ENCORE UNE QUESTION D'AUTONOMIE PROVINCIALE
Le parlement canadien, encore en session au moment de la publication de ce livre, vient d’être saisi d'une proposition de M. Dalton McCarthy, député de Simcoe-Nord (Ontario), entrainant l'abolition de l'usage officiel de la langue française dans la législature des Territoires du Nord-Ouest : prélude, a dit l’auteur de cette proposition, d'une mesure générale pour toutes les autres provinces où le français est en usage. La majorité de la députation a repousse le bill McCarthy. Au cours du débat, M. Laurier a pris pour thèse que l’on ne fonde pas un pays heureux et prospère sur l'humiliation d’une des races qui l'habitent. Si le format de ce volume l'eût permis, nous aurions voulu mettre à côté de ce discours l’admirable plaidoyer qu a prononcé l'honorable Edward Blake en faveur ê la langue et
de la race française. Toute la question est contenue dans ces deux discours, dont voici au moins l’un :
(CHAMBRE DES COMMUNES) SÉANCE DU 17 FÉVRIER 1890 (Traduction)
MONSIEUR L'ORATEUR
Si je pouvais ajouter foi à la déclaration mainte fois répétée par le promoteur de ce projet de loi, non
seulement dans cette occasion, mais dans une foule d’autres, à ses protestations réitérées que sa conduite n'était dictée que par le désir, le vif désir, de faire disparaître tout sujet de contention pour l’avenir et G'arriver par là à rétablir la paix etl’harmonie dans le pays, j'éprouverais un véritable chagrin de voir l’honvrable député, avec de si hautes visées, s’efforcer d’en atteindre le but parles moyens égoïstes et étroits que comporte au fond la proposition dont il a saisi la Chambre.
Mais l’honorable député se trompe lui-même en donnant comme la raison qui lui fait présenter son projet de loi le désir de prévenir des dangers encore éloignés et incertains. Il peut sans doute avoir cette conviction, mais il lui sera difficile de convaincre les autres que son seul objet dans cette affaire est de rétablir pour l’avenir la bonne entente et la paix dans le pays, quand justement sa mesure met en danger la paix et la bonne entente qui existent aujuurd’hui. Je ne puis t.ouver rien autre chose dans ce projet de loi, je dois le dire, que