INTRODUCTION
Suivant le plan de cette édition, je dois placer ici le récit des évènemens sur lesquels le romande FTaverley est fondé. Ils ont été déjà communiqués au public par un ami regretté, feu William Erskine , Esq, ( plus tard lord Kinneder), dans l'examen qu'il fit des Contes de mon Hôte, pour le Quarterly Reçieçi^^en 1817. C'est de l'auteur lui-même que le critique tenait ces détails. Ils ont été répétés depuis dans la préface des Chroniques de la Canongate ; et ils sont insérés ici à la place qui leur est propre.
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. L'échange de protection réciproque entre Waverîej et Talbot, sur lequel roule toute rintrigue du roman ^ me fut suggéré par une de ces anecdotes qui adoucissent les traits même de la guerre civile; et comme ce fait est également honorable àla mémoire des deux individus, je les nomme sans hésiter. Le matin de la bataille de Preston, on 1 745, au moment de la mémorable attaque des Montagnards contre l'armée de sir John Cope, une batterie de quatre pièces de ciimpagne fut attaquée et enlevée d'assauf par les Camerons et les Stewarts d'Appine.
Alexandre Stewart d'Invernahyle était à la tête de la charge; il vit un officierde l'armée du roi, qui, dédaignant de fuir comme tout le monde autour de lui, restait l'épée à la main, résolu h défendre son poste jusqu'au dernier soupir. Le gentilhomme montagnard lui cria de se rendre; et reçut pour toute réponse un coup d'épée qu'il para avec son bouclier. La hache terrible d'uuMontagnard de taille gigantesque de meunier du moulin d'Invernahyle) était levée sur la tête de l'officier, alors sans défense, et M. Stewart eut beaucoup de peine à déterminer celui-ci à se rendre. Il prit a ors soin des bagages du
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prisonnier, protégea sa personne, et lui obtint enfin sa liberté sur parole. L'officier était le colonel Whitefoord, gentilhomme de l'Ayrshire, estimé et influent, mais dévoué à la maison de Hanovre. Cependant , malgré la différence de leurs principes politiques, il s'établit entre ces deux hommes d'honneur une telle confiance que, tandis que la guerre civile était dans toute sa fureur, et que des officiers qui s'écartaient du corps d'armée des Montagnards étaient chaque jour exécutés sans merci, Invernahyle, chargé d aller dans les montagnes faire de nouvelles recrues , n'hésita pas à aller rendre, en passant, une visite à celui qui avait été son prisonnier. Il demeura dans l'Ayrsliire, un jour ou deux, au milieu des amis \yhigs du colonel Whitefoord, aussi agréablement et avec autant de franche cordialité que si la paix eût régné autour de lui.
Lorsque la bataille de Culloden eut mis finaux espérances de Charles-Edouard, et dispersé ses adherens proscrits, re fut le tour du colonel Whitefoord de tout mettre en œuvre pour obtenir la grâce de M. Stewart. Il alla voir le Lord-justicier- cîerc et le Lord avocat, ainsi que toutes les autorités du gou-
vernement. Partout on lui répondait en lui montrant une listeoùlnvernahyie (ainsi que le disait souvent le bon vieillard lui-même ) était marqué du signe de la hête ^ comme indigne de laveur ou de pardon.
A la fin, le colonel Whitefoord s'adressa au duc de Cumberland en personne. Il essuya aussi un refus positif de ce prince. Il borna alors sa requête, pour le moment, à une protection pour la maison^ la femme et la famille de Stewart. Se voyant encore refusé, il tira de son sein son brevet d'officier, qu'il déposa sur la table de Son Altesse Royale avec une vive émotion, en lui demandant la permission de quitter le service d'un souverain qui ne savait pas épargner un ennemi vaincu. Le duc fut frappe et même touché; il dit au colonel de reprendre son brevet, et accorda la protection demandée. Cette grâce arriva précisément à temps pour sauver la maison, les récoltes et le bétail d'Invernahyle de la fureur des troupes, occupées alors k ravager ce qu'elles appelaient le pays ennemi. Un petit détachement de soldats était campé sur la propriété d'ïnvernahyle, quMls furent forcés d'épargner, tandis qu'ils pillaient les environs et cherchaient partout les
chefs de rinsurreclion et particulièrement Stewart. Il était beaucoup moins loin d'eux qu'ils ne le soupçonnaient. Caché dans une caverne (comme le baron de Bradwardine), il resta plusieurs jours assez près des sentinelles anglaises pour entendre chaque matin faire leur appel. Sa nourriture lui était aj)portée par une de ses filles, à peine âgée de huit ans, a qui mistress Stewart avait été obligée de couder ce soiu,car tous ses mouvemens, comme ceux des membres plus âgés de sa famille , étaient surveillés de près. Cette enfant, développant une intelligence précoce, habitua les soldats à la voir rôder i^u milieu d'eux, et gagna leur bienveillance; elle saisissait le moment où elle n'était pas observée pour se glisser dans le bois ety déposer sa petite charge de provisions dans quelque endroit convenu où son père pût les trouver. Ce fut à l'aide de ces ahmens précaires qu'Invernahyîe vécut pendant plusieurs semaines ; comme il avait été b lessé a la batr.ille de Cniloden, se- fatigue étaient cruellement aggravées par ses souf-s frances physiques.
Lorsque les soldats se furent éloignés en transportant leur camp ailleurs, il échappa
encore une fois d'une manière remarquable à un danger imminent.
Il se hasardait alors h aller le soir dans sa maison, qu'il quittait à la pointe du jour. 11 fut surpris un matin par un détachement ennemi, qui fit feu sur lui et se mit à sa poursuite. Il eut le bonheur de se soustraire aux recherches des soldats ; mais ils retournèrent aussitôt à la maison , et accusèrent sa famille de donner asile a un des traîtres proscrits. Une vieille femme eut la présence d'esprit de leur soutenir que l'homme qu'ils avaient vu était le berger.
— Pourquoi ne s'est-il pas arrêté quand nous l'avons appelé? dit le soldat.
— Le pauvre homme ! il est sourd comme un tas de tourbes , répondit la fidèle servante sans se troidDler.
— Qu'on l'envoie chercher sur-le-champ.
On fit donc venir de la montagne le véritable berger; mais on eut le temps de lui faire sa leçon en route , et il joua bien son rôle de sourd.
Invernahyle fut ensuite compris dans l'acte d'amnistie.
L'auteur l'a beaucoup connu, et lui a souvent entendu raconter ces détails de sa
propre bouche. C'était un noble type des vieux Montagnards, descendu d'une ancienne famille, aimable, courtois et brave comme un chevalier. Il avait été dehors , je crois, en 1715 et en 174^, et avait pris une part active à toutes les scènes de troubles qui se passèrent dans les Highlands entre ces deux époques mémorables.
J'ai entendu citer, parmi ces exploits, un duel à la claymore qu'il avait eu avec le célèbre Rob Roy Mac-Gregor , au clachan de Balquidder.
Invernahyle se trouvait à Edimbourg quand Paul Jones parut dans le détroit du Forth, et quoiqu^il fût alors bien avancé en âge, je le vis sous les armes, se repaissant, suivant sa propre expression, de l'espoir de tirer encore une fois sa claymore avant de mourir. En vérité dans cette occasion mémorable où la capitale de l'Ecosse était menacée par trois petits sloops ou bricks à peine capables de détruire un village de pêcheurs^ Invernahyle fut le seul homme qui sembla songer à un plan de résistance. Il offrit aux magistrats , si on voulait lui fournir des claymores et des dagues , de trouver assez de braves Montagnards dans les basses
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classes pour tailler en pièces tous les équipages de bâtimens qu'on pourrait envoyer dans une ville remplie de passages étroits et tortueux , où ils ne manqueraient pas de se répandre pour se livrer au pillage. Je ne sais pas si l'on accorda quelque attention au plan qu'il proposait; je suis plutôt disposé à croire qu'il dut paraître trop dangereux aux autorités constituées, qui pouvaient, même alors, ne pas désirer de voir des armes dans les mains des Montagnards. Un violent coup de vent d'ouest trancha la question, en balayant Paul Jones et ses vaisseaux hors du golfe.
S'il y a quelque chose d'humiliant dans ce souvenir, il est agréable dele comparer à ceux de la dernière guerre , alors qu'Edimbourg, outre les troupes régulières et la milice, fournit un corps volontaire de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie, montant à plus de six mille hommes tout prêts à combattre et à repousser une force bien autrement formidable que celle de l'aventureux Américain! Le temps et les circonstances changent le caractère des nations et le sort des cités; et ce n'est pas sans orgueil qu'un Ecossais peut se dire que le caractère
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mâle et indépendant de son pays, heureux de confier sans crainte sa défense aux bras de ses enfans , a pu pâlir pendant un demisiècle ; mais le cours de sa vie lui a suffi pour le voir recouvrer tout son éclat.
On trouvera d'autres éclaircissemens sur TVaiferley dans les notes au bas des pages qui les réclament. Celles qui ont paru trop longues pour être ainsi placées ont été rejetées à la fin des volumes.