HENRI LAURENS, ÉDITEUR
6, RUE DE TOURNON (Vl']
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Garl-Maria von Weber naquit à Eutin, petite ville du Holstein, le 18 décembre 1786, du second mariage de Franz-Anton von Weber avec Genoveva von Brenner.
]Veber (tisserand) est un nom roturier très répandu en Allemagne, mais Franz-Anton avait la particule, l'Empereur ayant conféré, pour services rendus à la cause catliolique, le titre àe Freiherr (baron) à Jean-Baptisie Weber (loo0-1642), docteur in utroque jure, historien de la Haute-Autriche, à qui la famille du compositeur fait remonter son origine. Le titre et une partie des biens de Jean-Baptiste passèrent à son frère Jean-François-Xavier. Ce dernier avait le goût de la musique et des représentations théâtrales. Puis la trace de la famille disparaît jusqu'en 1738; mais on retrouve, à cette époque, la lignée des Weber en un certain Fridolin de Webei", intendant de la maison de Schônau et Wiesenthal. 11 jouait du violon, chantait et touchait de l'orgue. De ses deux fils, l'aîné, Fridolin, fut le père de Constance Weber, la chanteuse qui devint la femme de 3Iozart et
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(le trois autres lilh's, loutes canlatrices; le eadel, Franz- Anlon, né en \~'M, fui celui de Webei-.
Passionnés j)Our la musique l'un cl l'autre, ils fui-enl engagés par l'Électeur palatin Charles-Théodore, qui les appela à Mannheini où il formait une troupe d'opéra et un orchestre. Fridolin quitte bientôt la carrière musicale pour devenir conseiller privé et juge de district; Franz-Anton montre du goiit pour l'état militaire, obtient le grade d'enseigne, est blessé à Rossbach, puis il se dégoûte du métier des armes et, grâce à la protection du commandant de la garde palatine, le général-Fnajor baron de Weiclis, il entre comme surnuméraire à la perception des impôts d'Hildesheim, Le conseiller P'umetli, chef de cette administration, avait une jolie fille. Le bel officier tourne la tète à Thérèse Fumetli et l'épouse après la mort du père (1758).
DiNcnu riche [)ai- son mariage, en possession de la charge de son beau-père, il pouvait mener une vie tranquille dans la paisible petite cité ecclésiastique. Mais le (h'iiion de la musique le reprend ; sa négligence à remplir ses devoirs administratifs fait scandale, et le princeévèque, Clément-Auguste, le congédie en 1707 avec une pension. Franz-Anton vécut à Ilildesheim jus(|u'en 1773. Sa IViiiiiir lui ;i\ait donné huit enfants; il en perdit trois, l'ii bas âge. Dans chacun de ses lils il vovait la ])iomesse d'un grand honwne futur. Poussé par l'i-sprit d'aventure, il (juilte Ilildesheim, se pi-oduit tii public comme joueui- de \iolr. Fu 177S, on le trou\e dii-ec- It'iii' ijr la set iir a LubecU, ayant mangé sa fortune.
L'année suivante, le prince-évêque de Lubeck-Eutin \ Frédéric-Auguste, le choisit pour kapellmeister. En 1782, la chapelle du prince est réduite et Franz-Anton admis à pension. Sa femme étant morte en 1783, il se remet en voyage. Ses deux aînés, Fridolin et Edmond, avaient appris, avec un professeur mecklembourgeois, les éléments de la musique. Pour cultiver leurs dispositions naturelles, il se rend à Vienne et leur donne comme maître Joseph Haydn.
Mais l'inflammable officier ne pouvait rester longtemps veuf. A Vienne, il sut plaire, lui quinquagénaire, à la fille de son hôte, Geneviève de Brenner, âgée de seize ans. 11 l'épousa le 20 août 1785 et ramena sa jeune femme à Eutin. Il obtint cette fois le privilège de stadlmusikas (musicien de ville) ; c'est-à-dire que dans la contrée ne se pouvait donner concert ou danse sans qu'une rétribution lui fût versée. Toutefois sa fonction ne l'enrichit pas et même lui valut maintes contrariétés. Après avoir cédé sa pension pour une somme de 900 thaler, il quitta Eutin au printemps de 1787, c'est-à-dire quelques mois à peine après la naissance deCarl-Maria. Au grand déplaisir de sa femme dont les principes moraux réprouvaient la vie de théâtre, il partait avec une troupe nomade dont ses fils musiciens, sa belle-fille, sa sœur Adélaïde et sa fille Josepha formaient le noyau. Sa pre-
' L'évèque de Lubeck était en ce temps-là possesseur d'une principauté dite de Lubecl<. avec Eulin pour chef-lieu. Cette principauté fut sécularisée en 1802 et attribuée alors au grand-duc d'Oldenbourg. Voir La ré()ion d'iùilin, dans Cités d'Allemagne, par Georges Servières, 1 vol. in-18, Paris. 1902. Fasquelle.
mit rc ('tape le mena à Hambourg, où il or^^anisa sa troupe cl se fit recevoir clans une loge de francs-maçons.
Celte vie errante, Franz-Anlon la mena durant trois années. On sait (ju'il se rendit à TW-ves, séjourna à Mannlieim et à Nuremberg. Pendant ce temps, la dolente et maladive Geneviève de Brenner donnait ses soins maternels à son clier Carl-Maria. Enfant débile, atteint d'une faiblesse dans le baut du fémur, Weber resta presque impotent pendant quatre ans. Inapte à prendre part aux jeux de son âge, tout au moins à ceux du plein air, il fréquentait, dans les coulisses, les enfants des acteurs et des musiciens. Les décors de tbéàtre bornaient son borizon, de sorte qu'il se trouva initié de bonne beure à toute la macbinerie scénique. Sa mère y gagnait de le garder auprès d'elle ; elle s'atlacbait à former le cœur et l'esprit du jeune Carl-Maria.
Dans riiistoire d'un talent d'artiste, il est rare que l'on n'ait pas à signaler quol(|ue obstacle opposé par la famille à la vocation qui se déclare llaljituellement, les parents cbercbent à l'entraver au nom des traditions du nom, des préjugés bourgeois, de l'intérêt pécuniaire même de l'adolescent. Franz-Anton lit montre d'une sottise peut-être plus grave par les résultats cju'ellc pouvait produire. L'idée fixe de ce pî-re vaniteux était de faire de son fils un enfant-prodige, un nouveau Mozart.
l'ridolin de Weber fut donc cbargé d"a[tprendre à son jeune frère la musique et le violon. Il sv prenait brulalemenl, sans succès; il aurait même tenu ce jiropos : « Cari, tu peux être tout ce (|ue lu voudras, excepté uiu-