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en Irlande. Je ne fus nullement déçu dans mon atténte et j'avoue que les grands orateurs que. jentendis ce jour-là sous les voûtes de Westminster, ce temple de la liberté anglaise, me subjuguèrent complètement. Toutefois en prêtant l'oreille à ces hommes distingués pour qui le parlementarisme n’a plus de secrets et dont le nom et le prestige remplissent l'univers, involon: tairement je me demandais si nos hommes d'Etat canadiens pouvaient rivaliser avec eux. Etait-ce chauvinisme ? je l’ignore, mais je penchai dans l’affirmative et je crois encore aujourd'hui que Laurier, Blake, sir John Macdonald et sir Chs. Tupper pourraient figurer avec avantage dans cette Chambre des Communes où se sont immortalisés Pitt, Burke, Fox, Sheridan, O’Connell, Disraeli et Gladstone.
C’est aussi un fait bien remarquable que, dans un pays aussi essentiellement démocratique que le nôtre, le régime parlementaire se soit si vite implanté. Pourtant, n’a-t-on pas dit que ce régime, originaire d'Angleterre et généralement bien compris par les Anglais, a été très mal pratiqué par les autres peuples qui ont voulu le copier? Ceci peut être vrai pour tous les autres peuples, excepté les Canadiens. Depuis que la Grande Bretagne nous a accordé le gouvernement responsable, jamais peuple n’a mieux compris le parlementarisme qui tient le milieu entre la monarchie absolue et la démocratie pure. Nos
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hommes d’Etat peuvent se flatter d’avoir su interpréter la constitution anglaise avec beaucoup de clairvoyance en l’adaptant d’une façon aussi ingénieuse à nos institutions. M. Gladstone disait, il y a quelques années, en parlant de la constitution anglaise, que c'était un instrument d’une grande souplesse, mais qu'il était fait pour être manié par des hommes sages et non par des imprudents et des audacieux.
Les étrangers qui ont quelque peu vécu au Canada et qui ont suivi de près les affaires publiques ont toujours été frappés des aptitudes politiques de la race française et de l’habileté dont elle fait preuve dans l'application des principes du gouvernement représentatif. On a craint pendant longtemps que notre tempérament français, toujours très vif, et nos tendances à oublier la mesure et la prudence dans la discussion seraient un obstacle fatal à l'établissement et au maintien du Régime Parlementaire dans la Province de Québec. Le temps et l’histoire ont fait ample justice de cette crainte, de ces appréhensions, et lord Dufferin, ayant accepté un banquet à Londres, en 1575, disait, en énumérant les mérites particuliers des populations françaises du Canada : ‘“ Nos compatriotes français sont, par le fait, ‘“ plus rigoureusement parlementaires que les ‘“ Anglais, et jamais à aucune période de l’exis- ‘“ tence et des fortunes si mouvementées de la “ colonie, les hommes d’Etat français n'ont fait
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“ défaut à l’œuvre publique, mais ils ont sans ‘ cesse demandé à leurs associés une part égale “ d'activité dans la création des traditions repré- ‘“ sentatives de ce qui constitue en somme l’his- “ toire constitutionnelle du pays.”
Voilà, je crois, le compliment le plus flatteur qui ait jamais été fait à l'adresse des Canadiensfrançais, si l’on tient compte de la personnalité de Lord Dufferin, l’une des plus marquantes du corps diplomatique anglais. Il faut rendre cette justice aux Anglais, qu'ils ont toujours compris la portée du vieux proverbe : valour is still value, et le seul fait que personne d’entre eux ne peut disputer à M. Laurier la palme de léloquence parlementaire a dû contribuer dans une Li large mesure à dissiper dans leur esprit une foule | 1 de préjugés à l'égard de notre race. Aussi, la Ckäibfe des Communes était bien le théâtre qui échVEiait à M. Laurier pour apprendre au monde que, sur cette terre d'Amérique, la France, par ses enfants, était encore la première dans les hautes sphères intellectuelles.
Puisque je suis à définir l’éloquence parlementaire, il ne serait peut-être pas hors de propos de citer ce que disait M. Laurier lui-même, dans sa conférence du 16 mai 1884 au Club National.
‘“ Nous, de race et d'éducation françaises, disait-il, ce que nous apprécions le plus, ce que nous goûtons le mieux, c’est cette éloquence nerveuse, magnétique, qui remue l’âme, qui nous
js gg 3 serre la gorge et nous mouille les yeux; c'est ? encore cette éloquence académique pure de lan-
gage, élégante de diction qui remplit l'oreille comme une musique qui tend plus à charmer qu’à convaincre. —L’éloquence française est avant tout esthétique. L’éloquence anglaise est avant tout pratique. L’orateur anglais a pour première préoccupation d’aller droit au but. Il a une thèse a soutenir; il entasse les raisonnements, les chiffres, les comparaisons, les citations, tout enfin ce qui peut étayer la thèse qu’il soutient. Il ne cherche pas à plaire ; mais s'il parvient à éblouir votre raisonnement, à rendre iumineux ce qui était obscur, il a obtenu le succès qu'il ambitionnait.
‘“ Cette éloquence ne vous émotionne pas ; il ne s’y trouve jamais de ces mouvements oratoires qui vous frappent comme un choc électrique, mais quand un orateur comme M. Blake vous entraine avec lui dans les sphères intellectuelles,
6 qu'il vous fait planer à des hauteurs inaccessibles, et qu'il vous découvre des horizons nouveaux, immédiatement remplacés par d’autres plus élevés encore, une émotion lente, graduelle, s'empare de vous, vous gagne peu à peu et vous subjugue tout à fait.”
M. Laurier a cela de supérieur à tous les autres commoners, qu'il joint à la grâce, à la pureté, à l'harmonie du langage, une érudition profonde, une perspicacité rare et une argumen-