‹ William Milne EdwardsChapitre 4 sur 19 · DE L'INFLUENCE DES SAISONS SUR LA PRODUCTION DE LA CHALEUR · texte numérisé non relu

DE L'INFLUENCE DES SAISONS SUR LA PRODUCTION DE LA CHALEUR

Les différences dans les constitutions et les caractères auxquels on peut les reconnaître ont de tout temps exercé la sagacité des médecins. On voit des individus se ressembler sous tous les rapports principaux les plus apparents: les fonctions ont sensiblement le même rythme; la santé paraît également parfaite, Cet état dure pendant quelque temps ; cependant, lorsque les conditions extérieures vien-

;h'"' ;1 c,,an*er> "' changeai de même ponr tous lrs ,,ns conaervenl le même étal de bien-être tandis que les autres langnissent on succombe,,., i,. ,a,< Prouve qu'ils out des constitutions différer,.... ,,li,K comment le reconnaître avanl l'événement f eD '1'"" consiste cette différence? On ne saurait Couver «l'exemple plus frappant de constitutions Jverses avec une organisation semblable que celui que nous venons d'indiquer entre les animaux à (jang chaud. Nous avons vu que, dans la belle sai- ■on, Les mammifères hibernants ne se distinguent en rien des amies animaux de leur classe: cependant, lorsque la saison change, quel contraste dans les phénomènes qu'ils présentent!

:N"ous avons vu en, quoi cette différence consiste, différence que nous ne saurions reconnaître par aucun signe extérieur, dans les circonstances ordinaires, mais que nous pouvons apprécier en changeant les conditions. Ils n'ont pas la faculté de produire autant de chaleur, quoiqu'ils aient la même température; et, de Là, ils sont susceptibles des modulations les plus étranges, «'il existait des différences dans celte faculté chez les autres animaux a, sang chaud adultes, ne seraient-elles pas une source féconde de variétés dans les constitutions?

On sait depuis longtemps que les deux classes qui comprennent les animaux à sang chaud se distinguent par leur température, les oiseaux ayant, en général, trois ou quatre degrés de plus que 1rs

mammifères. On a pensé avec raison que cette supériorité de chaleur avait une influence sur leurs fonctions; mais, lorsqu'on a comparé la température des animaux de même classe, on n'a su tirer aucun parti des observations thermométriques. Chez les uns, la différence était légère ou nulle, quoiqu'ils! fussent de genres très éloignés par leur organisation; chez d'autres, qui étaient d'espèces voisines, il y avait souvent des différences plus marquées; on observait aussi qu'il pouvait y en avoir d'aussi grandes chez des individus de même espèce. Ou ne voit donc pas à quoi peut servir la détermina tion des nuances dans la température des animaux de même classe. Qu'importerait-il de savoir qu'un animal ait un ou deux degrés, ou quelques fractions de degré plus qu'un autre, s'il n'y a pas de rapport à saisir entre sa température et sa consti tution? Aussi n'a-t-on pas poussé bien loin des recherches de cette nature, sans doute parce qu'elles ne paraissent promettre aucun résultat utile. Il y a plus; ni les chaleurs de l'été ni les froids de l'hi ver n'ont paru produire un effet sensible sur la tem pérature du corps; du moins on n'en a pas cons taté, et, s'il en existe réellement, on peut présumer qu'il est très léger, par cela même qu'il a échappé à l'observation. Même dans l'état de maladie, il arrive souvent qu'on ne reconnaît pas de modifications dans la chaleur, et, dans les cas où. l'on en observe, elle est ordinairement plus sensible au toucher qu'au thermomètre.

D'après ("us cea faits, on voit qu'il n'y a pas de distinction importante à établir par la seule conlidération de la température habituelle .lu corps. C'eal parce qu'on s'esl arrêté a ce phénomène, qui J fani si uniforme ou,si pen varié, que nos con baissances sur la chaleur animale sont si bornées, et que Les considérations qui y sont relatives oc- PuPen1 si peu de place dans les ouvrages de phy- Biologie et de médecine.

L'observation de la nature, dans les circonstances ordinaires, ne suffit pas à, notre instruction. Nous avons besoin de savoir, non-seulement ce qui est, mais ce qui peut être, ("est pourquoi il faut avoir recours à l'art pour faire naître des faits qu'on attendrait longtemps des combinaisons du hasard, ou [rai pourraient ne 'se présenter jamais. Nous noua Pommes servi de ces moyens dans nos recherches sur la chaleur des jeunes animaux et des mammifères hibernants, e1 nous avons vu combien il serait Illusoire de conclure de l'égalité de température chez les animaux une égalité de ressources pour la soutenir.

En envisageant ainsi la chaleur animale, on peut lécouvrir des différences de constitutions qu'il es1 essentiel de connaître. L'âge, dont nous avons examiné l'influence, n'.-si certainemi nt pas la seul» cause commune a Ions les animaux à sang chaud qui mo- Hifie le développement <!. la chaleur. Parmi celles qui ■ppartieunen! spécialement à notre sujet, nous examinerons si les s, tisons ne produisent pas cet effet.

Nous avons dit que l'on n'avait pas remarqué de différences dans la température des animaux à. sang chaud en été et en hiver. Mais, comme il ne s'ensuit pas qu'ils ne puissent différer beaucoup à ces deux époques dans la quantité de chaleur qu'ils produisent, ou dans la faculté d'en développer, cette question mérite d'être approfondie.

J'ai été conduit à penser qu'il pourrait en être ainsi, en réfléchissant au changement remarquable que le cours de l'année amène dans la manière d'être des animaux vertébrés à sang froid; changement qui ne résulte pas de l'effet immédiat de la température des diverses saisons, mais de l'action prolongée de la chaleur et du froid, qui a progressivement modifié leur constitution, au point qu'en été et en hiver, placés dans les mêmes circonstances, ils ont une vitalité si différente qu'on ne les prendrait pas pour les mêmes êtres, si l'on n'avait égard à leur forme et. à leur structure. Il ne me semblait pas présumable que les autres classes des vertébrés, quoique plus élevées dans l'échelle des êtres, ne changeassent pas aussi de nature sous l'action prolongée de causes aussi puissantes.

Comme il n'existe pas de recherches sur ce sujet, je m'en suis occupé, et je m'y suis livré d'autant plus volontiers qu'il est évidemment lié avec celui de l'influence des climats,.

Je me suis proposé d'examiner si, dans les saisons opposées de l'hiver et de l'été, les animaux à sang chaud non hibernants diffèrent dans leur

«acuité de produire de la chaleur. Pour en juger, je me suis fondé sur le môme principe que dans les expériences précédentes, et j'ai suivi Je môme procédé.

11 s'agissait de déterminer, en plaçant des animaux de môme espèce dans les mômes conditions de refroidissement en hiver et en été, si leur température baisserait inégalement. Dans ce cas, il s'ensuivrait que leur faculté de produire de la chaleur ne serait pas la môme à ces deux époques, en supposant que rien n'ait été négligé pour rendre les expériences comparatives.

Cette condition exige d'abord qu'on choisisse des mimaux aussi semblables que possible, et que les expériences soient assez nombreuses pour que les iifférences individuelles n'influent pas essentiellenent sur le résultat. Afin que le mode de refroilissement soit le môme, il faut avoir égard, mm seulement à la température, mais à l'humidité de 'air, qui doit être la môme dans les deux cas : car me différence dans l'état hygrométrique de l'air >n produirait une dans l'évaporation qui se fait aix surfaces pulmonaire et cutanée, et, par conseillent, dans les quantités de chaleur enlevées.

L'appareil consistait dans des vases de verre de a capacité de cent dix-sept centilitres, placés dans in mélange réfrigérant de sel et de glace. L'air insi refroidi arrive bientôt à l'humidité extrême, ffet que produit toujours un abaissement suffisant e la température. L'air étant à zéro, l'animal est

introduit,' et posé <sur un diaphragme de gaze,j lui éviter le contact du verre refroidi par la glace. Un couvercle chargé de glace est placé sur le vase, mais de manière à permettre le renouvel lement de l'air pour le libre exercice de la respi piration; et, afin d'assurer davantage la pureté de l'air que la formation d'acide carbonique pourrait altérer, s'il ne se dissipait pas assez promptement, une dissolution concentrée de potasse caustique ca pable de l'absorber occupe le fond du vase, et agit facilement à travers le tissu léger du diaphragme Les détails numériques sont consignés dans les tableaux. Je dirai seulement les résultats gêné raux.

En hiver, au mois de février, l'expérience fut faite1 en même temps sur cinq moineaux adultes. Au bout d'une heure, ils n'avaient subi, l'un dans l'autre, qu'un abaissement de 0°,4, ou moins d'un demi degré, les uns n'ayant rien perdu, les autres seulement 1°. Leur température resta ensuite stationnaire jusqu'à la fin de l'expérience, qui dura trois heures. Au mois de juillet je fis la même épreuve sur quatre animaux de cette espèce. Leur température, au bout de la première heure, avait subi un abaissement dont le terme moyen était de 3°, 62; à la fin de la troisième heure le terme moyen de leur refroidissement était de 6° au-dessous de leur température primitive. Dans une autre série d'expériences faites au mois d'août suivant, sur six individus de même espèce, le terme moyen de leur

fefroidisseinent, à la lin <l«- la première heure, était «le 1",G2, ci après trois heures de 1 .st.

c s expériences font voir qu'il y a un changement considérable dans la constitution de ces animaux à sang chaud par l'influence des saisons; que ^élévation soutenue de la température diminue leur faculté de produire de la chaleur, et que l'état op- I osé de l'atmosphère l'augmente, pourvu que le froid ne soit pas trop rigoureux; car il est ('videur qu'il en résulterai! un effel contraire. Je ne ferai pas ici d'autres observations sur ce fait dont on sentira assez, l'importance; nous y reviendrons lorsque nos recherches sur l'influence d'autres agents physiques nous fourniront l'occasion de vérifier ce résultat par d'autres méthodes.

CHAPITFŒ IV

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