pluie de balles et de boulets, ni même y répoudre par un feu pareil, les covenantaires fuient obligés de se retirer avec perte; mais ce ne fut qu'après avoir détruit la palissade avec leurs haches, de manière que les assiégés ne pussent s'y loger de nouveau. Balfour la quitta le dernier; il resta même un instant tout seul, une hache à la main, travaillant comme un pionnier, au milieu d'une grêle de balles dont la plupart étaient dirigées contre lui. Cet échec, accompagné de la perte d'un assez grand nombre d'hommes, apprit aux assiégeants que la place étaient également forte et bien défendue. En conséquence, leur seconde attaque fut conduite avec plus de précaution. Un nombreux détachement d'adroits tireurs (dont plusieurs avaient disputé le prix au Perroquet), sous les ordres de Henri Morton, se glissa sur la lisière des bois, et, évitant de se laisser voir, se fraya un passage à grand'iieine au milieu des buissons, des broussailles et des rochers. Il parvint à gagner une position d'où, sans être trop exposé, il pouvait prendre à revers la deuxième barricade, tandis que Burley, chargeant de nouveau, l'attaquait de front. Les assiégés virent le danger de ce mouvement, et tâchèrent de repousser les tirailleurs en faisant feu sur tout ce qui se montrait. D'un autre côté, les assaillants faisaient preuve de sang-froid, de courage et d'habileté dans la manière dont ils approchaient des fortifications ; mais l'honneur de cette attaque devait en grande partie revenir au jeune officier qui commandait, et qui montrait autant d'adresse pour protéger les siens que de valeur pour inquiéter l'ennemi. Il enjoignit plus d'une fois à sa troupe de tirer principalement sur les habits rouges, et de ménager les autres défenseurs du château, surtout d'épargner les jours du vieux major, qui s'exposait à chaque instant avec une intrépidité qui pouvait lui être fatale. Un feu roulant de mousqueterie se faisait entendre de tous cotés sur la hauteur où était si tué le château. Les tirailleurs avançaient de buisson en buisson, de rocher en rocher, d'arbre eu arbre, s'aidant des branches et des racines, et luttant à la fois contre les désavantages du terrain et contre les balles des ennemis. Enfin ils atteignirent une position d'où leur feu plongeait à découvert dans la barricade. Burley, profitant de la confusion que cette diversion jetait au milieu des assiégés, l'attaqua aussitôt de front avec la même fureur, la même impétuosité qu'il avaitdéployées eu face de la première; maison lui opposa moins de résistance, car les défenseurs étaient alarmés des progrès qu'avaient faits les insurgés en tournant leur position. Déterminé h profiter de cet avantage, Burley, une hache d'armes à la main, les poursuivit jusque dans la troisième et dernière barricade, et s'y jeta sur leurs traces. — Tuez! tuez! point de quartier aux ennemis de Dieu et de son peuple! point de quartier! le chftt..au est à nous ! s'écriait-il pour encourager les siens. Les
Elus déterminés se joignirent à lui, tandis que les autres, avec des aches, des pioches et d'autres outils abattirent et coupèrent des arbres, travaillant avec ardeur à établir dans la seconde barricade un retranchement qui pût les mettre à môme de la conserver, dans le cas où le château ne serait pas emporté parce coup de main
A ce spectacle, lord Evandale, ne put contenir plus longtemps son impatience: à la tète de mielques hommes que l'on avait tenus comme une réserve dans (a cour du château, il chargea, portant son bras en écharpe et les encourageant du gest« et de la voix à secourir leurs compagnons qui étaient aux prises avec Burley. Dès ce moment la lutte prit un nouveau caractère d'acharnement. L'étroite avenue était cn«»mbrée par les hommes de Burley qui couraient soutenir leurs («ompagnons. D'autre part, les .soldats, animés par la voix et la ufésence de lord Evandale, se battaient avec rage, compensant 1 «ïfériorilé de leur nombre par une plus graade adresM d«a» U unsniaoïent des «nues «t par leur position
élevée, qu'ils défendaient en désespérés avec des piques, des hallebardes, la crosse de leurs carabines et la poiiite de leurs sabres. Ceux qui étaient dans l'intérieur du château tâchaient de les appuyer dès qu'ils pouvaient pointer les pièces sur les assiégeants sans danger pour leurs amis, taudis que les tireurs de Morton, rôdant à l'entour, faisaient un feu continuel sur tout ce qui paraissait-aux fortifications. Le château était enveloppé d'un nuage de (umée , et les rochers retentissaient des cris des comballants.
Au milieu de cette scène de confusion, un singulier hasard faillit mettre l'ennemi en possession de la forteresse. Cuddle Headrigg s'était avancé avec les tirailleurs : comme il connaissait parfaitement tous les rochers et tous les buissons des environs du château, où il avait si souvent cueilli la noisette avec Jenny Dennison, il pouvait aller plus loin et avec moins de danger que la plupart de ses camarades: trois ou quatre cependant le suivirent de près. Mais Cuddie, quoique ne manquant pas décourage, ne recherchait nullement le danger soit pour le plaisir de s'y exposer, soit pour la gloire qui en résulte. Il n'avait donc pas, tout eu avançant, saisi, comme dit le Iiroverbe, le taureau |iar les cornes: pour parler plus simplement, il n'avait point marché directement au feu de l'ennemi. Au contraire, il s'était éloigné peu à peu du théâtre de l'action ; et continuant à gravir vers la gauche, il arriva enfin en face du château, mais du côté opposé à celui où l'on se battait, partie dont les défenseurs ne s'étaient pas occui)és, comptant sur la profondeur du précipice. 11 y avait pourtant de ce côté une certaine fenêtre de certain office, près de laquelle s'élevait un certain if qui avait poussé sur la pente rapide d'un rocher. C'était par là qu'avait passé Goose Gibbie quand il était sorti en fraude du château pour porter à Charnwood la lettre d'Edith; et ce passage avait sans doute favorisé bien d'autres genres de contrebande. — Voilà un endroit qui m'est connu, dit Cuddie à un de ses compagnons en s'appuyant sur son fusil et en regardant la fenêtre ; combien de fois n'ai-je pas aidé Jenny Dennison à eu descendre ! combien de fois n'y ai-je pas moi-même grimpé pour aller m'amuser un peu, quand la journée était finie! — Et qui nous empêche d'y grimper encore? lui répondit son camarade, qui était un jeune homme vif et entreprenant. — Ce ne serait pas bien difficile, si on voulait s'en donner la peine; mais une fois entrés, que ferons-nous? — Nous serons maîtres du château ; car nous voilà cinq ou six, et tout leur monde est occupé à défendre les palissades. — Eh bien ! soit, mais songez-y, ne faites aucun mal à lady Marguerite, ni à miss Edith, ni au vieux major, ni surtout à Jenny Dennison, ni à personne enfin, excepté les soldats; pour eux, tuezles ou faites-leur grâce, je m'en inquiète peu. — Bon ! bon ! commençons par entrer^ puis nous verrons ce qu'il faudra faire.
Cuddiesemit donc en devoir d'escalader la fenêtre, quoiqu'un peu à regret, et comme s'ilraarchait sur des oeufs; car, outre qu'il redoutait laréceptionqiii l'attendait dans l'iniérieur, sa conscience lui criait que c'était payer fort mal les anciennes bontés et la protection de lady Marguerite. Il mouta sur l'if; deux de ses compagnons l'y suivirent. La fenêtre était étroite, et jadis garnie de barreaux de fer; mais le temps les avait fait tomber, ou les domestiques les avaient arrachés pour se faire une sortie plus commode. Entrer était chose facile s il n'y avait personne dans le fruitier, ce dont Cuddie cherchait à s'assurer avant de faire le dernier pas, le pas périlleux. Aussi, pendant que ses compagnons le poussaient par derrière et le menaçaient, pendant qu'il restait indécis et plongeait ses regards dans l'intérieur, il fut aperçu par Jenny Dennison qui s'était retirée dans cet office, comme dans le lieu le plus sûr, pour attendre l'issue de l'assaut. Dès que cet objet d'épouvante eut frappé ses yeux, elle jeta les hauts cris, s'enfuit vers la cuisine qui était auprès, et, dans un accès de peur et de désespoir, saisit une marmite de soupe aux choux qu'elle avait elle-même mise sur le feu, ayant promis à Tom Holjday de lui préparer à déjeuner. Ainsi armée, elle revint au fruiiier, et tout en criant : — Au meurtre! au meurtre! nous sommes tous perdus! le château est pris! c'en est fait de nous! elle courut à la fenêtre, et renversa la marmite sur l'infortunée Cuddie , en accompagnant son action d'un cri effroyable. Quelque agréable qu'eût été ce potage à Cuddie, s'il lui eût été servi d'une autre façon par la main de Jenny, il est probable que le nouveau soldat eût été guéri pour toujours de la manie de guerroyer, s'il eût eu les yeux levés en ce moment. Mais, heureusement ])Our lui, il avait pris l'alarme au premier cri jeté par Jenny, et avait alors la tète baissée pour faire descendre ses camarades, qui l'empêchaient de battre en retraite, si Ijien que le casque de fer et le justaucorps de buffle, armure à toute épreuve, qui avait eu pour premier propriétaire le sergent Bothwell, garantirent sa personne de la plus grande partie du liquide bouillant. Néanmoins ce qu'il en reçut suffit pour lui donner une sévère leçon. Entraîné par la douleur et la surprise, il descendit en toute hâte de l'arbre, renversant ses camarades, au péril évident de se rompre les jambes; et sans écouter ni raisons, ni prières, ni menaces, il se sauva lestement, courut parla route la plus sûre rejoindre le corps d'armée auquel il appartenait, et refusa, quoi qu'on pût lui dire ou lui promettre, de revenir à l'attaque. Qufintà Jenny, après avoir jeté sur la tète d'un de ses admirateurs l'ewelïente aoupr qu« sw blanches maiaa avaient naguère pris la fw^
LES PURITAINS
de préparer pour l'estomac d'un autre, elle continua ses cris d'alarjne, débitant une luguljre enumeration de tous les crimes que les législateurs appellent les quatre plaids de la couronne, le meurtre, l'incendie, le rapt et le vol. Ces effrayantes clameurs jetèrent lant d'épouvante et de confusion dans le château, que le major Bellenden et lord Evandale jugèrent à propos d'abaiidunner à l'ennemi les ouvrages extérieurs, et de se retirer dans l'enceinte du château, de crainte d'être surpris par quelque endroit mal défendu. Ils ne furent point inquiètes dans leur retraite, car la frayeur de Cuddie et de ses compagnons avait causé presque autant de désordre parmi les assaillants que les exclamations de .lenny parmi les défenseurs du château.
Aucun des deux partis ne tenta de renouveler le combat ce jourlà. Les rebelles avaient beaucoup souffert, et d'après la peine qu'ils avaient eue à s'emparer des p'remiers retranchements, ils devaient conclure qu'ils prendraient difficilement laplaee. D'un autre côté, la situation des assiégés était triste et presque désespérée. Ils avaient eu dans ces escarmouches deux ou trois hommes tués et plusieurs blessés ; et quoique celte perte fût beaucoup moins considérable que celle de l'ennemi, qui avait laissé vingt hommes sur .'e terrain, ils en souffraient bien davantage, vu leur petit nombre ; 4'ailleurs, les attaques acharnées de leurs adversaires montraient évidemment que les chefs avaient pris la ferme résolution d'emporter la place , et qu'ils étaient bien secondés par le zèle de leurs soldats. Mais s'ils se bornaieut à la bloquer, la garnison avait surtout la famine à redouter. Les ordres du major, au sujet des approvisionnements, n'avaient élé exécutés qu'à demi ; et les dragons, en dépit des avertissements et des défenses, devaient en peu de temii-> gaspiller tous les vivres. Ce fut donc avec un profond sentimenl de tristesse que le major Bellenden commanda de garder la fenêtre par laquelle le château avait failli être pris, ainsi que toutes les autres issues qui pouvaient offrir la moindre facilite pour une telle entreprise.