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CHAPITRE VII

Herallle h Wllhelm.

«Les connaissances, même lorsqu'elles s'annoncent comme devant être indifférentes, ont souvent les conséquences les plus graves ; à plus forte raison la vôtre qui, dès le début, n'était pas indifférente. La clef merveilleuse était tombée entre mes mains comme un gage singulier ; maintenant j'ai la cassette. La clef et la cassette, qu'en dites-vous? Qu'en pouvez-vous dire ? Écoutez coninieiit cela s'est passé :

« Un jeune homme de bonne mine se fait annoncer chez mon oncle et raconte que l'antiquaire, avec lequel vous avez été longtemps en relation, est mort récemment et lui a légué sa précieuse collection tout entière, en lui imposant l'obligation de restituer sans délai tous les objets qu'il avait reçus en dépôt. On n'est jamais iuquiet pour son propre bien, car sa perte ne regarde que nous ; mais pour ce qui est de garder le bien des autres, il ne se le permettait que dans des cas particuliers, il ne

voulait pas lui transmettre ce fardeau,, et le priait même, au nom de sou amitié etde son autorité paternelle, de ne jamais le faire. Après ce préambule, le jeunehomme montre la cassette que je connaissais déjà par votre description, mais qui ne m'en frappa pas moins.

«Mon oncle, après l'avoir examinée en touasens,lalui rendit en disant qu'il s'était fait égalemeni un devoir d'agir de la même façon et de ne se charger d'aucune antiquité, si belle et si merveilleuse qu'elle fût, sans savoir à qui elle avait appartenu, s'il s'y rattachait quelque intérêt historique. Cette cassette ne portant ni inscription, ni chiffre, ni date, ni aucune indication de nature à faire deviner l'auteur ou l'ancien possesseur de l'objet, lui •était absolument inutile.

« Le jeune homme était fort embarrassé et, après avoir réfléchi, il demanda si on ne lui permettrait pas de déposer l'objet chez le bailli. Mon oncle sourit, se tourna vers moi, et me dit : « Ce serait une jolie affaire pour « toi, Hersilie ; tu possèdes déjà une jolie collection de « raretés, ajoutes-y celle-ci ; car je gagerais que notre « ami, qui ne t'est pas resté indifférent, reviendra un jour « la reprendre. »

« J'écris tout cela pour rester fidèle à l'histoire; je dois ■avouer que je considérais la cassette avec un œil d'envie, avec avidité. Il me répugnait de voir la magnifique cassette que le hasard avait donnée au beau Félix, enfouie dans le vieux coffre rouillé des dépôts du tribunal. Elle attirait la main comme la baguette divinatoire : ma faible raisonme retenait; j'avais déjà laclef etje n'osais le dire; fallait-il m'inposer le tourment de laisser la serrure fermée ou m'abandonner à la coupable témérité de l'ouvrir? Mais, je ne sais, était-ce pressentiment ou désir, je m'imaginais que vous viendriez et que vous seriez là quand

je rentrerais dans ma chambre ; bref, j'étais étrangement troublée comme cela m'arrive toujours, lorsque quelque chose vient m'arracher à ma gaieté habituelle. Je n'en dis pas davantage, je n'écris pas, je ne m'excuse pas : le fait est que la cassette est là, devant moi, dans mon coffre, la clef à côté, et si vous avez quelque chose qui ressemble à un cœur, figurez-vous ce que j'éprouve, combien de passions s'agitent en moi, comme je vous souhaite ici et Félix avec vous pour que cela finisse, ou du moins que nous sachions à quoi nous en tenir à l'endroit de cet objet trouvé, retrouvé^ ces rencontres, ces séparations. Etquand je ne devrais pas être tirée de tous mes embarras, je désire ardemment que celui-ci au moins s'explique, dût-il m'arriver, comme j'en ai bien peur, quelque chose de plus pénible encore. »

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