SUR LES HUSTINGS
Depuis de nombreuses années, M. Laurier est un des orateurs les plus populaires de sa province natale. Un de ses plus grands succès de husting fut son fameux discours sur le libéralisme, prononcé en la cité de Québec pendant l’été de 1877. Il avait comme auditoire tout ce qu’il y avait d'hommes intelligents et cultivés dans l’ancienne capitale, et le triomphe de l’orateur fut sans précédent.
Une des personnes présentes en cette occasion a dit à l'écrivain que, lorsque M. Laurier se leva pour parier devant cet immense auditoire, il devint d’une pâleur mortelle. Ses amis purent croire un instant qu'il était malade, chacun exprimait ses craintes à voix basse, et ensuite, pendant plusieurs instants d’un silence absolu, orateur et auditoirese mesurèrent du regard. L'oratenar prononça ses premières phrases avec un calme mesuré, mais on sentait dans sa voix untremblement qu’il pouvait à peine dissimuler ; ses
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yeux regardaïient bravement la foule, il cherchait à connaître les dispositions de son auditoire. Puis i! vit le regard de simple curiosivté disparaître du visage de son auditoire pour faire place à un bienveillant inttrêt, l'enthousiasme illumina plusieurs figures, la voix de l’orateur ne trembla plus, le courage et la confiance lui revinrent ; et, lorsqu'il eut prononcé la dernière phrase de l’éloquente péroraison de ce superbe discours, de l’avis de tous il était plus qu’un politique, plus qu’un brillant orateur, plus qu’un lutteur de husting. Par ce noble discours il se révéla penseur profond, érudit, lettré, passé maître dans l’art oratoire le plus persuasif. Mais cette méthode de chercher à connaître l’esprit de son auditoire est encore en faveur chez le chef libéral. Les premières phrases de ses discours sont toujours prononcées avec beaucoup de délibération, et méme, dans ses élans les plus éloquents et les plus passionnés, il ne perd jamais le contrôle absolu de lui-même. Il peut combattre une foule turbulente sur les hustings avec un sangfroid imperturbable. Ilne se trouble jamais en face de la démonstration la plus hostile. Il manque rarement de ramener à l’ordre et au décorum l'auditoire le plus turbulent. Les partisans les plus violents finissent par subir son influence.
Mais c’est dans la Chambre des Communes qu’il faut voir M. Laurier. C’est là que se révèlent le plus vivement sa haute éloquence et son noble patriotisme.
Yest là qu’on peut voir sa suprématie sur les esprits et les émotions des hommes. Par sa patiente courtoisie, sa bienveillante considération pour ses amis et ses adversaires, il commande toute l'attention et toutes les sympathies de l'assemblée. Quelque opinion qu'on puisse se former de ses capacités, peu de gens
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nieront qu’il soit le chef de parti le plus populaire qui ait encore siégé dans le parlement canadien.