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‘“ C’est la combinaison du tube et du piston qui est l'instrument dont on se sert pour utiliser la vapeur, dit M. Laurier; c’est la forme des gouvernements représentatifs qui a révélé au | monde les deux principes, libéral et conservateur, | et cette forme de gouvernement est l'instrument
qui leur fait rendre tous leurs effets. Sur quelque | sujet que ce soit, dans le domaine des choses | humaines, le vrai ne se manifeste pas également | à tous les intelligences. Il en est dont le regard plonge plus loin dans l’inconnu, mais embrasse moins à la fois ; il en est d’autres, dont le regard, s’il est moins pénétrant, aperçoit plus nettement dans la sphère où il peut s'étendre. Cette distinction primordiale explique de suite jusqu’à un certain point l’idée libérale et l’idée conservatrice.”
Fait curieux et que j'aime à noter ici en passant, Léon Gambetta, le puissant orateur français, développait au Palais Bourbon, le 21 juin 1880, la même'idée, à peu près dans les mêmes termes et dans le même esprit.
‘“ Pour moi, déclare M. Laurier, je l'ai déjà dit, je suis un libéral. Je suis un de ceux qui pensent que partout dans les choses humaines, il y a des abus à réformer, de nouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer. Du reste le libéralisme me paraît de tous points supérieurs à l’autre principe. Le principe du libéralisme réside dans le sens même de notre
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nature, dans cette soif de bonheur que nous apportons avec nous dans la vie, qui nous suit partout, pour n'être cependant jamais complètement assouvie de ce côté-ci de la tombe. Notre âme est immortelle, mais nos moyens sont bornés, nous gravitons sans cesse vers un idéal que nous n’atteignons jamais. Nous révons le bien, nous n’atteignons que le mieux. A peine sommes-nous arrivés au terme que nous nous étions assignés, que nous y découvrons des horizons que nous n'avions pas même soupçonnés. Nous nous y précipitons, et ces horizons, explorés à leur tour, nous en découvrent d’autres qui nous entrainent encore et toujours plus loin.”
Je le répète, ce discours de M. Laurier, sur le Libéralisme est un de ses grands triomphes oratoires. La péroraison est véritablement empo gnante. Il avait comme auditoire tout ce qu'il y avait d'hommes intelligents et cultiv's dans l'ancienne capitale. Jamais on n'avait vu un public aussi intelligent, aussi éclairé se précipiter au-devant d’un orateur venant lui parler de libertés politiques et lui exposer la vraie théorie du régime constitutionnel. ('e discours suffit pour placer M. Laurier à la hauteur de l’homme d'Etat.
Mais c’est dans la Chambre des Communes qu’il faut voir M. Laurier. Comme sa figure se détache bien de celle des 217 autres députés qui siégent avec lui!
Sa noble et sympathique physionomie, son œil
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plein d'intelligence, à la fois calme et pénétrant, la bonté de son sourire, frappent tous ceux qui l'aperçoivent.. On se sent en présence d’un grand caractère, d’un sage, d’un esprit d'élite, épris du beau, du juste et du vrai.
‘ Outre son maintien, sa voix et ses manières agréables, nous dit M. Edgar, M. Laurier ne manque jamais de traiter son sujet avec une grande hauteur de vue, de l’éclairer par de nombreuses illustrations dont sa profonde connaissance des hommes et des livres lui facilite le choix et souvent de donner dans quelques phrases bien condensées, les meilleurs arguments. La seule nouvelle que M. Laurier doit probablement prendre la parole suffit toujours pour remplir la salle et faire aftluer le monle aux galeries. C’est certainement merveilleux que de voir un homme parvenir àposséder aussi complètement les beautés d’une langue étrangère.”
Il y a quelques mois, le Globe, le grand journal de Toronto publiait un long article sur l’hon. M. Laurier. L'auteur de cet article éloquent, qui signait Observer’, appréciait ainsi le caractère et l’habilité de notre chef.
‘ Il n’est pas agressif outre mesure ; il n’engage pas de luttes irréfléchies ; mais il est très, très ferme ; un homme calme, fort, persévérant, qui n’abandonne jamais la lutte tant qu'il reste l'ombre dune chance de remporter la victoire, qui mesure avec justesse les difficultés à vaincre,
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qui possède à un degré peu ordinaire ce courage qui consiste à préparer des victoires futures sur les ruines encore récentes de la défaite. Il ne s'occupe guère des querelles mesquines de factions rivales.
Les influences qui dégradent, démoralisent et corrompent n'ont pas de place dans sa tactique. Il ne combat bien que lorsque son cœur est dans ‘la lutte. Et son cœur n’est pas dans les trivialités de la politique de clocher. Mais cette homme serait un géant dans une grande crise nationale, il n'est pas de travail ou de sacrifice qu’il ne donnerait pour une cause où son cœur et sa Conscience seraient engagés. Il n’est pas radical. Il est libéral dans toutes les convictions de son esprit ; un penseur puissant, brave, indépendant, un homme qui sera poussé par le devoir plutôt que par l'ambition, à jouer un grand rôle dans l'avenir de son pays, jouissant de l'estime et de la confiance de ses amis, honoré par ses collègues parlementaires. Il mérite la confiance de tout le peuple canadien.”
N'est pas debater qui veut, à la Chambre des Communes. Pour être écouté dans un parlement, il ne suffit pas de posséder cette éloquence qui émeut et passionne les masses, et tel, dont la voix a maintes fois électrisé la foule et soulevé des applaudissements frénétiques, sera à peine remarqué de la députation. Combien d'hommes doués de talents remarquables, habiles et retors
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dans la discussion, ont misérablement échoué, lorsqu'il leur a fallu prendre part à un débat devant la Chambre! Pour être orateur parlementaire, dans le sens que l'on donne à ce nom, il faut apporter à la discussion outre une voix agréable et un style châtié, une rare faculté d’organisation, un esprit très pratique et une grande connaissance des faits. M. Laurier possède ces qualités, et il suffit de l’avoir entendu une fois pour ne plus être étonné de ce qu'il ait pris rang comme premier debater Au Parlement. Nul ne sait aussi bien exprimer dans une langue correcte et souple ce qu'il veut dire, nui ne parle avec autant d'autorité. Partisans ou adversaires avouent qu'il parle en homme d'Etat, non pour l'effet (quoique sa parole soit une musique), mais pour un résultat réel. Chez lui, chaque parole est pesée et correspond à, une résolution inflexible. Enonce-t-il un principe, une idée, qu’il ne se lasse pas d'y rever ; il faut voir avec quelle habileté et quelles ressources il atteint son but. La phrase harmonieuse, le geste sobre et méthodique, tout chez Laurier porte le cachet de l’originalité de son caractère.
J’ai eu la bonne fortune d'assister, le 21 août dernier, à une séance de la Chambre des Communes, en Angleterre, séance très animée, très mouvementée, puisqu'il s'agissait d’une mesure présentée par Balfour et relative à la police maintenue par le gouvernement anglais