‹ William Milne EdwardsChapitre 3 sur 19 · DE LA CHALEUR CHEZ LES ADULTES · texte numérisé non relu

DE LA CHALEUR CHEZ LES ADULTES

Tandis [que presque tous les animaux à sang chaud adultes conservent une température élevée dans toutes les saisons, un petit nombre d'entre eux subissent un refroidissement considérable en automne et en hiver, tombent dans l'engô\irdissement, et demeurent dans cet état jusqu'au retour du printemps. On les a appelés animaux « hibernants ». Les espèces qui, de l'aveu de tous les naturalistes, méritent cette dénomination sont, dans ce climat, les chauves-souris, le hérisson, le loir, le anuseardin et la marmotte. ]STous parlerons ailleurs des autres espèces, qui, suivant l'opinion de quelques savants, doivent être rangées dans la même catégorie.

Les animaux que je viens de nommer sont des

ni:l,,lll,l,,',vs: ■'* onl «»us i,.. caractèrea d'organi sation qui distinguent cette classe. Ils appartien- "«"'" à des genres el à des familles différentes, et r"M Qe ™i1 '•'''" de particulier dans leur structure qui en fasse an groupe à part. A les voir, dans la belle saison, rieu ne ferail présumer qu'à une autre époque ils seraient si différents d'eux-mêmes et des autres animaux de leur classe; mais, quand on l.s observe plus tard, dans leur hibernisation, leur température est dès basse, et souvent à peine supérieure à celle de l'atmosphère. Ils semblent alors avoir changé de nature; 'ils paraissent avoir subi une métamorphose qui, d'animaux à sang chaud, les a convertis en animaux à sang froid. Ils oui. en Effet, plusieurs caractères: ils sont engourdis cornma des reptiles; leurs mouvements respiratoires sont irréguliers, faibles et longtemps suspendus, et, ce qu'il y a de très remarquable, cet état persiste plusieurs mois, pendant lesquels ils peuvent se passer de toute nourriture. On ne saurait guère imaginer deux modes d'existence plus opposés.

Ces effets proviennent-ils d'une modification de structure qui change leur manière de vivre, comme quelques-uns l'ont pensé? Ou, conservant la même organisation dans le cours des saisons, présentent- Efaa des phénomènes différents, parce que leur tempérament est asservi aux variations de l'atmosphère?

Si l'on réfléchil que c'est seulement lorsque la température baisse en automne qu'ils se retirent

dans les cavités, où on les trouve ensuite froids et engourdis, on peut présumer que c'est l'action de cette cause qui produit cet effet; et, d'après tout ce que nous avons rapporté précédemment de l'influence de la température extérieure sur les jeunes animaux à sang chaud, nous n'aurons pas de peine à le concevoir. Si l'on suppose qu'en été et au printemps les mammifères hibernants produisent beaucoup moins de chaleur que les autres animaux à sang chaud adultes, c'est une conséquence nécessaire que leur température doit baisser avec celle de la saison. Mais on peut l'attribuer à une toute autre cause, en faisant une supposition tout aussi probable. Lorsqu'on se borne au simple raisonnement, on peut croire que c'est le défaut de nourriture qui produit tous ces effets; que, ne pouvant pas s'en procurer dans la saison froide, le jeûne qu'ils subissent les met .dans un état de langueur voisin de la mort, et que leur refroidissement, leur insensibilité, leur respiration interrompue et à peine perceptible en sont les conséquences.

L'observation et l'expérience pouvaient seules en décider. Ces animaux ont été l'objet de nombreux et d'importants travaux. Ils ont été principalement étudiés dans la saison de leur hibernation. On a déterminé les phénomènes qu'ils présentent pendant leur engourdissement, les moyens 'de les rappeler à une vie active, et de les replonger dans la torpeur,, et plusieurs autres faits que nous devons à Spallanzani, Hunter et à MM. Mangili, Prunelle

et de Saissy, etc. Dans le nombre des phénoni mes Etinguliers que présentent les mammifères hiber liante, nous ne devons nous attacher ici <|u*.i cens i|iii concernent lenr chaleur, puisque c'est le sujet • lui nous occupe. Ils offrenl d'ailleurs d'autant |ilus d'intérêt qu'ils paraissent influer sur t « »u < les autres.

lîuûY.n avait cru que la température propre des mammifères hibernants était «le l'» R., c • qui équivaut à 12°,5 du thermomètre centigrade; mais les savants que je viens de citer ont 'constaté qu'elle était il»' •':•") .1 37° au printemps et en été. Us ne diffèrent donc pas essentiellement, sous ce rapport, •les autres mammifères adultes; niais si l'on veut sai.iii- si. malgré cette parité de température, ils produisent réellement moins de chaleur a, cette époque, voyons comment ils se comportent sous rinlluence d'un refroidissement naturel ou artiiiciel de, l'air.

M. de {Saissy a observé plusieurs de ces animaux, pendant leur état de veille, à différentes époques depuis le mois d'août. Le !i août, l'air était à 22° cent; une marmotte en avait 3>3°,D, à Vaisselle. Le :::: septembre, la température de l'air était de LS : l'animal avait subi un refroidissement de 5°,25. Le 10 novembre, l'air était a. 7°, et la marmotte n'avait plus que 27°,25, c'est-à-dire 9°,25 au-dessous de s;i température au mois d'août. Lu lérot, à la même époque en été, et dans les mêmes cireonstances extérieures, avait 36°,5; le 23 septembre, il s'était refroidi de 5°,5; !>' H» novembre de 15°,5, de ma-

nière que sa température était descendue alors à 21 \ Un hérisson, observé comparativement avec les autres, s'était refroidi de 2° au mois de septembre et d3 21°,25 en novembre: sa température était alor^ de 13°,75.

L'auteur de ces observations n'a pas rapporté si. pendant que ces animaux se refroidissaient, ils prenaient h actuellement de la nourriture, circonstance qu'il nous importerait de connaître pour juger de la cause de leur refroidissement; car la question que nous examinons ici est de savoir quels seraient les effets du froid sur la température des animaux hibernants, vivant de la même manière que les autres mammifères, lorsqu'ils sont sortis depuis longtemps de leur torpeur, lorsqu'une chaleur douce et soutenue, l'habitude du mouvement et de la nourriture ont concouru pour développer toute leur activité.

M. de Saissy a réussi à engourdir une marmotte jau mois de mai et au mois de juin. Il l'avait enfermée, avec un peu de paille, dans une boîte de cuivre dont le couvercle était percé d'une ouverture du diamètre d'un centime. Après l'avoir laissée dans une glacière pendant vingt-quatre heures, il l'exposa à un froid de 10° au-dessous de zéro. Elle s'engourdit profondément onze heures après; sa température était descendue à 5° de 35° qu'elle était avant l'expérience.

Quoique cette marmotte fût plongée dans un sommeil léthargique, dans une saison où elle ne s'en-

pourdit i,:,s naturellement, 61 par un froid arfci. ft'ciel très rigoureux, sa santé ue paru, pas pmB •''"'■ ■«'■•' que si elle s'étail trouvée dans les circonsttnces ordinaires de l'hibernation ; car exposée ksuite à la chaleur de l'atmosphère, elle sortii de te torpeur, e1 repril l'activité qu'elle avait auparavant

Ce résultai est ,r,„, grand intérêt dans l'histoire p» animaux hibernants. H fait voir qu'ils sont susteptlbles d'éprouver un abaissement considérable de température, et de s'engourdir dans toute* les Nsons par d'autres causes que par le défaut de gourriture. Une autre conséquence en découle, c'est qu'il no faut pas attribuer a, un changement dans leur organisation, a la fin de l'été et au commencement de l'automne, les phénomènes qu'ils présentent pendant l'hibernation. Ils sont en état de les offrir en tous temps; et. quand même on reconnaîtrait une modification de structure a l'époque ordinaire de leur assoupissement, elle ne saurait avoir qu'un effet secondaire.

Ce fait établi, il s'agit de comparer les mammifères hibernants à. ceux qui ne le sont, pas. sous le rapport de l'influence respective de la température extérieure sur celle de leur corps, au printemps | '■" été, lorsque les uns et les autres jouissenl de

toute la plénitude de la vie.

Rappelons-nous les circonstances principales de JBxpérience précédente dans laquelle la température l'une marmotte a été réduite à 5°. Elle avait été

d'abord dans mie glacière pendant vingt-quatre heu res, puis exposée pendant onze heures à un froid artificiel de 10° au-dessous de zéro. Or, ce froid eut assez rigoureux et assez prolongé pour qu'on se demande si les mammifères non hibernants ne se refroidiraient pas de même dans les conditions où elle a été placée, enfermée dans une boîte de cuivre dont le couvercle avait une très petite ouverture qui pouvait gêner la respiration. On verra d'ailleurs, par l'observation suivante de l'auteur, que le froid n'était pas la seule cause influente. « La marmotte, dit M. de Saissy, que j'ai engourdie par deux fois différentes ne l'a été, je crois, que parce que je me suis avisé, quand la respiration a été bien affaiblie, de boucher le trou du couvercle. Ce n'a été que de cette manière que je suis parvenu à l'engourdir; car toutes les tentatives que j'avais faites avant ont été vaines. »

Il y avait donc ici deux causes réunies, le froid extérieur et la gêne de la respiration, dont on ne saurait démêler les effets respectifs.

Ne voulant déterminer que l'influence de la première cause sur le refroidissement d'un animal hibernant, comparé à d'autres animaux à sang chaud placés dans les mêmes circonstances, je fis l'expérience suivante:

Au mois d'avril 1819, l'air étant à 16°, une chauvesouris adulte, de l'espèce nommée ce oreillard », avait une température de 34°. Elle était récemment prise et en bon état. Je la plaçai dans un vase de

terre que je refroidis en L'entourant de glace pilée I an peu de sel. L'air y était à L°. Un couvercle était placé de manière à établir une libre commu incation avec L'air extérieur. A.près y avoir laissé la chauve-souris pendanl une heure, sa température Bail réduite a lt\ Eïïle s'était donc refroidie de •JO" dans un si couri espace de temps, sous la seule millième d'une température qui n'était pas au-dessous de zéro. Des cochons d'Inde, des oiseaux adultes, placés dans les mêmes circonstances, ne se sont refroidis que de deux ou trois degrés au plus, quoiqu'on ait continué l'influence du froid pour compenser les différences de volume.

Nous voyons par là que les chauves-souris produisent habituellement moins de chaleur que ces animaux à sang chaud, et que c'est principalement à cette cause qu'il faut attribuer rabaissement de leur température pendanl la saison froide. Fai comparant cette expérience sur La chauve-souris adulte avec celles que nous avons faites sur les jeunes animaux à sang chaud, on y aperçoit un rapport remarquable; ils ne produisent pas assez de chaleur pour soutenir une température ('-levée, lorsque l'air est à un degré voisin de zéro. Mais il y a cette lifférence, «pie c'est un étal passager chez les jeunes animaux a sang chaud, et qu'il est permanent chez ii s chauves-souris.

11 est «'vident .pie les autres mammifères hibernants doivent participer plus ou moins de cette Lanière d'être. Les faits que j'ai exposés suffisent

te —

pour nous faire considérer ce groupe d'animauj sous le point de vue suivant: qu'au printemps et en été, dans leur état d'activité et de veille lors que leur température est assez élevée pour ne pas différer essentiellement de celle qui caractérise les animaux à sang chaud, ils n'ont pas la faculté de produire autant de chaleur; et, tout en admettant que d'autres causes peuvent influer sur leur refroidissement pendant leur hibernation, il faut cependant l'attribuer en grande partie à, cette particularité de leur constitution.

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