‹ WeberChapitre 2 sur 9 · H CL · texte numérisé non relu

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intermèdes pour une comédie tirée par Facteur Al. Wolfî, sous le titre de Preciosa, d'une nouvelle de Cervantes. Preciosa fut jouée à Berlin le 18 mars 1821 et représentée aussi à Copenhague. La critique traita froidement cet ouvrage, mais il trouva bon accueil auprès du public.

Pendant Tété, au lieu de se reposer à la campagne, Weber entreprend une nouvelle tournée de virtuose : il se produit à Halle, Brunswick, Gôttingue, Hanovre, Brème, Oldenbourg, Hambourg, Lubeck. De là il va, avec ses frères Fridolin et Edmond, revoir Eutin, sa ville natale, où il n'était pas retourné depuis dix-huit ans, y donne un concert le 13 septembre ; le 15, il est àPlœn, en Holstein, puis se dirige sur Sleswig, Kiel, où il prend le bateau pour Copenhague et revient ensuite à Dresde avec sa femme, qui était allée l'attendre à Hambourg.

La mise à la scène du Freischùtz avait été longtemps retardée par la reconstruction du Schaiispielhaus. Enfin, le 8 mars 1821, le comte Brùhl proposa au compositeur la distribution des principaux rôles. Toutefois, il faisait connaître que Mlle Eunike jugeait le sien trop court et exigeait un air déplus. C'est ainsi que Weber fut amené à ajouter au troisième acte la scène et l'ariette d'Annette dont il demanda les paroles à Kind et qui a pris le n° 13 dans la partition. Le morceau fut composé à Berlin.

Le 2 mai, Weber quitta Dresde en voiture avec sa femme ; il arriva le 4 à Berlin, descendit chez les parents de Meyerbeer et commença les études de son ouvrage, pour lequel il n'eut que seize répétitions en scène.

Le Schauspielliaus auquel le Freischûtz était destiné s'ouvrit le 26 mai 1821, par une représentation à'Iphigénie de Gœthe, suivie d'un ballet du prince Charles, la Fée aux ?*oses. Le Freischûtz était prêt à passer le 12 juin. 11 fut différé sur un ordre du roi, qui voulait montrera des hôtes de passage les splendeurs à'Olympie, de Spontini, montée récemment àl'Opéra de Berlin. Enfin la première eut lieu le 18 juin.

Il y avait foule à cette représentation ; T. -A. Hoffmann, Fauteur des Contes fantastiques, Henri Heine, sir Julius Benedict, le compositeur anglais, élève de Weber, Mendelssohn, âgé de douze ans, y assistaient. L'ouverture produisit un effet magique, surtout la péroraison en ut majeur. Le premier acte fut écouté froidement. Au second, le duo des deux jeunes filles et la sémillante ariette d'Annette plurent aux auditeurs ; le succès alla surtout au grand air d'Agathe. Le tableau fantastique de la Fonte des Balles, malgré les maladresses de la mise en scène, porta l'enthousiasme à son comble. Au troisième acte, la romance d'Agathe, Pair d'Annette furent goûtés ; le lied du Jungfernkranz fut bissé, le chœur des chasseurs applaudi. Après le finale, Weber rappelé, comblé de fleurs et d'hommages en vers, comparut entre ses interprètes, Mlles Seidler et Eunike.

La presse fut moins chaleureuse, mais elle ne méconnut pas cependant la valeur de l'œuvre. Critique écouté, T. -A, Hoffmann, qui était aussi un compositeur de mérite (son opéra Ondine avait été monté à Prague par Weber), conclut en ces termes : « Depuis Mozart, il n'a rien été

écrit dans le genre de Topera allemand de plus significatif que le Fidelio de Beethoven et ce Freischùtz. »

Le 1er juillet, Weber retourna avec sa femme à Dresde. Pendant son séjour à Berlin, il avait composé l'une de ses œuvres les plus célèbres, le fameux Concertstûck (op. 79), dédié à la princesse Marie-Auguste de Saxe, qu'il joua lui-même pour la première fois, le 25 juin 1821, dans la salle du Schauspielhaus.

Le succès du Freischiïtz grandit à chaque représentation et devint tellement décisif que, dans l'espace de cinq années, Fœuvre fut représentée sur presque toutes les scènes allemandes de quelque importance. Elle fut montée à l'Opéra de Vienne dès le 3 novembre suivant1 et à Leipzig le 23 décembre. Elle fut mise en scène à Dresde le 26 janvier 1822, naturellement sous la direction de Weber. L. Spohr assista aux dernières répétitions. Il avait, lui aussi, projeté de faire un opéra du Freischùtz d'après le conte d'Apel. Apprenant que Weber allait traiter ce sujet, il y renonça et choisit celui de Jessonda, tiré de la Veuve du Malabar. Peut-être avaitil pris ce parti à regret, car son jugement ne fut pas des plus bienveillants.

Weber avait fait aussi un autre mécontent. Dans ses souvenirs sur le Freischùtz, Fr. Kind se plaint du sans-

1 A Vienne, la censure avait intligé au Jivret des corrections bouffonnes. Les rôles de Samiel et de l'Ermite avaient été supprimés ; en outre, comme l'Empereur n'aimait pas entendre sur la scène des coups de feu, les balles franches avaient été remplacées par des flèches enchantées. Quand il se rendit à Vienne, Weber eut beaucoup de peine à obtenir que l'on réintégrât Samiel et la fonte des balles dans le tableau de la Gorge aux Loups.

gêne avec lequel le compositeur a lui-même mis en scène son ouvrage à Berlin et à Dresde, sans s'occuper de son collaborateur. En effet, Weber le convia seulement à la répétition générale et à la première représentation à Dresde. D'autre part, Kind se repentit amèrement d'avoir, pour une somme modique, aliéné ses droits d'auteur.

Ayant entendu dire par un amateur de théâtre qu'une somme de 800 thaler aurait été remise par le comte Brùhl au compositeur comme revenant au librettiste, il écrivit à Weber pour lui demander si le fait était exact. Celui-ci démentit cette assertion qu'il traita d'absurde ; cependant il avait éprouvé quelque remords vis-à-vis de son collaborateur, car il lui envoya spontanément une somme de 8 frédérics d'or que Kind refusa. Ils continuèrent néanmoins à se voir; mais les projets de collaboration pour le Cid furent abandonnés.

Après la représentation de Dresde, Weber partit pour Prague où il monta lui-même le Freischùtz. Il le dirigea ensuite à Vienne dans une représentation au bénéfice de la Schrœder. Il fut rappelé, fêté avec enthousiasme comme il l'avait été à Berlin et à Dresde.

En novembre 1821, X imprésario Barbaja lui avait demandé « un opéra dans le genre du Freischùtz ». Weber pensa d'abord à un sujet de son collaborateur Kind, le Serment , puis hlaDidon de Rellstab. Là-dessus, Helmina de Chézy, bas-bleu dont il avait fait la connaissance dans les réunions du Liederkreis, femme corpulente et mûre, à la tête exaltée, soumit au compositeur

diverses légendes tirées des histoires d'amour du moyen âge, entre autres celle de « Gérard de Nevers et de la belle et vertueuse Euryanthe de Savoie, sa mie », qu'elle avait découverte dans le recueil des Poèmes français du xme siècle, publié à Leipzig en 1804 par Fr. Schlegel. Ce sujet dont Boccace avait tiré une nouvelle et Shakespeare la comédie de Cymbeline, fut accepté par Weber.

La composition à? Euryanthe se place dans l'été de 1822 et les premiers mois de 1823. Esquissée dans son ensemble à la fin d'avril, la partition fut écrite presque entièrement à Klein-Hosterwitz. Dans les rares loisirs que lui laissait son service de kapellmeister à l'église et au théâtre, Weber travaillait assidûment à son opéra. Le 23 août 1823, l'ouvrage était orchestré, sauf l'ouverture qui fut écrite à Vienne du 6 au 19 octobre suivant. Weber y était arrivé le 28 septembre.

Barbaja avait réuni dans son théâtre du Kœrntnerthor la plus admirable troupe italienne que Ton y eût entendue depuis l'époque où Mozart faisait jouer les Noces de Figaro (1er mai 1786). La Fodor et Lablache en étaient les protagonistes. Tout Vienne délirait de la folie rossinienne, le maestro assistait en personne à ses triomphes. Au sortir d'une représentation de la Cenerentola, Weber avouait avoir subi l'influence de l'enthousiasme universel et cependant il exécrait la musique de Rossini. Au lendemain de ces soirées italiennes de bel canto, de mélodies faciles et de vocalises perlées, une partition sérieuse, fortement pensée, et de forme toute différente comme celle à' Euryanthe, avait peu de chances de

réussir. Cependant, le compositeur avait eu soin de confier le rôle principal à une débutante de dix-sept ans qui était déjà l'idole du public, Henriette Sonntag.

Les représentations du Freischùtz à Vienne avaient fait à Weber des partisans. Ils se recrutaient parmi les habitués de la Lûdlamshœhle, cercle littéraire et artistique qui tenait ses réunions clans un keiler sombre et enfumé. Aux répétitions, l'enthousiasme des interprètes allait croissant, car Weber, kapellmeister éprouvé, précis, ardent, avait, dans la conduite de ses musiciens, une action électrisante. Le soir de la première représentation (25 octobre 1823), son entrée à l'orchestre fut saluée par des acclamations. L'ouverture fut bissée, il l'annonçait, le lendemain, à sa femme. Le premier acte fut bien accueilli, sauf le duo d'Ëuryanthe et d'Eglantine. Dans le second, l'air de Lysiart : Wo berg Hch mich ? fut applaudi ; le duo de vengeance produisit beaucoup d'impression. Par contre, le duo d'Ëuryanthe et d'Adolar plut au public moins qu'il ne l'avait espéré. Le finale du second acte souleva un enthousiasme indescriptible ; au troisième, le chœur des chasseurs fut trissé. Henriette Sonntag, idéale personnification de la jeune fille innocente, triompha dans le rôle d'Ëuryanthe.

Bien que Weber eût été rappelé onze fois dans les trois soirées où il dirigea l'orchestre, il était évident que le succès s'adressait plutôt à la personne du maître qu'à l'œuvre elle-même. Le public qui attendait une succession de fraîches mélodies comme celles du Freischùtz, était désorienté, car on lui offrait, dit M. Gehr-

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