CHAPITRE X
,\nssil6l que lechcvalierDéshéritc se fut retiré dans sa lente, nombre de pages et d'écuyers se présentèrent pour l'aider à se désarmer •t lui offrir d« oguvMux vit«meDts et le rafratcbiuemeDt du b«iD.
Leur zèle était peut-être aiguillonnépar la curiosité; car chacun désirait savoir quel était le chevalier qui, après avoir cueilli tant de lauriers, refusait de lever sa visière et de se nommer. Leurs officieuses instances furent sans résultat : le chevalier refusa leurs services, et se borna aux soins de son écuyer, ou plutôt de l'archer dont il était accompagné, homme d'une tournure assez rustique, couvert d'un surtout de couleur sombre et portant sur la tête un bonnet normand de feutre noir qui lui couvrait la moitié de la figure : cet homme semblait désirer autant que son maître de garder l'incognito. Resté seul avec hii dans la tente, il le débarrassa de son armure, puis apporta du vin et des aliments que les fatigues de la journée rendaient très nécessaires. A peine le chevalier finissait-il son frugal repas, quand son écuyer vint annoncer que cinq poursuivants d'armes, conduisant parla bride chacun un coursier bardé de fer, désiraient lui parler. 11 avait remplacé son armure par une longue robe telle qu'en portaient les personnes de sa condition, vêlement garni d'un capuchon qui s'abaissait à volonté et cachait les traits aussi complètement que la visière d'un casque. D'ailleurs la nuit qui commençait à tomber rendait ce déguisement inutile, à moins que les personnes qui se présentaient n'eussent connu la figure de l'étranger^ S'avançant donc hardiment jusqu'à l'entrée de sa tente, il y trouva les écuyers des cinq tenants, qu'à leur costume rouge et noir il n'eut pas de peine à reconnaître, et chacun lui présenta'la rançon de son maître, c'est-à-dire le coursier et l'armure avec lesquels il avait combattu : — Conformément aux lois de la chevalerie, dit le premier de ces hommes, moi, Baudouin d'Oyley, écuyer du redouté chevalier Brian de Bois-Guilbert, je vous offre, à vous, qui prenez le titre de chevalier Déshérité, le coursier et l'armure dont s'est servi ledit Brian de Bois-Guilbert dans la passe d'armes de ce jour, laissant à votre générosité de les carder ou d'en fixer leprix conformément à votre bon plaisir, car telle est la loi des armes.
Les autres écuyers répétèrent à peu près la même formule, et attendirent la réponse du vainqueur. — Je n'ai qu'une seule et même réponse à faire à chacun de vous, dit-il aux quatre derniers : complimentez de ma part vos honorables maîtres, et dites leur que je croirais forfaire à l'honneur si je les privais de leurs chevaux et de leurs armures, lesquels ne sauraient appartenir à plus braves champions. Je voudrais borner là ce message; mais étant, de fait comme de nom, le Déshérité, je saurai gré à vos maîtres'de vouloir bien, par courtoisie, racheter ces dépouilles, car à peine l'arme que je porte m'appartient-elle. — Nous avons tous mandat, dit l'écuyer de Reginald Front-de-Bœuf, pour vous offrir chacun cent sequins comme rançon de ces chevaux et de ces armures. — Cela suffît, répondit le chevalier Déshérité : ma position m'oblige d'accepter la moitié de cette somme; vous garderez l'autre moitié, partie pour vous, partie pour être distribuée aux hérauts, aux pages et aux ménestrels.
Les écuyers, la toque à la main et en faisant de profondes salutations , remercièrent le chevalier Déshérité d'une courtoisie, d'une générosité si grandes et malheureusement si rares. Se tournant alors vers Baudouin, l'ccuyer du chevalier du Temple, l'inconnu ajouta :
— Quant à votre maître, dites-lui que je n'accepte ni armure ni rançon. Notre querelle n'est point vidée; elle le sera quand nous aurons combattu avec l'épée comme avec la lance, à pied comme à cheval. Il m'a lui-même défié à outrance . et je ne l'oublierai pas. Dites-lui bien ceci : je ne le regarde pas du même œil que ses autres compagnons, avec lesquels je ferai volontiers échange de courtoisie; mais personnellement , je dois le traiter en ennemi mortel. — Mon maître sait rendre mépris pour mépris, coup pour coup , courtoisie pour courtoisie. Pui-sque vous dédaignez d'accepter de lui aucune rançon, je dois laisser ici son armure et son cheval, bien assuré iju'il dédaignera toujours pareille défense et pareille monture, — Vous parlez bien , digne écuyer, et en homme qui répond pour son maître absent. Toutefois ne laissez ni le coursier ni l'armure ; ramenez-les à votre maître , et s'il refuse de les reprendre , gardez-les, mon ami, pour votre usage : en tant qu'ils m'apparticnuent, je vous en fais présent.
Baudouin le saluahumblement, et les cinq écuyers prirent congé, tan,lis que le chevalier Di'shérité rentrait dans sa' tente. — Eh bien! Gurth , la réputation de la chiivalerie saxonne n'a certes pas périclité dans mes mains. — Et moi, pour un porcher saxon, je n'ai pas mal joué le rôle d'écuyer normand. —Fort bien ! mais tu m'as toujours tenu dans l'inquiétude; je craignais que ta gaucherie ne te trahit. — Bah! je ne puis être recnnnu par personne, si ce n'est par mon compagnon Wamba le bouffon, quoique je n'aie jamais pu dire s'il est plus malin que fou , ou plus fou (jue malin. Cependant je n'ai pu ra'cnipèchcr de rire lorsque mon vieux maître a passé si près de moi, en songeant que son porcher qu'il croit occupé dans les bois et les marais de Rolliorwood , se trouvait si près de lui. Si j'avais été découvert... — Assez I Tu n'as pas oublié ma promesse ?
— Quant à cela, je ne manquerai jamais à un ami, pir crainte pour ma ficau. J'ai le cuir dur comme un verrat. — Crois-nmi, Gurtli, je te recompenserai des périls que tu cours par affection pour moi. En attendant , accepte ces dix pièces d'or. — Me voilà donc plus riche qu'aaciiQ pgroher ou terf ne 1« fut jauiait. — Mnlntenaut prends ce
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le bois et l'eau sont en abondance dans ce pays. — Vous ne comprenez pas. Qui dit le bois et l'eau dit les montagnes et le lac ; et j'imagine que si le laird se mettait avec une trentaine d'iioninies à la poursuite de Donald dans le bois de Kailycliat, Donald Bean Lean n'aurait pas beau jeu. Il tii serait de même si moi ou iiuelque autre joli gar(;on , avec le double d'hommes, nous conduisions nos barques à la caverne du Roi. — Mais supposons que des troupes vinssent des basses terres pour l'attaquer, votre cliel le défendrait-il? — Non ! il ue brûlerait pas une amorce pour lui si l'on -venait au nom delà loi. — Et que ferait alors Donald 1 — Il serait forcé de quitter le pays, et de chercher un asile sur la montagne. — Et si ou l'y poursuivait? — Je pense qu'il se réfugierait chez son cousin, à Ua'nnock. — Et si on allait l'y chercher encore ? — Cela n'est pas croyable : il n'y a pas un seul homme des basses terres qui osât passer d'une portée de fusil le défilé de Ballybrough sans le secours des Sidier Dhu. — Qu'est-ce que cria? — I.es Sidier Dliu ce sont les soldats noirs ; c'est le nom qu'on donne aux compagnies franches organisées pour maintenir la paix , et faire observer les lois dans les montagnes. Vich-Jan-Vohr a commandé une de ces compagnies pendant cinq ans , et j'y ai servi en qualité de sergent. On les appelle Sidier Dhu à cause de la couleur de leurs tartans, comme on dit de vos hommes, les hommes du roi 'George, Sidier Boy ou les soldats rouges. — Bien , Evan ; mais quand vous étiez payés par le roi George, vous étiez certainement les soldats du roi Èeorge? — C'est juste; mais vous pouvez demander à Vich-Jan- Vohr ; car nous servons son roi sans nous inquiéter du nom de ce monarque. Personne ne peut dire d'ailleurs que nous soyons maintenant des soldats du roi George; car il y a plus d'un an que nous n'avons touché de solde.
Edouard , trouvant ce dernier argument sans réplique , se garda bien d'essayer d'y répondre , et ramena la conversation sur Donald Bean Lean. — Mais Donald se contente- t- il d'enlever le bétail ou fait-il butin de tout ce qu'il trouve sur son chemin ? — Tout est à sa convenance ; mais plus particulièrement les vaches , les chevaux ou des chrétiens ; les brebis font la roule trop lentement ; d'ailleurs, outre cet inconvénient , il n'est pas facile de s'en défaire dans le pays. — H enlève donc des hommes et des femmes? — Sans doute; ne vous a-t-il point parlé hier soir delà capture du bailli de Perth? Il en a coûté à ce digne homme cinq cents marcs d'argent, qui furent apportés à l'entrée méridionale du défilé de Ballybrough. 11 faut que je vous raconte un bon tour de Donald. On était , dans la vallée de Mearns, sur le poin t de célébrer le manage de lady Cramfeezer (veuve et d'un certain âge) avec le jeune Gilliewhackit qui , en vrai gentilhomme, avait dissipé meubles et immeubles aux combats de coqs, de taureaux, ainsi qu'aux courses; Donald Bean Lean avait appris que le fiancé , qui voulait se marier pour attraper de l'argent, était fort aimé de la dame : or, à l'aide de ses gens, il enleva Gilliewhackit un soir qu'il allait soupirer ou plutôt souper chez sa fiancée, le conduisit avec la rapidité de l'éclair dans les montagnes, et le mit à l'abri dans la caverne du Roi, où il eut tout le temps de stipuler sa rançon , que Donald ne voulait pas mettre à moins de mille livres (2,000 fr.). — Diable! — De mille livres d'Ecosse; car la dame, autrement, n'eût pu fournir cette somme, eûtelle mis sa dernière robe en gage. Elle s'adressa au gouverneur du château de Stirling et au major de la garde noire. L'un répondit que cette affaire ne le regardait pas, vu que l'enlèvement avait eu lieu hors de son district; l'autre que ses soldats étaient allés chez eux faire la moisson , et qu'il ne les rap[icllernit pas pour toutes les Cramfeezers de la chrétienté, avant que les blés fussent rentrés, parce que ce serait préjudiciable à tout le pays. Pendant ce tempslà , Gilliewhackit fut attaqué de la petite vérole , et l'on ne trouva dans Perth ou dans Stirling aucun médecin qui voulût venir voir le pauvre garçon. Je ne leur en fais pas de reproche , car Donald^ qui avait été 'mal traité par un médecin de Paris, avait juré qu'il jetterait dans le lac le premier docteur qui lui tomberait sous la main. Cependant quelques vieilles femmes voisines de Donald eurent tant de soin de Gilliewhackit, qu'avec un bon air et du pelittait il recouvra la santé aussi bien que s'il eût été enfermé dans une chambre vitrée, avec un bon lit et de beaux rideaux, et qu'on l'eût nourri de pain blanc et de vin rouge. Donald fut si fâché de cet accident, que lorsqu'il le vit tout à fait bien portant il le renvoya, laissant à son choix la manière de reconnaître les soins et la peine qu'il avait occasionnés. Je ne saurais précisément vous dire comment ils s'arrangèrent; mais ils se quittèrent si satisfaits l'un de l'autre, que Donald fut invité à venir danser à la noce avec son costume montagnard , et qu'on ne lui a jamais vu sa bourse si bien garnie, avant ou après cette époque; et de plus, Gilliewhackit disait que si l'on venait à faire une enquête contre Donald, il ne l'accuserait de rien , à moins qu'il n'eût commis un incendie volontaire ou un meurtre.
Pdf cette conversation à bâtons rompus, 'Waverley s'instruisait des mœurs et de l'élât des Highlands, conversation qui l'amusait peutêtre plus qu'elle n'amusera le lecteur. Enfin , après avoir franchi sables, coteaux, bois et bruyères, Edouard, quoiqu'il connût bien la générosité des Ecossais dans revaluation des distances, pensa que
les cinq milles d'Evan étaient à peu près doublés. Il fit observer que les Ecossais mettaient moins d'économie dans la mesure des routes que dans la supputation de leur monnaie, et Evan lui répondit par cette vieille plaisanterie proverbiale : — Le diable emporte ceux qui ont la pinte trop petite. Us entendirent en ce moment le bruit d'un coup de fusil , et ils aperçurent un chasseur avec des chiens et un domestique à l'extrémité du vallon. — Je crois que c'est le chef, dit Dugald Mahony. — Ce n'est point lui , répondit Evan d'un ton afiirmatif. Penses -tu qu'il puisse venir ainsi au-devant d'un gentilhomme anglais?
Mais quand ils furent un peu plus près , Evan reprit avec un air mortifié : — C'est lui , certainement , et il n'a point de suite! il n'a près de lui d'autre créature humaine que Galium Beg.
Dans le fait, Fergus Mac-lviU' , dont un Français aurait pu dire, avec plus de vérité qu'aucun habitant des montagnes : « Il connaît bien son monde, » n'avait point eu l'idée de se faire valoir aux yeux d'un jeune et riche Anglais en se montrant à lui avec nn vain cortège de montagnards. 11 avait pensé que cet inutile appareil eût paru à Edouard plus ridicule qu'imposant. Dans le fond , Fergus était plus jaloux que personne des droits de chieftain et de la puissance féodale ; et c'était pour cela qu'il avait soin de ne pas mettre en évidence les marques extérieures de sa dignité, à moins que la circonstance ne l'exigeât pour produire un grand effet. Ayant à recevoir un autre chieftain , il n'eût sans doute pas manqué de s'environner de tout ce cortège qu'Evan avait décrit avec tant de pompe; mais il jugea que pour aller à la rencontre de Waverley, il était plus convenable de ne se faire suivre que d'une seule personne. C'était un bel et jeune Highlandais qui portait la carnassière de son maître et sa claymore , sans laquelle il lui arrivait rarement de sortir. Quand Fergus et Waverley se rencontrèrent, ce dernier fut frappé de la grâce et de la dignité du chieftain. Sa taille, au-dessus de la moyenne, était bien proportionnée ; son costume de Highlandais, fort simple, mettait en relief ses avantages physiques, H portait le pantalon des montagnes. Dans les autres parties, son habillement ressemblait à celui d'Evan , sauf qu'il n'était armé que d'un dirk richement monté en argent. Son page , comme nous l'avons dit , portait sa clayrnore, et le fusil que Fergus tenait à la main n'était qu'une arme de chasse. Il avait dans sa promenade tiré quelques jeunes canards sauvages ; car les grouses étaient encore trop petites pour être chassées. Toute sa personne était décidément écossaise ; mais ce qu'il y a de dur dans les traits des habitants du Nord était chez lui si peu prononcé , qu'il eût été regardé partout comme un joli homme. Sa toque , surmontée d'une plume d'aigle, comme marque de distinction , avait un caractère guerrier , et ajoutait beaucoup à l'expression mâle de son visage, accompagné en outre par des boucles touffues de cheveux noirs et brillants. Son air ouvert et affable augmentait beaucoup l'effet d'un extérieur aussi beau et aussi noble. Toutefois un habile physionomiste eût été moins satisfait en le regardant une seconde fois. Ses sourcils et sa lèvre su|)érieure trahissaient l'hubitude du commandement absolu ; sa politesse, quoique simple, franche et expressive, laissait percer le sentiment qu'il avait de son importance personnelle ; le mcuvement soudain et rapide de ses yeux annonçait un caractère vif, fier et vindicatif, qui , réprimé ou caché , n'en était pas moins à craindre. En un mot, son aspect rappelait un ciel riant d'été où des signes certains, quoique légers, annoncent qu'avant le soir les éclairs brilleront et le tonnerre grondera.
Ce ne fut pas toutefois descelle première entrevue qu'Edouard put faire des observations aussi peu favorables. Le chef le reçut comme un ami du baron de Bradwardine, lui témoigna beaucoup de bienveillance, et le remercia de sa visite. 11 lui reprocha obligeamment d'avoir choisi pour la première nuit de sa route un abri aussi sauvage que la caverne du Roi; else mil à plaisanter sur rinléri''nr du ménage de Donald Beau, sans dire un mot de ses déprédations, ni du motif qui amenait Waverley : celui-ci crut, par conséquent, devoir éviter ces deux sujets.
Un des ancêtres de Fergus Mac-Ivor avait, il y a environ trois cents ans, tenté de se faire reconnaître chef de tout le clan nombreux et puissant auquel appartenait sa tribu, clan dont il n'est pas nécessaire de mentionner ici le nom. Un antagoniste qui avait plus de droits à ce titre, ou au moins plus de forces à mettre dans la balance, ayant été préféré au premier prétendant, celui-ci se dirigea vers le sud, accompagné de ceux qui lui restaient attachés; il cherchait, comme un second Enée, à former un établissement nouveau; l'étal dans lequel se trouvaient alors les Highlands du Perthshire favorisa ses projets. Un baron puissant de ce pays venait tout récemment de trahir les intérêts de la couronne : Jan (c'était le nom de notre aventurier) se joignit aux troupes envoyées par le roi pour punir le traître, et il rendit des services d'une telle importance, qu il obtint la cession de biens considérables sur lesquels il s'établit, et où sa famille continua de résider après lui. Jan suivit aussi le roi dans une guerre au sein descointés feililes de l'Angleterre, et, pendant cette expédition Tiiiloya si activement ses iieures de loisir à,
lever des subsides sur les habitants du Norliiuiiiberlaiid et du Durham, qu'à son retour il put élever sur ses domaines une tour ou forteresse en |):erre. Un pareil édifice excita tellement l'admiration de ses (>artisans et de ses voi:-ins, que lui, qui jusqu'alors avait élé appelé Jan Mar-lvor, ou Jan fils d'ivor, fut ensuite distingué dans les poèmes des bardes et la généalogie par le noble litre de Jan Nan Chaistel, ou Jean de la Tour. Toute la race demeura si fière dun pareil ancêtre que le chef régnant portait toujours le titre patronymiquede Vich Jan-Vohr. c'est-à dire, filsdeJean-le Grand ; etia tribu, pour la distinguer du c:laii dont elle s'était séparée, était généralement connue sous la denomination de race d'ivor. Le père de Fergus dixième descendant direct de Jean de la Tour, prit la part la plus active dans linsurivclion de 1713, et fut forcéde fuir en France. Flus heureux que les autres fugitifs, il obtint du service dans l'armée française, et épousa, dans ce royaume, une femme d'un rang élevé qui'le rendit pi'.rededeux enfants, Fergus et Flora. Les biens qu'il avait en Ecosse avaient été confisques et vendus; mais ils furent rachetés à vil prix au nom du jeune Fergus qui vint alors habiter les domaines de ses pères. On reconnut bientôt en lui une vivacité d'esprit vraiment rare, jointe à beaucoup de feu et d'ambition : aussi, des qu'il se fut pénétre de la situation du pays, il acquit peu à peu ce ton de prépondérance que l'on pouvait encore s'arroger en pareil cas il y a cent ans. Si Fergus Mac-Ivor eût vécu un siècle plus tôt, il est très probable qu'il eût possédé moins de ces maoieres polies et de cette connaissance du monde dont il était doué; et s'il etit vécu dans celui-ci, son ambition et son attachement aux lois auraient modéré son ardeur naturelle Parfait politiquedans sa petite sphère, il ^'appliqua soigneusement à faire cesser toutes les querelles et toutes les dissensions qui s'élevaient fréquemment au milieu des dans do son voisinage : aussi le prenaient-ils souvent pour arbitre de leurs di-cussioiis. Il forlifia sa propre autorité patriarcale au moyen de toutes les dépenses que sa fortune lui permettait de faire; il employa tous les moyens pour maintenir cette hospitalité grossière mais abondante, attributs d'un ch;f appréciés particulièrement des peuplades barbares, l'ar la même raison, il remplit ses possessions de tenanciers braves et propres à la guerre, mais dont le nombre n'était pas proportionné aux productions du sol. Ces tenanciers se composaient surtout des hommes de sa propre tribu, et, autant qu'il était en son pouvoir de l'empêcher, il ne souffrait pas qu'ils quittassent ses domaines. Il s'attachait aussi quelques aventuriers du clan dont il descendait, et qui abandonnaient un chef moins guerrier, quoique plus riche, pour rendre hommage à Fergus Mac-Ivor ; même d'autres individus qui ne pouvaient alléguer cette excuse, étaient reçus dans ses domaines, dont l'entrée n'était refu-ée à aucun homme disposé aux coups de main, et désireux de porter le nom de Maclvor. Bientôt il put di>ci|iliner ses forces, ayant obtenu le commandement de l'une de ces compagnies indépendantes dites des soldats noirs ei levées par le gouvernement pour maintenir la paix dans les Highlands. Tant qu'il fut revêtu de cette dignité, il sutagir avec vigueur et intelligence, et le plus grand ordre régna dans le pays où il commandait. Il fit entrer ses vassaux à tour de rôle dans sa compagnie, les faisant servir pendant un certain espace de temps, ce qui réussit à leur donner à tous des notions générales sur l'art militiire. Dans ses campagnes Cimtre les bandits, il sut s'arroger un pouvoir lout-à fait discrétionnaire: et en effet les lois étant sans force dans les Highlands, un pareil poiivair devait nécessairementappartenir à la force militaire appelée j/ourles appuyer. Aiiisi, il traitait avec une in-dulgence 1res large et inème suspecte les maraudeurs qui restiftiaient immédiatement leurs prises et offraient de se soumettre personnellement à lui; mais il usait de rigueur envers les pillards qui osaient mépriser ses observations ou ses ordres, et il les faisait saisir et livrer aux tribunaux. D'un autre côté, si des officiers de justice, des militaires ou des citoyens s'avisaient de poursuivre sur son territoire des voleurs ou maraudeurs sans avoir préalablement obtenu son consentement, ils pouvaient être certains d'échouer. Dans ces circonstances, Fergus Mac-Ivor était le premier it s'aflliger sur eux; et après avoir blâmé avec quelque ménagement leur témérité, il ne manquait jamais de déplorer avec amertume l'in-ullisance des lois du pays. Ces prétendues d<iléances n'éloignèrent point lessoup(,i.ns, et lout ce qu'il se permettait de licences fut si bien représenté au gou'-ernement, que notre chieftain fut privé de son coinin.indemiiit militaire. Dans sa disgrâce, Fergus Mac-Ivor eut l'art de ne montrer aucune apparence de mécontentement; mais le pays d'alentour commença bicntâl à ressentir les funestes clfeis de celle mesure. Donald Bean Lean, et autres de sa classe, qui bornaiimt auparavant leurs déprédations à quelques districts éloignés, parurent dés lors «'être établis sur cette malheureuse frontière; ils ne trouvaient dans leurs ravages que peu d'opposition, les habitants des basses t('rres ayant presque tous été désarmés comme ja( ohites Ce fui ce qui onligea beaucouj) d'entre eux à passer avec Fergus Mac-lvoi le contrat de black-mail, pir suite duquel ils le recounai^.->aierit pour leur protecteur; ce qui lui donnait une grande autorité dans toutes leurs coniesiaiions, et lui j)rocnrail des fonds pour exercer son hospllalilé féodale, que la suppression de sa charge eût autrement dimi-
nuée d'une manière sensible. En so conduisant ainsi, Fergus avait bien un autre objet que celui d'être le personnage le plus important de toute la contrée et d'avoir sur un peiit clan une autorité despotique. Depuis son enfance il s'était voué à la cause de la famille exilée, et il était convaincu que non-seulement son rétablissement sur le trône de la Grande Bretagne serait prompt et facile, mais que ceux qui l'auraient préparé recevraient en retour un rang et des honneurs. C'éiail dans ce but qu'il s'efforçait de rallier tous les Highlandais, et qu'il donnait à ses propres forces tout l'accroissement possible, afin de se trouver prêt au morai'Ut critique. Toujours dans ce but , il se concilia la faveur de tous les gentilshommes lies Lowlands, ses voisins, qui étaient attaches à la bonne cause. Pour la même raison enfin, ayant eu anierieureiiient , sans le vouloir, quelque discussion avec M. Bradwardine, qui, maljré son originalité, était très respecte dans le pays, il sut tirer avantage de l'excursion de Donald Beau Lean, et terminer ce différend comme nous l'avons raconté. Quelques-uns même soupçonnèrent Fergus d'avoir suggéré à Donald la pensée de cette entreprise qui, en résultat avait coûté au laird de Bradwardine deux excellentes vaches à lait. Ce zèle pour la maison des Sliiarts lui attira de leur part une confiance illimitée, quelquefoisdes sacs de louis d'or, une grande quantité de belles paroles, et un parchemin signé et scellé, constatant que le titre de comte était accordé par le roi Jacques, troisième du nom en Angleterre et huitième en Ecosse, à son féal, brave, fidèle et bien-ainie Fergus Mac-lvor de Glennaqiuiieh, du comté de Perth, au royaume d'Ecosse. Excité parcelle future couronne de comte qui brillait devant ses yeux. Fergus se jeta dans toutes les conspirations qui signalèrent cette mallioureuse époque, et, de même que tous les agents actifs d'un parti, excusa facilement les excès que se permettait le sien ; excès dont certainement l'honneur et l'orgueil l'eussent détourné, s'il n'avait eu pour objet que la satisfaction de son ambition personnelle. ,
Le chef et son hôte étaient arrivés à Glennaquoich, l'ancien manoir de Jan Nan Chaistel. C'était une tour haute et carrée, d'un aspect grossier, à laquelle on avait ajouté une maison à deux étages. L'aïeul de Fergus avait fait construire ce dernier édifice au retour di: sa mémorable expédition dan; les comtés de l'ouest. Vich Jan Vohr avait probablement été aussi heureux dans colle croisade contre les whigs el les covenantaires du comté d'Ayr, que l'avait été l'auteur de sa race lors de son excursion dans le Northumberland, puisqu'il transmit à sa postéiité, comme moniimenl de sa magnificence, un édifice rival de la tour élevée |iar Jan Mac-lvor. Autour de ce château, situé sur une eminence au milieu d'une étroite vallée, on n'apercevait aucune trace de celte culture soignée, encore moins de ces ornements qui décorent ordinairement les abords de l'habitation d'un gentilhomme. Un enclos ou deux, divisés par des murs en (lierres sans ciment, étaient les seules parties du domaine qui fussent protégées contre les animaux ouleshommes. Les étroites lisières de terrain qui s'étendaient sur les bords du ruisseau présentaient des champs d'orge peu abondants, exposés aux constantes déprédations des chevaux sauvage» et du bétail noir qui paissaient sur les coteaux voisins. En effet, ces animaux faisaient de fréquentes incursions sur les terres labourables; et ils n'étaient que faiblement repoussés par les cris bruyants, barbares et dissonnants d'une demi-douzaine de bergers higlilandais, courant tous comme des fous et appelant un chien étique et affamé, pour défendre les cultures. A une petite distance, vers le haut du vallon, on apercevait un bois de bouleaux rabougris; les coteaux étaient élevés et couverts de bruyères, mais la surface n'en était point variée : aussi l'ensemble du paysage était-il triste et désolé, (ilutôl que grand et solitaire. Cependant, quel que fût ce séjour, aucun véritable descendant de Jan Nan Chaistel ne l'eût changé pour lesplus magnifiques parcs de l'Angleterre, pour Wind.sor ou Blenheim. "Vis-à-vis de la porte du manoir, un tableau militaire se présenta aux yeux de \Vaverley. Cent Highlandais envinm était ni rangés avec ordre et couverts de leurs costumes el de leurs armes. Li'S ayant aperçus, le chieftain s'excusa auprès de Waverley avec un certain air de negligence : — J'avais oublié, dit- il, de vous avertir qu'aujourd'hui même quelques-uns de mes vassaux devaient se tiouver sous les armes, pour montrer qu'ils sont équipés et armé.s de mauière à pouvoir protéger le jiays, el prévenir des accidents de la nature de celui qu'a é(irouvé le baron de Bradwardine, accident dont la nouvelle m'a causé un véritable déplaisir. Avant que je les congédie, peul-èlre, capitaine Waverley, désirerez-vou£ les voir se livrera leurs exercices ordinaires?
Edouard fit un signe affirmatif, -et les Highlandais exécutèrent avec agilité et précision quelipics-unes des évolutions militaires généralenienten usage. Les rangs irtaiit rompus, ils tirèrent isolément au but, alin de montrer leur dextérité dans le maniement du pistolet et de I arquebuse. Ils visaient, selon le commandement, debout, assis, penches ou couchés, et toujours avec succès ; bientôt ils se mirent deux à deux fiourlecombat à l'épée,el après avoir fait preuve de leur adresse individuelle, ils formèrent deux corps séparés el commencèrent une bataille simulée : la charge, la fuite, le rallie-
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mieux voir le résultat de ropératioii. Profitant de leur negligence, Gurlh par un soudain élan, se remit en liberté, et il aurait pu tuir s'il n'avait résolu de sauver l'argent de son maître. Arracliant des mains de ses i^ardiens un bâton noueux, il en frappa le capitaine qui ne s'attendait guère à une pareille attaque, et il s apprêtait à ressaisir le sac et le trésor, quand les voleurs, plus prompts qu'il n'aurait voulu, s'assurèrent derechef du sac et de sa personne. — Drôle ! s'écria le capitaine en se relevant, tu m'as brise la lele, et avec d'autres que lu nous paierais clier ton insolence. Dans un moment tu connaîtras ton sort. Parlons d'abord du mailre : ses affaires doivent passer avant celles de l'écuyer, suivant l'usage et les lois de la chevalerie. En attendant, ne bouge pas, car si tu tais le moindre mouvement, tu recevras de quoi rester tranquille pour toujours. Camarades, celte hourse est brodée en caractères hébraïques. et je crois à la véracité de cet homme. Le chevalier errant doit être
honneur de payer pour toi. Prends ton bâton, .Miller (Meunier), ajouta-t-il, et défends ta tète ; vousautres, lâchez ce drôle et donnezlui un bâton : il fait assez clair pour ce combat.
Les deux champions, armés chacun de bâtons de même longueur et de même grosseur, prirent position dans le centre de la clairière, afin de combattre plus à leur aise, à la carte de la lune ; les voleurs faisaient cercle autour d'eux en poussant des éclats de rire, et en criant à leur camarade : — .\llons , Miller (Meunier) , prends garde de n'être pas forcé de payer toi-même la moulure.
Miiler saisissant son bâton par le milieu, en faisant le mouUnet autour de sa tète, s'écria liôremcnt :— .\vance, faquin, si tu l'oses; lu vas sentir la force de mon bras. — Si lu es meunier de ton état, répondit Gurlh avec sang-foiden imitant le mouvement de son antagoniste tu es doublement voleur; et en brave je te défie.
A éesmots, les deux champions s'atlaqucreiit vigoureusement, et pendant quelques minutes ils déployèrent une parfaite égalité de force de courage et d'adresse, portant et parant les coups les plus terribles. Au claquement continu de leurs bâtons, on aurait pu, a une certaine distance , supposer qu'il y avait au moins six combattants de chaque côté. Des luttes moins acharnées et moins dangereuses ont été décrites en beaux vers héroïques ; mais celle de Ourth et de Miller restera privée de cet honneur faute d un poe'f PO" chanter dignement leur gloire. Toutefois, bien que le combat du bâton àde^ux bouts ne soit plus pratique "«"^ f^.^»"/ f « °°f mieux pour célébrer en prose ces deux haidis champions. Ils lutte-
Je viens ici eu ami.
fiar nous exempté de tout péage ; il est trop des nôtres pour que Tous Te rancoZons: les chiens ne s'attaquent pas aux chiens, tant qu'i a Toupset renards. -U est des noires, dites-vous! s ecria un des voleurs; je voudrais bien savoir comment cela peut être. - Comment imbécile que tu es, n'est-il pas pauvre et déshérite comme nous'ne"agne-t-il pas, comme nous, sa vie a la pointe de son éoée^ n'a-t-îl pas vaincu Front-de-B.eiif et Malvoisin comme nous fe ferions si nois le pouvions t h'est-il pas ennemi a la vie et a la mo? de Br an de Bo,s-Guilbert, que nous avons tant sujet de redouter' Enfin voudrais-tu que nous montrassions moins de conscience nu'un mécréant, qu'un vil juif? - Non, ce serait une honte mur- Siuï^un autre bandit; et cependant, lorsque je servais dans la hande du vieux GandeWn. de tels scrupules ne nousprenaient point. CennsoVnt rustaud, je lé demande, s'en ira-t-il sans égratignure ? -Non si lu ïeux lui en faire une, répondit le chef. Ici, coquin ; sais-tu manier aussi bien le bâton que tu viens d en escamoter un adroitement.- Je crois que vous pouvez repondre vous-même a cette nues ion. - Oui, par ma foi, tu m'en as assené un coup vi- "ure« Tâche d'en donner autant à ce gaillard et tu seras affranchi de toute rançon. Quesais-je? tu as montre tant de fidélité a ton raàilre que si tu es vaincu, je pourrai me croire oblige, sur mon
Combat au baton.
IVANHOE
toujours d'approcher de Gurlh autant que possible : celui-ci , au contraire, tenant son arme presque par une des extrémités, parait avec une grande célérité les coups que son aiver^aire dirigeait tantôt contre sa tète, tantôt contre quelque partie du corps; il ne s'écartait pas de la défensive, et savait reculer au besoin. L'œil toujours fixé sur l'ennemi, Gurlh ne faisait aucun mouvement inutile; enfin . le voyant épuisé de fatigue, de la main gaucho il dirigea une coup de baton vers la face, et tandis que Miller s'apprêtait à le parer , changeant de main avec promptitude, il lui en porta un revers si violent au côté gauche , qu'il l'envoya mesurer la verie pelouse de toute la longueur de son corps. — Bravol bien ajusté!
s''éerièrent les bandits. "Vivent les loyaux champions et la vieille Angleterre' Le Saxon a tout à la fois sauvé sa bourse et sa peau.
Miller a rencontré son maître.— Tu peux continuer ta route , mon ami, dit à Gurlh le capitaine, conformément au suffrage de tous ses compagnons; Je vais te faire escorter par deux de mes gens jusqu'en vue de la tente de ton maître, afin de te mettreà l'abrides rencontres de quelques promeneurs de nuit dont les consciences pourraient èlre moins scrupuleuses que les nôtres; car, par une nuit comme celle-ci , presque tous seront aux aguets. Cependant, ajouta-t-ilavec sévérité, souviens-toi que tu as refusé de nousdireton nom; garde-loi de cherchera découvrir les nôtres. Si tu négligeais cel avis , lu ne te tirerais pas de UPS mains à si bon marché.
Gurlh remercia le capitaine de sa courtoisie , cl lui promit d'ob.server son avis. Deux des outlaws (proscrits), armés de leurs bâtons, le conduisirent à travers le bois par un petit sentier tortueux souvent embarrassé de broussailles : comme ils allaient en sortir' deux hommes parurent tout-à-coup devant eux; mais les guides ' e Gurlh leur ayant parlé à l'oreille, ils le» laissèrent pas.ser sans en demander davantage. Noire porcher conclu' 1. f incident, que la bande était nombreuse, que l'on faisait boni -'ir du Mou
■ou se tenait le chef, et que celui-ci avait ag: [,. faisant
accompagner. En arrivant sur la bruvere, il pu re-
trouver son chemin; mais les voleurs' l'ace jusqu'au
sommet d'un monticule, d'où il put dislingu. s qui en-
touraient la lice, les tentes dressées aux exin s panon-
c<'aux qui les ornaient, et qui brillaient à la f ;.m • .■ \i Une. Il enteadail même le chanl par lequel les senlinelks tronp.'nt les heures T. lY,
Il tomba évanou
trop lentes de leur faction nocturne. Là les deux voleurs s'arrêtèrent : — Nous n'irons pas plus loin, par prudence, dirent-ils à Gurlh. Rappelez-vous l'avertissement que vous avez reçu ; gardez le secret sur ce qir vous est arrivé cette nuit, et vous n'aurez pas sujet de vous en repentir, mais si vous négligiez ce point, la Tour de Londres elle-même ne vous protégerait pas contre notre vengeance. — Bjnne nuit, messieurs, répliqua Gurlh, je me rappellerai vos
ordres; mais je crois qu'il n'y a aucun mal à vous souhaiter un métier plus honnête et moins dangereux.
Surcesmotsilsse séparèrent, les outlaws retournant vers le lieu d'où ils étaient venus, et Gurlh continuant sa marche vers la tente de son maître, auquel , nonobstant l'injonction qu'il avait reçue, il rendit un compte fidèle de ses aventures delà nuit. Le chevalier Deshérité fut non moins étonné de la générosité de Rebecca, dont cependant il résolut de ne point profiler, que de celle des voleurs, au milieu desquels une semblable vertu paraît si étrangère. Le cours de ses reflexions sur des événements aussi singuliers fut néanmoins interrompu par la nécessité de prendre le repos si nécessaire après les fatigues du jour et en vue du combat du lendemain. 11 s'étendit donc sur une riche couche dont sa lente était pourvue, et le fidèle porcher alla dormir sur une peau d'ours placée en travers de la porte, de sorte que personne n'aurait pu s'y introduire sans l'éveiller.