‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 12 sur 571 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

blême ne peut se résoudre chez nous que par l'union, et non par l’absorption.

Ce qui nous sépare les uns des autres, —-la langue, la religion,—ne devrait pas, selon lui, nous diviser. Il croit l’anglais destiné à devenir la langue du million en Amérique, et le français à demeurer, comme dans le reste du monde, la langue des salons et des lettres. Il recommande l'étude des deux comme un complément, un luxe d'éducation, et il donne l’exemple en parlant l’une et l’autre avec une perfection inimitable.

Quant aux disputes religieuses, illes bannit de la politique. Gallion, proconsul d’Achaïe, répondit aux juifs de Corinthe, qui voulaient lui soumettre leurs controverses : ‘ S’il s'agissait de quelque injustice, vu d'un crime, il serait raisonnable, Juifs, que je vous écoutasse patiemment. Mais, s’il est question de mots, de noms, et de votre loi, c’est à vous de voir ; je ne veux point être juge de ces sortes de choses. ” C’est cette liberté des groupes religieux et nationaux, ce home-rule, ce self-government que veut M. Laurier. En un mot, il estime que c’est dans l’égalité de tous, et non dans l’assujétissement des uns aux autres, qu’il faut chercher la solution du problême national.

Il adore la Liberté, avec réflexion. C’est à elle qu’il ne cesse d'adresser de sublimes invocations ; c’est d'elle qu’il a donné une si nette définition dans sa conférence de 1877, qui restera le code du libéralisme canadien.

Il se réclame de l’école libérale anglaise. Il est épris de la constitution britannique parce qu’elle ne prétend pas être le dernier mot de la liberté, parce qu’elle laisse la porte ouverte aux réformes. Il est pour les fédérations ; il y voit le meilleur moyen de gouverner les hommes d'origines diverses et dissé-

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minés sur une vaste étendue de pays. Le régime américain lui paraît, par plus d’un côté, un modèle à suivre, parce que la ligne de démarcation y est nettement dessinée entre les pouvoirs des législatures et du gouvernement central, et que les conflits constitutionnels sont laissés à la décision du pouvoir judic'aire.

Il voit l'avenir de loin. La confédération n’est pas pour lui le dernier mot de nus destinées, mais un état transitoire ; et, quand le changement arrivera, ce sera pour faire un pas enavant, et non un pas en arrière.

Il est home-ruler par conviction ; l’autonomie des provinces est pour lui une règle de fer, un principe fondamental dont il n’est jamais permis de dévier, quelles qu’en soient les conséquences. Il est contre le veto fédéral, contre les better terms laissés au caprice des gouvernants, en un mot contre tout ce qui peut porter atteinte à la liberté.

. Il croit à la vertu, et il la pratique. Dans son honneur, il est non seulement inattaquable, mais inattaqué. La calomnie même n’est jamais montée jusqu’à lui. Ce que la méchanceté inventa jamais de’ plus sévère contre lui, ce fut de l’appeler un jour un rhéteur säns conviction et sans énergie.

, Rien de plus injuste, de plus faux. Sa droiture prouve sa conviction; son intégrité prouve sa force morale. Le simple rhéteur met sun éloquence au service de toutes les causes: l’œuvre de M. Laurier est au contraire une thèse soutenue. Il faut que cet homme ait une énergie de fer pour étreresté lui-même, pour avoir gardé sa personnalité intacteau travers des contaminations de la politique, pour n’avoir pas laissé

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le moindre lambeau de sa réputation aux ronces du chemin. Ses plus grands adversaires l’admirent et le respectent, c’est tout dire.

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Jamais il ne vise à l'esprit. Cela n'empêche que ses harangues sont pleines de mots brillants, de réparties, d'apostrophes foudroyantes.

Une fois, il en avait à M. McKenzie-Buwell, mais il y mettait des formes. Le ministre l’interrompt par ce mot sardonique :—‘* Oh! ne vous gênez pas, je n'ai pas de.ces scrupules !” M. Laurier riposte simplement :—‘* Eh bien, si vous n'avez pas de scrupules, j'en ai, moi! ” Et la Chambre éclate en applaudissements.

On n'oubliera jamais au Parlement le rire homérique à

provoqué en 1877 par sa réponse à feu M. Mousseau, qui accusait les ministres de s’engraisser des sueurs du peuple. Désignant du doigt sun corpulent cuntradicteur, M. Laurier s’écrie: ‘Si quelqu'un ici s’engraisse des sueurs dû peuple, est-ce lui ou moi ?.. ” On n’oubliera non plus jamais ce cri: ‘* Too date !.…. oo late! !….. too late!!! qu'il poussa par trois fois, après avoir exposé les causes de la rébellion de 1885, au cours du débat sur l’exécution de Louis Riel. Ce furent des minutes solennelles que celles-là. Ceux qui en ont été témoins rapportent qu'entre chaque pause de l’orateurilleur parut s’écouler un siècle, qu'un silence de mort planait sur l’assemblée, interrompu seulement par les terribles monosyllabes, qui résumaient tout le drame de l’insurrection et dont chaque détonation atteignait droit au cœur les ministres responsables de toutes ces horreurs.

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Ce fut encore un moment d'’indicible émoi, dans la même circonstance, lorsque l’orateur, désignant du doigt les ministres, s’écria :— ‘ S'il faut des criminels, ne les cherchons pas parmi ceux qui sont morts sur le champ de bataille ou sur l’échafaud: ils sont ici, en face de nous !...”

Et ce mot saisissant, qu’il faisait applaudir par us auditoire anglais, en pleine capitale d'Ontario . —“ Tant qu'il y aura des mères françaises, notre langue ne disparaîtra pas!”

Et cette brillante image des eaux de l'Outaouais et du Saint-Laurent qui se joignent sans se mêler sous l'Ile de Montréal, formant deux courants parallèles parfaitement distincts à l'œil: emblême de la nation canadienne!

Une telle éloquenee force l'admiration. Les principes, présentés de cette façon,perdent leur austérité. Plus l’orateur ainsi doué dit de dures vérités, plus i] est applaudi ; plus il flagelle, plus on l’admire. Il débute en 1871 par un ré quisitoire absolument pessimiste ; un l’élève aux nues, on dit: Voilà un homme! D'un bond, il arrive au cabinet fédéral, puis au commandement en chef des forces libérales. Il jette le sang des victimes de 1885 à la face des ministres, et le lendemain la presse ministérielle le baptise The silvertongued Laurier! T1 va répéter au cœur d'Ontario le langage qu’il tient à ses propres compatriotes sur les questions les plus brûlantes, et les protestants l’accla. ment ; un journal de Londres le proclame au rang des premiers hommes d’Etat de l'empire! Ce sont là des coups d’ailes d’aigle, et c’est ainsi que procède M. Laurier.

INTRODUCTION

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motivé notre commune admiration pour cet homme

supérieur, pour nous mettre À l'abri, l’un et l’autre,

du reproche d’être des enthousiastes.

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