‹ WaverleyChapitre 4 sur 231 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Vers le soir de ce dinianctie mémorable, sir Everard, entrant dans la bibliothèque, faillit surprendre notre jeune héros faisant des armes avec la vieille épée de son aïeul sir Hlldebrand. Celte arme, conservée comme un morceau précieux d'hérilaf;e, reposait ordinairement au manteau de la cheminée de la bibliothèque, sous le portrait équestre du chevalier. Sir Everard, après avoir jeté un regard sur le tableau et un autre sur son neveu, commença un petit discours qui ne s'écartait point de sa simplicité naturelle, mais où l'on pouvait remarquer une émotion inaccoutumée. — Neveu, ditil... et se reprenant, mon cher Edouard, c'est la volonté de Dieu et celle de votre père, à qui il est de votre devoir d'obéir après Dieu, que vous nous quittiez pour prendre le métier des armes où un grand nombre de vos aïeux se sont illustrés. J'ai fait tous les préparatifs nécessaires pour vous mettre à même de tenir le rang qui convient à l'héritier des titres et des biens des Waverley ; j'espère, monsieur, que vous vous souviendrez sur le champ de bataille du nom que vous portez- Edouard , mon cher enfant, souvenez-vous aussi que vous êtes le dernier rejeton de cette famille et que sur vous seul repose son espoir de se perpétuer; c'est pourquoi évitiz le danger autant que le devoir et l'honneur vous le permettront; je ■veux parler de tout danger inutile. Gardez-vous d'ailleurs de faire société avec les libertins, les joueurs et les wliigs, dont je crains que vous ne trouviez un trop grand nombre au service. Votre colonel est, à ce qu'on m'a dit, un excellent homme, pour un presbytérien ; mais vous n'oublierez pas ce que vous devez à Dieu , à l'Eglise d'Angleterre (Il allait, selon la rubrique, mentionner alors

le Roi ; mais comme, malheureusement, il y en avait deux pour lui,

le roi de fait, et le roi de droit, le chevalier termina autrement)

à l'Eglise d'Angleterre et à toutes les autorités constituées.

.■Mors sans poursuivre davantage ses recommandations, il conduisit son neveu aux écuries, afin de lui montrer les chevaux qu'il lui destinait pour le service. Deux étaient noirs, de la couleur adoptée pour le régiment, deux superbes chevaux d'escadron ! trois autres, également vigoureux, mais de moins noble encolure, étaient pour les bagages et pour les domestiques. Si Edouard trouvait qu'un groom lui fût nécessaire, il devait le choisir lui-même en Ecosse. — Vous allez partir avec une bien pauvre suite, ajouta le baronnet, si on la compare à celle de sirHildebrand lorsqu'il passa en revue devant la grille du château un corps de cavalerie plus considérable que tout ■votre régiment. J'aurais désiré que les vingt jeunes paysans de mes domaines qui se sont engagés dans votre compagnie, vousaccompagnassent en Ecosse, mais on m'a dit que cela serait contre l'usage d'un temps où l'on cherche tous les moyens d'anéantir l'autorité du seigneur sur les vassaux.

Sir Everard avait fait de son mieux pour renouveler une coutume tombée en désuétude ; il avaitdoré la chaîne qui attachait les recrues à leur jeune capitaine , non-seulement par un copieux repas de bœuf et d'ale, comme fête d'adieu, mais encore par des dons [ écuniaires, peu propres à entretenir la discipline pendant la route. Après l'inspection des chevaux, sirEverard ramena son neveu dans la bibliothèque, où il lui remit une lettre pliée avec soin, entourée, suivant l'ancien usage, d'un ruban de soie, et scellée du cachet aux armes des Waverley. Cette lettre était adressée, avec les formules ordinaires : « A Cosmo Comyne Bradin'ardine, esquire de I!r;id\vardine, à sa résidence de Ïuliy-Veolan , dans le Perth.ïhire, Norih- Brilain. — Par les mains du capitaine Edouard Waverley, neveu de sir Everard Waverley, de Waverley-Honour, baronnet.»

Le gentilhomme à qui était adnssée cette épitre volumineuse avait pris les armes en t71o pour les Stuarts, cl avait été fait prisonnier à Preston. 11 était d'une très ancienne famille et n'avait qu'une fortune médiocre; c'était un savant à la manière des Ecossais, c'està-dire que ses connaissances étaient plus étendues que méthodiques. Il avait donné, disait-on, une preuve rare de son amour pour les bons livres. Sur la roule de Preston à Londres, il s'était échappé des mains de ses gardes ; mais ayant été trouvé peu de temps après errant près du lieu où il avait logé, il fut reconnu et arrêté de nouveau. Ses compagnons d'infortune et ses gardes môme lui ayant témoigné leur élonnement de ce qu'il n'avait pas su mieux profiler de sa liberté, il leur répondit qu'il était revenu sur ses pas pour chercher son Tite-Live qu'il avait oublié d^ns le trouble de sa fuite. Ce trait de simplicité frappa l'homme de loi qui était payé par sir Everard et par le parti pour prendre la défense d» ces infiirtiinés. Cet avocat était lui-même admirateur particulier de l'historien padouan, et il en conçut une grande estime pour le gentilhomme écossais. C'est pourquoi il s'employa tellement à écarter ou atténuer les preuves de sa culpa'bililé, à découvrir des nullités légales, etc. qu'il finit par arracher Cosmo Coinyne Brad^wardine aux tristes conséquences d'une action portée à Westminster devant notre souve-

rain seigneur le roi. Le baron de Bradwardine ne fut pas plus tôt rectus in cmia (déchargé de l'accusation) qu'il se rendit en poste à Waverley-llunour pour remercier le baronnet de ses bons offices. Unemême passion pour les plaisirs de la chasse et une grande conformité d'opinions politiques cimentèrent entre lui et sir Everard une étroite amitié, malgré la dliférence de leurs habitudes et de leur instruction. Le baron, après avoir passé quelques semaines à Waverley-Ilonour, prit congé du baronnet, avec les témoignagesde la plus vive affection, et en le pressant vivement de venir chasser avec lui, dans la prochaine saison, la bécasse sur les bruyères du Perthshire. Peu de temps après, M. Bradwardine envoya d'Ecosse, pour rembourser les frais de son procès à la haute cour du roi à Westminster, une somme qui, quoiqu'elle ne parût point par sa réduction (M monnaie d'Angleterre, aussi énorme qu'elle l'était d'abord en pounds, shillings et pence d'Ecosse, fit une impression telle sur Duncan Macwhceble, agent confidentiel du laird de Tully- Veolan, son bailli, et son homme de ressources, qu'il en eut une colique de cinq jours, causée, disait-il, par la seule douleur d'être le malheureux instrument qui servs.it à faire passer une somme si considérable de son pays natal dans les mains des perfides Anglais. Mais si le patriotisme est le plus beau des sentiments, il est au.ssi le plus commode des masques; or des personnes qui connaissaient Marwecble pensèrent que sou chagrin n'était pas tout à fait désintéressé. De son côté, le laird se réjouissait de voir son digne ami sir Everard Waverley de Waverlcy-Honour lemboursé de ce qu'il avait avancé pour la maison de Brad^wardine ; il pensait que, pour l'honneur de sa famille et du royaume d'Ecosse, ce remboursement ne pouvait être différé. Sir Everard, accoutumé à voir avec indifférence la perte ou la rentrée de sommes beaucoup plus considérables, reçut avis de l'envoi de 294 1. st., 13 sh., 6 d. , sans peuserque les rapports d'honneur national étaient pour beaucoup dans ce paiement, et peut-être même n'y eùt-il jamais songé, si le bailli Macweeble se fût permis, pour calmer sa colique, de l'intercepter à son profit. A la suite s'établit entre Waverley-Ilonour et Tully-Veolan l'échange annuel d'une courte lettre, d'une bourriche et d'un baril ou deux. L'Angleterre exportait d'énormes fromages, d'excellente aie, des faisans et de la venaison; l'Ecosse offrait, en retour, des bécasses, des lièvres blancs, du saumon fumé et de l'usquebaugh : le tout envoyé et reçu des deux côtés comme gage d'une amitié constante entre les deux nobles maisons. 11 s'ensuivait qu'il n'eût pas été convenable que l'héritier présomptif de Waverley-Honour fît un voyage en Ecosse sans lettres de créance pour le baron de Bradwardine.

Ce point une fois arrêté, M. Pembroke demanda qu'avant le départ de son cher élève, il lui fût permis d'avoir un entretien particulier avec lui. Aux exhortations de ce brave homme recommandant à Edouard une conduite sage, des mœurs pures, la conservation de ses principes religieux et l'éloignemcnt des esprits forts et des débauchés trop nombreux dans l'armée, se mêlèrent quelques observations dictées par ses préjugés politiques — 11 a plu au ciel, disaitil, de placer les Ecossais dans un état plus déplorable encore que même ce malheureux royaume d'Angleterre. Ici du moins, le candélabre de l'église episcopate jette encore quelque clarté; il y a encore une hiérarchie, quoique schism. itique; une liturgie, quoique déplorablem:;nt pervertie Mais en Ecosse, ce sont des ténèbres profondes : l'Eglise ne voit plus dans les chaire» que des presbytériens, et je crains bien qu'on ne les ouvre à toutes sortes de sectaires; il est donc de mon devoir de prémunir mon cher élève contre des doctrines pernicieuses à l'Eglise et à l'Etat, qui, malgré lui, de temps à autre, viendront frapper ses oreilles.

En finissant, le docteur offrit à Edouard deux énormes cahiers roulés, qui semblaient contenir chacun une demi-rame de p.ipier couvert d'une écriture très serrée. C'était le travail de toute la vie du digne homme, et jamais on n'employa son temps d'une maiiière plus absurde. 11 avait été une fois à Londres dans l'intention de faire publier cet ouvrage par un libraire très connu pour ces sortes de publications, et à qui on l'avait adressé en lui communiquant une certaine phrase, un certain signe, qui étaient alors, à ce qu'il parait, un moyen de ralliement entre les jacobites initiés. Dès que M. Pembroke eut prononcé le shibboleth avec le geste de rigueur, le libraire le salua, nonobstant ses réclamations, du titre de docteur, et le conduisant dans l'arrière-boulique, après avoir regardé tous les endroits où il était possible ou impossible de se cacher, il lui dit : — Voyez, docteur, voyez! tout va bien. Je n'ai pas laissé ici même un trou qui pût cacher un rat hanovrien. Auriez-vous de bonnes nouvelles de nos amis de l'autre côté de l'eau'? Comment se porte le digne roi de France? Peut-être arrivez-vous de Rome? Il faut que Rome termine l'affaire, il faut que l'Eglise rallume sa chandelle à la vieille lampe. Eh quoi! encore sur la réserve? je vous en estime davantage; mais ne craignez rien.

Ici M. Pembroke, non sans quelque peine, arrêta un torrent de questions accompagnées de signes, de gestes, de regards : et étant parvenu à convaincre le libraire qu'il n'avait point all'aire à un émissaire du roi déchu, il put parler enfin de son livre. Le marchand de papier noirci , prenant un air plus grave, entama l'exa-

WAVERLlîY

men des manuscrits. Le titre du premier était : Di'midi'nce des dissidents, ou la Compréhension réfutée, etc. , etc. Ce titre lu. le libraire refusa positivement le manuscrit en disant : — Ouvrage bien pensé, savant sans doute: mais hors de saison; imprimé en cicéro petitœil, il ferait environ 800 pages . et je ne pourrais jamais m'indemniser des frais. Pardon, monsieur, j'aime et j'honore la vraie Eglise de toute mon âme, et si c'eût été un sermon sur le martyre, ou une brochure à douze pence, j'eusse hasardé quelque chose pour l'honneur de votre robe. .Mais montrez-moi l'autre Le Droit d'hérédité

rétabli en droit ! X\\\ ceci présente quelque sens. Hum... hum... hum... tant de pages; papier, tant; impression, tant. Ah! je vous conseille, docteur, de nous retrancher quelques citations latines et grecques; c'est lourd, docteur, terriblement lourd; je vousdemande pardon, docteur, il faudrait aussi jeter quelques grains de poivre; je n'ai point l'habitude déjuger les ouvrages : j'ai publié pour Drake, pour Lawton,et pour le pauvre Amburst. autrement dit Caleb d'Anvers. Ah ! Caleb, Caleb! c'eût été une honte de laisser mourir de faim ce pauvre Caleb, quand nous avons chez nous tant de recteurs et de squires si gras. Je lui donnais à dîner une fois par semaine; mais. Dieu me garde! qu'est-ce qu'un dîner dans la semaine quand on ne sait où aller manger les autres jours? Eh bien, je ferai voir votre manuscrit au petit jurisconsulte Tom Alibi, que j'ai chargé rie toutes mes affaires : il ne faut pas aller contre le vent. la populace a été très malhonnête envers moi la dernière fois que je suis monté à la cour du vieux palais. Ce sont tous des whigs, des tètes rondes, des guillaumistes, des rats de Hanovre.

Le lendemain M. Prembroke revint trouver l'éditeur, qui lui annonça que, d'après l'avis de Tom Alibi , il était déterminé à ne point publier son ouvrage. — Pour l'Eglise j'irais avec plaisir aux... (qu'altais-je dire?) aux colonies, cher docteur , si je n'avais une femme et une famille; mais pour vous prouver mon désir de vous être utile, je recommanderai votre affaire à mon voisin Trimmel : il est garçon et prêt à se retirer du commerce; de sorte qu'un voyage dans nos colonies occidentales n'aurait pas pour lui un grand incenvénient.

M. Trimmel ne fut pas plus accommodant, et M. Pembroke, peutêtre heureusement pour lui, fut obligé de revenir à Waverley- Honour, et d'y rapporter intacte, dans ses bagages, sa défense des vrais principes fondamentaux de l'Eglise et de l'Elat. F.e public paraissant devoir être privé du bienfait de ses élucuhrations par l'égoïste lâcheté des vendeurs de livres, M. Pembroke prit le parti de copier ces énormes manuscrits pour l'usage do son élève; il sentait qu'il avait été trop indulgent comme précepteur, et en outre sa conscience lui reprochait d'avoir, sur la demande de Richard Waverley, condescendu à ne point donner à Edouard des principes opposés k ceux de l'Eglise dominante. — Maintenant qu'il n'est plus sous ma direction, se disait-il à lui-même, je puis fournir au jeune homme les moyens de juger sainement, et je n'ai qu'une chose à craindre, c'est qu'il me reproche de lui avoir caché si longtemps la lumière que cette lecture va jeter dans son esprit.

Tandis qu'il se livrait ainsi à ses rêveries d'auteur, son cher prosélyte, qui ne voyait rien de très attrayant dans les titres des deux ouvrages, efTrayédu volume et des lignes serrés des manuscrits, les plaça dans un coin de son coffre de voyage. L'adieu de la tante Rachel fut court mais affectueux; elle recommanda seulement à son cher Edouard, qu'elle croyait susceptible de s'enflammer facilement, de se tenir en garde contre les attraits séducteurs des beautés d'Rcosse. Elle lui dit qu'àla vérité il trouverait dans le nord du royaume quelques anciennes familles, mais qu'elles étaient toutes whigs et presbytériennes, excepté les Highlanders; et elle ajouta qu'elle ne croyait pas une grande délicatesse aux femmes de ce pays, parce qu'on lui avait assure que les hommes portaient hibitiiellement un costume très singulier et même indécent. Elle termina ses adieux par une bénédiction tendre et touchante, et donna au jeune officier, comme souvenir, une bague de diamants d'un grand prix et une bourse pleine de ces larges pièces d'or qui étaient plus communes alors qu'elles ne l'ont été depuis.

Des le malin, Edouard Waverley, agité par des sentiments divers, dont le principal était une impression de solennelle anxiété en se voyant abandonné à lui-même, quitta le château, au mdiou des bénédictions et des larmes de tous les vieux domestiques et des habitants du vill.ige, qui lui remirent des demandes de galons de sergents et de caporaux, en déclarant qu'ils n'auraient pas laissé s'enrôler Jacques, Gilles et Jonathan, si ce n'avait été pour accompagner Son Honneur, selon leur devoir. Selon son devoir aussi, Edouard .se débarrassa des solliciteurs avec des promesses, liîoins précises toutefois qu'on t'ût pu l'attendre d'un jeune homme sans expérience. Après avoir passé quelques jours à Londres, il poursuivit sa route à cheval jusqu'à Edimbourg, et de là il se rendit à Dundee, port de mer sur la côte orientale du comté d'Angus, où s'in régiment était en garni.son. Il entra d'abord dans un autre monde, où tout lut parut l^eau, parce que tout était nouveau. Le col.iiicl Cardiner. qui commandait le regiment, était lui-même un ?.i);l d'î^tude pour un jeune homme tout à la fois romanesque et ft-ntUif , Ouùi(}u6 déjii (l'uti âKe ftv^ncri, il (i(<til erjcofe yigouroiin

etactif; dans sa jeunesse^ il avait été ce qu'on appelle honnêtement un joyeux vivant, et il courait des bruits étranges sur soa passage soudain du doute, sinon de l'incrédulité, à une religioa sévère et même enthousiaste. On disait que ce changement merveilleux venait d'une révélation surnaturelle; et quoique beaucoup de monde regardât le prosélyte comme un illuminé, personne ne le considérait comme un hypocrite. Cette histoire singulière et mystérieuse inspira au jeune officier un sentiment particulier et solennel d'intérêt pour le colonel Gardiner. On concevra facilement que les officiers d'un régiment commandé par un chef aussi grave, devaient composer une société plus paisible et plus régulière que tout autre corps militaire, en sorte que Waverley ne fut point exposé aux tentationsqu'il eût trouvées ailleurs.

Cependant il s'occupait très activement de son éducation militaire; depuis longtemps bon cavalier, il se livra à l'art de 1' equitation. 11 s'instruisit aussi de son métier d'officier ; mais je dois avouer que^ sa première ardeur passée, les progrès furent moins prompts qu'il ne l'avait espéré. Les devoirs d'un officier, revêtus d'un caractère si imposant aux yeux inexpérimentés , parce qu'ils sont accompagnés d'un grand appareil, ne sont au fond qu'une routine sèche et puérile, reposant tout entière sur la mémoire et l'attention. Notre héros était sujet à des distractions, à des étourderies qui lui attiraient les railleries de ses égaux et les reproches de ses supérieurs : il sentit avec peine son infériorité, relativement aux qualités considérées, dans sa nouvelle profession, comme les plus importantes. 11 se demandait en vain pourquoi son œil ne mesurait pas les distances aussi bien que l'œil de ses camarades; pourquoi il ne réussissait pas comme eux à faire exécuter les différents mouvements des manœuvres; et pourquoi sa mémoire, si heureuse en d'autres cas, ne retenait point les phrases techniques et les minutieux détails de la discipline militaire. Waverley était naturellement modeste, et se gardait bien de penser que ces règles fussent au-dessousde lui, ou qu'il était ncgéuéral, parce qu'il n'était qu'un subalterne sans talent ; la vérité est, que n'ayant point rectifié l'habitude qu'il avait prise d'étudier sans ordre et sans méthode, cette habitude, aidée d'un caractère rêveur et abstrait, lui rendait impossible une attention soutenue. Au milieu de tout cela, il p:issait soit temps dans l'ennui; la noblesse des environs n'aimait guère les officiers et les recevait peu, et la bourgeoisie de la ville, dont le commerce était la principale occupation, n'offrait à Waverley aucune société qui lui convînt.

L'approche de l'été et le désir de connaître de l'Ecosse autre chose que ce qu'il pouvait voir dans une promenade à cheval autour des remparts, le déterminèrent à demander un congé de quelques semaines. Il résolut de visiter d'abord l'ancien ami de son onde, se proposant de prolonger ou d'abréger, suivant les circonstances, son séjour dans le manoir deBradwardiae.il se mit donc en route, à cheval, suivi d'un seul domestique, traversadesplaiiiesouvertes, et s'approcha insensiblement des hautes terres du comté de Penh, qui lui apparurent d'abord comme une ligne bleue à l'horizon ; mais bientôt il les vit couime des masses gigantesques, seuildaut menacer le pays plat de leur chute. Au pied de cette barrière formidable, mais encore dans les basses terres, demeurait Cosmo Comyne Bradwardine de Bradwardine; et, si l'on en doit croire la vieillesse en tout ce qu'elle ripporte, c'était là que ses pères avaient résidé depuis le temps du gracieux roi Duncan.

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