‹ Weber; biographie critiqueChapitre 4 sur 11 · WEDER · texte numérisé non relu

WEDER

sicien! » Désespérant d'en l'aire un exécutant passable, on mit Carl-Maria à l'élucie du dessin, de la peinture, de la gravure.

Avec sa troupe de comédiens, Franz-Anton parcourait successivement les petites villes de la Saxe et de la Bavière, Weimar, Erlang-en, Nuremberg. En 1796, cette vie errante l'avait conduit à Hilburghausen. Pendant un séjour que la santé de sa femme le força de faire en cette ville, Franz-Anton eut occasion de se lier avec Jean- Pierre Heuschkel, kapellmeister du duc de Meiningen, qui s'intéressa au jeune Weber et proposa de lui enseigner le piano et Tharmonie.

Grâce aux leçons de Heuschkel, Weber apprit le rudiment, la technique du clavier et parvint à l'égal perfectionnement des deux mains. II rendit plus tard, dans son autobiographie, justice à ce maître de ses jeunes années.

Le second fut Michel Haydn, qui dirigeait à Salzbourg une école de musique religieuse oii Mozart avait étudié. En 1797, Franz-Anton était venu rejoindre sa troupe à Salzboui'g. Weber apprit avec Michel Haydn le contrepoint et la fugue, ainsi qu'en témoigne sa première œuvre, six fughettes, dédiées à son frère Edmond* qui était marié et vivait à Cassel.

Peu de mois après, Weber a le malheur de perdre sa mère ; une maladie de poitrine enlève la triste jeune femme (jui lî'guera à l'artiste sa mélancolie, sa mysticité religieuse et le germe du mal dont il mourra prématurément. Weber adorait sa mère, il voyait en elle

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un ange gardien et il l'oppose, dans ses souvenirs d'enfance, à son père qu'il aimait et estimait pou.

A la lin de 1708, Franz-Anton (|uitla Salzbourg pour Munich. Le prince Cliarles-Tliéodore, devenu souverain de la Bavière, ayant transporté dans sa capitale sa chapelle de Mannheirn, l'ancien oflicierde la garde palatine espérait probablement obtenir sa protection pour son fils. Micliol Ilavdn avait adressé le jeune Webor à un théoricien nommé (iriitz, (jui le confia aux soins d'un de ses élèves, J. Népomucène Kalclur. En même temps, Carl-Maria suivait les leçons d'un certain Valliser, (jui avait fait une carrière de chanteur en Italie sous le nom de Valesi. Le premier le familiarisa avec le contrepoint et l'écriture à quatre parties; le second avec la musique vocale et le chant dramaticjue. Même dirigé par ces deux maîtres, Weber était encore bien novice dans la technique. Néanmoins, tout à son idée fixe de façonner un enfant-prodige, son père déclarait géniales ses premii'res œuvres et le poussait à écrire prématurément. Weber {)roduisit alors (juelques compositions instrumentales, une messe et un opéra sur un sujet bon lion, Lo Pouvoir de. l'Amour et du Vin.

Ln cherchant un éditeur pour les compositions précoces de son Jeune liis, h'ranz-Anlon enlia en relations avec Alovs Sennelelder. rinveiilnii- de l,i lithograj)hie, (jui avait fait aupai'avaul mk'Ih r Av pianiste et de chanteur. Mis vw apprentissage che/. Seiinefelder, Carl-Mai'ia se ser\il du ncniNcau jd'uciMb' pour tirer sa deuxième œuvre : Six variations pour le jjiu/io sur un

thème original. Les autres compositions de cette époque, la messe et l'opéra, furent détruits d'une manière assez mystérieuse. Les manuscrits se trouvaient dans l'iiabitation de son maître Kalcher ; l'armoire qui les contenait brûla et l'enfant superstitieux vit dans cet accident comme une indication d'avoir à abandonner la musique. Il s'adonna dès lors entièrement à l'art de Sennefelder.

Les productions de Carl-Maria en musique et en lithographie n'avaient pas obtenu le succès immédiat qu'avait espéré l'amour-propre de Franz-Anton. Le père et le fils quittèrent donc Munich et, après un nouveau voyage, se fixèrent à Freiberg, en Saxe. Ce chef-lieu d'un district minier lui ayant paru propice pour l'exploitation du procédé nouveau que le jeune Weber avait même perfectionné, Franz-Anton se proposait d'y ouvrir un atelier lithographique. Mais bientôt celte besogne d'artisan répugna à Carl-Maria qui revint à la musique.

A Carlsbad, les Weber avaient fait la connaissance d'un chevalier de Steinberg, poète, comédien et directeur de la troupe dramatique de Freiberg, qui offrit au jeune compositeur un livret d'opéra de sa façon : Das stumme Waldmàdchen (la jeune fille muette delà forêt). Revenu à Freiberg après une tournée de concerts, Weber se mit à l'œuvre. Il eut bientôt achevé sa partition qui fut exécutée d'abord à Chemnitz, en octobre 1800, puis le 24 novembre à Freiberg.

Ici encore, Franz-Anton, dans sa hâte à forcer le succès, joua un mauvais tour à son fils. Non seulement, avant la représentation, il avait fait insérer dans les

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journaux une noie ou il r<'pr(3scntait crlui-ri coinnii; l'élève favori de Haydn, sans dire s'il s'agissait de rilliislri; compositeur. Joseph Haydn, ou de son frère Michel, mais, après la première, il <'ul la maladresse d'enga<jer, au nom de l'auteur, une polémique assez vive dans une gazette contre les autorités musicales du lieu, accusant la cahale et aussi l'incurie du cantor Fischer. Dans inir petite ville, celte forfanterie et ce prurit di' puhlicilt' mpouvaient que produire un mauvais elfet, rendre la position difficile au jeune musicien. Les Weber (hiiciil quitter Freiherg et retournèrent à Salzbourg oh {aw\- Maria retrouva son ancien maître. C'est là qu'il publia son op. 3 : Six pièces à quatre mains.

Dans l'été de 1802, Fran'z-.\nlon avait entrepris un voyage artistique dans l'Allemagne du Nord. Son lils avait alors quinze ans, il était devenu hou [jiauisle. Leui' tournée de concerts les ramena à Eutiu où ils restèrent deu.x semaines et où Weber fut présenté au poète Henri Voss dont il mit en musique (juelques poésies. A Hambourg, il avait écrit son premier lied : Dir Kcrze. Par llilburghausen, Cobourg,». ils revinrent à Augsbourg où le j)rince-évéf]ue (Elément-Auguste leur lil hou accueil. Fdnujnd de \\'(d)er, (|ui «'lail dlreiteur du tlu-àlre de c«;tl«' ville, \ lit jouer, eu luars IXO;^. PcIcr Silmnill iind sciiir Nacliliiirii (Piern; Sciininll cl ses Noisius o|)(''ra de genre fjue (",;irl-.Maria avait l'iTit linuii'e [u'<''i-i''(|t'ule sur un li'.xie liié d uu rouiau de (liaïuer. LOinrage n'i.'ul pas de succès.

Dans ses péi'égi'inations, \\ iher a\ait lu beaucoup

d'œuvres musicales et d'écrits théoriques, notamment le traité de Kirnberger; mais ces lectures le plongeaient dans un abîme de perplexités sur le style à adopter. 11 sentit d'instinct ce qui lui manquait, car il tourna les yeux vers Vienne qui était alors un centre essentiellement musical.

Bien que le vieux maître fût alors sur son déclin, les leçons de J. Haydn auraient été peut-être plus profitables à VVeber que celles de l'abbé Vogler à qui il fut présenté par Johann Gânsbacher, un officier de chasseurs tyroliens passionné pour la musique, dont il avait fait la connaissance et qui devint son ami intime, bien que plus âgé de huit ans. L'abbé consentit à prendre comme élève le protégé de Gânsbacher et Weber s'attacha aussitôt à lui.

Singulière figure que celle de ce Vogler, moins célèbre comme compositeur que comme pédagogue et théoricien ! Ancien chapelain et maître de chapelle à Mannheim (en 1777) de l'Électeur Charles-Théodore, il avait voyagé en France, en Angleterre, en Italie, en Grèce et visité l'Orient; il avait été kapeAlmeister de la Cour, à Stockholm (en 1786). De même que certain abbé du xvni'' siècle, « il dînait de l'église et soupait du théâtre ». Jl avait écrit plusieurs opéras dont l'un, la Kermesse, eut l'honneur de faire fiasco à Paris, en 1783, et de nombreuses compositions religieuses. Il jouait fort bien de l'orgue (il avait même inventé un orgue portatif appelé orcheslrion, qu'il emportait avec lui dans ses voyages), mais il n'était pas exempt de charlatanisme. Aussi rédigeait-il pour ses concerts d'orgue des pro-i

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prarnmes ainsi conçus : La Mort du duc Léopold, la C/ifitp de Jéricho, le Jugement dernier, liataille navale, etc.. Grâce à la double autorité que lui donnaient son savoir et sa dignité ecclésiastique, il avait un grand ascendant sur ses élèves.

Sur le conseil <\o l'abbé, Weber eut la sagesse de renoncer à écrire provisoirement des compositions importantes et de se consacrer, sous sa direction, à l'étude attentive des œuvres des grands maîtres. Ils les disséquaient ensemble sous le rapport de la construction, du développement des idées, des procédés employés ; par ce travail d'analyse, Weber s'eflorçait d'acquérir les connaissances techniques qui lui manquaient. Pendant son séjour à Vienne, il fréquenta les musiciens en renom, Ilummel dont il admirait fort le jeu, Salieri, Gyrowetz, et d'autres; il menait joyeuse vie avec les officiers et les jeunes artistes.

Cette existence se serait peut-ôtre prolongée davantage si, à la demande du professeur Hbode qui le priait de lui adresser un sujet capable de faire un kapclhneister pour' \r ibéàlre national de Hreslau, l'abbé Vogler n'avait désigné pour cet emploi son élève \Veber.

Tout autre que Carl-Maria eût été intimidé à l'idée de [•rendre, à l'âge de dix-sepl ans, la direction d'un orchestre dans un théâtre lvri(jue. Mais ce milieu n'était pas nouveau pour lui. Depuis son enfance, il avait \u de pri's les acicuis »'l 1rs musiciens. Allrontrr la vanité des uns, la suscejilibiliti- des autres, ne lui faisait pas peur... .Maljiré sa jeunesse, il parvint bientôt à

obtenir leur confiance ; toutefois les innovations qu'il se permit (il imagina par exemple une disposition nouvelle, à l'orchestre, des instruments à vent) froissèrent quel(jues personnalités artistiques.

Heureusement pour lui, Weber rencontra aussi des appuis : le professeur Rliode, qui lui demanda sa collaboration, le commerçant Zahn pour lequel il écrivit la Romanza siciliana pour flûte. F. -G. Berner, théoricien habile, organiste, pianiste et compositeur, lui donna des conseils, le prit sous sa protection et devait même lui sauver la vie. Un soir, abusé par l'obscurité, l'artiste avait bu à une bouteille d'eau-forte qu'il avait prise pour du vin. Berner le trouva chez lui inanimé, la gorg"e brûlée, et lui porta secours. Weber resta malade de cet accident pendant deux mois et faillit perdre la voix. Après quoi, n'ayant pas consenti à ratifier les réductions opérées en son absence dans le personnel de Torchestre, il dut se démettre de son emploi.

Oblig'é de donner des leçons pour vivre et gravement endetté pour avoir voulu continuer à Breslau l'existence dissipée qu'il menait à Vienne, Weber se serait trouvé dans une situation très critique si, par une mélomane, ]VF^ de Bélonde, il n'avait fait la connaissance de la duchesse de Wurtemberg, épouse du duc Eugène, qui habitait le château de Garlsruhe en Silésie.

Ce prince magnifique venait de rebâtir son palais et d'y faire construire un théâtre. Il consentit à confier les fonctions de kapellmeister au jeune Weber et le recueillit à Garlsruhe, ainsi (jue Franz-Anton dont un essai manqué

«le gravure sur cuivre \«'nait d'oht'ror la silualioii, et sa SdHir Adélaïde. Ct'Ut' liospilalilé de i;raiul seigneur, Weber la payait en travaux poui' la (diapelle du prinee. Les plus importants sont deux symphonies, en ni majeur l'une et l'autre, les seules (jue Weber ait éeriles.

Admirablement accueilli chez des hôtes sympathiques et bienveillants, Weber aurait pu vivre là quelques heureuses années, comme Haydn chez le comte Esterhazy, si les désastres de la campagne de 1800 n'avaient ouvert les provinces orientales de la I*russe à l'invasion des armées françaises. Dès le mois de septembre, le duc Eugène de W^urtemberg avait été rappelé sous les drapeaux, comme général de cavalerie au service prussien. L'angoisse régnait au château de Carlsruhe. La chapelle étant désorganisée, son chef n'avait plus de raison d'être. Mais le duc Eucène avait eu la généreuse idée d'adresser Weber à son frère, Louis, qui l'accepta en qualité de secrétaire intime. Le l'''' août, Weber, arrivé à Stuttgard après des étapes très lentes, prenait son service chez le duc Louis de W^urlemberg.

Il y avait, entre les deux frères, un contraste complet : le duc Eugène était un homme distingué, aux goûts élevés, épris d'ai't; le (Uu- Louis un oisif vulgaire, porté à la débauche, dissipateur, toujours à couil irari^ciit, peu scrupuleux SUT les moveus lie s'eii procui'er, obligé le plus souvent ilc faire ap[)el à la bourse dr leur Ircre. le roi {''l'édéric !', (lonime il a\ail un I rain de maison im|iiii'taul et dispendieux, les fondions (riiitriKJ.int de sa casselle ne constituaient pas une sinécure. I^'occupalion

principale du secrétaire consistait à faire patienter les créanciers du prince ou à expliquer à l'irascible sou verain les besoins et les anxiétés de son maître.

Dans la société d'un prince débaucbé et de ses compagnons de plaisir, Weber continua l'existence frivole et dissipée en laquelle il se complaisait depuis son séjour à Vienne. Il eut une liaison avec une chanteuse du théâtre, ]\[argarethe Lang, à qui est dédiée sa Polonaise en mi \^ majeur.

Le séjour de Weber à Stuttgard ne fut pas sans produire d'heureux résultats au point de vue du développement intellectuel de l'artiste. Il y connut les rédacteurs du Morgenblatt, dont l'un, Reinbeck, devint son collaborateur pour des lieder et le célèbre sculpteur Danecker. Lu bibliothécaire Lehr l'introduisit à la Bibliothèque royale où il étudia de préférence les œuvres philosophiques de Kant, de WolfF et de Schelling et compléta son instruction littéraire. Le maître de chapelle de la Cour, Danzi, l'initia à l'art du chant et à la rythmique dans la musique instrumentale.

Chargé de l'éducation musicale des fillettes du duc Louis, Weber fut amené à composer plusieurs morceaux de piano faciles à quatre mains pour les petites princesses. Les Variations sur le thème de la romance italienne : Vien qiià, Dorina bella ! le Momento capriccioso sont aussi de ce temps. Il élabora la cantate : Der erste Ton (Le Premier son), sur un poème relatif à la création de la musique que lui avait donné le critique Hochlitz. Avec la collaboration du librettiste Hiemer,

il fransfonn;! />r/s- W(il(h)}ii(lchcn en Sylvana ot oompK'ta sa prlilc jKutition d'intcrmodos pour la ooiiumIIc (le Scliillei', Tunuuht, à laqucllo il donna pour jut'ludo une Otircr/itrr r/ilnnisc t'ci'ilo en Silésie.

Tandis (|u'(Mi rt'pi'lait Si/lvana au lliéàlre, se produisit une calastroplic ([ui eut une influence capitale sur la (leslinrc de Weber. De plus en plus olu'-rr, son pî're, (|ui, t'U 180U, lui t'-lail arrivé avec ses deux chiens, loinliail à sa charge. Vers la fin de l'aimée, sur une somme assez inipoi-taute que Weher, comme secrétaire du duc Louis, était cliarg"é de faire parvenir à riiomnie d'affaires du prince en Silésie, Fraiiz-Anton s'élait ap[)roj»rié cent florins pour acquitter une dette personnelle. Ohligé de combler le déficil, l'artiste cherchait vainement à contracter un emprunt de mille florins. Un ancien domeslifiue de Franz-Anton se fit fort d'obtenir à Webei- le prêt (inil sollicitait. Il sut pei'suader à un aubergiste; nommé Hoiut (\ue son fils échapperait à la conscription s'il mettait;! la disposition du secrétaire les mille florins. En ellrt, l'alfectation à un emploi de la (^our conférait par elle-même la dispense du service militaire, privilt'g-e très appréciable à une épofjue où l'entrée du W'urlenibeti: dans la (iOnfédération du lUiin le coiiliaignait à fournir sans cesse des conscrits à Napoléon, (".elle e.xemption «''lait alors trop précieuse jjour (|ue ci rl.iiues familles ne fussent pas disposées à 1 aciieter Li' |irince et son entourage [)ei<'e\ aient ainsi un iiujMtt iructueux. L'aubergiste prêta donc la soninh- drni,ind(''e. mais son fils n'en fut pas moins di-clan'- lion pour le ser-

vice. Indigné, le père déposa une plainte en escroquerie.

Le 9 février 1810, la répétition de Sylvana au théâtre fut interrompue par l'entrée des gendarmes qui se saisirent de Weber et le jetèrent en prison. Par rancune de quelques gamineries peu protocolaires, le roi affecta do lui imputer le fait de prévarication, bien que Weber fût resté étranger à l'escroquerie. L'enquête que Frédéric 1" conduisit lui-même découvrit les ramifications do l'affaire ; celle-ci menaçait de compromettre le duc Louis. Par crainte du scandale qui allait éclabousser sa famille, le souverain fit relâcher Weber, mais le bannit de son royaume, ainsi que son père... Pour un délit dont il était innocent, Carl-Maria avait passé seize jours en prison. Cette humiliante aventure lui inspira des réflexions salutaires; elle le mûrit subitement, et l'orienta vers la véritable vocation de sa vie.

Parmi les amis que Weber s'était faits à Stuttgard, plusieurs lui témoignèrent leur attachement lorsque, reconduit avec son père à la frontière du royaume, il vint se réfugier à Mannheim. Le kapelbneister Danzi lui donna des lettres de recommandation pour son homonyme le juriste Goltfried Weber, renommé comme théoricien musical, ainsi que pour le beau-frère de celui-ci, Alexandre de Dusch, qui jouait du violoncelle. Ces relations se changèrent bien vite en une intimité artistique. Les trois amis se consultaient sur leurs productions, se soutenaient dans les journaux, faisaient des excursions joyeuses dans la vaUée du Neckar. C'est à Heidelberg

que \Vel)or fil exécuter sa cantate : Le Premier son (2 avril 1810).

Mais il quitta bientôt Mannheim pour Darnistadt où son ancien maître, labl)!'' Vogler, dirigeai l la ciiapelle du grand-duc Louis P', passionné pour la musique. Cliez son professeur de composition. Weher retrouva son camarade de Vienne, Ganshaclier, avec lecjuel, depuis 1810, il entretint une correspondance assez suivie que l'on a publiée. Vogler avait aussi comme élève un jeune israëlite, Jacob-Licbmann lîoer, fils d'un banquier de Berlin, et qui devint plus tard célèbre sous le nom de Meyerbeer. Bien que Weber, son aîné de cinq ans, ait été très lié avec ce condisciple, ;ili point que, lorsqu'il se rendait à Berlin, il était toujours lliôte de la famille Béer, nous ne possédons pas ses lettres à Meyerbeer,

En septembre, il se rendit à Francfort, à Toccasion de la j)rocbaine représentation de Sijlcana, revit l'actrice qu'il avait aimée à Stuttgard, Margaretbe Lang, mais le cliarme était rompu. 11 remarqua au contraire la jeune et gracieuse Carolina Brandi (jui cn'a le ride ininK' de la muette dans son opé-ra. I^;i |neiiiière rej)résentation eiil lieu le 10 septembre, mais comme la céli'bre M""' Blancliard a\ail amionci'" pour ce jour-lîi une ascension aérostati(jue, loul le monde courut voir l'ascension; le tbéàtre se trouva vide et Si/lr<iii(t \\\'\\\ auemi succî'S.

Weber retourna l\ !• "raiiclorl le 'IW oelofire |i(iur v donner un conceil. Il (''lait l'cial qn il aiirail loujours du malbeur ii cause des l-'i'aneais : ce jour-là, un brûle-

ment de marchandises anglaises, exécuté en vertu du terrible décret napoléonien du 12 septembre 1810, mettait la ville en révolution. L'autodafé fit déserter le concert... Weber revint à Darmstadt, et de là à Mannheim oli il commença à écrire sa petite opérette turque Abîi-Hassan sur un livret de Cari Hiemer, puis, s'étant brouillé avec l'orchestre de Mannheim pour des articles de journaux, il aciieva à Darmstadt sa partition dont le grand-duc accepta la dédicace.

Successivement s'éloignèrent de Darmstadt les élèves favoris de l'abbé Vogler, Gânsbacher, puis Meyerbeer, enfin Weber qui reprit ses pérégrinations de pianiste virtuose. Il laissait à Mannheim son père âgé et débile, qui devait y mourir le 16 avril 1812. Peu de temps avant son départ, il fut pris un soir d'un accès de marasme qu'il a décrit en une page publiée par Louis Nohl dans ses Musike}'briefe : l'artiste revit les années d'épreuves et en savoure douloureusement l'amertune. Mais Weber n'était pas pessimiste; sa nature élastique ne tardait pas à rebondir vers l'action et la mobilité de son caractère lui faisait vile oublier ses peines et ses déceptions.

Dans la nouvelle tournée de concerts qu'il entreprit au début de 1811, il visita Giessen, Francfort, Aschaffenbourg, Wurzbourg, Bamberg, Nuremberg. De là, il gagna Augsbourg et Munich oii il arriva le 14 mars. Il y resta environ cinq mois et obtint pres(jue aussitôt la faveur du roi. Exécuté le 5 avril, son concerlhio pour clarinette jilul beaucoup au somcrain qui lui coiniiianda aussilot d'autres compositions pour cet insliuniciit.

Wober écrivit tloiic pour son interprMc, le clarinettiste Baermunn. dvux nouveaux concertos, l'un en ul ininnir (op. 73), l'autre en /a mineur (op. 74).

Le 21 mai, A/)i/ -Hassan fut donné avec succès au Tliéàtre-Royal. Coupée par un voyage d'été en Suisse, la période du séjour de Weber à Munich fut trî's féconde en œuvres de tous genres, lieder, chœurs pour voi.\ d'hommes, quatre morceaux de chant pour une pièce de Kotzebue : Dcr arine Minnesàngcr, un concerto de basson (op. 75), destiné à un virtuose de la Cour, des airs et des duos sur des textes italiens et dans la manière italienne, (|u'il dédia à la reine Cai'oline de Bavière ; enfin il remania et réinstrumenta sous ce titre : Drr Bchci'rscher ilpr Geister son ancienne ouverture de Rubezahl et la fit entendre à son concert d'adieu donné à Munich le 11 novembre.

Le 1" décembre, le virtuose reprit sa carrière nomade, en com[)agnie du clarinettiste Baermann. Les deux artistes se firent apj)laudir successivement à Prague, à Weimar. à Dresde et à Leip/.ig. Dans celte ville. ^Vebe^ se lia avec le (•riti(|ue musical Rochlil/,. fomlaliMir et rédactt-nr de VMhjctneine Musikzcilitnq, avec l('(|utd il entretiiil un commerce é[)istolairt' et (iiii lui fournil Ir Irxti' de son h\ ninc : /// <l('r Ordnmui scka/ft (Irr llrrr. puis avec d'autres ('ciivains (|ui le poussèrent à abandonner' la earrii-i'e de pi;iriisle pour' la (^^^(iiie musicale. Weber songea alors à doinier corps à I iilt'e (pi ri ;i\;irl eue (|e|)iiis lorruleiii[i> de raeoiih'r' s;i \ ie sous foi'ine de loiiiari, mais, aprJ-s avoir trac»' une esnuisse

de son autobiographie : Tonkunstler's Erdenwallen, il renonça à la littérature.

Weber se rendit de là à Gotha, où régnait un prince mélomane, l'excentrique, mais très spirituel duc Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha. Celui-ci avait comme Concertmeister le compositeur et violoniste Louis Spohr, avec lequel Weber joua à la Cour ses Variations sur un thème norvégien, pour piano et violon (op. 22). Weber était incomparable dans l'improvisation. Sa facilité, sa verve inventive étaient déjà renommées. Le duc en abusait et le mettait au supplice. Après un court séjour, Weber et Baermann partirent pour Dresde. A Weimar, Weber eut l'occasion de voir Gœthe qui le traita froidement, le poète Wieland qu'il trouva cordial, et l'acteurauteur Wolff dont il devait, dix ans plus tard, devenir le collaborateur pour les intermèdes et chœurs de Preciosa.

Puis, Weber se dirigea vers Berlin oii il venait tâter le terrain pour une représentation de sa chère Sf/lvana.he personnel de l'Opéra le reçut mal tout d'abord. Il ne se rebuta pas, composa pour le Liedertafel do Zelter un chœur d'hommes sans accompagnement : Bas Turnierbankett (exécuté le 23 juin 1812). Un autre chœur, Der Kricgseid, avec orchestre d'harmonie militaire, fut chanté au mois d'août suivant par les soldats de la brigade de Brandebourg. Le 10 juillet, l'Opéra de Berlin avait joué avec succès sa partition de Sylvana, retouchée pour la circo[istance. A Berlin il écrivit plusieui's dt^, ses meilleurs lieder dont un à six voi.\ : Lcnz erwacht, des

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vai'ialioiis pour piano sur la roinance de Joseph, de l\It'liul, «'iiliii sa premièii; sonate de piano (op. 24).

Rappelé par le duc de Golha, ^^'el)('I• fui soumis par l'iiisaliable niéloniaue à un nouveau surnienafie. Malgré les exigences de son liôle, il trouva le nioven d achever son deuxième concerto de piano dont il lui olliit la dédicace, et d'écrire son hymne : ])i dc.r Ordinoig srliaff'ulerHen',(\m futexécuté au Gewaiidhausi\v\.v\[m"- \v 1" janvier 1HI3.

Celte existence nomade et dispendieuse n'avait pas enrichi Weher. Il comptait se remettre en route et se rendre par Vienne en Italie, puis en France, quand il n-çut des propositions pour l'emploi de chef d'orchestre au théâtre de Prague. 11 vit dans une rémunération assurée et réguliî-re le moyen d'acciuitter les nomhreuses dettes que son père avait contractées à .Mannheim. 11 accepta les offres du directeur Liebich : :20U() llorins viennois d'appointements, un hénélice de lUUO llorins et 3 mois de congé par an, et j)arlil pour la IîoIkmmc. Arrivé à Prague le VI janvier, il y éciivil un original Rondo (diiuu/arese pour hasson et donna un concert le (J mars.

Liehich entnidail rentlie de l'éclata son ihéàlic (jui, de 178U à 17'JU, avait été h- rival de l'OiiéiM de NK-nue, et qui avait p/riclilé depuis loj's. 11 l'allail tout dahord constituer une honne Iroujx-. Dans ce liul. Weher se rendit à N'ieinie. Il y retrouva son ancien maître lahhé Voglej-, son conipagnon de succès Baermanu. .Meyerheei-. noua des l'elalioilS avec le comle Palfx . les coiniiosileurs .Moselieles e| llumuiel. le poèje C.Msh lli. ilonn.i

un concert dans la salle des Redoutes, puis revint à Prague préparer la réouverture du théâtre.

Cette org^anisation à remanier de fond en comble, la nécessité de s'occuper non seulement de la musique et, de l'orchestre, mais de la régie et des décors, la difficulté de faire jouer ensemble des artistes nouveaux, inconnus les uns des autres, de dirig-cr des chœurs formés de Tchèques dont il dut apprendre la lang'ue, lui imposèrent d'énormes fatig'ues. Heureusement l'activité était naturelle à Weber ; il avait fait son apprentissage de kapellmeister pendant les quelques mois qu'il avait passés à Breslau et à Carlsruhe (Silésie). Le directeur Liebich, qui avait confiance en lui, le laissait agir en toute indépendance.

L'ouverture de l'Opéra allemand se fit le 9 septembre avec Fe7mand Cortez de Spontini, dont la Vestale fut jouée un peu plus tard. Weber mit en scène Don Giovanni, les Nozze di Figaro, la Clémence de Titus de Mozart, des opéras-comiques français de Cherubini, Méhul, Dalayrac, Nicolo, Boïeldieu, Fidelio de Bee thoven et le Faust de Louis Spohr. Fidelio le mit en rapports artistiques avec Beethoven qu'il avait négligé ou méconnu jusque-là'. Le Faust de Spohr, bien que trop éloigné par le sujet du drame de Gœthe, l'intéressa par son côté romantique. Weber, qui, à Mannlieim et à Darmstadt, s'était déjà essayé à la critique

' 11 ûuvait, quelijue dix ans plus lard, monter Fidelio à. Dresde où le fiMc de Léonore fut joué par la Schrœder-Devrient. Il eut à celte occasion une correspondance très afTectucuse avec Beethoven.

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musicale, pril riiabilude de présenter lui-même, en des notes adressées aux journaux, les opéras (juil dirigeait, d'en apprécier le caractère, les pailicularilés musicales et les tendances artistiques.

Cette fréquentation du monde des coulisses ne lut pas sans inlluence sur la vie sentimentale de Weber. 11 se pril d'une passion malheureuse pour une danseuse, Tliért'se Brunetti, qui le désolait par sa légèreté, sa frivolité, sa gloutonnerie. Mais un amour chasse l'autre. Le 11 décembre 1813 arrivait à Prague Carolina Brandi, la mignonne chanteuse qui, trois ans plus tôt, avait créé le rôle de Sylvana à Francfort. Engagée par Weber. elle venait prendre possession de l'emploi des soubrettes et débula dans Cendrillon. La pureté de ses mœurs, la régularité bourgeoise de sa vie ne pouvaient, par comparaison, que faire tort à la perverse et vulgaire Bruntîtti. Un petit accident survenu en scène obligea la Bi-andt à garder la chambre pendant quehjues semaines. Le kaprllmeister , par compassion et bonté d'àme, venait deniander à la jeune artiste des nouvelles de son pied foulé. Il s'initiail ainsi à son existence et peu à peu, l'estime frayait à l'amour un chemin secret, il y eut u\\^' jx'riode d'épreuve récii)i"0(]ue : la jeune Mlle <To\;iil |iru à la constance de rinilaniin.ibli' Weber, rcxeinple de la Hrunrtti, récenunenl abamlonut'-e. lui faisait peur. De son col»'", (",arl-.Maria la Irouxail très fantas(|ue d voulait s'assurci- qu'elle <''lail diiinc d'être épousée. Ils con\inieiil d'oliseiv er un di'lai de deux ans pour se donner le lemiis de la it'iiexion.

Malgré l'attrait qui le portait vers celle à laquelle il devait donner son nom, malgré les bontés paternelles du directeur Liebicli, excellent homme adoré de son personnel, malgré les agréables relations qu'il avait nouées avec les poètes Cl. Brentano et L. Tieck (il espérait obtenir de ce dernier un poème d'opéra et Tieck l'engageait à traiter le sujet de Tannhaûser dont Brentano avait même esquissé le scénario), Weber ne se plaisait pas à Prague. Les campagnes d'hiver surmenaient sa frêle santé ; il était obligé l'été d'aller aux eaux. Il regrettait le séjour de Berlin et la société des amis qu'il y avait laissés.

Il y retourna au mois d'août 1814. Il trouva la capitale prussienne dans l'exaltation des victoires remportées sur les Français par les armées alliées. La chute de Napoléon avait surexcité le sentiment national. Weber était venu à Berlin dans le but de faire reprendre Sylvana qui fut rejouée en efïet au début de septeml)re, mais son jeune patriotisme prit feu à l'enthousiasme ambiant. Les chants de Th. Kœrner, le poète-soldat, tué en 1813, en vogue à ce moment, lui inspirèrent des mélodies chaleureuses, des chœurs bien rythmés, qui, au lendemain de la guerre de la Délivrance, allaient émouvoir tous les cœurs au delà du Rhin et rendre populaire le nom de Weber.

Au château de Grafenlonna où le duc de Gotlia l'invita à venir passer quelques jours, lors de son retour à Prague, Weber écrivit tout d'abord la fanfare vocale .dite : La Chasse de Lûtzow et le Chanl de /'Ejjce. La

32 W F. lî E R

composition de Lci/er uiul Schwvrt (Lyre et glaive) fut coiiliiuiée et terinin«'o à Prague à la lin do l<Sli.

Les morceaux les plus goûtés fuient les cliœurs à quatre voix d'hommes, mais plusieurs .so//, [)ar exemple, la Prih'e pendant la bataille, avec ses bouillonnements (le doubles croches et d'arpèges descriplil's, sur lesquels plane une invocation (lramatiqu(; au Dieu des combats, et V Adieu à la vie coinplent parmi les liedcr dt' Weber les plus inspirés, les plus expressifs. A ces deux recueils (op. il, 42) — soli et chœurs, — dédiés à la princesse royale de Prusse, le compositeur, en 1816, en njouta, connue épilogue, un troisième, formé d'une longue pièce de oliant à plusieurs mouvements, dans laquelle il a introduit et relié divers morceaux composés par le prince de Prusse Louis-Ferdinand, tm'' au combat de Saalfeld en 1806, aux mânes duquel l'o'uvre est dédiée.

AVcbcr fil entendre Lei/er vml Schirerf à Prague le 0 janvier 181.").Ciiose curieuse, l'auteur de Lyreet Glaive était un vrai patriote, tamlis que Carolina Brandi admirait Napoléon. Cette divergence de vues faisait naître entre eux des querelles. Pour d'autres raisons aussi, les malentendus et les froissements les éloignaient l'un de l'autre. Lina était très jalouse et elle avait, à son sujet, des emporten)ents terribles. Dans le courant de rannée ISI .■■>. W'rhcr (iiiilla Prague et se rend il à .Miiincii ; c'est b'i (|ull ;i|i|»i'il la n()ii\cl|f de la Nicloiir rcnii)()rl(''e à W'alrrloo par les .Anglais e| les Prussiens. W'eber seiilit Nibrer à nou\'eiUi eu lui la libre ualumale et demanda à l'acleiu' WOblbrik'k les paroles de la can-

HENRIETTE SONNTAG

Créatrice du rôle d'Euryantlie

(Bibliothèque de l'Opéra).

WEBER Sj

tate : Kmnpf und Sieg (Combat et Victoire). Il commença à l'écrire le 17 août ; l'ayant terminée en décembre, il la fit exécuter à son concert du 22. Inutile d'ajouter que cette œuvre patriotique fut acclamée.

Rentré à Prague au mois de septembre, Weber avait revu la Brandt dont il avait été séparé pendant plusieurs mois et avec laquelle il était en froid. A une réunion à la campagne, chez Liebich, toutes les querelles d'amoureux furent oubliées et le mariage convenu. Au début de 1816, Weber avait pris le parti de donner sa démission de chef d'orchestre. Au printemps, la partition de Kampf und Sieq étant gravée, il en adressa des exemplaires aux princes delà Sainte Alliance et la fit exécuter à Berlin le 18 juin 1816, jour anniversaire de la bataille de Waterloo. Il revint par Leipzig et Carlsbad où il rencontra le comte Witzthum qui lui offrit la place de directeur de la musique à l'Opéra allemand que l'on se proposait de créer à Dresde. Après avoir fait en octobre ses adieux au « papa Liebich », Weber se mit en route avec Carolina Brandt pour Berlin où elle était engagée. Leurs fiançailles furent célébrées en novembre 1810. Dans un an il devait l'épouser et elle quitterait le IhécUre.

Ici se termine la première partie de la vie de Weber. Il a trente ans. Bien qu'il boite un peu en marchant et qu il soit d'une santé débile, son physique n'est pas

aussi disgracié que la maladie le fera plus tard. Visage maigre aux pommettes saillantes, au grand nez busqué, yeux gris bleu à fleur de tête, surmontés d'épais sourcils sous un front vaste et bombé, la bouche sinueuse, un sourire tendre aux lèvres, aimable, eiithousiaste, gracieux, il est d'abord sympathique. Le goût de l'élégance dans la toilette est inné chez lui ; il porte Thabit bleu à boutons d'or, ouvert sur une chemise à jabot, une cravate blanche piquée d'une épingle en diamant, le pantalon collant avec bottes à glands. lia des manières aristocratiques. Mobile, dissipé, inconstant, il a toujours plu aux femmes. Il vient de conquérir une fiancée et une position artistique digne de son talent; il va créer l'Opéra allemand à Dresde, il va en tracer le modèle dans le Freischutz.

Dès son arrivée, il se donne de tout cd'ur à l'œuvre dramatique qu'il entreprend : à côté de l'Opéra italien, dirigé par Morlacchi, subventionné par la (jOur, fréquenté par le beau monde, — car Dresde est une des villes allemandes qui ont le plus subi les influences étrangères et l'art italien y a laissé des traces, — il s'agit de fonder et de faire vivre un théâtre de musique allemand.

Le nouveau kapellmeister avait i)ris ses fonctions l<; 13 janvier 1HI7. Le 30, il faisait jouer le Josej)h de j\l(''liul, opéra pour leciuel VVeber ;i\ail beaucoup d'admiration vX (|n il commenta liii-iiirinr dans rAbcinlzcitnnff, puis une sc'-rie ilOiarages de lioïeldieu, Grélry, Nicolo. Pour se faire eompniidre des chanteurs, il a\ait dû t(jul d'abord étudier rilaUen. Il s'tMcuita bientôt

d'engager des artistes allemands capables de tenir des rôles d'opéra; il forma des chœurs exercés, fit enseigner la mimique aux interprètes et remplaça la direction traditionnelle au cemhalo par le bâton de mesure.

Introduit dans un cercle littéraire, le Liederhreis, il se lia avec ses futurs collaborateurs, l'avocat Frédéric Kind (l'auteur du livret du Freischïitz], et Helmina de Chézy, qui lui fournit celui à' Euryanthe . A ce moment, Fr. Kind avait à Dresde un certain renom comme poète. Présenté à Kind, dans l'été de 1816, par un musicien de la chambre, le compositeur lui avait demandé un livret d'opéra. Kind qui savait à peine ses notes, dit-il, hésita d'abord; mais, une fois établi à Dresde, Weber insista vivement pour obtenir un livret. Après avoir parcouru romans, récits, nouvelles, contes populaires, Kind proposa au musicien le sujet du Freischûtz, tiré du Gespeîiter-Buch d'Apel et Laun. Kind n'eut peut-être pas l'initiative de ce projet, car, lors de l'apparition du livre, en 1810, Weber l'avait lu un soir, au château de Neuburg sur le Neckar, avec son ami Al. de Dusch, qui en avait aussitôt tiré un scénario. Seulement Weber, qui cependant n'avait pas été heureux jusque-là dans le choix de ses livrets, se refroidit pour le conte fantastique et préféra terminer Abu-Hassan.

Commencé aussitôt, le travail du poète fut vite achevé. Il avait écrit précédemment une Fiancée du Chasseur et l'utilisa. Il en garda le titre, qui alterna bientôt avec le Coup dépreiice. Ce dernier avait l'avantage de mieux définir la pièce. Le livret terminé <lans

les piTmiors jours de mars 1817, les amis du poète et du musicien furent convoquj's pour m entendre la lecture.

Les occupations de ^Yeber étaient multiples ; il devait assurer la direction normale du répertoire, les études des ouvrages nouveaux, composer au besoin des intcinièdes pour les pièces de théâtre ; mais, en outre, son inspiration devait s'employer au service des fêtes de la Cour, commémorer par des chants de circonstance ou des pièces instrumentales, les jubilés, mariages, jours de naissance et autres anniversaires intéressant la famille royale.

C'est ainsi qu'en 1817 il écrivit deux Kr/inzc (littéralement: couronnes) pour Y Anncntag , c'est-à-dire pour la fôte de deux princesses appelées Anne et, pour le mariage de l'une d'elles, Anna-Caroline de Saxe, avec le grand-duc héritier de Toscane, une cantate italienne, VAccoglienza, (jui fut exécutée le 15 novembre 1817.

F. Kiiid rima pour Weber les textes de la Jitbel Cantate, composée pour ([uatuor vocal, chœur et orchestre à l'occasion du cinquantième anniversaire tic l'avènement au trône du roi de Saxe, et de Natur ifnd Liebc, cantate pour deux ténors, deux sojdiiiii et deux basses, écrite pour la fêle d'Auguste et exécutée au chà- Iraii .1.' Pillnitz le 3 août 1818.

VVebcr composa, |i(uii- la Irlc du roi. iinr im-sse (jui lui valut un»^ baguf et 20(1 diicals. et iim- autre messe pour ses noces d'oi\ A l'ocasion ilii mariage du prince héritier Frédéric, 1)11 <lr\ait rei)réseMl( r iiii opéra

allemand dont Kind ferait les paroles et Weber la musique. Cet ouvrage devait s'appeler Alcindor. Weber s'était retiré à la campagne, àHosterwitz,prèsde Pillnitz, sur l'Elbe, pour y travailler. Pendant le congé du comte Witzthum, il fut décidé en haut lieu que l'opéra allemand ne serait pas donné et qu'il serait remplacé par un concert. Les morceaux écrits par Weber devinrent inutiles. Quelques-uns furent replacés dans ses ouvrages ultérieurs, notamment dans Oberon.

Les amis du Liederkreis, les artistes du théâtre, des musiciens de passage à Dresde, Louis Spohr, le père de Mendelssohn, le fils de Mozart, venaient visiter à Hosterwitz, le ménage Weber qui les recevait sans façon ; on prenait des bains, on canotait dans le fleuve, on faisait des excursions dans la charmante campagne des environs de Dresde. Kind était 'prié d'y venir entendre les morceaux récemment écrits pour le Freischûtz. Lina les lisait au piano, ou le compositeur lui-même les fredonnait de sa voix ruinée par l'accident de Breslau, fatiguée par les quintes de toux. Les deux collaborateurs imaginaient d'autres opéras ; ils songeaient à une Ida Munster^ avec mise en scène du tribunal de la Sainte- Vehme, à la tragédie du Cid.

Devenue la femme de Weber, le 4 novembre 1817, Carolina Brandt, ({ui s'était fait remarquer [)ar des qualités de grâce et de gentillesse dans les rôles de Zerline, de Cendrillon, avait renoncé au théâtre. Elle se révéla femme d'intérieur, excellente ménagère comme le sont la plupart des actrices allemandes. Aimable, préve-

40 W E B li l\

liante, dévouée, elle lit le bonheur de son mari et sut l'attacher à son foyer. Un an après le mariage (le 22 septembre 1818) naquit une fille dont le roi et la reine de Saxe acceptèrent d'être les parrains ; mais elle mourut au bout de quelques mois.

De l'année 1819 datent quelques-unes des compositions importantes de Weber, la messe en sol pour le jubilé (h' mariage du couple royal, le trio pour piano, (lûlr cl violoncelle, des pièces de piano: le Rondo brillant, la célèbre Aufforderung zum Tanz, la Polonaise en ini majeur, plusieurs lieder. Le comte Briihl, intendant général de la Cour prussienne, lui ayant demandé un plan d'opéra inédit pour l'ouverture du nouveau Sc/iauspielhaifs, Weber lui soumit le sujet du Freischillz qui fut aussitôt agréé,

Weber avait traité tout d'abord la scène initiale du second acte, dite des deux cousines et toutes celles où paraît Annetle. Dans ce personnage déjeune fille alerte, gaie, rieuse, il voyait l'image de sa chère Lina. Pendant qu'elle était encore engagée à Prague, il la tenait au courant des travaux de Kind, lui disait son enthousiasme pour le /^'/eiscAM/:;; il lui en avait soumis le manuscrit. Maintenant, à ses côtés, il poursuivait la composition de son ouvrage, mais avec de longs intervalles. La partition dw Freischillz l'ut terminée le l.'{ mai 1820.

Dans cette môme année 1820, si féconde et si remplie, Weber avait conmiencé sur un poJ'me de Th. Hcli. un opéra-comique intitulé les Trois Pinto, qui resta inachevé, et, sur la demande du comte Briihl. composé des

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intermèdes pour une comédie tirée parl'acteur Al. WolfT, sous le titre de Preciosa, d'une nouvelle de Cervantes. Preciosa fut jouée à Berlin le lo mars 1821 et représentée aussi à Copenhague. La critique traita froidement cet ouvrage, mais il trouva bon accueil auprès du public.

Pendant l'été, au lieu de se reposer à la campagne, Weber entreprend une nouvelle tournée de virtuose : il se produit à Halle, Brunswick, Gottingue, Hanovre, Brème, Oldenbourg, Hambourg, Lubeck. De là il va, avec ses frères Fridolin et Edmond, revoir Eutin, sa ville natale, où il n'était pas retourné depuis dix-huit ans, y donne un concert le 13 septembre ; le 15, il est à Plœn, en Holstein, puis se dirige sur Sleswig, Kiel, où il prend le bateau pour Copenhague et revient ensuite à Dresde avec sa femme, qui était allée l'attendre à Hambourg.

La mise à la scène du Freischïttz avait été longtemps retardée par la reconstruction du Schauspielhans. Enfin, le 8 mars 1821, le comte Briihl proposa au compositeur la distribution des principaux rôles. Toutefois, il faisait connaître que M^'^ Eunike jugeait le sien trop court et exigeait un air déplus. C'est ainsi que Weber fut amené à ajouter au troisième acte la scène et Tariette d'Annette dont il demanda les paroles à Kind et qui a pris le n° 13 dans la partition. Le morceau fut composé à Berlin.

Le 2 mai, Weber quitta Dresde en voiture avec sa femme ; il arriva le 4 à Berlin, descendit chez les parents de Meyerbeer et commença les études de son ouvrage, pour lequel il n'eut que seize répétitions en scène.

4i \vedi:r

Le Sc/tmispiel/iaiis auquel le Freiscliùlz était destiné s'ouNiil le '1^ mai 1821, par une représentation d'Iphigénie de Gœtlie, suivie d'un ballet du prince Charles, la Fée aux roses. Le Freuch'ùtz était prêt à passer le 12 juin. Il lui dilléré sur un ordre du roi, qui voulaif montrera des hôtes de passage les splendeurs d'0/ym/;iV, de Spontini, montée récemment à l'Opéra de Berlin. Enfin la première eut lieu le 18 juin.

II y avait foule à cette représentation ; T. -A. lloll'mann, I auteur des Contes fantastiques, Henri Heine, sir Julius Benedict, le compositeur anglais, élève de Weber, Mendelssohn, âgé de douze ans, y assistaient. L'ouverture produisit un effet magique, surtout la péroraison en ut majeur. Le premier acte fut écouté froidement. Au second, le duo des deux jeunes filles et la sémillante ariette d'Annelte plurent aux auditeurs ; le succès alla surtout au grand air d'Agathe. Le tableau fantastique de la Fonte des Balles, malgré les maladresses de la mise en scène, porta l'enthousiasme à son comble. Au troisième acte, la romance d'Agathe, l'air d'Annetle furent goûtés ; le lied du Junrjfernkranz fut bissé, le chœur des chasseurs applaudi. Après le finale, Weber rappelé, comblé de llt'urs et dhommages en vers, comparut entre ses interprètes, M"" Seidler et Eunike.

La presse fut moins chaleureuse, mais elle ne méconnut pas cependant la valeur de l'œuvre. Ci'ili(|U(; écouté, T. -A. Ilon'inann, (jui était aussi un compositeui- dr mérite (son opéra Ondinc avait été monté à Prague par WClicr), conchil rn ces termes : « Depuis .Mozarl. il n'a lirn été

écrit dans le genre de l'opéra allemand de plus significatif que le Fidelio de Beetlioven et ce Freischûtz. »

Le 1" juillet, Weber retourna avec sa femme à Dresde. Pendant son séjour à Berlin, il avait composé l'une de ses œuvres les plus célèbres, le fameux Concertstûck (op. 79), dédié à la princesse Marie- Auguste de Saxe, qu'il joua lui-même pour la première fois, le 2.0 juin 1821, dans la salle du Schauspielhaus.

Le succès du Freischïitz grandit à chaque représentation et devint tellement décisif que, dans l'espace de cinq années, l'œuvre fut représentée sur presque toutes les scènes allemandes de quelque importance. Elle fut montée à FOpéra de Vienne dès le 3 novembre suivant* et à Leipzig le 23 décembre. Elle fut mise en scène à Dresde le 26 janvier 1822, naturellement sous la direction de Weber. L. Spolir assista aux dernières répétitions. 11 avait, lui aussi, projeté de faire un opéra du Freischûtz d'après le conte d'Apel. Apprenant que Weber allait traiter ce sujet, il y renonça et choisit celui de Jessonda^ tiré de la Veuve du Malabar. Peut-être avaitil pris ce parti à regret, car son jugement ne fut pas des plus bienveillants.

Weber avait fait aussi un autre mécontent. Dans ses souvenirs sur le Freischûtz, Fr. Kind se plaint du sans-

* A Vienne, la censure avait inlligë au livret des corrections bouffonnes. Les rôles de Sarnicl et de l'Ermite avaient été supprimés ; en oulre, comme rimipcreur n'aimait pas entendre sur la scène des coups de feu, les balles franches avaient été remplacées par des flèches enchantées. Quand il se rendit à Vienne, Weber eut beaucoup de peine à obtenir ijue l'on réintégrât Samiel et la fonte des balles dans le tableau de la Gorge aux Loups.

46 wi:ber

gène avec ItMjucl \v t'ompositcur a lui-mriiic mis en scène son ouvrage à Berlin el à Dresde, sans s'occuper de son collaborateur. En eiïel, Weber le convia seulement à la répétition générale et à la première représentation à Dresde. D'autre part, Kind se repentit amèrement d'avoir, pour une soFTime modique, aliéné ses droits d'auteur.

Ayant entendu dire par un amateur de tbéàlre (ju'une somme de 800 llialer aurait été remise par le comte Briibl au compositeur comme revenant au librettiste, il écrivit à VN'eber pour lui demander si le fait était exact. Celui-ci démentit cette assertion (|u'il Iraila d'absurde; cependant il avait éprouvé quelqut; remords vis-à-vis de son collaborateur, car il lui envoya spontanément une somme de 8 Frédérics d'or que Kind refusa. [Is continuèrent néanmoins à se voir; mais les projets de collaboration pour le C^rf furent abandonnés.

Après la représentation de Dresde, Weber partit pour Prag-ue où il monta lui-même le Freischiitz. Il le dirigea ensuite à Vienne dans une représentation au bénélice de la Scbrœder. Il fut rappelé, fêlé avec enthousiasme connue il l'avait été à Berlin «'l à Drt!sde.

En novembre 1821. Viinpresariu Barbaja lui avait demandé « un opéra dans le genre du l'^reischûlz ». \\(1m r pensa d'abord à un sujet de ^oii collaborateur Kind. le Si'nnciit. puis à hxDido/i de Hfdistab. Là-dessus, lleliiiiiia de Cbézy, basd)leu dont il a\ail lait la connaissance dans les if'unions du Lift/rr/,iris. fennne corpulente et niùre, à la tête exaltée, soumit au comj)Osileur

diverses légendes tirées des liistoiros d'amour du moyen âge, entre autres celle de « Gérard de Nevers et de la belle et vertueuse Euryanthe de Savoie, sa mie », qu'elle avait découverte dans le recueil des Poèmes français du xiif siècle, publié à Leipzig en 1804 par Fr. Schlegel. Ce sujet dont Boccace avait tiré une nouvelle et Shakespeare la comédie de Cymbeline, fut accepté par Weber.

La composition à'Eiiryantlie se place dans l'été de 1822 et les premiers mois de 1823. Esquissée dans son ensemble à la fin d'avril, la partition fut écrite presque entièrement à Klein-Ilosterwitz. Dans les rares loisirs que lui laissait son service de kapellmeister à l'église et au théâtre, Weber travaillait assidûment à son opéra. Le 23 août 1823, l'ouvrage était orchestré, sauf l'ouverture qui fut écrite à Vienne du 6 au 19 octobre suivant. Weber y était arrivé le 28 septembre.

Barbaja avait réuni dans son théâtre du Kœnitnerthor la plus admirable troupe italienne que l'on y eût entendue depuis l'époque où Mozart faisait jouer les Noces de Figaro (1" mai 1786). La Fodor et Lablache en étaient les protagonistes. Tout Vienne délirait de la folie rossinienne, le maestro assistait en personne à ses triomphes. Au sortir d'une représentation de la Cenerentola, Weber avouait avoir subi l'influence de l'enthousiasme universel et cependant il exécrait la musique de Rossini. Au lendemain de ces soirées italiennes de bel canto, de mélodies faciles et de vocalises perlées, une partition , sérieuse, fortement pensée, et de forme toute dillérente comme celle <\.' Euryanthe, avait peu de chances de

réussir. Cependant, le compositeur avait eu soin de confier le rôle principal à une débutante de dix-sept ans qui était déjà l'idole du public, Henriette Sonntag",

Les représentations du Freischùtz à Vienne avaient fait à Weber des partisans. Ils se recrutaient parmi les habitués de la Lùdlamshœhle, cercle littéraire et artistique qui tenait ses réunions dans un kt>Uer sombre et enfumé. Aux répétitions, Tenlbousiasme des interprètes allait croissant, car Weber, kapellmeister éprouvé, précis, ardent, avait, dans la conduite de ses musiciens. une action électrisante. Le soir de la première représentation (2o octobre 1823), son entrée à rorcliestrc fut, saluée par des acclamations. L'ouverture fut bissée, il l'annonçait, le lendemain, à sa femme. Le premier acte fut bien accueilli, sauf le duo d'Euryanthe et d'Eg^lanline. Dans le second, l'air de Lysiart : Wo berg 'ich mich ? fui applaudi; le duo de vengeance produisit beaucoup d'impression. Par contre, le duo d'Euryantbe et d'AdoIar plut au public moins qu'il ne l'avait espéré. Le finale du second acte souleva un enthousiasme indescriptible ; au troisiè'me, le chœur des chasseurs fut t risse. Henriette Sonntag, idéale personnification de la jeune fille innocente, triompha dans le rôle d'Euryanlhe.

Bien (|ue Weber eût été rappelé onze fois dans les trois soirées où il dii'ijj^ea l'orchestre, il était é\ident (jue le succès s'adressait plutôt à la persoiuif ilu maîli'e (ju'à l'œuvre elle-même'. Le public cjui attemlait une succession de fraîches méh^dies comme celles du FrrischiitZy était désorienté, car on lui olhait, dit M. (ielir-

NHVER ACTED.

Théâtre KoyaÏ5 Covent-Oarden,

This présent WEDNESDAY.. AprU 12, i826.

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THE ELF'KIjVG's OATS,

The PVERTURS and Uicwh«Ieof tiie ML'BIC coniposedby

CARL MARZA VON ^ViTEBER,

Who will prciilc this Eveni;ig in Ihe Orchestra.

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Ih. !).«:.'Jli toni^,.e b; Mr. ^LSTIN.

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Faiiies.

0(«ro«, Kvii 9/ iKi Fi..'itl, Mr. C. riLAND. puel. Min IL CytWSE,

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S« Hwn, 6f D.--<îiw4. /ia< fl/ (ïaifttnr Mr. 3 II AH Ji 31

SAnus.», Iiit S'^.trr ,.,.^îf. .F4WCETT, ■ *

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., r Tunisians,

Ali^EUl. a Ctrtair, Mr. HORRSKOtt', SI»»», Mr. TL'.rvEV,

B«è.at. HT/, «, ,«„„„„ m;» Lac y.

"■^'B*. a )!r^o*V A/orr, .Mrs. WtLSON, OScer», Soiirt;. Slave, fcc. tf ihc <Jjff.:fEnt Ceuru. F«rU-, Str.tc». <e.

Orrffr cf thc Scencry :

OBEïlON'S BOWSa,

DbunI Vicv of Bagdad, and thc odjaccnt Country on the BauksTf the T^^s!

GRAND BANQUETTING CHAMBER of HAROUN.^"^"'"

&ARDE^'. -f 1-., r.iLACr:. p„t

PPRT OF A&tlALOir, . T<àL,

^■^'^ '•î!r'L^'"'',"^'^J '■''^ ROCKS of a DESOLATE ISLAND

Feiforated Caveru on tkeBeach.

With the OCClN-in a STOR.M-a C.VLM-by SUNSET- . Tiringhl—SiarIig!u—z:td MooitUghl. - T.Sno.

ExteriorofGardenersHrjuse inthePlfaiureGrounds of the Emir of Tunis. """' Hall and GnUery in Almansofs Palace. B.On».

«VRIJE OnoVE m ti« CARUE-IS or Ihj E.MtR o-j,

GOLDEN SALOON in Ihe KIOSK of KOSHANX V.g;^^

COURT ofih.HAI!Ê.>L p^J;

HALL of ARMS infhe Palace of Charlemasne.S,^

To-hiij, oTll te ecoeJ (8M ûmi^) « NgW.flECE. in ono .o, ejiwi

VKIS S0AFE-@O A?.

Oli Eiuuw. Mf BLANCHiOlD, Clijrtes, Mr.COOPER

Igfiliui PoIy.Ioi. Mr. W, FARKEX. lUhn. Mr. MEADO'ws

MollyWaitgi. .M.i« JO.NE?, H.iri.l. .Mus A. JONES

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"wTbEVWOUJS, ftMtt, i. b,tiitit-Cmn. hoai.

LONDONER THEATER-ZETTEL DER ERSTAUFFÛHRUNG DES ,0i5ER0X" -

S',.-.. . . Originale -m Bcuilic dts Musikhistorischen .Musfums des Hcrrn Kr. N'icolas .Manskopf

iij Frar-.Ufurl a. M.

AFFICHE DE LA PREMIÈRE REPRÉSENT.\TION d' ObefOll

Tli(?àlro royal de Coveiil-flarden Londres), 12 avril 18^6 (bibliollà-que de l'OpéraJ.

mann, « de la déclamation mélodique et il restait sans guide devant une action incompréhensible ». Après le départ de Weber, qui eut lieu au lendemain de la quatrième, l'obscurité de l'œuvre devint pire encore par suite des longues et impitoyables coupures que pratiqua le chef d'orchestre Gonradin Kreutzer. A la huitième, la salle était presque vide ; ce^enàdint Eurt/a?ithe eut en tout une vingtaine de représentations.

La partition, publiée par l'éditeur Haslinger, fut dédiée à l'empereur François II, qui reçut l'artiste avec une afïable simplicité. Ce qui dut avoir plus d'importance aux yeux de Weber, ce furent les encouragements de Beethoven qu'il était allé visiter à Baden en octobre; le maître l'accueillit de la manière la plus amicale et lui souhaita bon succès. Le critique de la Wie/ier Abendzeitung vit dans la première représentation à!Euryanthe l'aurore d'une nouvelle musique dramatique, mais, en général, la presse viennoise traita l'œuvre sans bienveillance. Grillparzer, le célèbre poète autrichien, écrivait à Beethoven (\\x Eiiryanthe était « plutôt de la poésie que de la musique ». Pour Franz Schubert, qui se vengeait ainsi des propos injurieux récemment tenus par Weber sur son mauvais opéra Alonzo et Ëstrella, ce n'était « môme pas de la musique » !

Le 5 novembre 1823, Weber quitta Vienne. Le 10, il était de retour à Dresde, auprès des siens. Le personnel du liiéâtre lui fit fôte à sa rentrée. Le public lui prouva son affection en acclamant Ewyanthe, lorsque cet opéra fut monté à Dresde.

Mais Weher était déjà g:ra\('mtnt atteint. Le travaille fatiguait. Il se reposa pendant pi-cs(jue toute l'année 1824. Pour le soulager dans ses fonctions de kapelhneister, on lui adjoignit le jeune Henri .Marschner. Dans l'été de 1824, les médecins l'envoyèrent aux eaux de Marienbad pour sa maladie de poitrine. Son état de santé l'avertissait de sa lin prochaine; Vin&ucces iVEîfrt/anthe au tiiéàtre l'inquiétait par ses conséquences pécuniaires; il avait des craintes pour l'avenir de sa femme et de ses enfants, car il lui était né, le 6 janvier 182^, un second fils, Alexandre-Victor-Maria *.

Quelques mois plus tôt, il avait reçu la visite d'un émissaire de la direction de l'Académie royale de musique, Ferdinand de Cussy -, (jui lui demandait un ouvrage nouveau pour Paris. Pres(]ue en même temps, le tragédien anglais, Fi'édéric Kcmble, lui adressait la même demande, il lui achetait oUU livres sterling la propriété pour l'Angleterre de la partition et de la réduction piano et chant, lui garantissait un concert à bénéfice et des honoraires de 220 li\res pour les concerts tju'il dirigerait à Covent-Garden. La proposition d'Outre-Manche était plus avantageuse ; Webei- n'iHait pas riche, le jiressentiment de sa fin piochaine lui faisait un devoir d'assurer le sort de sa famille, il accepta.

' Le premier, <|ui fut snn biograpiie, Ma\-Miiri,i do Weber, élait né le 2;i avril lS2i. Il dovinl direclour des chcminti de fer de la Save. .\ sa mort (17 avril 188)), il était conseiller du gouvernement ù Berlin.

• Né on 17'J.ï. mort en 18<)6; diplomate français, fut sous-direcleur aux Affaires étrangères et consul à Livourne. Auteur de plusieurs ouvrages politiijues et diplomatiques.

Des deux sujets allemands qu'on laissait à son choix, Faiixt et Oùero/i, il repoussa le premier, par égard pour Spolir, auteur d'un Faust alors en vogue; il s'arrêta à celui d'Oberon, peut-être en souvenir du succès obtenu par VOberoii de Wranitzky, joué pour la première fois à Francfort en 1790 et devenu populaire en Allemagne. Le livret fut tiré par J.-R. Planché, un médiocre littérateur établi à Londres, de la traduction par Sotheby du poème de Wieland, qui lui-même avait puisé ses inspiralions dans une adaptation par M. de Tressan, en prose à la mode de 1780, d'un poème français du moyen âge, long de dix mille vers, intitulé Hiion de Bordeaux. Le librettiste y mêla des réminiscences de la Tempête et du Songe d'une nuit d'été de Shakspeare. Il expédia son poème à Weber à la fin de 1824 et au début de 1823.

Pour composer Oberon, Weber eut le courage d'apprendre l'anglais ; il prit cent cinquante-trois leçons, dit W. Jâhns dans sa notice biographique. Quelques morceaux du premier acte furent écrits en février et mars 1823; le reste, de septembre à novembre et du commencement de janvier jusqu'au milieu d'avril 1826. Concurremment avec Oberon, Weber harmonisait Dix Chants écossais pour l'éditeur G. Thompson, d'Edimbourg et composait deux chœurs d'hommes. Dans l'été de 1823, à la suite d'une saison aux eaux d'Ems il recouvra quelques forces qui lui permirent de continuer son œuvre. En hiver, il se rendit à Berlin où Euri/anthe fut représentée le 23 décembre avec grand succès.

Weber n'ignorait pas (ju'un voyage en Angleterre

hâterait sa fin. Sa femme et ses amis essayaient de l'en détourner. Il leur répondait : — « Que je parte, que je ne parte pas, je n'en suis pas moins dans Tannée un homme mort. Mais si je pars, mes enfants, malgré ma mort, aurontde quoi manger ; ils souffriront delà faim si je reste! » Fidèle à la parole donnée, Weber prit place le 7 février 182G, avec le flûtiste Fûrstenau, dans une bonne voiture de poste, pour aller en France s'embarquer à Calais.

Arrivé à Paris le 25, il y passa quelques jours et reçut le meilleur accueil chez ses confrères, Gherubini, Le Sueur, Paër, Auber. Il apprécia la cuisine de nos restaurants, vit jouer à lOpéra-Comique la Dame blanche de lioït'ldieu, alors dans sa nouveauté et dont il fut ravi; il admira les splendeurs de notre Opéra oii il avait songé à faire monter Eurijanthe. Weber se crut obligé de faire une visite de politesse à Rossini. 11 laborda avec un peu de gêne, à cause des attacjues (ju'il s'était permises contre sa personne, en 1822, lorsque Zelmira fut jouée à Vienne. Rossini le mita son aise, l'embrassa et lui déconseilla sagement bî voyage à Londres. Comme Weber invoquait le contrat qui l'obligrait à s'y rendre, Rossini poussa la gracieuseté jusqu'à rédiger une lettre <le présentation au roi George.

A son arrivée à Londres, Weber reeut l'hosjiitalité che/ un mélomane, sir George Sniarl. (jui laccurillit a\i'c la {)lus granile cordialil»''. Kl ccl accueil. Webei' le li'ou\a |iarl()iil en Angleleri"e, dans le monde, <'onnne (lie/ les artistes. L'empressenient des musiciens à faire

sa connaissance était confirmé par l'enthousiasme du public londonien qui, outre le Freischïitz, connaissait déjà Abii-Hassan et Preciosa. Weber était donc populaire avant d'avoir paru. Lorsqu'il entra pour la première fois dans la loge de Kemble, à Covent-Garden, un tumulte d'applaudissements et d'acclamations le salua; il fallut que lorchestre jouât l'ouverture ^\x Freischûtz. Au premier concert qu'il donna, douze morceaux de cet opéra furent exécutés avec un succès extraordinaire.

Les répétitions à'Oberon commencèrent le 9 mars 1826. Les chanteurs, surtout les premiers sujets, le ténor Braliam qui jouait le rôle de Huon et miss Paton, chargée de celui de Rezia, étaient bien disposés. Mais Braham témoigna les exigences habituelles aux artistes lyriques à cette époque. Il fallut écrire pour lui un nouveau grand air, à la place de celui du premier acte où se trouve le fameux chant de clarinette de l'ouverture ; deux jours avant la représentation, il exigea encore une preghiera à intercaler au second acte.

A son départ de Dresde, Weber n'avait pas encore achevé sa partition. Aussi, pour terminer le troisième acte, dut-il puiser dans ses œuvres médites ou dans ses opéras de jeunesse et en ajuster les morceaux au texte du poème. Au milieu de tracas de toute sorte, accablé de visites, d'invitations, surmené de fatigue, épuisé par la maladie, le malheureux artiste travaillait à compléter le dernier finale, écrivait le rondo chanté par Huon au troisième acte et la prière intercalée au second, ajoutait la cavatine de Rezia en fa mineur, la romance de Fatime :

56 \V lî R E R

Arabie?} ,mein Heimalhland! ol ag^ciK^ait avec sa doxlérité coulumiÎTc la poétique ol l)rillante ouverture.

La première représentation fut donnée le 12 avril avec un éclat incomparable : 7 000 livres sterling (175 000 fr.) avaient été dépensés par Kemble pour la mise en scëne. La pièce ne comprenait pas moins de seize tableaux, encadrés de décors splendides ; on y avait introduit des trucs ingénieux qu'admirait fort le compositeur. Bien qu'à la répétition générale, elle eût reçu un décor sur la tête, miss Paton cbanta merveilleusement. On bissa l'ouverture, l'air de ténor du premier acte; au second, l'ariette de Fatime et le quatuor; au troisième, la ballade de Fatime. Après la représentation, Weber fût rappelé avec les ovations frénétiques qui l'avaient salué à son entrée à l'orchestre.

Le lendemain, le maître faisait part à sa femme de son triomphe, comme il lui racontait, en des lettres intimes, alfectueuses et enjouées, ses faits et gestes d'artiste en voyage, acclamé, fêté par l'aristocratie, appelé à faire briller dans le monde son merveilleux talent de pianiste, soit à Londres, soit dans les châteaux des environs. On payait jusqu'à trente livres sterling le plaisir de l'entendre. Malheureusement son concert à bénéfice tomba le jour des courses d'Epsom ; le spori, pour les Anglais, passe avant la musifjue. .\ussi, bien qu'il eût mis au programme la lubelcantate dont l'ouverture se termine par le God sdve ihe Kijifj ! la recette ir.illcignil pas 100 livres, — « lieaucoup [loui' l'Allemagne, pour Londres, rien! » écri\;iil-il à sa femme.

Il devait quelques jours plus tard, exactement le o juin, diriger le Freischûtz à son bénéfice. Epuisé de fatigue et vaincu par la phtisie, il expira dans la nuit du 4 au 5. On le trouva le matin mort dans son lit.

L'autopsie révéla la présence dans le cou d'un abcès gros comme une noix et le poumon fut trouvé plein de tubercules. Le corps de Weber, réduit à l'état de squelette, fut placé dans un cercueil de métal et transporté le 15 juin à la chapelle catholique de Moorfield, où il fut déposé dans la crypte après de très imposantes funérailles. Les premiers artistes y firent entendre le Requiem de Mozart. Sa mort fut pour Londres un deuil public, mitigé par cette satisfaction que la dernière grande œuvre de Weber eût été composée pour les Anglais. S'il avait vécu, peut-être l'eussent-ils retenu dans leur cité, comblé d'honneurs à l'égal de Hœndel, revendiqué comme un musicien national. Mort prématurément, Weber resta ce qu'il était : un artiste allemand; niais sa patrie, dontil avait accru glorieusement le renom musical, l'oublia longtemps dans la froide crypte de Moorfield.

En 1840, un admirateur de Weber publiait qu'il avait eu peine à trouver sous la chapelle la sépulture du maître. Le cercueil, tout vermoulu, était confondu avec d'autres moins illustres; mais une plaque portant une inscription commémorative y avait été récemment apposée grâce aux soins pieux (Tun Anglais.

En Alk'magne, on s'émut de l'abandon des restes d'un homme admiré pour son génie comme un héros national.

î)8 VVEBER

En mars 1844, le j'ouveriiement du duché d'Oldenbourg décida qu'une statue serait élevée à Weber dans sa ville natale, Eutin. Quebiues mois après, Dresde se pi(iua d'émulation et songea à faire revenir les restes de Weber pour lui ériger un mausolée. Grâce à l'énergique propagande que fit Riciiard Wagner, alors kapellmeister à l'Opéra de Dresde, en faveur de cet honnnage inusité, le retour des cendres cul le caractère dune grande solennité.

Arrivé à Dresde par le chemin de fer dans la soirée du 14 décembre 1844, le cercueil fut placé sur un bateau. Sur la rive gauche de l'Elbe étaient rangés les corps de musique, les académies et les députations. La barque l'uncbre, portant un catafalque éclatant de lumières, traversa lentement le fleuve. Lorsqu'elle fut airivée au quai, le cercueil, mû par un mécanisme ingénieux, s'éleva de lui-même, au milieu des torches, aux acclamations de l'assistance. Le cortège se forma aussitôt, constellé de milliers de flambeaux, et le corps fut transporté au cimetière ca(holi(iue de la Friedrichstadt , aux sons d'une marche funèbre composée {)ar Wagner, sur des fragments lï Eari/anthc ; vWv était jouée par 80 instruments à vent. « A l'entrée du cimetit're, se tenait le personnel du théâtre, ayant à sa tête Wilhelniine Schrœder-Devrient. Une courte cérémonie eut lieu dans la chapelle iiiorluaiic, puis les torches s'éteignireiil. la foule se dispersa. »

Lr lendemain eut lieu l'inhumation, c* Max-Maria île ^\'ebeI• jeta la première pelle|(''e de lerre, les plus

proches assistants l'imitèrent, puis la tombe se remplit de lauriers et de couronnes. » Devant le caveau de famille oii le plus jeune fils de Weber, Alexandre-Maria, avait, de cinquante jours à peine, précédé son père, Wagner prononça un éloquent discours^ et fit chanter ensuite un chœur à quatre voix d'hommes dont il avait composé les paroles et la musique.

Le 11 octobre 1860, fut érigée à Dresde, près de l'Opéra, la statue en pied de Weber par Rietschel.

En 1886, l'anniversaire de la naissance du maître fut commémoré dans toute l'Allemagne par des solennités artistiques.

Aug. Reissmann — l'un dos meilleurs critiques musicaux allemands de la fin du xix^ siècle — se livTe à un rapprochement ingénieux entre Mozart et Weber.

Fils de musiciens l'un et Fautre, ils apprennent la technique dès l'âge le plus tendre, mais le père de Wolfgang était un homme du métier pour qui le premier devoir du compositeur consistait dans la possession complète des formes de l'art; celui de Garl-Maria était un dilettante qui, sacrifiant tout au succès, entraîna son fils dans cette voie et le poussa vers les créations brillantes, à elfet. Mozart et Weber meurent jeunes l'un et

* Le texte de ce discours a été recueilli dans ses Gesammelte Schriften et traduit en français par M. Camille Benoît. R. Wagner Souvenirs, 1 vol. in-18, Paris, 1884, Cliarpenlier.

l'autre; mais Wclier n'atteignit jamais à la perfection (le Mozart, soit qu'il ne fût pas aussi génialement doué que son devancier, soil que son instruction musicale ait été mal conçue, insuffisante chez lui la prati(|ue des exercices scolasliques.

L'incendie de l'armoire de Kalcher ayant détruit les compositions manuscrites de l'adolescence de Weber, opéra de début, messe, sonates, lieder, variations, il faut donc juger le musicien d'après les morceaux qu'il écrit ou publie à partir de IlOO, caries six fughcttes puériles éditées en 1"'.I7 ne comptent pas. La Variation était en grande faveur à cette époque; Pli.-Em. Bach, Hayiln, Mozart, avaient pratiqué cet art avec un talent remarquable, lîeethoven y avait eu recours pour complaire à ses éditeurs ou par délassement de ses travaux de haute composition; mais le roi de la variation pianistique était alors Humniel. C'est une forme d'art moins difficile que le développement thématique proprement dit ; il n'exige que de la facilité, de l'imagination et de la souplesse. L'adolescent avait un don tout personnel d'improvisation, de la fantaisie, un jeu brillant. Il devait tout naturellement se toui'uer du cùl('' dr la \irtuosilé. Weber écrit donc, sur des idées personnelles ou sur des thèmes empruntés à autrui', plusieurs séries de variations pour piano ou pour instruments. Dans cette forme sont conçus les op. 2, 5, 6, 7, 0. une des pièces de l'op. '.\ et (dus lard les oj.. '12, 2H, 'n, 40, 5o. Il intro-

' Il prit, liai iMini)!.-, .ihiiiih' >ujcts des tliénius linJs dos ojJL'ras de son luallre : Castor et l'oUiix, Sainori.

duit la variation dans ses sonates de piano, dans son concertino pour clarinette, etc.. \J Ouverture, chinoise n'est en réalité qu'une série de variations pour orchestre.

Dans ce genre particulier, Weber apporte une verve inventive, beaucoup de variété, de la fantaisie ; il montre du goût pour les dessins chargés de notes, pour les allures j-ythniiques dansantes, telles que la mazurka, la polonaise, le boléro et pour les contrastes subits, le style heurté, les oppositions violentes de ff et de pp, et les conclusions en smorzando. Parfois les transformations qu'il impose à l'idée mélodique en altèrent par trop l'essence. C'est le cas pour les Variations sur la romance de Joseph (op. 28) dont le sentiment naïf est réellement déformé à l'excès. Disons à sa décharge que ce thème d'improvisation avait été proposé au compositeur par le roi de Bavière.

La quantité de musique que Weber a écrite pour instruments en solo ou pour instruments concertants, atteste également l'influence des. circonstances. A Carlsruhe, il compose les Variations pour alto, le concertino pour cor: les musiciens de la chapelle du duc de Wurtemberg les interpréteront. A Darmstadt, il dédie des pièces de violoncelle à son ami de Dusch; à Munich et à Prague, il produit des morceaux pour toute sorte d'instruments, le basson, la clarinette, etc., les uns parce qu'ils lui sont demandés, tel le concerto pour V harmonie hord, écrit à la prière de l'acousticien Kauftniann, les autres en vue de faire briller un instrumentiste ami comme le clarinettiste Baermann.

Si ces œuvres ne doivent pas ôtre considérées comme tirs importantes dans l'histoire du talent de Weber. elles eurent du moins l'avantage de le familiariser avec la connaissance technique des ressources de chaque instrument. Il faut d'ailleurs accorder un rang supérieur aux compositions pour la clarinette, car, le timbre poéti(jue et sentimental de cet instrument étant cher à Weber, il écrivit par la suite d'autres morceaux destinés à la clarinette tels que Top. 33 (Variations pour piano et clarinette) et Top. 48 (Grand duo concertant pour piano et clarinette, comprenant un allegro^ un andante d'une expression douloureuse, mais théàlrale et un rondo final à 6/8). Dans ces œuvres se marque le contraste des deux aspects du tempérament de Weber, la mélancolie dont l'expression dolente convient si bien au timbre de la clarinette, et l'allure désinvolte, légère et fringante qui s'exprime hahiluollementchez lui sous la forme du rondo.

A la diiférence des grands maîtres allemands, Haydn, Mozart, Beethoven, qui ont excellé dans la musique de chambre, Weber a rarement traité cette forme ardue de l'art musical. Ses biographes nous parlent d'un Irio de jeunesse détruit dans l'incendie de Munich d une lettre du 25 novembre 1801 à l'éditeur André faisait mention de trois trios pour piano, violon et violoncelle, qui n'ont pas été retrouvés. Il n'existe donc de W^eber, dans cet ordre d'idées, (jue le trio en sol pour piano, llùlc cl \ ioloiicclle ^op. 03j, (|ui date de IHI',), h- (|uatuor pour piano «'t cordes, en si\^ (1809) cl un (luiiilrtlc à cordes avec clarinette (op. 34), en ai majeur, écrit en 181").

Dans ce quintette, qui est certainement inspiré de celui de Mozart, la clarinette a le rôle prépondérant. Le Trio se compose d'un premier mouvement médiocrement traité, d'un andante à 6/8 au titre pastoral : les Soupirs du berger, d'un scherzo en forme de danse joyeuse et l'un finale, d'une spirituelle vivacité. Il en est de même dans le quatuor : un premier mouvement ordinaire est suivi d'un adagio qui est loin d'offrir l'intérêt des adagios des quatuors de Beethoven; un scherzo d'un joli rythme, mais peu original, précède un finale d'une gaieté légèrement ironique, amusant par ses allures prestes, parle dialogue allègrement désinvolte des cordes et du piano.

Il en est de même encore dans ses symphonies, toutes deux en ut majeur. Pour ne point égaler celles de Beethoven, elles ont deux excuses : la jeunesse de leur auteur, — Weber avait à peine vingt ans, — et leur caractère d'œuvres de circonstance composées pour l'orchestre restreint du duc Eugène de Wurtemberg et destinées à des divertissements intimes d'amateurs princiers. Dans la première, les idées ont peu de valeur, les développements sont faibles. L'influence de Vogler y règne, au dire de M. Reissmann; mais l'auteur se souvient de la manière spirituelle de Haydn, surtout dans le menuet et le finale à 2/4 syncopé, qui est enlevé dans un mouvement de presto plein de verve. La seconde symphonie met en œuvre des idées plus mélodiques; en quelques-unes on discerne déjà l'embryon de thèmes que Weber traitera plus tard sous une forme plus originale. Dansle filiale (scherzo-presto à 3/4), d'une vivacité

spirituelli', inlervieiil un cliaiil de cor en la mineur, d'une teinte poétique, qui précède la rentrée du tliènie. Les concertos de piano de Weber vont nous ramener de ses compositions pour l'orcliestre à sa nmsique de piano. Le premier (en ut), écrit à Darmstadt en 1810, est dans la manière de Mozart, bien que les caractéristiques du style de Weber, appo^iatures, arpèges, traits aux allures bondissantes, y apparaissent. A un adagio très court et banal succède un brillant finale, d'allures iiardies et fringantes, avec un trio en manière de danse populaire, dont le rytlime est bien développé. Dans le second concerto en w^^[?, les formes mélodiques sont plus weberiennes, mais la virtuosité y tient une place prépondérante et le meilleur morceau, le rondo final à G/8, est moins original comme rylhnio (juc celui du concerto en ut.

Ces deux concertos sont aujourd'hui délaissés par les pianistes. Par contre, le« morceau de salon » connu sous "If nom de Concertstïick (op. 79) a été pendant des années leur clieval de bataille. Ce qui a contribué à lui assurer cette vogue, ce sont ses allures brillantes cl peut-être aussi le caractère descriptif grâce auijucl il est un peu l'ancôtre des Poi'mes symphoni(jues modernes. Hicii qiu; d'ini seul tfiianl. il i-ciircrinc les trois mouvements traditionnels. .Mais le compositeur a rompu le cadir classique et d'sposé ses rythmes d'ajirt'S le sujet duuc pclili! histoire sentimentale (lu'il lacoula ;i sa lemme et a son élève .1. Benedict, à la |)nuiilic audition (ju'il leur donna du Concertstuck, avant lixéculion à Berlin.

PORTHAIT DE CAHL-M,\RIA DE WEUEU

D'après une sravure anglaise de lS:!t).

(Bibliotlièijuc de l'Opéra).

Chargé d'abord de faire entendre un douloureux adagio en fa mineur qui exprime les angoisses de la châtelaine dont. le mari est parti pour la Palestine, et dt^ sonner, au milieu du morceau, la petite marche simplette en ut majeur annonçant le retour des croisés, l'orchestre joue un rôle moins important que dans les concertos ordinaires. Si, dans ce morceau de concert, la virtuosité tient une large place, elle est subordonnée néanmoins à l'exécution du programme : les élans de Fépouse vers l'époux, les embrassements du couple de nouveau réuni sont exprimés de la manière la plus chaleureuse, non sans quelques formules démodées; mais ce défaut est celui de la plupart des pièces de piano de Weber. Elles portent la marque de leur époque; le romantisme musical de Liszt et de Chopin est sorti de là.

Dédié à Meyerbeer, le Momento capriccioso pour piano en si\^ est apparenté pour le rythme au scherzo de la Symphonie héroïque. Ce morceau, bien conduit dans ses proportions restreintes, est encore d'une touche classique, mais l'écriture harmonique et les caprices rythmi(|ues de Weber en font l'orig-inalité. D'un goût beaucoup moins pur sont le Rondo brillant en mi\^, aux allures voltigeantes, dans lequel dominent les formes périssables de la virtuosité, et les deux grandes Polonaises pour piano. Composées à des dates différentes, l'une et l'autre eurent beaucoup de succès du vivant de l'auteur. Weber, d'ailleurs, paraît avoir eu une prédilection pour le tempo de la Polonaise, soit qu'il ait partagé ce goût avec ses contemporains, soit qu'il

l'ait conçu lors Je son séjour t-n Silésie, car il a introduit des polonaises dans un grand nombre de ses œuvres. L'allure cavalière et désinvolte de la polonaise devait lui plaire par ses contrastes hardis et son rythme fou-

gueux.

Comme les musiciens de son temps, Weber a écrit nombre de valses, (Vallefiiandes suivant l'appellation d'alors, il en a même dédié une série de six à Maiie- Louise, archiduchesse d'Autriche, impératrice des Français; il a introduit le Lied h trois temjjs dans certaines de ses compositions instrumentales, dans les trios de ses sonates de piano. Il lui était réservé de chang^er les formes de la valse, de les rendre plus capricieuses, plus passionnées. C'est en cela surtout (ju'est intéressante Y Auff'ordennig zum Tanz.

Ce morceau célèbre suppose un petit programme sentimental et pour h'(iuel on peut imaginer une mimique correspondant aux rythmes divers (jui s'y succèilent. D'après l'interprétation qu'en a donnée l'auteur, cette Invitation à la danse serait une pantomime; lintroiluction et la coda (jui en ramène le thème, se comprennent d'elles-mêmes. On croit enlenfiic les paroles, voir les gestes et assister aux adieux du couple (|Lii se lorme et se quitte à regret. On piul, dans l'iiilcrN alb;. iniag'iner toute la frénésie de la valse telle (|ue la goûtent les Viennois dans leurs immenses salles de bal oii s'idiaindirnt des amourrlles. Aussi les commenlaleins de W'rlii r fonl-ils dater île Y Au/forderuinj la dislocation dr l'ancienne allemande uniformr ri i-égulii-re, — miiui<t jdus

rapide, simple lœndler populaire, — qu'a remplacée la valse contrastée, tantôt frinc-ante, tantôt abandonnée et langoureuse, telle que l'ont traitée les Strauss et leurs imitateurs.

Une dizaine d'années plus tôt, à Stuttgard, pour ses élèves, l'artiste avait écrit les Six sonates progressives, destinées aux débutants et qui ne comptent guère; mais, en 1812, il s'attaquait au genre difficile de la grande Sonate pour piano vers lequel ses aptitudes ne le portaient pas spécialement, car il n'en a produit que quatre et la forme qu'il leur a donnée s'éloigne assez fortement du type classique. L'exposition à peine tracée, le compositeur fait intervenir des épisodes sans lien avec les idées principales ou se jette dans les caprices pianistiques.

Cette remarque s'applique surtout aux premiers mouvements de la sonate en ut et de celle en la\^ et aux amiante de l'une et de l'autre. Il ne faut pas comparer les andante des sonates de Weber, dont l'idée, assez courte et pauvre, appartient plutôt à la forme Lied, aux adagios de Beethoven, si profonds de pensée. Pour leur donner de l'intérêt, le musicien les dramatise aussitôt, au lieu d'en tirer un développement thématique, ou les brode de variations ingénieuses. Dans les sonates en ré mineur et en nii mineur, l'emploi du contrepoint est plus habile et le style pianistique moins prépondérant. Le premier mouvement de la 3" Sonate a môme une énergie farouche et un accent concentré qui en rend le début saisissant. Malheureusement, la nature des idées secondaires s'allie assez mal à celle du thème principal.

C'est surtout dans les imiuu Is ou sc/irrzi et dans los finale (juo la verve fougueuse de Wchcr manifeste sou originalité. Leurs allures désinvoltes et capricieuses, leurs syncopes heurtées, leurs accents marqués à contretemps, la vivacité et l'emportement des traits, leurs dessins hardis parcourant à grands bonds le clavier, sont bien pr()j)res à Weber et difît'rent essentiellement des morceaux correspondants chez Beethoven.

Le finalr de la première Sonate, connu sous Ir nom de Mouvement perpétuel, dt'rive comme idée pi-cmièrii des rondos de Mozart, mais il est traité avec plus de verve et de liberté. C'est un des morceaux dans lesquels Weber a produit le travail thématique le j)lus serré, a montré le plus d'habileté h extraire d'une idée tout ce qu'elle peut donner de rendement [litloresque. Le rondo final de la seconde Sonate, très chatoyant aussi, est moins heureusement condnil : il manque de souplesse, h cause des modulations trop biiis(jues. I*ar conli-e, le menuet en la [7, avec son rvthnie bief, inipi'luenx, et son trio dont la mélodie ondule dans le graxc du clavier, sont enq)reints d'une saveur toute modern(\ La 3' Sonate n"a jias «le scherzo : en l'exanclu', le ro/ido presto est d une «limension qui égale celle de deux morceaux ; les idées secondaires v foisonnent et s'eiilrelarenl en combinaisons iiiL^i'iiienses.

I*in ijiiise «le /i/uilf\ \\ cImt a consu à la V Sonate une

brillanle laienlelle dont Ir dt'\ eloppcineiil . assez lajio-

rienv. niaïKjui' un peu de li'ijt'reh''. sani dans la totlfi (|ni nienri en drcrcscendo. I>e nienm'l en //// tninem' «le celte

soiiatvi est conçu uans des dimensions modérées. Une cadence encore peu usitée à cette époque ponctue l'expo sition d'un thème fougueux et saccadé avec lequel contraste le trio, en majeur, sorte de valse allemande, doucement susurrée en sourdine, dont la deuxième idée, avec ses mouvements contraires aux deux mains, est d'un rythme amusant.

Je n'ai pas dissimulé les défauts des sonates de Weber. Il ne pouvait y mettre ce qu'il ne possédait pas, l'art d'un J.-S. Bach ou d'un Beethoven; mais par la liberté môme de sa conception de la sonate, il brisa les moules traditionnels. « Le coloris orchestral de la mélodie, la hardiesse des rythmes, l'égalité dans l'exposition des idées chantantes, donnée aux deux registres de l'instrument, sont, dit M. Gehrmann, les bienfaits dont le style moderne du piano est redevable à Weber. »

Il faut distinguer dans la musique vocale de Weber les compositions de circonstance, ou les mélodies introduites dans une pièce de théâtre, de celles qu'il a conçues librement, soit qu'il vendît à un éditeur un recueil de Lieder, soit qu'il élût un poème pour le plaisir de le mettre en musique,

Weber a écrit des lieder à toutes les époques de sa vie. Le total atteint la centaine. Un certain nombre n'ont qu'un accompagnement de guitare ; dans sa jeunesse, il les ciiantait lui-même, d'une très jolie voix.

La plupart sont de simples couplets calqués sur la forme du Lied allemand, avec lequid l'avait familiarisé

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