CHAPITRE .Wll
Lorsque Cedric vit son fils tomber sans connaissance dans l'arène d'.^shby,
son premier mouvement fut d'ordonner aux gens de sa suite de prendre soin de lui ; mais les paroles expirèrent sur ses lè- Tres: il ne pouvait prendre sur lui de reconnaître, en présence d'une SI nombreuse assemblée, le fils qu'il avait banni et déshérité. Cependant il ilit enfin à Oswald de ne pas perdre Ivanhoe de vue, et de prendre avec lui deux hommes pour le transporter à la ville dès que la foule se serait écoulée. Oswald fui devancé dans cette œuvre de miséricorde : la foule se dispersa en effet, mais on ne trouva plus le chevalier. Ce fut en vain que l'échanson de Cedric chercha partout son jeune maître : il «uivit jusque dans sa tente les traces de son sang; mais le jeune héros n'y était déjà plus: il semblait que des fées l'eussent emporté. Superstitieux comme l'étaient tous les Saxons, Oswald aurait peut-être expliqué par cette supposition la disparition d'ivanhoe, s'il n'eût tout-à-coup aperçu un homme C'juvert d'une espèce de casaque d'écuyer, dans lequel il reconnut son camarade Gurih. Inquiet du sort de son maître, le gardeur de pourceaux le cherchait aussi partout, oubliant dans sa préoccupation desprit, de prendre les précautions qu'exigeait le soin de sa propre surete. Oswald crut de son devoir d'arrêter Gurth comme un déserteur sur le sort duquel son maître aurait à prononcer. De nou-
I/ermite de Copmanhiirs et le Noir-Fainéant.
vellés recherches ne purent rien apprendre à lechanson, sinon que le chevalier avait été placé par des valets bien vêtus dans la litière d'unedame quise Irouvaitau iiombredesspectateurs,et qu'on l'avait immédiatement transporté hors de l'arène. Ce renseignement le détermina aussitôt à retourner vers Cedric pour prendre de nouveaux ordres, emmenant avec lui le gardeur de pourceaux.
Cedric avait été dans les plus vives alarmes à l'égard de son fils jusqu'au retour de l'échanson, car la nature avait fini par remporter sur ce stoïcisme patriotique devant lequel elle avait cédé d'abord. Mais dès qu'il sut qu'Ivanboe se trouvait entre des mains proliablemeni amies, l'amour paternel fit de nouveau place à l'orgueil blessé et au ressentiment de l'ancienne désobéissance. — Qu'il aille où il voudra, dit-il ; que ceux pour l'amour desquels il a couru tant de périls prennent soin de ses blessures 1 11 est plus fait pour se signaler dans les tours de jongleurs de la chevalerie normande que pour
soutenir l'honneur et la réputation de ses ancêtres saxons avec le glaive et la hache, anciennes etinvincibles armes de son paj's. — Si, pour soutenir la gloire de ses aïeux, dit lady Rowena qui se trouvait présente, il suffit d'être sage au conseil et ardent au combat, d'être le plus brave parmi les braves et le meilleur parmi les bons, je ne connais que la voix de Son père qui puisse..
— Silence ! ladv Roweua, ce sujet est le seul sur lequel je ne puisse vous entendre.
Veuillez vous préparer pour le banquet du prince. iSous avons été invités avec une rare courtoisie, avec des égards dont ces fiers Normands ont rarement uséenvers nous depuis la fatale journée dHastings. Je m'y rendrai , ne fût-ce que pour montrer à ces orgueilleux étrangers combien peu le destin d'un fils qui a vaincu leurs plus vaillants guerriers peut troubler le cœur d'un Saxon. — Moi, je n'irai pas, dit-elle. Et gardezvous de prendre pour du courage et de la fermeté ce qui peut n'être au fond que delà dureté de cœur. — Restez donc, ingrate lady. C'est votre cœur qui est endurci, puisque vous sacrifiez les intérêts d'une nation opprimée à un frivole, je dirai même à un illégitime attachement. Restez : je me rendrai avec .\thelstane au festin du prince d'Anjou.
Ils partirent en eflfet pour assister à ce ban-iuet, duquel nous avons déjà rendu compte. Dès qu'Us furent sortis de la salle du festin, les deux ihanes, avec leur suite, montèrent à cheval, et ce fut pendant le tiimulte occasionné par ce départ, que, pour la première fois, les yeux de Cedric tombèrent sur le fugilil gardeur de pourceaux. Le noble Saxon, comme nous l'avons vu, était de très mauvaise humeur, et par conséquent disposé à saisir le premier prétexte pour donner un libre cours à sa colère. — Des fers ! s'écria-t-il, des fers ! qu'on le garrotte ' Oswald ! Hundibert ! misérables ! comment osez-vous laisser en liberté ce coquin de valet?
Les compagnons de Gurth, n'osant hasarder la moindre remontrance en sa faveur, lui attachèrent les mains derrière le dos avec la. premiere corde venue. 11 se soumit sans murmurer à ce traitemenk rigoureux, seulement il jeta sur son maître un regard de reproche, en lui disant; — Cela vient de ce que j'aime votre sang plus que le mien. — A cheval, et en avant! s'écria Cedric. — Il en est grandement temps, dit le noble Alhelstane; car si nous ne hâtons le pas, le souper que nous a fait préparer le digne abbé de WaltheoiT ne vaudra plus rien.
Nos voyageurs firent pourtant assez de diligence pour atteindre le couvent de Saint-Withold avant qu'un tel malheur se fût réalisé.
IVANHOE
Issu d'une ancienne famille saxonne, l'abbé reçut ses deux compatriotes avec toute l'hospitalité que cette nation'aimait à déployer. On tint table fort avant dans la nuit, ou, pour mieux dire, jusqu'au point du jour, et l'on ne prit congé de l'abbé qu'aprfesavoirpartagéaveclui un somptueux déjeuner. Au moment où la cavalcade sortait de la cour du monastère, il arriva un incident un peu alarmant pour des Saxons, qui, de tous les peuples de l'Europe , gardaient dans les présages la foi la plus superstitieuse Les Normands étant une race mêlée et ])lus avancée alors dans la civilisation, avaient perdu la plupart des préjugés importés de la Scandinavie par leurs ancêtres, etse piquaient de penser plus sainement sur de pareils sujets. Dans le cas dont nous parlons, une appréhension de quelque malheur prochain fui inspirée par un prophète bien respectable sans doute: un gros chien noir et maigre, assis sur ses pattes de derrière, se mit à hurler d'une façon lamentable quand les premiers cavaliers franchirent la porte du couvert, et aussitôt, par ses aboiements répétés, courant tantôt en avant tantôt en arrière de la cavalcade, il parut témoigner un désir extrême de se joindre à la compagnie.— je n'aime pas cette musique, mon père, dit à Cedric le noble Athelstane (car il le nommait souvent ain^i , par res[)ect pour son âge;. — Je ne l'aime pas non plus, notre oncle, lui dit Wamba; je crains fortque nous n'ayons les musiciens à payer.
— A mon avis, reprit Athelstane, sur le terveau duquella bonne bière de l'abbé (la bière de Burton étant déjà en grande renommée) avait produit une im|)ression favorable; à mon avis , nous ferions mieux de retourner sur nos pas, et de ne partir qu'après le dîner. C'est signe de malheur quede troiiyer sur son chehiin, lorsque l'on est pour ainsi dire encore à jeun, un moine, un lièvre , ou un chien qui aboie. — Allons!
s'écria Cedric d'un ton d'impatience ; à peine lajournée nous suflira-t-elle pour
ariivcr au terme de notre voyage ! Quant à ce chien, je le connais ; c'est celui de ce coquin de Gurth, et comme son maître, un fainéant cl un déserteur.
En parlant ainsi, Cedric, irrité de ce retard, se dressa sur ses
A votre santé, Sire Fainéant.
Prononce, choisis entre ta peau et ton argent.
étriers et lança une javeline contre le pauvre Fangs; car c'était Fangs qui, ayant suivi les traces de son maître, s'était égaré en le cherchant, et lui témoignait de cette manière sa joie de l'avoir retrouvé. La javeline blessa le fidèle animal à l'épaule et faillit te clouer en terre : poussant des cris de douleur, il s'enfuit loin duihane courroucé. L'àrae du gardeur de pourceaux s'émut de colère; car il était plus sensible au meurtre projeté contre son chien qu'au mauvais traitementqu'il avait reçu lui-même. Ayant essayé vainement de porter la main à ses yeux, il dità Wamba, qui , à l'aspect de la mauvaise humeur de son maître, s'était prudemment tenu à l'écart: — Je t'en prie, rends-moi le serviee de m'essuyerles yeux avec le pan de ton manteau ; la poussière me lait pleurer, et ces liens ne nie permettent pas le plus petit mouvement.
Wamba fit ce qu'il désirait ; et ils cheminèrent quelque temps côte à côte en silence. Enfin Gurth ne fut plus uiaîtie de son émotion. — Auii Wamba, dit-il, de tous ceux qui sont assez fous pour servir Cedric, tu as seul le talent de lui rendre ta folie agréable. Va donc le trouver, et dis-lui que, ni par affection, ni par crainte, Gurih ne le
servira davantage. Il peut me faire flageller, me charger de fers, me trancher la tète ; mais il n'est pas i-n son pouvoir de Kir I ;.-;;r à l'aiir ;t' ri il lui obf'ir.
■^'a dijn I- i ipi-e que Gui th. : - U Beoxvulph, 11.. ij' jilos le servir. — As^iirement,répondltWamba; tout fou que je suis, je ne remplirai |ias cet imprudent message. Cedric [h une autre javeline fixée à sa ceinture, et tu sais qu'il manque rarement son but. — Peu m'importe ! il peut me prendre en elVet pour but. Hier il laissa son fils Wilfred , mon jeune maître, baigné dans son sang ; aujourd'hui il a voulu tuer en ma présence la seule autre créature qui m'ait jamais montré de l'atiachcment. Par .«ainl Edmond,saint Uunstan, saint Wilhold, saint if.douard- le-Confesseur, et tous les autres saints du calendrier saxon (car Cedric ne jurait jamais par aucun saint qui ne fût d'origine saxonne, et tousses gens riniitairiit en cela), je ne lui panlonnerai jamais! — Cependant, à ce que je crois, dit le bouITon, qui jouait fréquemment le rôle de
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LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
CODCiliateur, noire maître n'avait pas le projet de faire du mal à Fangs, il ne voulait que l'effrayer; car, si tu Tas remarqué, il s'est dressé sur ses étriers comme p^iur faire passer sa javeline pardessus le chien, et son intention eût réussi sans un malheureuv bond que l'animal a fait au même moment. Il n'a reçu ainsi qu'une éfçratignure que je m'engage à guérir avec un erriplàtre de poix de la largeur d'un penny. — Si cela était vrai, si je pouvais le croire! Mais non, j'ai vu partir la javeline, et elle était bien dirigée; je l'ai entendue sifQer en Pair avec toute la méchancelé, touli' la rage de celui qui l'avait lancée, et après s'être fixée violemment dans le sol, elle frémissait encore, comme si elle eût regretté d'avoir manqué son but. Par le pourceau de saint .\ntoine, je le renie pour mon maître. Après ces paroles, Giirth se renferma dans un morne silence, que toutes les facéties du jovial Wamba ne purent lui faire rompre de longtemps. Cedric et Aihelstiine, qui marchaient à la tète de la troupe, s'entretenaient de la situation du pays, des troubles de la famille royale, des que- elles féodales de la nolilesse normande, et des chances qui s'offraient aux Saxons opprimés pour secouer le joug de l'étranger, ou du moins pour se rendre redoutables aux vainqueurs, sujet à l'égard duquel Cedric était tout enthousiasme. Le rétablissement des franchises de sa race était en effet devenu l'utopie chérie de son cœur, et il y eût sans peine sacrifié son bonheur domestique elles intérêts de son fils. Mais pour opérer cette révolution en faveur des Anglais indigènes, il fallait qu'il régnât enireeux un parfait accord, et qu'ils agissent de concert sous un chef reconnu. La nécessité de prendre ce chef parmi les Saxons du sang royal était nonseulement évidente, mais c'était une condition formelle imposée par ceux à qui Cedric avait confié ses secrets desseins et ses plus chères espérances. A défaut d'autres avantages, Athelstane avait au moins ce tilre, et quoiqu'il fût loin de posséder tous les talents nécessaires à un chef de parti, il avait un extérieur imposant, un certain degré de bravoure, l'habitude des exercices militaires; et, de plus, il paraissait disposé à déférer aux avis de conseillers plus expérimentés que lui. Enfin, il élaitconnu pour libéral, hospitalier, et doué d'un bon naturel. Cependant, quels que fussent les droits d'Athelstane à se présenter comme le chef de la confédéralion saxonne, le plus grand nombre penchait pour ladyRowena, qui descendait en ligne directe d'Alfred-le-Grand, et dont le père avait été un guerrier renommé par sa prudence, son courage et sa générosité La mémoire de ce chef était toujours chère à ses compatriotes opprimés. Il n'eût pas été difficile à Cedric, s'il l'eût voulu, de se mettre à la tète d'un troisième parti non moins redoutable cpie les autres. S'il n'était pas du sang royal, il avait du courage, de l'activité, de l'énergie, et, par-dessus tout, ce dévouement sans bornes àla cause nationale, qui lui avaitvalulesurnom de Saxon; d'ailleurs sa naissance ne le cédait qu'à celle d'.\thelstane et de lady Rowena. Mais à ces nobles qualités il joignait un grand désintéressement; et au lieu de chercher à diviser encore sa nation afl'aiblie, en créant une faclion à son profit, sonpian favori était de fondre ensemble les deux autres partis en unissant Athelstane et lady Rowena. L'attachement mutuel de celleci et de son fils Ivanlioe mettait obslacle à cette union, et telle était *la cause pour laquelle ilavait banni Wilfred de la maison paternelle. Cedric espérait que l'absence de son fils ferait oublier à lady Rowena la préd'le'-'ion qu'elle avait pour lui. Mais il se trompadans son calcul, et ce désappointement provint en partie de la manière dont il avait élevé sa pupille. Cedric, pour qui le nom d'Alfred était comme celui d'une divinité, avait entouré l'unique rejeton de ce grand roi de tousles égards qu'on aurait accordés à une princesse reconnue. La volonté de lady Rowena avait presque toujours été une loi dans la maison de Cedric ; et lui-même, comme s'il eût voulu donner le premier l'exemple de l'obéissance la plus entière à ce rejeton d'une tige royale, se faisait gloire publiquement de lui obéir comme le premier de ses sujets. Accoutumée ainsi à l'exercice, non-seulement d'une volonté libre, mais d'une autorité presque despotique, lady Rowena était peu disposé: à permettre que l'on contraignît ses affections et qu'on lui imposât une alliance opposée à son inclmation; elle ét.iit au contraire très porlée à défendre son indépendance en un point sur lequel la plupart des personnes de son sexe', habituées même à la soumission, apportent souvent de la résistance à l'autorité de leurs parents ou de leurs tuteurs Tout ce qu'elle sentait vivement, elle l'exprimait sans gène et avec franchise ; et Cedric, ne pouvant renoncera soii ancienne déférence pour lesojiinions invariables de sa pupille, ne savait trop comment s'y prendre pour faire prévaloir les droits d'un tuteur. Ce fut en vain qu'il essaya d'éblouir sa jeune àme par lapersjiective d'un trône imaginaire. Douée d'un jugement sain, elle regardait le projet de Cedric comme d'une exécution non-seulement impossible, mais encore très peu désirable. Du moins en ce qui la concernait personnellement, il ne pouvait en aucun cas réussir. Sans chercher à dissimuler sa préférence pour Wilfred d'Ivanhoe, elle déclara que, quand même ce chevalier préféré ce^'.erait d'exister, elle se réfugierait dans un couvent, plutôt que de partager un trône avec Atbi'lstane, qu'elle avait toujours méprisé, et que maintenant elle commençait à détester pour les cha- •rins et les ennuis qu'on lui suscitait à ce sujet. Néanmoins Cedric, comptant peu sur la constance des femmes, persistait à user de
toute son inUuence pour faire réussir le mariage projeté. La soudaine et romanesque apparition de son fils lui avait paru avec raison porter un coup mortel à ses chères espérances. L'amour paternel, il est vrai, avait un instant remporté la victoire sur son orgueil outré et sou ardent patriotisme; mais ces deux sentiments avaient repris tout leur empire, et Cedric était déterminé à tenter un dernier effort pour l'union de sa pupille et d'Athelstane, et à s'occuper aussitôt de l'affranchissement de sa patrie.
C'était de ce dernier sujet qu'il s'entretenait en ce moment avec son compagnon de route, non sans avjir de temps en temps à se plaindre, de rencontrer un homme si froid pour l'exécution d'un projet si glorieux. 11 est vrai qu'Athelstane avait une bonne dosc'de vanité, que ses oreilles étaient agréablement chatouillées par des discours qui lui rappelaient sa haute origine et son droit héréditaire aux hommages et à la souveraineté; mais son amour-propre se trouvait satisfait par un salut de ses vassaux et des Saxons qui l'approchaient. Il savait au besoin braver le danger, mais il redoutait l'embarras d'aller le chercher. D'un côté il tombait d'accord avec Cedric sur les droits qu'avaient les Saxons à recouvrer leur indépendance, et il n'était pas moins convaincu de la validité de ses titres à occuper le trône lorsque celte indépendance aurait été conquise. Mais de l'autre côté, quand le Saxon lui parlait de la nécessité de faire valoir ses légitimes prétentions, il redevenait Athelstane l'Indolent, se montrait irrésolu, temporiseur, peu disposé à rien entreprendre; elles énergiques exhortations de Cedric n'avaieutpas plus d'effet sur son âme impassible qu'un fer rouge n'en a sur l'eau dans laquelle on le plonge : il produit un léger frémissement, un peu de vapeur, et soudain il est refroidi.
Si, après s'être épuisé en vains eflorts de ce '■ôté, tel qu'un cavalierqui piqueraitde l'éperon une haridelleépuiséede fatigue, ou qu'un forgeron qui battrait un fer froid, Cedric passait à sa pupille, il n'en tirait guère plus de satisfaction. En effet, comme sa présence interrompait l'entretien de lady Roweiiaet.de sa suivante favorite, entretien qui roulait sur la valeur etsur le destin deWilfred, Elgitha ne manquaitpas de venger toutà lafois elle-même etsa maîtress'è, en rappelant la manière dont le noble Athelstane avait été désarçonné dans la lice ; et c'élait là le propos le plus désagréable qui pût résonner à l'oreille de Cedric. Pendant le voyage, le Saxon n'éprouva donc que des contrariétés qui augmentèrent encore sa mauvaise humeur habituelle; et plus d'une fois il maudit intérieurement le tournoi, et le prince qui en avait conçu l'idée, et sa propre folie qui l'y avait conduit.
Vers midi, sur la proposition d'Athelstane, les voyageurs s'arrêtèrent près d'une fontaine, sur la lisière d'un bois, pour faire reposer leurs chevaux et se restaurer eux-mêmes avec les provisions dont le généreux abbé de Saint-Withold avait chargé pour eux une mule. La halte fut un peu longue, et celte interruption, combinée avec les retards précédents, ne laissant plus aux voyageurs que peu d'espérance d'arriver à Rotherwood pour la nuit, ils furent obligés de hâter davantage le pas.