William le Mousse
Le vautour de l’Océan, porté par ses larges ailes, et planant sur l’Atlantique, suspend soudain son vol pour contempler un objet qui a attiré son attention.
C’est un petit radeau construit grossièrement avec quelques débris de navire, et sur lequel sont jetées plusieurs pièces de canevas goudronné.
* Oiseau gros et vorace; malgré son volume con.-i.lérable i! vole avec rapidité et s’avance très-loin en pleine mer; habite les mers australes.
Si fragile qu’en soit la structure, il est monté par feux individus : un homme et un jeune garçon. Ce dernier est couché dans les voiles et paraît endormi.
L’homme est debout; il porte une main à son front, pour préserver ses yeux du soleil, et examine avec anxiété la surface des eaux.
A ses pieds, sur le canevas, sont épars un anspect*, ^ une paire de rames et une hache. L’œil perçant de l’albatros ne découvre rien de plus sur la frêle embarcation.
L’oiseau reprend son vol rapide, et dix mille? plus loin, toujours dans la direction ouest, il s’arrête de nouveau et abaisse son regard sur l’Océan.
Il aperçoit un autre radeau dix fois plus large que le premier, et qui reste immobile sur une mer de plomb; il est fait de mâts, de vergues, de vannes, de morceaux de cordages et autres pièces provenant de la démolition d’un vaisseau ; des tonneaux vides liés le long de ses bords l’aident à flotter.
Un carré de canevas étendu entre deux mâts im provisés, une couple de barils, une boîte à biscuits vide, et quelques rames, sont dispersés sur ce radeau sur lequel se trouvent une trentaine d’hommes, S c sis, debout ou couchés.
Quelques-uns semblent dormir, mais l’expression égarée de leurs traits annonce le sommeil de l’i-
* Levier servant à soulever les canons; ils sont faits en bols de frêne ou d onne; le grès bout, taillé en sifflet, est ferré.
DK TERRE ET DK MER
vresse. La conversation bruyante des autres, leurs f gestes, leurs attitudes, attestent qu’ils ont bu large* ment au gobelet d’étain rempli de rhum qui circule de main en main. Un petit nombre, plus calmes en apparence, mais à la mine affamée, jettent sur l’Océan des regards de profond découragement.
Le vautour plane sur le radeau ; son instinct lui dit qu’il pourra s’y repaître avant peu.
Dix milles plus loin, toujours à l'ouest, l’œil perçant de l’albatros découvre encore quelque 'chose ; on dirait une tache sur les eaux, bien que ce soit en réalité une petite barque, — le canot d’un vaisseau dans lequel six hommes sont assis; ils n’ont pas pris la peine d’élever une voile, ils ne se servent point des rames ; ils paraissent s’être abandonnés au désespoir. Comme les deux radeaux, la barque est à la dérive.
Il était évident qu’un vaisseau avait sombré ou brûlé dans ces parages.
À dix milles à l’est du plus petit radeau, on voyait des traces plus significatives encore ; des débris de poutres charbonnées indiquaient qu’un navire avait été la proie d’un incendie.
A Carrière du bateau, on pouvait lire le nom de Panclora. Le même mot était peint sur les tonnes du grand radeau. Sur les deux bordages formant les pièces transversales du plus petit, on voyait encore écrit en lettres plus grosses : Pandora,