‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 533 sur 571 · UN HOMICIDE INJUSTIFIABLE · texte numérisé non relu

UN HOMICIDE INJUSTIFIABLE

L'honorable député n’oubliera pas que vingt-trois de ses collègues, vingt-trois de ceux qui appuyaient le présent gouvernement comme il l’appuyait lui-même, et dort la plupart, comme lui-même, ne seront pas éliminés du parti conservateur, mais resteront conservateurs. ont télégraphié au premier ministre que l’exéeuiion capitale en question serait un crime.

Et il y a plus que cela. L'honorable député n’oubliera pes que la presse du monde civilisé déclara, dans ce:se occasion, que la ‘ clémence devait prévaloir et non la rigueur. ” L'opinion de la presse du monde entier ; le London Lancet, le Christian World, le London Daily News, le London Echo, le Pall-Mall Gazette, en Angleterre ; le National, le Journal des Débats et le Télégraphe, en France ; le Harper’s Weekly, le Times, le World, le Commercial Advertiser, à New-York,-et bien d’autres grands journaux des Etats-Unis, exprimèrent l'avis que la clémence aurait dû prévaloir dans cette circonstance.

Je le demanderai à l'honorable député qui m’a interrompu: si ces grands organes de l’opinion publique sont arrivés à la conclusion que la clémence aurait dû prévaloir dans cette occasion, comment peut-il oser maintenant contester l’honnêteté du peuple de la province de Québec, qui est arrivé à la même conclusion ? Si ceux qui étaient en dehors du conflit, si ceux qui pouvaient juger le plus froidement la question, en sont arrivés à cette conclusion, est-il étonnant que le peuple de la province de Québec soit arrivé à la même conclusion ? Tout au plus pourrait-on regretter qu’il ait exprimé son opinion dans un langage aussi violent.

Je dis plus. Il n’y a pas un Anglais d’origine qui, pour peu qu’il soit fidèle aux traditions de cette race fière qui n’a jamais toléré l'injustice et ne s’est jamais soumise à la tyrannie, songeant aux longues années de souffrances et de malheurs qui aboutirent à

pe sente l'indignation gagner Son cœur—non pas contre les malheureux qui, poussés à la folie et au désespoir par des années d’indifférence coupable, risquèrent enfin leur vie et leur liberté, risquèrent la perte de tout ce qui est cher à l’homme pour obtenir justice et ne l’obtinrent qu’alors—mais contre ceux qui, par leur incurie, par leur propre faute, ont été cause qu’un tel crime a entaché la réputation du pays.

Mais il y a encore plus que cela. L'histoire sans voile de cette insurrection révèlerait au monde un drame plus sombre que le * Hamlet” de Shakespeare. Il existait une race d'hommes mi-sauvages, mi-civilisés, juste assez avancés en civilisation pour connaître la valeur de la propriété, mais pas assez pour défendre leur propriété contre les spéculateurs sans âme qui précèdent partout la civilisation. Parmi tous Îles membres de cette race, telle qu’elle existait alors en Canada, il n’y avait pas un homme qui eût reçu l’instruction même la plus rudimentaire, mais ils avaient entendu dire qu’un des leurs avait été plus favorisé qu'eux sous ce rapport. Cet homme vivait alors à l'étranger. Si on le ramenait dans les territoires, ne réussirait-il pas à leur vbtenir l’acte de simple justice qu'ils avaient été impuissants à obtenir par eux-mémes? Ils se tournèrent vers lui; mais, à infortune plus grande que toutes leurs infortunes! l’homme à qui ils en appelaient ainsi pour être l’œil qui devait voir pour eux, l'esprit qui devait les guider, le bras qui devait les protéger, avait été frappé par la main de Dieu et était le moins secourable d’eux tous.

En présence de ces faits, on pourra suspecter le jugement de mes compatriotes, mais non leur sincérité. C’est

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