II
consulter le médecin. Si nos embarras concernent nos iffaires, nos employés sont tenus d'en délibérer sur-lechamp; s'ils sont relatifs à la religion, à la morale, nous devons aller trouver un ami, un sage, implorer ses conseils, son assistance : enfin, notre loi nous défend d'apporter dans la semaine qui commence une affaire qui nous inquièteou nous tourmente. Le plus sûr moyen de se débarrasser de devoirs pénibles, c'est de les remplir consciencieusement, et, quant à ce que nous ne pouvons complètement résoudre, nous nous en remettons à Dieu, comme à l'Être essentiellement juste et essentiellement libérateur. Notre oncle lui-môme se soumet à celte épreuve; dans certains cas il nous avoue avoir rencontré des difficultés qu'il ne pouvait pas surmonter au premier moment ; la plupart du temps il s'adresse à notre tante, qu'il va voir souvent. Le dimanche soir, il ne manque pas de nous demander si nous avons bien tout confessé, tout réglé. Vous voyez que nous mettons tous nos soins à ne pas être compris dans votre ordre, dans la société des Renonçants.
— C'est une jolie vie ! s'écria Hersilie ; si je me rési gne un jour sur sept, c'est autant à déduire des trois cent soixante- cinq.»
Au moment où Wilhelm allait partir, le jeune employé lui remit un paquet accompagné d'une lettre dont nous extrayons le passage suivant :
« Il me semble que chaque nation est dominée par un sens différent, dont la satisfaction peut seule la rendre heureuse i cela se remarque môme chez les individus. Celui qui a l'oreille remplie de sons harraonieuîf et réguliers me saura-t-il gré de lui placer devant les yeux le plus excellent tableau? Un amateur de peinture veut voir ; il n'admettra pas qu'une imagination puisse être
excitée par un roman ou un poëme. Qui donc est assez bien doué pour jouir de différentes manières?
« Mais vous, ami passager, vous m'avez paru être de ce petit nombre, et, si vous avez su apprécier l'élégance d'une anecdote française, vous ne dédaignerez pas la simple et franche loyauté d'un intérieur allemand, et vous me pardonnerez si ma nature, ma manière de penser, ma naissance et ma position me font préférer à tout un tableau de la classe moyenne allemande, dans la pure sphère de la vie domestique.
« Lisez cela, et souvenez-vous de moi 1 »