‹ WaverleyChapitre 52 sur 231 · LE CARME DÉCHAUSSÉ · texte numérisé non relu

LE CARME DÉCHAUSSÉ

Ami, je vous accorde un an et davantage Pour chercher du Danube aux bords riants du Tage; Et vous ne pourrez voir, de vos courses lassé. Nul vivant plus heureux qu'un carme déchaussé.

Pour sa daiiie un guerrier dans les combats s'élance ; Il revient transpercé par un bon coup de lance : Près de la bi'lle en pleurs il meurt bien confessé. Mais qui donc la console?... Un carme déchaussé.

Maint roi d'un capuchon recouvrant sa couronne, Pour s'asseoir dans h stalle est descendu du trône; Mais a-t-on jamais vu qu'un homme ait renoncé Pour un sceptre ;\ l'habit du carme déchaussé.

Voyage-l-il ; partout il est sur d'un asile; Dans tout riche manoir il a son domicile ; Il y vit à sa guise, et toujours caressé il est mailre au logis, le carme déchaussé.

Midi sonne; on l'attend : les convives avides Laissent les plats intacts, laissent les fauteuils vides. Bons luiii'ceaux et vins fins, et siège haut placé, H('vienueul de plein droit.au carme déchaussé.

Qu'il arrive à la nuit, le souper se prépare. Et d'un broc plein de bière ,'t l'avance il s'empare. Par .sa moitié l'époux de son lit est cha.s8é. Afin que rien ne manque au carme déchaussé

Oui ! vivent le cordon, la sandale et la chape, Triple effroi du démon, et iléfensedu pape! Cueillir partout la rose et n'èlrc point blessé Par l'épine... heureux sort du «irme déchaussé!

— Vraiment, dit le Noir-Fainéant, fort bien chanté, parfaitement bien, et à l'honneur de l'ordre. Mais, à propos du diable, dites-moi, révérend père, ne craignez-vous pas qu'il ne vienne Un jour vous rendre visite, au milieu de vos passe- temps peu canoniques? - lV>u canoniques! répliqua le solitaire Mais je méprise cette injuste accusation, et je la mets sous mes pieds. Je remplis bien et dûment les devoirs de mon état ; je dis deux messes par jour, matines, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies ; je recite du soir au malin des Aie. des Ofi/o, des l'ater. — Sauf pendant le clair de lune, dans la saison du gibier. — Except is excipiemlis, e\ce\Aé les cas à excepter, telle est la réponse que notre vieil abbé m'a enseignée pour le cas m'i d'impertinents laïques me demanderaient compte des devoirs minutieux de ma règle.— .\ merveille, bon père; mais le diable a l'œil ouvert sur toutes les exceptions; tu sais qu'il rôde autour de nous comme un lion rugissant. — Qu'il rôde et rugisse autour de moi, s'il l'ose : un coup de corde qui me sert de ceinture le ferait beugler comme firent les pincettes de saint Dunstan quand elles le prirent par le nez. Je n'ai jamais craint homme qui vive, et je redoute encore moins le diable et tous ses diablotins.

Saint-Punstan, saint Dubric, saint Winibald, saint Winifred, saint Swibert, saint Willick, sans oublier saint Thomas de CantorI éry et mes faibles mérites, me mettent en état de le défier, lui, sa queue et ses cornes.

Mais pour vous initier dans un de mes secrets, mon ami, je ne m'entretiens jamais de pareilleschoses qu'après matines.

Alors il changea de con- Tersation, et tous deux se mirent à boire, à rire et à chanter. Celle joyeuse récréation durait depuis longtemps, lorsque, soudain, elle fut interrompue par de très grands coups frappés à la porte de l'ermitage. Pour eipliquerlacause dece bruit nous devons reprendre de plus haut les aventures d'un de no= autres personnages ; car, de même que le vieil Arioste, nous ne nous piquons pas d'accompagner sans cesse nos héros, et de faire marcher de front leurs diverses fortunes.

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