CHAPITRE IV
Il était midi environ quand le capitaine Waverley entra dans le village, ou jilutôt le ham 'aude Tully-Vcolan, où était située l'habitation du grand propriétaire. Les maisons ofi'raieiit rapparcnce d'une grande misère, surtout à un œil habitué à la riante propreté des chaumières anglaises. Elles s'élevaient, .sans aucune espèce d'ordre, de chaque côté d'une sorte de rue non pavée, où des enf,int% presque dans l'état de nudité primitive, se roulaient dans la boue, .s'cxposant à se faire écraser sous les pieds des chevaux. De temps en temps, il est vrai, quand cet accident semblait inévitable, quelque prudente grand' mère, avec son bonnet en serre-tête, sa quenouille et son fuseau, se précipitait, comme une sibylle en fureur, hors de l'une de ces misérables cabanes, se letait au milieu de la roule, saisissait un de ces enfants au teint brûlé par ic soleil, lui 3ppli(|uait un bon soufflet, et le portait sur son dus au logis; et le marmot à tête blonde répondait par un cri aigu qu'il tirait du fond de ses poumons, aux reproches de la matrone grondeuse. Une troupe de chiens errants faisaient leur partie dans ce concert, en suiv.uit les (hevauv avi-c des glapissements, des .iboiemcnls, des hurlements féroces. Ce dé^ag^ément était aloi.'îsi communen Ecosse, qu'un voyageur français qui, comme tant d'autres voyageurs, s'ciiquérait fort de la cause vraie et raisoniialde do tout ce qu'il voyait, a mentionné, paripi les cliu.ses remarquables de la Calodonie, que l'hiât ciUretenail duns chaque village un rclajs do chieu» employo*
LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
à chasser les chevaux de poste (si maigres et si fatigués, qu'ils ne marchaient pas sans être ainsi stimulés) d'un hameau à un autre, jusqu'à ce que cet accompagnement importun les eût fait arriver à destination. \Vaverley en passant voyait çà cl là un vieillard courbé par le travail et les années, aux yeux affaiblis par l'âge et la fnmée, se traînant avec peine à la porte de sa hutte pour regarder avec élonnement les vêtements brillants et les beaux chevaux de I "étranger, et se réunissant à ses voisins dans l'atelier du maréchal, pour examiner d'où pouvait venir et où pouvait aller le voyageur. Trois ou quatre jeunes villageoises, revenant du puits ou du ruisseau, avec leurs cruches ou leurs seaux sur la tète, offraient un aspect plus agréable. Leurs jupes courtes et légères, leurs bras, leurs jambes et leurs pieds nus, leurtèle découverte et leurs cheveux tombant en tresses, rappelaient ces jeunes filles qui animent les paysages italiens. Un amateur de peinture eût été peut-être embarrassé de décider à qui donner la préférence, tant pour le costume que pour la beauté; quoique, à dire vrai, un franc Anglais, à la recherche du confortable, eût pu désirer que leurs vêtements fussent moins •nurls, que leurs pieds et leurs jambes fussent mieux à l'abri des ijures du temps, leur tête et leur teint moins exposés aux rayons du soleil, ou peut-être même eùt-il pense que les personnes et les vêtements auraient considérablement gagné à une abimdanle application d'eau de fontaine avec une quantité convenable de savon. L'ensemble de cette scène faisait mal à voir, parce qu'il accusait au premier coup d'iril la stagnation de l'industrie, et peut-être de l'intelligence. La curiosité même, cette passion dominante des oisifs, sfrablait animer peu les habitants de Tully-Veolan. Us s'arrêtaient bien sur Us portes de leurs chaumières pour \oir passer le jeune officier, mais sans aucun de ces gestes, de ces regards qui annoncent le plaisir d'une distraction inattendue à travers une existence monotone. Cependant la physionomie de ces braves gens, à l'examiner avec soin, était loin d'exprimer l'indifTérence de la stupidité ; leurs traits étaient durs, mais spirituels; sérieux, mais expressifs. Les enfants, quoique le soleil eût bruni leur peau et blondi leur chevelure, avaient aussi un air intéressant. En un mot, il semblait que la pauvreté et l'indolence, compagnes trop assidues, se fussent réunies pour déprimer le génie et les facultés de paysans courageux, intelligents et réfléchis.
Toutes ces pensées se croisaient dans l'esprit de Waverley, pendant qu'il suivait lentement le chemin raboteux et pierreux de Tully-Veolan ; elles n'étaient interrompues que par les sauts de son cheval, lorsqu'il éiait attaqué par ces cosaques de la race canine, les lelais en question. Le village avait plus d'un demi-mille de long, les chaumières étaut irrégulièrement situées de chaque côté de la route, et séparées par des jardins de différentes dimensions, où l'on ne voyait pas encore, à cette époqne, la pomme de terre, aujourd'hui si universellement répandue, mais où l'on remarquait des plants de gigantesques choux, entourés de buissons d'orties, de la haute ciguë ou du chardon national. On n'avait point nivelé le terrain sur lequel était bâti le village, de sorte que ces enclos présentaient des hauteurs, des bas-fonds de toute espèce. Entre les murailles de pierres sans ciment qui protégeaient ou plutôt avaient l'air de protéger les bizarres jardins de Tully-Veolan (tant les brèches étaient nombreuses), passait un sentier étroit qui conduisait au champ communal, où les villageois, unissant leurs travaux, semaient alternativement du seigle, de l'avoine, de l'orge et des pois, dans des sillons de si peu d'étendue, que de loin celte plaine ainsi fractionnée ressemblait au livre d'éclianlillons d'un tailleur. Dans un petit nombre d'endroits plus favorisés, on voyait derrière les chaumières une misérable hutte Aonstruite en terre, cailloux et tourbe, où les richards de l'endroit pouvaient mettre une vache maigre, ou une rosse éreintée. Presque toutes les cabanes avaient pour ouvrages avancés un énorme monceau de tourbe noire d'un côté de la porte, de l'autre un las d'ordures qui rivalisait de hauteur. A une portée de flèche du village, on apercevait des enclos qu'on appelait pompeusement les parcs de Tully-Veolan, entourés par des murs de pierres de cinq pieds de hauteur. Au milieu de la clôture extérieure était la première porte de l'avenue, qui s'ouvrait sous un arceau crénelé au sommet et orné de deux blocs massifs de pierre mutilés par le temps, qui, si l'on en croit la tradition locale, représentaient autrefois, ou du moins devaient représenter deux ours rampants, supports de l'écusson de la famille Bradwardine. Cette avenue en ligne droite et d'une médiocre longueur était bordée d'un double rangde vieux marronnierset de sycomores plantés alternativement, dont les branches hautes et 'outfues s'entre-croisaieut au [loinl de faire de l'avenue un berceau épais. Derrière ces arbres vénérables s'élevaient parallèlement deux grands murs qui semblaient aussi antiques, et étaient couverts de lierre, de chèvre-feuille et autres plantes grimpantes. Le chemin paraissait rarement foulé, .si ce n'est par des gens de pied : aussi, comme il était très large et constamment ombragé, il était garni d herbes longues et toullues, au milieu desquelles un étroit sentier, qui conduisait de la porte haute à la porte basse, avait été pratiqué par les piétons. Celte seconde porte, comme la première, s'ouvrait dans un mur orné de bculptures grossières, crénelé aussi par le haut, au-dessus duquel
on apercevait, à demi caché par les arbres de l'avenue, le château avec ses toits élevés et pointus, ses pignons étroits, disposés en marches d'escalier, et ses tourelles aux angles. Un des battants de la porte basse était ouvert; et comme le soleil donnait dans la cour, sa clarté se répandait par celte ouverture dans la sombre avenue. C'était un de ces effets qu'un peintre aime à représenter; et cette lumière éclatante se mariait merveilleusement avec les rayons plus fugitifs qui (^'à et là perçaient la voûte épaisse et verdoyante de l'allée. Ce tableau avait quelque chose du calme et de la solitude du cloître; et Waverley, qui, à la première porte, avait remis son cheval aux mains de son domestique, suivait lentement l'avenue, jouissant de la douce fraîcheur de l'ombre, et se livrant tellement aux idées de paix et de retraite que faisait naître ce tableau, qu'il oublia la misère et la fange du hameau. La cour pavée était tout-à-fait en harmonie avec l'avenue. La maison^ formée de deux ou trois corpsde-logis élevés, étroits et à toits roides, joints l'un à l'antre à angles droits, occupait un côté de l'enclos; elle avait été bâtie dans un lenips où l'on n'avait déjà plus besoin de châteaux, mais où les archilGctes écossais ne savaient pas encore distribuer une demeure de famille. Les fenêtres étaient nombreuses, mais très petites; le toit avait, eu guise de corniche, des projections bizarres appelées bartizan n es ou machicoulis, et à tous les angles, qui étaient en grand nombre, était une petite tour ressemblant à une poivrière. Le devant de la maison n'annonçait pas que l'on s'y regardât comme à l'abri de toute attaque; il était garni de meurtrières, et les fenêtres du rez-de-chau.ssée avaient des barreaux de fer, dans le but probablement de se défendre contre les troupes errantes des Bohémiens, ou de repousser la visite des Caterans des montagnes voisines. Les étables et quelques bâtiments de ferme occupaient l'autre côté de la cour : les étables avec leurs voûtes basses et leurs petites ouvertures en guise de fenêtres, avaientl'air, comme le remarqua le valet d'Edouard, plutôt d'une prison pour des meurtriers et des voleurs, que d'un abri pour le bétail chrétien; au-dessus de ces tristes cachots étaient les greniers et autres oflices, auxquels on arrivait par des escaliers extérieurs, d'une lourde maçonnerie. Deux murailles crénelées, dont l'une faisait face à l'avenue et l'autre séparait la cour du jardin, complétaient le carré. La cour n'était pas non plus sans ornements: dans un coin on voyait un grand pigeonnier en forme de tonneau. Ce pigeonnier ou cnlumbarium, comme le nommait le propriétaire, n'était pas d'une mince ressource pour un laird écossais d'alors; car son revenu s'augmentait des impôts levés sur les fermes par les fourrageurs ailés, et delà conscription àlaquelle ceuxci étaient soumis au profil de sa table. Dans un autre coin était une fontaine où un ours en pierre s'élevait sur un large bassin dans lequel il vomissait de l'eau. Cette œuvre d'art était la merveille do la contrée à dix lieues à la ronde. On ne doit pas oublier que des ours de toutes sortes, petits et grands, entiers, à mi-corps, ornaient les fenêtres, les pignons, terminaient les gouttières el supportaient les tourelles, avec l'ancienne devise de la famille. Gare l'ours! sculptée sons chacune de ces formes hyperboréennes. En somme, cette cour était vaste, bien pavée el très propre, parce que vraisemblablement il y avait une autre issue atïectée aux étables et aux écuries. Tout semblait solitaire et silencieux dans celte enceinte, où l'on n'entendait que le bruit de la fontaine. C'était un tableau de nature morte.
Après avoir regardé autour de lui pendant quelques minutes, 'Waverley ébranla le marteau massif delà porte d'entrée, dont l'architrave portait la date de 151)4. Mais personne ne lui répondit, quoique le coup eût retenti dans les nombreux appartements et fût répété par l'écho des murailles de la cour; à ce bruit les pigeons s'élancèrent de leur vénérable rotonde, et malgré la distance, les chiens du village endormis sur leur fumier s'éveillèrent. 'Waverley commençait à s'ennuyer de faire tout ce bruit inulile. S'attendan't presque à rencontrer quelque octogénaire à barbe blanche comme la neige, qu'il pût interroger sur ce manoir abandonné, noire héros s'avança vers un petit guichet de bois de chêne, entouré de clous, de pointes de fer, et placé dans le mur delà cour, à l'angl.; que ce mur formait avec la maison. Cette porte, nonobstant son apparence d'entrée de prison, n'était fermée qu'au loquet; Waverley entra dans un jardin d'un aspect agréable.. La façade méridionale de la maison, tapissée d'espaliers à fruits et protégée par plusieurs arbres toujours verts, s'étendait, irrégulière et vénérable, le long d'une terrasse en partie pavée, en partie sablée, ornée çà et là de fleurs et d'arbusles rares ; de là on descendait par trois escaliers à rampes, l'un au milieu et les deux autres aux extrémités, dans le jardin proprement dit. Celte terrasse était garnie d'un parapet de pierre avec une lourde balustrade ornée de place en place de grotesques images d'animaux accroupis, parmi lesquels l'ours favori était souvent reproduit. Le jardin, qui paraissait fort soigné, était rempli d'arbres fruitiers, eldé|iloyait une profusion de fleurs et d'arbrisseaux toujours verts, taillés en formes bizarres; il se composait de plusieurs terrasses descendant en amphithéâtre du mur de l'ouest à un large ruisseau dont l'eau calme el limpide servait à clore le jardin, mais qui, à l'exirémilé, franchissait avec bruit une forte écluse, cause de sa tranquillité momentanée, et formait là une cascade près
d'un pavillon octogone surmonté d'un ours de tôle dorée qui servait de girouette; le ruisseau, reprenant ensuite son cours naturellement rapide, échappait à l'œil en se précipitant dans une vallée boisée et profonde, sur le penchant de laquelle s'élevait une massive tour en ruine, première habitation des barons de Bradwardine. La rive du ruisseau opposée au jardin était bordée par une petite pelouse où l'on séchait le linge; et le terrain qui se trouvait derrière était couvert de vieux arbres.
Sur la pelouse,deux jeunes filles aux jambes nues,placées chacune dans nue vaste cuve, faisaient avec leurs pieds l'office d'une nouvelle machine à laver digne d'un brevet d'invention. Effarouchées à la vue d'un bel étranger sur l'autre côté du ruisseau, elles laissèrent retomber leurs vêtements (ou plutôt leur vêtement) sur leurs jambes, que leur occupation mettait trop à découvert; et jetant ce cri : Oh seiirneur! avec un accent où il y avait autant de coquetterie que de modestie, elles s'enfuirent, chacune de son côté, avec la rapidité du daim Waverley commençait à désespérer de trouver son chemin dans cette demeure solitaire et comme enchantée, quand un homme s'avança dans une des allées du jardin, où il s'arrêta. Pensant que ce pouvait être un jardinier ou quelque domestique de la maison, Edouard descendit l'escalier pour aller à lui; mais à mesure qu'il s'en approchait, avant même qu'il pût juger des traits de son visage, il fut frappé de la bizarrerie de son extérieur et de ses mouvements. Tantôt cet être tenait ses mains jointes sur sa tète, comme un faquir indien en attitude de pénitence; tantôt il faisait osciller ses bras comme un pendule, ou bien il s'en frappait à coups multipliés en les croisant sur sa poitrine, comme un cocher de fiacre dont les chevaux sont oisifs sur la place, par un beau temps de gelée. Sa démarche n'était pas moins singulière que ses gestes; il sautait tantôt sur le pied droit, tantôt sur le gauche, et tantôt à pieds joints. Son vêtement était aussi antique qu'extravagant; il consistait en une espèce de jaquette grise, doublée d'écarlate, avec des parements et des manches tailladées de même couleur. Tout le reste du costume était à l'avenant, sans oublier les bas écarlates et le bonnet ccarlate surmonté fièrement d'une plume de diiidon. Edouard, que cet être bizarre ne semblait pas avoir remarqué, vit de près que sa physionomie confirmait ce qu'annonçait déjà son air et ses mouvements. Ce n'était ni l'idiotisme seul ni l'aliénation mentale qui paraissaient avoir donné à une figure naturellement belle cette expression irrégullÈre, sauvage et égarée; il semblait plutôt que ces deux causes étaient réunies, et qu'il y avait là mélan>;e d'iniiiccillité et de folie. Ce personnage se mit à chauler avec beaucoup de chaleur, et avec quelque goût, un fragment d'une vinllc ballade écossaise :
l.'rlé, parmi l'herbe naissante.
Infïrat, tu l'cs joué de moi :
L'hiver à l'haleine glaçante Vient punir ton manque de foi :
Us me semblent priv^'s da flammes.
Ces yeux qui mo semblaient charmants.
Ya-t'cn sourire à d'autres femmes :
Je souris à d'autl-es amants.
Levant ici les yeux qu'il avait tenus attachés sur .ses pieds pour voir s'ils battaient bien la mesure, le chanteur aperçut Waverley, et ôta au.ssitôt son bonnet, en donnant un grand nombre de marques grotesques de surprise et de respect. Quoique Edouard n'eût guère d'espoir qu'il répondit à ses questions , il lui demanda si .M. Bradwardine était chez lui, ou s'il pourrait s'adresser à quelque domestique. El cet être étrange allait encore répondre en chantant. Comme cela n'apprenait rien à Edouard, il l'interrompit par une nouvelle question à laquelle l'idiot lui répondit si rapidement et dans un dialecte si particulier, qu'il ne put comprendre ((ue le mol iommelier. Waverley demanda naturellement à voir le sommelier. Et le malheureux, avec un regard d'intelligence, fit signe à Edouard de le suivre, cl se remit bientôt à danser et à cabrioler dans l'allée. — L'étrange guide que voilà! se dit Edouard. Je ne suis pas très prudent de me fier à ce pilote; mais de plus sages ont été conduits par des fous. En parlant ainsi , il était arrivé a l'extrémité de l'allée, et là faisant un léger détour, il trouva un petit parterre de fleurs qu'une haie d'ifs serrés mettait à l'abri des ventsde l'ouest eldu nord, et où travadiait un vieillard sans habit : on ne pouvait deviner, à le voir, si c'était un premier domestique ou un jardinier; son nez rouge et sa chemise phssée appartenaient à la première profession ; mais son teint noin-i par lesuleilcl .son tablier vert semblaient annoncer la seconde. L-; majordome (car c'était lui) lai.ssa sa bêche, mil proniptcmenl .son habit, et lançant au guide d'Edouard un ieg:ard de colère, qui venait probablement de ce qu'il lui avait amené l'étranger tandis qu'il était occufié à un travail pénible et subalterne, il demanda au gentlllioiumc ce qu'il vouIhiI. Celui-ci lui apprit qu'il désirait presenter ses devoirs à son maître, qu'il se nommait Waverley; elle vieillard aiissilôt de lui répondre avec un air lout-àfail respectueux : — Je ;iuis prendre sur moi de dire que Son Honneur aura le plus grand plaisir à vous recevoir. Monsieur Waverley ne voudrall-il pas accepter quelques rafraîchissements après son
voyage? Son Honneur est avec les gens qui abattent la Sorcière noire. Il s'est fait accompagner des deux jardiniers (appuyant avec emphase sur le mot deux), et je m'amusais'à cultiver le parterre de miss Rose en attendant Son Honneur, pour prendre ses ordres à son retour, s'il en était besoin ; j'aime beaucoup le jardinage, mais je n'ai que peu de temps à donner à ce plaisir. — Il ne peut à aucun prix s'en occuper plus de deux jours la semaine, dit l'étrange guide d'Edouard-
Le sommelier regardant l'interrupteur d'un air mécontent, lui ordonna, en l'appelant Davie Geliatley, et d'un ton qui prévenait toute réplique, d'aller à la Sorcière noire dire à Son Honneur qu'un gentilhomme du Sud venait d'arriver au manoir. — Ce pauvre g.irçou saurait-il remettre un (ili? demanda Edouard. — Avec toute fidélité, monsieur, aux personnes qu'il respecte; mais je n'aurais pas autant de confiance en lui pour un message verbal, quoiqu'il soit plus malin que fou. Waverley remit se.s lettres de créance à Davie Gellatley, qui sembla confirmer la dernière observation du sommelier, en faisant à ce digne fonctionnaire , pendant qu'il regardait d'uu autre côté , une grimace pareille à la grotesque figure qui décore certaines pipes d'Allemagne; après quoi, prenant congé burlesquement de Waverley, il se mit en route en dansant pour remplir son message. — C'est un innocent , monsieur, dit le sommelier; il y en a dans toutes les villes du |iays , mais le nôtre est le mieux traité : il passait sou temps à travailler assez bien ; mais il sauva miss Rose poursuivie par un taureau furieux, et depuis ce temps-là nous l'appelons Davie Fait-peu. Et en vérité , depuis qu'i.1 a revêtu ce joyeux costume pour l'amusement de Son Honneur et de notre jeune maitresse ( les grands ont leurs caprices), il ne fait que danser, que se rouler d'un bout à l'autre de la ville , sans autre soin que d'arranger la ligne dulaird, d'y mettre des mouches, ou de pêcher lui-même un plat de truites.' Mais voici miss Rose, qui, j'en suis sûr, sera particulièreuient charmée de voir un membre de la maison de Waverley au manoir de TuUy-Veolan.