TRACÉE DE MAIN DE MAÎTRE
Il n’est pas inutile de rappeler brièvement dans quelles circonstances a été prononcé le discours suivant. L'animosité, l’antipathie nationale et religieuse, soulevée, exploitée par quelques fanatiques, était à son apogée : le moindre incident aurait pu déterminer un embrasement. Qui allait tenter de conjurer l'orage ? Certes ce n’eût pas été M. McCarthy, le chef des agitateurs, qui aurait songé à venir faire prévaloir ses vues haineuses dans la province de Québec. Quel serait, d'un autre côté, l'orateui canadien-français qui irait faire face à l’agitateur chez lui ? On nommait bien M. Laurier ; mais on disait: Il n'ira pas... Le chef liberal y est allé, et l'on peut dire qu'il a vaincu. Sa parole eut un effet d’apaisement marqué. Non seulement elle tua le préjugé sur place, maïs elle alla porter à mille lieues d'ici, avec la rapidité de l'électricité, la perception nette d’une situation dont on n'avait au loin qu’une idée confuse et absolument fausse. Ce seul discours valut à M. Laurier d'être comparé aux meilleurs hommes d'Etat de la métropole par un journal qui ne nage pourtant pas dans les mêmes eaux que lui : la Canadian Gazette. Le cable nous apportait-en effet, quelques jours après, au commencement d'octobre, le passage suivant d’un article du journal try :
“ Le discours de M. Laurier à Toronto le porte d’un bond au premier rang des hommes d'Etat angl:iss A l'éloquence innée du Canudien-Français, se joignent chez l'honorable M, Laurier l'intégrité, la droiture d'intention et un patriotisme éclairé qui le désignent pour le commandement. D'hommes de cette force intellectuelle et morale,.le Canada n’en a jamais eu plus besoin qu’en ce moment à la direction de ses affaires, ”
DISCOURS PRONONCÉ PAR L'HONORABLE WILFRID LAURIER, À TORONTO, LE 30 SEPTEMBRE 1889