LE ‘* SILVER-TONGUED LAURIER
(Discours prononcé à la Chambre des Communes le 16 mars 1836)
Nous recommandons tout particulièrement la lecture de ce liscours. Au Parlement, il passe pour le plus beau qui y ait jumais été prononcé ; c'est peut-être en effet te chefd'œuvre de M. Laurier, C’est au lendemain de ce discours que la presse anglaise du Dominion lui a décerné le surnom de Silver tongued Laurier.— Inutile de relater les circonstunces dans iesquelles il a été prononcé ; elles sont connueslu monde entier ; au reste, ce volume contient sur la question du Nord- Ouest une série de discours qui en donnent l'historique complet.— Louis Riel, le chef des Métis canadiens, venait d’être mis à mort. M. Blake, alors chef de l'opposition, et M. Laurier entreprirent de convaincre leurs collègues que le vrai coupable n'était pas celui qui venait d’être pendu, mais bien le gouvernement lui-même pour avoir sciemment, délibérément, poussé les Métis au désespoir et à la révolte. Devant un tribunal impartial, la tâche eût été belle et triomphante ; mais les deux puissants orateurs s'adressaient à une majorité parlementaire qui ne pouvait admettre l'évidence des faits qu'en se désavouant et se déjugeant ellemême. C'est dans de pareils moments qu'on sent combien il est déplorable que notre groupement en partis, si favorable pourtant au bon fonctionnement (lu régime représentatif, étouffe trop souvent l'indépendance des caractères, C’est l'impression capitale qui se dégage du morceau d’éloquence qu’on va lire.
(Traduction) MONSIEUR L'ORATEUR,
Puisque personne de l’autre côté de la Chambre n’a le courage de continuer le débat, je vais accomplir moi-même ce devoir. Le ministre des Travaux Publics a déclaré que le gouvernement était prét et même anxieux de discuter la question qui nous est soumise. Est-ce donc là la preuve de ce courage dont il se prétend doué?
Monsieur l’Orateur, de tout ce qui a été dit jusqu'à présent, de tout ce qui est tombé des lèvres de nos adversaires, il n’y a qu’un point sur lequel nous nous entendons, un seul et unique point, je veux parler de l'éloge fait à nos volontaires par le ministre des Travaux Publics quand il a pris la défense du gouvernement,
Les volontaires avaient un douloureux devoir À remplir et ils l’ont rempli d’une manière qui fait honneur à eux-mêmes et au pays. Sous l’uniforme du soldat bat généralement 1n cœur chaud et généreux. Considérons en vutre que nos soldats sont des citoyens ayant des intérêts comme citoyens, mais quand ils sont sous les armes, ils ne connaissent d’autre devoir que celui du soldat.
Cependant, il est permis de croire que lorsque le soldat est sous les armes, il a encore un cœur et une intelligence; il est permis de croire que ceux qui combattaient au Nord-Ouest, le printemps dernier, avaient les mêmes sentiments et les mêmes idées qu'éprouvait un grand soldat, un grand roi, le roi Henri IV de France, lorsque durant de longues années il combattait ses sujets rebelles. Quand il frappait quelqu'un de son épée, il avait l'habitude de s’écrier:
‘f LE ROI TE FRAPPE, QUE DIEU TE GUÉRISSE,” Il est permis de croire peut-être que nos soldats,
quand ils étouffaient la rébellion, étaient animés du même esprit et priaient Dieu de guérir les blessures
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qu'il était de leur devoir d’infliger. Ils croyaient qu’on ne devait pas verser plus @e sang qu’ils n'étaient obligts d'en verser eux-mêmes. Le gouvernement lui a pensé que le sang répandu par les soldats ne suflisait pas et qu'une autre victime devait être sacrifiée.
Nous avons entendu le ministre des Travaux Publics, lorsqu'il essayait de défendre le gouvernement, dire que sa conduite était rendue justifiable par une de ces dures nécessités que nous imposent notre fdélité à la Couronne ct les intérêts du pays.
Monsieur l’Orateur, je suis encore à me demander, méme après tout ce que viennent de dire les membres de l'autre côté de cette chambre, en quoi notre fidélité à la Couronne et les intérêts du pays peuvent mettre obstacle à l'exercice du privilège de pardon, l’un des plus nobles privilèges royaux.
Le langage de l’honorable membre n’est pas nouveau; ce n’est pas la première fois que l’on voit les aviseurs responsables ou irresponsables de la Couroune essayer de tromper :e public et peut-être euxmêmes, en prétendant que la fidélité à la Couronne et les intérêts du pays demandent du sang, quand le pardon nous offre une auttre alternative possible.
Lorsque l'amiral Byng fut condamné à être fusillé pour le seul fait d’avoir été malheureux dans un combat, des hommes se rencontrèrent qui employèrent les mêmes arguments auprès du roi. D’après eux, il était dans l'intérêt du pays que la sentence fût misse à exécution, quoique le tribunal, en condamnant l'amiral, cût demandé sa grâce avec instance. Cependant, les avis pernicieux prévalurent, la sentence fut mise à exécution, mais le jugement de l’histoire, le jugement de la postérité, de cette postérité à laquelle nos adversaires font maintenant appel, a rangé au nombre des meurtres judiciaires l’exécutions de l’amiral Byng. Et je ne crains pas de prédire que l’histoire rendra un jugement semblable dans la cause qui nous occupe, ear il en a été de même chaque fois qu’un gouvernement a voulu appliquer la loi avec une rigueur implacable, lorsque tout lemmonde demandait de pardonner.
Monsieur l'Orateur, dans la province où je vis, et suriout parmi ceux auxquels je suis lié par une commuue origine, l'exécution de Louis Riel a été univer. sellement regardée comme le sacrifice d’une vie humaine, non pour satisfaire l’implacable justice,