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Maintenant, je le demand; entre ces deux idées qui constituent la base des prrtis, peut-il y avoir une différence morale ? L'une est-elle radicalement bonne et l’autre radicalement mauvaise”? N'est-il pas manifeste que toutes deux sont e qu'on appelle en morale indifférentes, c'est-à-dire que toutes deux sont susceptibles d'appréciation, de pondération et de choix ? Ne serait-il pas aussi injaste qu'absurde de condumner ou d'approuver, scit l'une soit l’autre, comme absolument mauvaise ou bonne ?
L'une et l’autre sont susceptibles de beaucoup de bien comme de beavcoup de mal. Le conservateur qui défend les vieilies institutions de son pays peut faire beaucoup de bien, de même qu'il peut faire beaucoup de mal, s'il s'obatine à vouloir maintenir des abus devenus intolérables. Le libéral qui combat ces abus, et après de longs efforts parvient à les extirper peur être un bienfaiteur publie, de même que le
ibéral qui porterait une main légère sur des institutions sacrées pourrait étre un fléau non-seulement pour son pays, mais pour l'humanité tout entière,
Certes, je suis loin de faire un reproche à nos adversaires de leurs convictions, mais pour moi, je l'ai déjà dit, je suis un libéral. Je suis un de ceuxæ qui pensent que partout, dans les choses humaines, il y à des abus à réformer, de nouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer.
Du reste, le libéralisme me paraît de tous points
cette soif de bonheur que nous apportons avec nous dans la vie, qui nous suit partou#, pour n'être cependant jamais complètement assouvie de ce côté-ci de la tombe. Notre âme est immorteile, mais nos moyens sont bornés. Nous gravitons sans cesse vers un idéal que nous n'atteignons jamais. Nous rêévons le bien, nous n'atteignons jamais que le mieux. À peine so nmes-nous arrivés au terme que nous nous étions ag igné, que nous y découvron< de: horizons que nous navions pas même soupçonnés. Nous nous ÿ précipitons, et ces horizons, explorés à leur tour, nous en
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découvrent d’autres qui nous entraînent, encore et toujours plus luin.
Ainsi en sera-t-il tant que l’homme sera ce qu'il cit, tant que l’âme inimortelle habitera le corps mortel ; ses. désirs seront toujours plus vastes que ses moyens, ses actions n'arriveront jamais à la hauteur de ses conceptions. Ilest le véritable Sysiphe de la fable ; son œuvre toujours finie est toujours à recommencer.
Cette condition de notre nature est précisément ce
qui fait la grandeur de l’homme; car elle condamne fatalement au mouvement, au progrès; nos moyens sont bornés, mais notre nature est perfectible, et nous avons l'infini pour champ de course. Ainsi il y a toujours pres pour l'amélioration de notre condition, wur le perfectionnement de notre nature, et pour ’accession d'un plus grand nombre à une vie plus facile, Voilà encore ee qui, à mes yeux, constitue la supériorité du libéralisme.
En outre, l'expérience constate qu'insensiblement, impereceptiblement, il se glissera dans le corps social des abus qui finiront par entraver sérieusement son ascension progressive, peut-être par mettre son existence en danger 2
L'expérience constate encore que des institutions qui, au début, auront été utiles, parce qu'elles étaient appropriées à l'état de société où elles avaient (té introduites, finiront par devenir, par le fait seul que tout changera autour d'elles, d'intolérables abus. Telle à été" parmi nous la tenure seigneuriale. Il est incontestable qu'aux débuts de la colonie, ce système avait siagulièrement facilité l'établissement du sol. Mais eu 1550, tout avait tellement changé parmi nous que ce système aurait fini par produire des complications déplorables, si notre assemblée, sur l'initiative des libéraux, n'avait eu la sagesse de l’abolir.
'omme conséquence de cette loi que j'ai indiquée comme la eause déterminante des idées libérale et : conservatrice, il se trouvera toujours des hommes qui #’atéacheront avec amour à ces abus, qui les défendront à outrance et qui verront avec terreur toute tentative d’y porter la main. Malheur à ces hommes, s'ils se trou-
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vent avoir le pouvoiret s'ils ne savent pas faire le sacrifice de leurs préférences ! Malheur à ces hommes, s'ils
esavent pas céder et adopter les réformes proposées ! Is attireront sur leur pays des commotions d'autant plus terribles que justice aura été refusée plus-longtemps. L'histoire, hélas ! constate surabondamment que bien peu de ceux qui gouvernent ont su comprendre ces aspirations de l'humanité et y faire droit. Il: y a eu plus de révolutions causées par l’obstination: des conservateurs que par les exagérations des libé- TAUX.
L'art suprême de gouverner est deguider et diriger, en les contrôlant, ces aspirations de l'humanité. Les Anglais possèdent cet art au suprême degré. Aussi voyez l’œuvre du grand parti libéral anglais. Que de réformes il a opérées, que d’abus il a fait disparaître, sans secousse, Sans perturbation, sans violence! Il a compris les aspirations des opprimés, il a compris les besoins nouveaux créés par des situations nouvelles, et, sous l'autorité de la loi, et sans autre instrument que la loi, il a opéré une série de réformes qui ont fait du peuple anglais le peuple le plus libre, le plus prospère et le plus heureux de l'Europe.
Voyez au contraire les gouvernements du continent. La plupart n’ont jamais su comprendre les aspirations de leurs peuples. Quand les malheureux
relevaient la tête, pour faire arriver jusqu’à leurs pou-:
mons quelques soufiles d'air et de liberté, ils ont été brutalement repoussés dans un cercle toujours de plus en plus hermétiquement resserré.
Mais, un jour est venu où les obstacles ont volé en éclats, où ces peuples se sont rués hors des machines qui les paralysaient, et, alors, sous le nom sacré de Ia liberté, on à VUS’ accomplir les plus effroyables crimes. Faut-il s’en étonner ?
S'étonne-t-on quand les nuages amoncelés sur notre tête éclatent en grêle et en foudre ? S’étonne-ton quand la vapeur fait voler en éclats les parois qui la retenaient captive, parce que le mécanicien n’a pas eu la prudence de lever la soupape qui doit la dégager de l’exubérance de sa propre force ? Non, il y a là
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une loi fatale, qui aura toujours le même effet, dans l'ordre moral, comme dans l'ordre physique. Partout où il y a compression, il y aura explosion, violences et ruines. Je ne dis pas cela pour excuser les révolutions ; je hais les révolutions ; je déteste toute tentative dé vouloir faire triompher ses opinions par la violence. Au surplus, je suis moins disposé à cu aire retomber la responsabilité sur ceux qui les font que sur ceux qui les provoquent par leur aveugle obstination. Je dis cela pour expliquer la supériorité du libéralisme qui, comprenant les aspirations de la nature humaine, au lieu de les vivlenter, tâche de les diriger.
Croyez- vous, par exemple,que, si l'Angleterre avait persisté à refuser aux catholiques leur émancipation ; . sielle avait persisté à refuser aux catholiques, aux juifs, et aux dénominations protestantes qui ne font pas partie de l’église établie, la plénitude des droits civils et politiques ; si elle avait persisté à conserver le suffrage restreint au petit nombre ; si elle avait persisté À refuser le libre commerce des céréales ; si elle avait persisté à refuser le droit de suffrage aux classes ouvrieres,—pensez-vous qu'un jour ne seraitpas venu où le peuple se fût levé en armes, pour se faire à luimême cette justice qui lui aurait été obstinément refusée? Pensez-vous que le lion hideux de l'émente n'aurait pas grondé sous les fenêtres de Westminster, et que le sang dé la guerre civile n'aurait pas ensanglanté les rucs de Londres, comme il a tant de fois casanglanté les rues de Paris? La nature humaine est partout la même, et 1à, comme ailleurs, la conpression aurait produit explosion, violences ét ruines. Ces calamités terribles ont été évitées, grâce à l'initin. tive des Hbéraux qui, comprenant le mal, ont preposé ct appliqué le remède.
Qu'y at-il de plus beau que Phi istoire du grand parti libéral anglais dans ce siccle ? Au début, c'est Fox, le sage, le généreux Fox, dé fond: ant la cause des
épprimés, partout où il ya des opprimés, Un peu plus tard, c'est O'Connell, le grand O'Connell, revendiquant et obtenant pour ses coreligionnaires les droits et Les priviléges de sujets auglais. Ilest assisté dans
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cette œuvre par tous les libéraux des trois royaumes, Grey, Brougham, Russell, Jeffrey et une foule d’autres. Puis viennent successivement l’abolition de l’oligarchie gouvernementale, le rappel des lois prohibant le commerce des céréales, l'extension du suffrage aux classes ouvrières, et enfin, pour couronner le tout, l'abolition de l’église d'Angleterre comme religion d’état en Irlande. Et remarquez-le bien, les libéraux qui epérent ces réformes successives ne sont pas recrutés seulerient dans les classes moyennes, mais quelquesuns de leurs chefs les plus illustres sont recrutés dans la pairie d'Angleterre. Je ne sache pas de spectacle qui fasse plus d'honneur à l'humanité, que le spectacle de ces pairs d'Angleterre, de ces nobles, de ces riches, de ces puissants, combattant opiniâtrement pour dérxeiner une foule d'abus séculaires, sacrifiant leurs privilèges avec un calme enthousiasme pour rendre a vie plus facile et plus heureuse à un plus grand nombre. A ce sujet, laissez-moi vous citer une lettre de Macaulay à un de ses amis, écrite au lendemain du vote sur le fameux bill de réforme, qui mit fin au svstème des bourgs-pourris. Cette lettre, suivant ‘moi, fait voir admirablement ce que c'est qu'un libéral anglais. La voici. Je demande pardon de faire cette citation, parce qu'elle est un peu longue.
“Je ne reverrai janais, je ne m'attends pas à jamais revoir une scène semblable à la division tdivision) de mardi dernier. Si je devais vivre cinquante aus, l'impression m'en resterait aussi fraiche et aussi vive que si elle venait d'avoir lieu, Cela doit être comme d'avoir vu César poignardé dans le sénat, ou Cromwell enlevant la masse (mace) de sur la table du Parlement ; une scène qu'on voit une fois et qu'on n'oublie jamais. La toule débordait de la chambre de toutes parts. Quand les étrangers eurent reçu l’ordre de se retirer et que les portes eurent été ferinées, nous étions six cent huit membres présents, cinquante-eimq de plus qu'on n'en avait jamais vus dans aucune autre division précédente, Les oui et les non furent comme deux volées de canon, tirées des deux côtés opposés d’un champ de bataille. Lorsque l'opposition se fut retirée dans Le corridor (/obby), opération qui dura plus de vingt minutss, nous nous répandimes sur les banquettes des deux côtés de Ia chambre ; car il y en avait plusieurs parmi nous qui n'avaient pas pu trouver de siège pendant la soirée. Quand les portes
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eurent été formées, nous commençâmes à faire des calculs sur notre nombre, Tout le monde était découragé. ‘“ Nous sommes “ Lattus, nous ne s0mmes au plus que deux cent quatre vingts. “Je ne pense pas que nous soyons même deux cent cinquante. * L'échevin Thompson les à comptés. Il dit qu'ils sont deux “ cent quatre-vingt-dix-neuf.” Voilà ce qui se disait parmi nous, La chambre, lorsque les ministériels seuls s'y trouvaient, était déjà très remplie, plus même qu'elle ne l’est généralement clans es débats d'un intérêt considérable, Cependant je n’avais pas l'espérance que nous fussions trois cents, Comme les scrutateurs (tellers) passaient le long de la plus basse rangée gauche, l’intensité de notre attention devint intolérable__deux-cent-quatrevingt-onze-deux cent quatre-vingt-Jouze,—nous étions tous debout, le cou tendu, comptant avec les scrutateurs, A trois cents, il v eut un léger cri de joie : à trois-cent-deux, un autre, mais supprimé au même instant, car nous ne connaissions pas encore le nombre des forces ennemies ; nous savions cependant que, si nous étions battus, la défaite ne }ouvait pas être considérable. Entin, les portes sont ouvertes, et les voici qui entrent. Chacun d'eux, comme il entrait, apportait un compte différent du nombre qu'ils étaient. En eftet, pressés comme ils l'étaient dans le corridor, il était impossible de se rendre compte exactement de leur nombre. D'abord on nous dit qu'ils étaient trois cent trois,puis ce chiffre s'accrut jusqu'à trois cent dix et décrut de
suite jusqu'à trois cent sept. Nonsétions tous muets d'anxiété, lorsque Charles Wood qui se tenait près de la porte, saute sur un banc en criant: ils ne sont que trois cent un, Alors nous poussons un er qui aurait pu être DIN Charing
Cross, nous jetons nos chapeaux en l'air, nous piels, nous nous frappons les mains.
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“ Les serutateurs peuvent à peine se frayer un passage dans la foule ; la chambre était remplie jusqu'à la table, et ne mer de têtes s'y agitait comine dans le parterre d'un théâtre, Mais vous aurez pu entendre tomber une épingle, lorsque Duncannon lut les chiffres. Alors, de nouvelles acelamations éclatent, et plusieurs d'entre nous versent des larmes. Pour moi, je pouvais à peine retenir les miennes. Et il fallait voir la mâchoire de Peel tomber, et la tigure de Twiss quiavait l'air d'un damné, et ITerries qui avait Pair de Judas ôtant sa cravate pour la dernière opération. Nous nous donnons des poignées de mains, nous nous frappons dans le dos, nous sortons riant, pleurant, et poussant des hourras. Et à peine les portes sontelles ouvertes, que d'autres acelamations répondent aux nôtres, Tous les passages, tous les escaliers, toutes les antichambres étaient pleins de gens qui étaient restés là jusqu'à quatre heures du matin, pour connaître quel serait le résultat. Nous
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üous frayons péniblement un passage à travers deux masses couipuctes de gens qui crient et agitent leurs chapeaux au-
“iessus de leurs têtes, Enfin nous voici en plein air ; j'appelle
“ue voiture, et la première chose que le cocher me dit: “ Le
1.1 est-il pussé, monsieur ?—Oui, par une voix.—Que le ciel en suit bénil ? Et Macaulay finit par une phrase qui indique bien iv libéral: ‘# Ainsi, conutinue-t-il, finit une scène qui n'aura prorabiement pus d'égale, jusqu'à ce que le pariement réformé aiv iu-iueme besoin d'être réformé.’ — .
Celui qui écrivait ainsi, dans ces termes exhilasauts, venait de voter l'abolition du système en vertu «luquel il tenait son mandat. Macaulay tenait son mandat de la générosité d'un pair d'Angleterre, Lord Lansdowne, qui l'avait fait élire par le boury pourri ue Culne, Je connais peu de pages qui fassent plus d'honneur à l'aumanité que cette simple lettre qui nous montre ces natures anglaises, calmes et opiniàres dans la lutte, qui s'émotionnent enfin, pleurant et ant à la fois, parce qu’un acte de justice vient d'être accompli, parce qu'un abus vient d’être déraciné du soi de la vicille Angleterre.
Membres du Club Canadien, ibéraux de la province de Québec, voilà quels sont nos modèles! voilà quels sont nos principes! voilà quel est notre parti!
l'est vrai qu'il existe en Europe, en France, en {talie et en Allemagne, une classe d'hommes qui se donnent le titre de libéraux, mais qui n'ont de hbéral que le nom, et qui sont les plus dangereux des homnes. Ce ne sont pas des libéraux, ce sont des réxvolutionnaires; dans leurs principes, ils sont tellement exaltés qu'ils n'aspirent à rien moins qu'à la destruction de Ja société moderne. Avec ces hommes, nous n'avons rien de commun; mais c'est la tactique de uvs adversaires de toujours nous assimiler à eux. Ces accusations sont au-dessous de nous, et la seule réponse que nous puissions faire dignement, c'est d'afirmer nos véritables principes, et de faire de telle sorte que nos actes soient toujours conformes à nos principes.
Maintenant, arrivé à ce point de mon exposé, je
passerai en revue l’histoire du parti libéral de notre pays. Je suis de ceux qui ne craignent pas de scruter
l'histo qu'il y qu à es autres jutia ucheron Du res trouvel pour € füt-1l 1 cela, ni la vérit ous en Jus h'avalel parti co l'appela 1548 que qui, dep taine ave M. Papir ordre de la hautet faire la ç grands E ardemme leur vie ; rent d'au probes et saus cher Tlse jeunes ge de caracti venus tro ments de aveugle, « Ils se trot Lafontain calfe. Ils plus avan À sa suite, devancé.
l'histoire de mon parti. Je suis de ceux qui pensent qu'il y a plus à gagner à dire franchement la vérité, qu à essayer de se faire illusion à soi-même et aux autres. Ayons le courage de dire la vérité! Si notre jurti a commis des fautes, nos dénégations n’empécaeront pas les choses d’avoir été ce qu'elles ont été. Du reste, si notre parti a commis des fautes, nous trouverons toujours dans l’autre parti assez de fautes jour compenser les nôtres, et au surplus, l’autre parti fàt-il immaculé, nos principes n'en seraient, pour cela, ni meilleurs ni pires. Ayons le courage de dire la vérité, et que la vérité dite sur nos fautes passées üous empêche d'y retomber à l'avenir.
Jusqu'à 1S48, tous les Canadiens - Français n'avaient formé qu'un seul parti, le parti libéral. Le parti conservateur, ou plutôt le parti /ory, comme on l'appelait, n'était qu'une faible minorité. C’est de 1548 que datent les premières traces des deux partis qui, depuis, se sont disputé le pouvoir. M. Lafontuine avait accepté le régime établi en 1841. Lorsque M. Papineau fut revenu de l'exil, il attaqua le nouvel vrdre de choses avec sa grande éloquence et de toute la hauteur de ses idées. Je n’entreprerdrai pas ici de faire la critique de la politique respective de ces deux grands hommes. Tous deux aimèrent leur pays, ardemment, passionnément, tous deux lui dévouèrent leur vie; tous deux, par des voies différentes, n’eurent d'autre but que de le servir; tous deux furent probes et désintéressés. Restons sur ces souvenirs. sans chercher qui des deux eut tort et qui eut raison.
Il se trouvait, à cette époque, une génération de jeunes gens d’un grand talent et d'une impétuosité de caractère plus grande encore. Désespérés d’être venus trop tard pour jouer leur tête dans les événements de 37, ils se précipitérent, avec une alacrité “veugle, dans le mouvement politique de lépoque. Ils se trouvèrent au premier rang des partisans de M. Lafontaine, dans sa glorieuse lutte contre Lord Metcalfe. Ils l’abandonnèrent ensuite pour la politique plus avancée de M. Papineau, et, tout en se rangeant À sa suite, comme il était naturel, ils l’eurent bientôt devancé.
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Enhardis par leur propre succès, entraînés par leur propre enthousiasme, ils fondèrent un jour L’'Avenir, dans lequel ils se posèrent en réformateurs et en régénérateurs de leur pays. Non contents de s'attaquer à la situation politique, ils s’attaquèrent audacieusement à la situation sociale, 118 lancèrent un programme contenant pas moins de vingt-et-un articles, qui commençait par l'élection des juges de paix et finissait par l'annexion aux Etats-Unis, et qui n’était en somme rien autre chose qu'une révolution complète de la province, S'il eût 6té possible que, par üun coup de baguette magique, les vingt-et-un articles de ce programme se fûssent réalisés dans le cours d’une nuit, le pays au matin n’eût plus été reconnaissable. Celui qui l'aurait quitté la veille et y serait revenu le lendemain, n'aurait pu s'y retrouver.
La seule excuse de ces libéraux, c'était leur jeunesse; le plus âgé d'entre eux n'avait pas vingt-deux ans.
Messieurs, je constate des faits, je n’entends pas faire de reproche à qui que ce soit. Le talent et les convictions sincères ont toujours droit à notre respect. Quel est celui d’entre nous, du reste, qui, s’il eût vécu à cette époque, peut se flatter qu'il aurait été plus sage, et qu'il ne serait pas tombé dans les mêmes écarts? Tout prétait alors à ces exagérations: la situation de notre pays, la situation en Europe.
Le pays n'était pas encore guéri des blessures de Pinsurrection ; on nous avait octroyé une constitution libre, il est vrai, mais la nouvelle constitution n’était pas appliquée de bonne foi par le bureau colonial. y avait, au fond de chaque âme, des grondements que eomprimait seul le souvenir de la vengeancetirée de l'insurrection. De tous les côtés, du reste, arrivaient jusqu'ici des eMuves de démocratie et de révolte. Ta société frémissait déjà aux premiers soufes de cette grande tempête qui devait éclater quelques années plus tard, presque par tout le monde civilisé, et qui fit un moment chanceler la société sur elle-même. Les années qui précèdent 1848 sont effrayantes à contempler. On éprouve de l'horreur à constater ce travail
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Cet état de choses devait puissamment agir sur des imaginations jeunes, ardentes et inexpérimentées. Aussi, nos jeunes réformateurs, non contents de vouloir révolutionner leur pays, saluaïient avec transport chaque révolution nouvelle en Europe.
Cependant, à peine avaient-ils fait deux pas dans la vie qu'ils s’apercevaient de leur immense erreur. Dès 1852, ils publiaient un nouveau journal. Tls abandonnaient l’{genñ aux énergumènes et cherchaient dans le nouveau journal le Pays, sans toujours la trouver, il est vrai, la voie nouvelle que devaient suivre les amis de la liberté sous la nouvelle constitution.
On ne peut aujourd'hui, en relisant le programme de L'Avenir, s'empêcher de sourire ; on ne peut s’empécher de sourire, en retrouvant, avec un si grand bon sens quelquefois, tant de propositions absurdes ou impossibles, T1] serait oiseux de repasser, une à une, outes les propositions incongrues que contenait le programme de L'Avenir. J'en prendrai une au hasard : les parlements annuels. Je suis certain que chacun des jeunes réformateurs d'alors, qui est arrivé aujourd'hui à la députation, est fermement d'opinion qu'une élection tous les cinq ans est tout-à-fait suffisante. Et d'ailleurs, n'est-il pas manifeste que les parlements annuels seraient une entrave constante à toute législation sérieuse, et une source d’agitation en permanence ?
Cependant, le mal était fait. Le clergé, alarmé de ces allures qui ne rappelaient que trop les révolutionnaires d'Europe, déclara de suite une guerre impitoyable au nouveau parti. La population anglaise, amie de la liberté, mais amie de l’ordre, se déclara également contre le nouveau parti, et pendant vingtcinq ans ce parti est resté dans l’opposition, bien que . uonneur lui revienne d’avoir pris l'initiative detoutes les réformes accomplies depuis cette époque. C’est vainement qu’il demanda et obtint l'abolition de la
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tenure seigneuriale ; c’est vainement qu’il demanda et obtint la décentralisation judiciaire; c’est vainement que le premier il donna l'élan à l’œuvre de la colonisation, ces sages réformes ne lui furent pas comptées; c’est vainement que ces enfants, devenus hommes, désavouèrent les entraînements de leur jeunesse ; c’est vainement enfin que le parti conservateur commit faute sur faute: la génération des libéraux de 1848 était presqu’entièrement disparue de l’arène politique, lorsque commença à poindre l'aurore d’un jour nouveau pour le parti libéral. Depuis ce temps de nouvelles accessions ont été faites au parti; des idées plus réfléchies, plus calmes, y ont prédominé; quant à l’ancien programme, de toute la partie sociale, il ne reste plus rien du tout, et, de la partie politique, il ne reste que les principes du parti libéral d'Angleterre. Pendant ce temps, que faisait l’autre parti?
Lorsque la scission entre M. Papineau et M. Lafontuine fut devenue complète, la fraction du parti libéral qui suivit M. Lafontaine, finit, après quelques tâtonnements, par s’allier aux t@ries du Haut-Canada ; alors, au titre de libéral qu’elle ne pouvait ou n’osait pas encore avouer, elle ajouta celui de conservateur. Le nouveau partise donna le nom de libéral-conservateur. Quelques années s'écoulèrenc, et de nouvelles modifications survinrént ; le nouveau parti abandonna entiè-
rement letitre de libéral,et ne s’appela plus que le parti*
conservateur. Quelques années s’écoulèrent encore, de nouvelles modifications survinrent ; je ne sais pius de quel nom nous appelons ce parti. Ceux qui aujourd'hui semblent y tenir le haut du pavé, s'appelleront eux-mêmes le parti ultramontain, le parti catholique. Ses principes se sont modifiés comme son nom. Si M. Cartier revenait aujourd’hui sur la terre, il ne reconnaîtrait plus son parti. M. Cartier (tait dévoué aux principes de la constitution anglaise. Ceux quiaujourd'hui, parmi ses anciens partisans, tiennent le haut du pavé, repoussent ouvertement les principes de la constitution anglaise comme une concession à ce qu’ils appellent l'esprit du mal. Ils ne comprennent nileur pays, ni leur époque. Toutes leurs idées sont calquées
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eur celles des réactionnaires de France. Ils se passionnent pour Don Carlos et le comte de Chambord, comme les libéraux se passionnaient pour Louis Blanc et Ledru-Rollin. Ils crient: vive le roi! comme les libéraux criaient: vive la république! En parlant de Don Carlos ét du comte de Chambord, ils affectent de ne jamais dire que Sa Majesté le roy Charles VII, Ka Majesté le roy Henri V. tout comme les libéraux, en parlant de Napoléon ITT, ne disaient jamais que M. Louis Bonaparte.
Certes, je respecte trop l'opinion de mes adversaires pour leur lincer jamaîs aucune injure; mais je leur fais le reproche de ne comprendre ni leur époque, nileur pays. Je les accuse de juger la situation politique de notre pays, non pas d’après ce qui s’y passe, mais d’après ce qui se passe en France. Je les accuse de vouloir introduire ici des idées dont l'application serait impossible dans notre état de société. Je les accuse de travailler laborieusement, et par malheur trop efficacement, à rabaïisser la religion aux simples proportions d’un parti politique.
C’est l'habitude, dans le parti de nos adversaires, de nous accuser, nous libéraux, d'irréligion. Je ne suis pas ici pour faire parade de mes sentiments religieux, mais je déclare que j'ai trop de respect pour les croyances dans lesquelles je suis né pour jamais les faire servir de base à une organisation politique.
Vous voulez organiser un particatholique. Mais n’avez-vous pas songé que, si vous aviez le malheur de réussir, vous attireriez sur votre pays des calamités dont il est impossible de prévoir les conséquences ?
Vous Vobler organiser tous les catholiques comme un seul parti, sans autre lien, sans autre base que la communauté de religion, mais n’avez-vous pas réfléchi que, par le fait même, vous organisez la population protestante comme un seul parti, et qu’alors, au lieu de la paix et de l’harmonie qui existent aujourd’hui entre les divers éléments de la population canadienne, vous amenez la guerre, la guerre religieuse, la plus terrible de toutes les guerres ?
Encore une fois, conservateurs, je vous accuse à
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la face du Canada de ne comprendre ni votre pays ni votre époque.
Nus adversaires nous font encore un reproche ; ils nous reprochent d'aimer la liberté, et ils appellent l'esprit de liberté un principe dangereux et subversif.
Est-il quelque raison à ces attaques? Aucune, sinon qu'il existe en France un groupé de catholiques qui poursuivent la liberté de leurs imprécations. Certes, il n’y a pas en France que des ennemis de la liberté qui la regardent avec terreur. Les amis les plus ardents de la liberté la contemplent souvent avec le même sentiment. Rappelez-vous le dernier mot de Madame Roland. Elle avait ardemment aimé la liberté, elle l’avait appelée de tous ses vœux, et son dernier mot est ce mot navrant: ‘ O liberté, que de crimes on compet en ton nom !” Combien de fois les mêmes paroles n’ont-elles pas été répétées aussi sincèrement, par des amis aussi sincères de la liberté!
Je conçois très bien, sans cependant les partager. les sentiments de ces Français qui, regardant ce que la liberté leur a coûté de larmes, de ruines et de sang, appellent quelquefois pour leur pays un despotisme vigoureux : je Conçois toits anathèmes ; mais que ces anathèmes contre la Hberté soient répétés parmi nous, c'est ce que je ne saurais comprendre.
Eh quoi! c’est nous, race conquise, qui irions maudire la liberté ! Mais que serions-nous donc sans la liberte ? Que sertons-nous maintenant, si nos pères avaient eu les mêmes sentiments que les conservateurs d'aujourd'hui ? Serions-nous autre chose qu’une race de parias ?
J'avoue bien que la liberté, telle qu'elle a été généralement comprise et pratiquée en France, n'a rien de séduisant. Les Français ont eu le nom de la liberté, ils n'ont pas encore eu la liberté. Un de leurs poètes, Auguste Barbier, nous a donné une idée assez exacte de la Hberté qui a quelquefois passé en France, et qu'on a vue pour Ja dernière fois à l'œuvre en 1871. T1 la représente conne une femme
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A la voix rauque, aux durs appas
Qui, du brun sur la peau, du feu dans les prunelles, Agile et marchant à grands pas,
Se plait aux cris du peuple, aux sanglantes mêlées, Aux longs roulements des tambours,
A l'odeur de la poudre, aux lointaines volées Des cloches et des canons sourds ;
Qui ne prend ses amours que Lans la populace, Et ne prête son large flanc
Qu'à ul torts comme elle, et qui veut qu'on l'embrasse
vec des bras rouges de sang.
Si la liberté était bien cette virago sinistre, je comprendrais les anathèmes de nos adversaires, et je serais le premier à m'y associer. Maïs ce n'est pas là la liberté. Un poète anglais, Tennyson, a chanté la liberté, la liberté de son pays et du nôtre. Dans son poème {a Memoriam, Fennyson s'adresse à un ami qui lui demande, pourquoi il ne va pas chercher, dans les îles des mers du sud, un climat plus doux, et pourquoi, malgré sa santé altérée, il persiste à rester sous le ciel brumeux de l'Angleterre. Et le poète lui répond :
It is the land that freemen till,
That sober-suited Freedom chose,
‘The land where, girt with friends or foes, A iman may speak the thing he wiil :
A land of settled government, A land of just and ol renown, Where Freedom broadens slowly down, From precedent to precedent :
Where faction seldoin gathers head
But by degrees to fulness wrought,
The strength of some diffusive thought Hath time and space to work and spread.
Le poète répond à son ami qu'il ne veut pas s'éloiyner de l'Angleterre, parce que :
C'est la terre des homines libres, c'est la terre choisie par la liberté calme et moilérée, où, qu'il soit environné d'amis ou d'ennemis, un homme peut dire ce qu'il veut dire.
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Une terre d'un gouvernement stable, une terre d'un juste et antique renom, ou la liberté s’épand ientement de précédert en prévédent.
où les factions lèvent rarement la tête, où la force le toute pensée féconde, s'élevant par degrés jusqu'à la maturité, a le temps et l’espace pour se développer.
Telle est la libercé dont nous jouissons, telle est la liberté que nous défendons et que nos adversaires attaquent sans la comprendre, et tout en en possédant les bienfaits. Jean-Baptiste Rousseau (1), dans une «de ses odes, parle de peuplades barbares qui, un jour, dans un moment d’inconcevable folie, se mirent à insulter le soleil de leurs cris et de leurs imprécations, Le poète caractérise d’un mot cette inepte impitté :
Le Dieu, poursuivant sa carrière, Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.
Ainsi en est-il parmi nous de ceux qui attaquent la liberté. La liberté les couvre, les inonde, les protége et les défend jusque dans leurs imprécations.
Le Dieu, poursuivant sa carrière, Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs,
Mais nos adversaires, tout en nous repruchant d’être les amis de la liberté, nous reprochent encore, par une inconséquence qui serait très grave, si l’aceusation était fondée—de refuser à l’église la liberté À laquelle elle à droit. Ils nous reprochent de vouloir fermer la bouche au corps administratif de l’église, au clergé, de vouloir l'empêcher d’enseigner au peuple ses devoirs de citoyen et d’électeur. I]8 nous reprochent pour me servir de la phrase consacrée, de vouloir empêcher le clergé de se mêler de politique et de le reléguer dans la sacristie.
(1) L'orateur a ici confondu J, B. Rousseau avec Lefranc de Pompignan ; mais les deux grands iyriques sont si souvent cités côte À côte dans les recueils de littérati re, qu’on peut aisément pardonner ce qui pro quo au conférencier, qui citait de mémoire.
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Au nom du parti libéral, au nom des principes libéraux, je repousse cette assertion |
Je dis qu’il n’y a pas un seul libéral canadien qui veuille empêcher le clergé de prendre part aux affaires politiques, si le clergé veut prendre part aux affaires politiques.
Au nom de quel principe les amis de la liberté voudraient-ils refuser au prêtre le droit de prendre art aux affaires politiques? Au nom de quel principe Les amis de la liberté voudraient-ils refuser au prêtre le droit d’avoir des opinions politiques et de les exprimer, le droit d'approuver ou de désapprouver les hommes publics et leurs actes, et d'enseigner au pounie ce qu'il croît être son devoir? Au nom de quel principe le prêtre n’aurait-il pas le droit de dire que, si je suis élu, moi, la religion est menacée, lorsque j'ai le droit, moi, de dire que, si mon adversaire est élu, l’état est en danger ? Pourquoi le prêtre n’aurait-il pas le droit de dire que, si je suis élu, la religion va être infailliblement détruite, lorsque j’ai le droit de dire que, si mon adversaire est élu, l’état s’en va droit à la banqueroute? Non, que le prêtre parle et prêche comme il l’entend, c’est son droit. Jamais ce droit ne lui sera contesté par un libéral canadien.
La constitution que nous avons invite tous les citoyens à prendre part à la direction des affaires de l’état ; elle ne fait d'exception pour personne. Chacun a le droit, non-seulement d'exprimer son opinion, mais d'influencer, s’il le peut, par l'expression de son opinion, l'opinion de ses concitoyens. Ce droit-là existe pour tous ; il ne peut y avoir de raison pour que le prêtre en soit privé. Je suis ici pour dire toute ma pensée, et j'ajoute que je suis loin de trouver opportune l'intervention du clergé dons le domaine politique, comme elle s’est exercée depuis quelques années. Je crois au contraire que le prêtre a tout à perdre, au point de vue du respect dû à soh caractère, en s’immisçant dans les qu'stions ordinaires de la politique ; cependant son droit est incontestable, et s’il croit bon de s’en servir, notre devoir à nous, libéraux, est de le lui garantir contre toute conteste.
Cependant, ce droit n’est pas illimité. Nous n'avons pas parmi nous de droits absolus. Les droits de chaque homme, dans notre état de société, finissent à l'endroit précis où ils empiètent sur les droits d’un autre.
Le droit d'intervention en politique finit à l'endroit où il empièterait sur l’indépendance de l'électeur.
La constitution de notre pays repose sur la volonté librement exprimée de chaque électeur. La constitution entend que chaque électeur dépose son vote, librement, volontairement, comme il l’entend. $i le plus grand nombre des électeurs d’un pays sont d’une opinion actuellement, et que, par suite de l'influence exercée sur eux par un ou plusieurs hommes, par suite des paroles qu'ils auront entendues ou des écrits qu’ils auront lus, leur opinion change, il n’y a là rien que de parfaitement légitime. Bien que l'opinion qu'ils expriment soit différente de celle qu’ils auraient exprimée sans cette intervention, cependant l’opinion qu'ils expriment est bien celle qu’ils veulent exprimer, celle qui est au fond de leur conscience ; la constitution reçoit son entière application. $i, cependant, malgré tous les raiscnuements, l'opinion des électeurs est restée la même, mais que, par intimidation ou par fraude, vous les forciez à voter différemment, l'opinion qu’ils expriment n’est plus leur opinion, et la constitution est dès lors violée. La constitution, comme je l'ai déjà dit, entend que l'opinion de chacun soit librement exprimée comme il la conçoit, au moment qu’il l’exprime, et la réunion collective de chacune de ces opinions individuelles, librement exprimées, forme le gouvernement du pays.
La loi veille d’un æil si jaloux à ce que l’opinion de l’électeur soit exprimée telle qu’elle est, que si, dans un comté, l'opinion exprimée par un seul des électeurs n’est pas son opinion réelle, maïs une opinion arrachée par la crainte, par la fraude ou par la corruption, l'élection devra être annulée.
Il est donc parfaitement permis de changer l’opinion de l'électeur, par le raisonnement et par tous les autres moyens de persuasion, mais jamais par l'inti-
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midation. Au fait, la persuasion change la conviction de l'électeur, l’intimidation ne la change pas. Quand, par persuasion, vous avez changé la conviction de l'électeur, l'opinion qu’il exprime est son opinion; mais quand, par terreur, vous forcez l'électeur À voter, l'opinion qu’ii exprime, c’est votre opinion; faites disparaître la cause de terreur, et alors il exprimera une autre opinion, la sienne propre.
Maintenant on le conçoit, si l'opinion exprimée dela majorité des électeurs n’est pas leur opinion réelle, mais une opinion arrachée par fraude, par menace ou par corruption, la constitution est violée, vous n'avez pas le gouvernement de la majorité, mais le gouvernement d’une minorité. Or, si un tel état de choses se continue et se répète; si, après chaque élection, la volonté exprimée n’est pas la volonté réelle du pays, encore une fois, vous entravez la constitution, le gouvernement responsable n’est plus qu’un vain mot, et tôt ou tard, ici comme ailleurs, la compression amènera l'explosion, la violence et les ruines.
Mais ilne manquera pas de gens qui diront que le clergé a droit de dicter au peuple quels sont ses devoirs. Je réponds simplement que nous sommes ici sous le gouvernement de la Reine d'Angleterre, sous l'autorité d’une constitution qui nous a été accordée comme un acte de justice; et que, si l'exercice des droits que vous réclamez devait avoir pour effet d’entraver cette constitution et de nous exposer à toutes les conséquences d’un pareil acte, le clergé luimême n’en voudrait pas.
Je ne suis pas de ceux qui se donnent avec affectation comme les amis et les défenseurs du clergé. Cependant, je dis ceci: comme la plupart des jeunes gens, mes compatriotes, j'ai été élevé par des prôtres, et au milieu de jeunes gens qui sont devenus des prêtres. Je me flatte que je compte parmi eux quelques amitiés sincères, et à ceux-là du moins je puis dire, et je dis: ‘ Voyez g’il y a sous le soleil un pays plus heureux que le nôtre; voyez s’il y a sous le soleil un pays ou l’église catholique soit plus libre et plus privilégiée que celle-ci. Pourquoi donc iriez-
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vous, par la revendication de droits incompatibles avec notre état de société, exposer ce pays à des agitations dont les conséquences sont impossibles à prévoir?”
Mais je m'adresse à tous mes compatriotes indistinctement, et je leur dis:
‘ Nous sommes un peuple heureux et libre ; et nous sommes heureux et libres, grâces aux institutions libérales qui nous régissent, institutions que nous devons aux efforts de nos pères et à la sagesse de la mère-patrie.
‘ La politique du parti libéral est de protéger les institutions, de les défendre et de les propager, et, sous l’empire de ces institutions, de développer les ressources latentes de notre pays. Telle est la politique du parti libéral ; il n’en a pas d’autre. ”
Maintenant, pour apprécier toute la valeur des institutions qui nous régissent aujourd’hui, comparons l’état actuel de notre pays avec ce qu’il était avant qu'elles nous eussent été octroyées.
Il y a maintenant quarante ans, le pays se trouvait sous le coup d’une émotion fièvreuse, en proie à une agitation qui, quelques mois plus tard, éclatait en insurrection. La couronne britannique ne fut maintenue dans le pays que par la force de la poudre et du
‘anon. Et cependant, que demandaient nos devanciers? Ils ne demandaient rien autre chose que les institutions que nous avons maintenant; ces institutions nous ont été octroyées, on les a appliquées loyalement ; et voyez la conséquence: le drapeau britannique flotte sur la vieille citadelle de Québec, il flotte ce soir au-dessus de nos têtes, et il ne se trouve pas dans le pays un seul soldat anglais pour le défendre; sa seule défense, c’est la reconnaissance que nous lui devons pour la liberté et la sécurité que nous avons trouvées sous son ombre.
Quel est le Canadien qui, comparant son pays aux pays même les pluslibres, ne se sentirait fier des institutions qui le protègent ?
Quel est le Canadien qui, parcourant les rues de cette vieille cité et arrivant au monument élevé, à deux
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et du même Md rappell mitrail français tant de per; lors et leur de leur pays à) dut se t saient & les vire permis d dans un ciel pern yeux mo de ge fe:
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pas d’ici, à la mémoire des deux braves morts sur le même champ de bataille en se disputant l’empire du Canada, ne 8e sentirait fier de son pays ?
Dans quel autre pays, sous le soleil, trouverezvous un monument semblable, élevé à la mémoire du vaincu aussi bien que du vainqueur? Dans quel autre pays, sous le soleil, trouverez-vous le nom du vaincu et du vainqueur hunoré au même degré, occupant la même place dans le respect de la population ?
Messieurs, lorsque dans cette dernière bataille, que rappelle le monument de Wolfe et Montcalm, la mitraille semait la mort dans les rangs de l’armée française ; lorsque les vieux héros, que la victoire avait tant de fois suivis, virent enfin la victoire leur échapper; lorsque, couchés sur le sol, sentant leur sang couler et leur vie s’éteindre, ils virent, comme conséquence de leur défaite, Québec aux mains de l’ennemi, et le pays à jamais perdu,—sans doute leur pensée suprême dut se tourner sur leurs enfants, sur ceux qu’ils laissaient sans protection et sans défense; sans doute ils les virent persécutés, asservis, humiliés, et alors, il est permis de le croire, leur dernier soupir put s’exhaler dans un cri de désespoir. Mais si, d’un autre côté, le ciel permit que le voile de l’avenir se déchirât à leurs yeux mourants; si leciel permit que leur regard, avant de se fermer pour jamais, pénétrât dans l'inconnu; s'ils purent voir leurs enfants libres et heureux, marchant le front haut dans toutes les sphères de la société ; s'ils purent voir, dans la vieille cathédrale, le banc d'honneur des gouverneurs français occupé par un gouverneur français ; s'ils purent voir les flèches des églises s’élançant de toutes les vallées, depuis les eaux de Gaspé jusqu'aux plaines de la Rivière Rouge ; s'ils purent voir ce vieux drapeau, qui nous rappelle la plus belle de leurs victoires, promené triomphalement dans toutes nos cérémonies publiques; s'ils purent, enfin, voir nos libres institutions, n'est-il pas permis de croire que leur dernier soupir s’éteignit dans un murmure de reconnaissance pour le ciel, et qu'ils moururent consolés ?
Si les ombres de ces héros planent encore sur cette
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vieille cité pour laquelle ils sont morts, si leurs ombres planent ce soir sur la salle où nous sommes réunis, il nous est permis de croire, à nous, libéraux, —du moins nous avons cette chère illusion, —que leurs sympathies sont toutes avec nous.