‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 13 sur 571 · A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE DE LA PROVINCE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE DE LA PROVINCE DE QUÉBEC

A cette époque, c'était encore la lune de miel de la Confédération. Le surplus n'était pas encore sérieusement entamé ; la question dominante était le partage des comptes entre les deux anciennes provinces du Canada-Uni. Des élections générales, les deuxièmes du nouveau régime, venaient de maintenir le parti conservateur au pouvoir, avec l'honorable P, J. 0, Chauveau comme premier ministre. Le discours du Trône chantait l’abondance et l'espérance, le bien opéré par les sociétés de colonisation richement dotées par l'Etat à même le domaine public, l'inauguration de quelques chemins à lisses de bois et de fer—on n'en était pas encore à l'acier,—la première loi régissant la vente des coupes de bois, l'apparition du Code municipal. L'honorable J, G. Blanchet était élu Orateur de préférence à M. Chapleau. La droite renfermait plus d'une personnalité aujourd’hui disparue et qui a laissé un nom: Cartier, C Cauchon, Fortin, Gérin ; on y remarquait encore MM. Langevin, Irvine, Lynch, Gédéon Ouimet, Robitaille, ete. A gauche es principales figures étaient MM. Joly, Marchand, feu M. Bachand, feu M. Holton, l'honorable juge Fournier, feu M. Cassidy. M. Laurier, nouvel arrivé, qui venait de battre M. Hemming à Drummond et Arthabaska par 1,000 voix, avait modestement pris place aux dernières banquettes de l'opposition, mais son premier discours parlementaire, qu'on va lire, le mit du coup en pleine lumière.

MOxSIEUR L'ORATEUR,

Les honorabies députés qui ont proposé l'adresse ont fait de la situation du pavs le tableau le plus attrayant. Ils se sont complu à étaler sous nos yeux ce qu'ils ont pompeusement appelé nos richesses, notre prospérité, notre bonheur. Le Canada est un vrai pays de Cocagne; tout v est pour le mieux dans ie meilleur des mondes, et nous n'avons qu'à rendre grâce à la providence et au ministère.

Ce tableau est-il bien l'expression dela vérité? Je ne saurais accepter cette Imanière de voir,

Pour quiconque a étudié la situation du pays ailleurs que sur le papier et du fond de son cabinet ; pour quiconque à pu voir de près notre agriculture routinière, notre commerce vacillant et craintif, notre industrie étiolte, la brillante image évoquée par les honorables députés qui ont proposé l'adresse n’est qu'un vain mirage, ce n'est pas la réalité,

S'il ne s'agissait que du

CÔTÉ PUREMENT PGi. LIQUE ET SICIAL

de la situation, j'accepterais sans réserve tout ce qui a été dit par les honorables députés.

Au pur point de vue politique et social, notre gituation, grâce au principe fondamental de notre constitution, au principe du gouvernement libre et représentatif. est excellente; c’est grâce à ce principe que les éléments disparates qui constituent notre population ont pu se réunir pour former un tout compact et homogène, tout en laissant à chacun de ces élément, son caractère propre et son autonomie. Certes! c’est un fait dont nous pouvons être justement fiers, que tant 4. races différentes, tant de croyances oppogées aient pu se concentrer sur ce petit coin de terre, et que notre constitution se soit trouvée assez large pour que toutes aient pu s’y mouvoir à l'aise, sans se géner, sans se heurter, pour que chacune ait pu parler sa langue, pratiquer sa religion, conserver ses coutumes, pour que toutes enfin aient pu avoir une égale part de liberté et de solcil.

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Moi-même, j'ai l'honneur de représenter un comté où sont groupées toutes les nuances de race et de religion, et je suis heureux de pouvoir constater et constater hautement cet état de choses.

Mais il v a un autre côté à la situation, il y a le

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