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I-ev.îz-vous, lui dit-elle

étonnes 1 un que l'autre du .soudain changement qui s'était opéré dans les dispositions du porcher. - Ma mule, ma mule ! s'écria le juilaprcs avoir passt; la poterne; je ne partirai pas sans ma mule ! — Va lui "hercher sa monture , dit le pèlerin à Gurth • et tu en amèneras une autre pour moi , afin que je puisse le conduire hors de ces dangereux parages. 4e remelti ai la hèle saine et sauve à Ashby entre les mains d'un homme de la suile de Cedric... El toi écoute

Il s appr..clid de Gurth, cl lui paria k voix basse. — Certes je 'le ferai volontiers, répondit cdui-ci; cl il partit pour exécuter lès ordres qu il avait reçus.

- Je voudrais bien savoir, dit Wamba quand son camarade se fut éloigne , ce que vous autr;s puierins vous apprenez dans la Terre- :>ainle.'-- A dire nos prières, fou, et à morlilier nos corps par les jeunes le» veiHes et les orai.sons. — Quelque chose sans do'.le de j'ius efficace que tout cela : comment si<% oraisons ou vus mortifications pourraient-elles engager Gurth à vous ouvrir cette poterne' Lomiiienl le» veilles et les jeûnes pourraient-ils obtenir de lui le prêt d une mule? En vérité, j ; pense que vous en eussiez autant obtenu du favori de Gurth, de son cochon noir, en parlant à celte pauvre

bête de votre repentir et de vos veilles. — Tu n'es qu'un fou saxon. — C'est vrai : si comme toi j'étais né Normand , car je te suppose tel , la chance serait de mon côté.

Gurth parut en ce moment avec les mules. Les vovageurs franchirent un pont-levis .formé de deux planches seulement, tout juste égal en largeur à la poterne, ainsi qu'au guichet pratiqué dans la palissade extérieure, qui donnait sur la forêt. Dès qu'ils furent près des mules, le juif se hâta de fixer sur la selle, d'une main tremblante, un petit sac de bougran bleu qu'il tira de dessous son manteau, et qui, disait-il comme se parlant à lui-même, ne contenait pas autre chose qu'un vêlement de rechange, un simple vêtement de rechange. Alors, sautant en selle avec une vigueur et une légèreté qu'on n'aurait pu attendre de son âge, il disposa pronipte-

ment son large manteau de manière à dérober tout-àfait aux regards le fardeau qu'il portait en croupe. Le pèlerin se mit en selle avec moinsde précipitation, eten partant il offrit sa main à Gurth, qui la baisa en témoignant le plus profond respect. Le porcher suivit des yeux les voyageurs jusqu'à ce que les arbres de la forêt les eussent cachés ; il était encore dans cette attitude lorsque la voix de Wamba le tira de sa rêverie. - Mon bon ami Gurth, tu es ce matin d'une obligeance vraiment étrange, t-t d'unepicté toute nouvelle.'' Ah ! que ne suisje un père prieur ou un pauvre pèlerin ! je profiterais au moins de ton zèle et de ta politesse . inaccoutumée, et certes tu en tirerais une autre récompense que ma main à baiser.— Tu n'es pas trop fouencela,\Vamba, quoique tu ne raisonnes que sur des apparences ; au surplus, 'e plus sage de nous n'agit pasautrement. Allons, il est temps de nous rendre à la besogne.

A ces mots il retourna au château, toujours accompagné du bouffon. Cependant lesdeux voyageurs faisaient route avec une célérité qui nivelait les vives inqiiiétudf s dujuif. Le pèlerin [laraissait connaître tous les tours el les détours de la forêt, choisissant les sentiers les plu> écartés; et plusieurs fois il excita par là les soupirons de llsraélite, qui craignait d'être conduit dans quelque embuscade. On pourraitaprès tout pardonner l>,i ac ; car, excepté peut-être hpoisson volant, il n'existait pas sur la terre, dans les airs et sous l.^ eaux, une race qui fût, comme les juifs à cette époque, l'objet d'un. persécution générale, constante et toujours cruelle. Sous les prétexli ^ les plus déraisonnables, d'apri's les accusations les nioinsfondées, leur personnes et leurs biens étaient exposés à tous les caprices de la fureur populaire; car Normands, Saxons, Danois el B.-etons, enneiiiiv les uns des autres, rivalisaient dans leur acharnement contre un peuple que, de par la vraie religion, ils devaient mépriser, hair, outrager, piller, el persécuter. Les rois de la race normande, les nobles, fcudalaires, exerçaient contre ce peuple réprouvé une persécution plus régulière, provoquée par une insatiable cupidité. Je citerai à ce sujet un trait bien connu de la vie du roi Jean. Il tenait eiif.Tmé dans un de ses châteaux un juif opulent, et chaque jour il lui faisait arracher une dent: enfin, le malheureux Israélite, voyant sa mâchoire à moitié dégarnie, consentit à payer au roi une somme considerable, précisément celle que le tyran avait eu d'abord i'intenlion de lui extorquer. Le peu d'argent monnayé ijui se trouvait dans le pays était entre les mains de ce peuple persécuté, el la noblesse n'hésitait pas à suivre l'exemple du souverain en lui arrachant celle épargne par toute espèce d'upprcssion el même au moyen de tortures corporelles. Cependant une sorle de courage passif, in-

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLSTRÉES

spire par l'amour ilu sain, portail les juifs à braver tous les maux eii vue des protils iiiMuoiises que leur otlVail un pays riche comme l'Angleterre. Kii .lopit di' toutes los persécutions et malgré l'étalilissemenl d'une cour spéciale des taxes, appelée Echiquier des juifs, créée dans le seul but de le> dépouiller, leur nombre se multipliait et ils devenaient possesseurs de sommes immenses qu'ils se transmettaient de main eu main par le moyen des lettres de change, invention dont le commerce leur est, dit-on, redevable, et à laide de laquelle ils pouvaient transporter leurs richesses partout où bon leur semblait: de sorte que, s'ils étaient menacés d'une trop violente oppression dans uu pays, leur fortune pouvait être mise en sûreté dans un autre. Ainsi toujours aux prises avec le fanatisme et la tyrannie, l'opiniâtreté des juifs semblait croître en proportion des persécutions, et leurs richesses étaient à la fols un danger et un moyen d'influence. Celte triste condition rendait leur caractère défiant et timide, mais inflexible et fertile en ressources.

Lorsque les voyageurs eurent marché d'un pas rapide en suivant plusieurs sentiers détournés, le pèlerin rompit enfin le silence: — Ce grand chêne en ruine marque la limite des domaines de Front-de- Bœuf ; nous avons dépassé depuis longtemps ceux de Malvoisin : nous n'avons plus à craindre d'être poursuivis. — Puissent les roues de leurs chariots se briser, dit le juif, comme celles des chariots de Pharaon! Mais, bon pèlerin, ne m'abandonnez pas! songez à ce fier templier et à ses esclaves sarrasins : qu'importe le lieu où ils me rencontreront! ils ne respectent ni manoir ni terre seigneuriale. — Ta route et la mienne se séparent ici : il ne convient pas que nous voyagions ensemble plus longtemps que la nécessité ne l'exige. D'ailleurs, quelle assistance pourrais-tu recevoir de moi, paisible pèlerin, contre deux païens armés? — Oh ! brave jeune homme, je sais que tu peux me défendre, je sais même que tu le ferais. Tout pauvre que je suis, je veux payer ce service, non avec de l'argent, car le Dieu d'Abraham me soit en aide ! je n'en ai pas: mais... — Argent... récompense... je t'ai dit que je ne voulais rien de toi. Néanmoins je consens à t'accompagner, à te défendre s'il le faut ; car on ne saurait faire un crime à un chrétien de défendre même un juif contre un Sarrasin. Je te remettrai donc sain et sauf en mains sûres. Nous ne sommes pas loin de Sheffield: tu y Irouveras un asile chez les hommes de. ta tribu. — Que la bénédiction de Jacob soit sur ta tète, bon jeune homme! Je trouverai à Sheffield, chez mon parent Zareth, un abri et les moyens de continuer ma route sans danger. — Soit ! nous nous quitterons à Sheffield : en une demi-heure nos mules nous transporteront en cette ville.

Cette demi-heure s'écoula dans un silence absolu de part et d'autre, le pèlerin dédaignant peut-être de parler au juif, sans nécessité réelle, et le juif n'osant adresser la parole à un homme sanctifié en quelque sorte par son voyage à la Terre-de-Promission. Ils s'arrêtèrent sur une petite colline, et le pèlerin montrant à Isaac les remparts de Sheffield, répéta : — Nous nous quitterons ici. — Pas avant que vous ayez reçu les remerciraents du pauvre juif; car je n'ose vous prier de venir avec moi chez mon parent Zareth, qui pourrait me procurer les moyens de vous prouver ma reconnaissance. — Je t'ai déjà dit : pas de récompense. Si, parmi le grand «ombre de tes débiteurs, tu peux épargner à un malheureux ehréhen, ponr famour de moi, le supplice des fers et de la prison, je reraVderai cette générosité comme une ample récompense du léger service que je viens de te rendre. — Attendez, attendez! s'écria le iuil'en retenant le pèlerin parson manteau ; je voudrais faire quelque-ihose déplu?, quelque chose pour vous-même. Dieu sait qu'lsaac est'pauvre, qu'il n'est qu'un mendiant dans sa tribu. Mais me pardonn-erez-vous si je devine ce que vous souhaitez le plus en ee mo-

njenll Quand tu le devinerais, tu ne pourrais me le donner, étant

même aussi riche que tu dis être pauvre- — Que je le dis! Hélas! crovez-ie, ce n'est que la vérité; je suis un homme volé, endetté, un véritable 'mendiant : des mains cruelles m'ont dépouillé de mes marchandises, de mon argent, de mes navires et de tous mes biens. Cependant je puis spécifier vos désirs, peut-être même les satisfaire : vous souhaitez un bon cheval et une armure.

Le pèlerin tressaillit, et se tournant brusquement vers le juif : — Quel démon, dit-il, t'a inspiré cette conjecture "! — Qu'importe, si elle est vraie? — Mais considère ma position, mon costume, mes

yjguj. Je vous connais, vous autres chrétiens ; je sais que les plus

"énéreux d'entre vous, par un entraineuient superstitieux, prennent Fe bourdon et les sandales, et s'en vont nu-pieds visiter le tombeau d'un homme crucifié. — Ne blasphème pas, juif! — Pardon, si j ai parlé inconsidérément. Mais vous avez laissé échapper hier au soir et ce matin des paroles qui, comme des étincelles jaillissant du caillou font connaître le métal qu'il recèle; et cette robe de pèlerin cache une chaîne d'or et des éperons d'or, tels qu'en portent les chevaliers. J'ai aperçu ce trésor, je l'ai vu briller ce matin, lorsque vous vous teniez penché sur mon grabat.

Le pèlerin ne put s'empêcher de sourire : -^ Si un œil aussi curieux pénétrait sous tes vêtements, s'écria-t-il, quelle découverte n'y pourrait-il pas faire! — Ne parlez pas ainsi, reprit le juif en changeant de couleur; et, tirant en hâte son écritoire comme pour couper court sur ce point, il appuva sur sa toque jaune une feuille

de parchemin, et se mit à écrire sans descendre de sa mule. Donnant ensuite au pèlerin ce billet, tracé en caractères hébraïques, il lui dit: —A Leicester, tout le monde connaît le riche Israélite Kiriath Jaïram, de Lorabardie. Présentez-vous chez lui avec ce billet. Il a en vente six armures de Milan, dont la moins riche est digne d'un prince , plus dix superbes coursiers dont le plus commun conviendrait à un roi qui va combattre pour sa couronne. Choisissez parmi ces chevaux et ces armures, et prenez tout ce qui pourra vous être nécessaire pour le tournoi. Après la lutte, vous lui rendrez le tout en bon état, à moins que vous ne préfériez en payer le prix.

— Mais. Isaac, répliqua le pèlerin en souriant, oublies-tu donc que dans un tournoi le cheval et les armes du vaincu deviennent la propriété du vainqueur? Oui, telle est la loi. Or, je puis être malheureux,-et perdre ce que je ne pouui-ais ni rendre ni payer. — Non, non, non ! cela est impossible; je ne veux pas y penser. La bénédiction de Dieu sera sur toi ; ta lance sera formidable comme la verge de Moïse.

A ces mots, le juif tournailla tête de sa mule pour partir*, quand le pèlerin, à son tour, l'arrêta. — Isaac, tu ne connais pas encore tous les risques auxquels tu t'exposes : le cheval peut-êire tué, l'armure endommagée ; car si j'entre en lice, je n'épargnerai ni mon coursier ni mon armure. D'un autre côté, les gens de ta nation ne donnentrien pourrien;et il est juste que je paie quelque chose pour la location.

Etourdi par une telle perspeclivÇ, le juif pâlit; mais, faisant un effort sur lui-même: — N'importe, n'importe; s'il y a quelque doramage, il ne vous en coûtera rien ; Kiriaih Jaïram passera sur ce déficit pour l'amour d'isaac, son parent. Adieu. Cependant, écoutez, bon jeune homme, dit-il en se retournant et en montrant au pèlerin un visage bouleversé parla crainte, ne vous laissez pas trop emporter dans ce vain tumulte : je ne vous recommande plus maintenant de ménager le cheval ni f armure ; c'est de votre vie que je parle.

— Grand merci de la sollicitude, répliqua le pèlerin souriant de nouveau ; je profite.rai de ta courtoisie, et il faudra que je sois bieo malheureux pour ne pas l'en tenir compte.

Sur ces mots les deux voyageurs se séparèrent, et prirent chacun une route différente pour entrer dans Sheffield.

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