III. i
même marche quelques années auparavant, en face d*embarras de même nature. A cette époque, cet incident, au milieu des âprétés de la lutte des partis, avait excité quelques moqueries parmi les amis du ministère. Pitt lui-même ne s'en était pas défendu. La souscription en faveur de Fox avait été commencée sans que Fox en fût instruit, et quelqu'un demandait en présence de M. Pitt comment M. Fox la prendrait : « Comment il la prendra? » répondit M. Pitt, « je suppose qu'il la prendra tous les trois mois ou tous les six mois. »
Avec de pareilles réminiscences, Pitt dut éprouver une iouble peine à recourir au même moyen, ou à peuprès. Mais ses amis les plus intimes le serraient de près, lord Camden, Rose et l'évoque de Lincoln en tête. L'état de ses affaires était encore plus pressant. Il finit par se rendre, comme le raconte la lettre siiivante :
l'ÉVÈQUE de LINCOLN A M. ROSE.
« Buckden-Palace, 7 août 1801.
» Mon cher monsieur,
» La conversation a été très-courte hier avec M. Pitt. Nous avons d'abord examiné l'exposé de ses affaires, qui nous avait été communiqué à Hill-Street, et M. Pitt y a fait quelques modifications, en conséquence de certaines rentrées et de certaines dépenses qui avaient eu lieu depuis la rédaction de cette pièce. Le résultat est plus favorable que je n'aurais cru de 2,000 livres sterling au moins; il dit de 3,000 livres sterling. Je lui ai dit alors qu'un certain nombre de ses créanciers étaient trés-importunset sérieusement embarrassés par le refus d'argent,
en sorte qa*il était fort désirable de payer au moins sur-^ le^champ les comptes des marchands ordinaires qui s'éle-- Taient à une forte somme; tout autre plan ayant été rejeté, il ne restait pour cela d'autre ressource que celle dont je lui avais parlé la veille, à savoir Tassistance de ses amis particuliers. Il exprima sa disposition à y consentir. Je lui demandai alors s'il persistait dans son désir de savoir les noms des amis auxquels il devrait cetle assistance ; il répondit : « Bien certainement. » Je lui dis alors que nous avions examiné sa situation, et que six de ses amis, lord Camden^ Steele, Rose, Long, Smith* et moi nous étions tout prêts à répondre pour lui, et à mettre sur-le-champ ses affaires en situation de lui éviter tout ennui ou tout embarras de la part de ses créanciers. Il me donna son consentement sans une minute d'hésitation, en ajoutant qu'il ne connaissait personne à qui il fût plus disposé à devoir un service et de la reconnaissance que ceux que j'avais nommés. Je dis alors : « Je crois, monsieur, que vous n'avez plus besoin de vous inquiéter de cela* ; J. Smith et vous pouvez répondre que la chose se fera. » La conversation en est restée là. J'ai été voir lord Camden qui m'a paru parfaitement satisfait de ce qui s'était passé.
Je suis revenu ensuite, et j'ai passé environ une demiheure seul avec M. Pitt. Il ne m'a pas parlé du projet; mais il a fait mention de l'idée d'assurer sa vie, et de donner sa police d'assurance en gage pour l'argent qu'il emprunte. Je suis porté à croire que cela vaudrait mieux jiue de vendre une partie de sa charge des cinq ports, et qu'il faudra peut-être adopter cette idée plutôt que toute
* Lord Carrington, comme on le yerra par la liste subséquente.* ^ M. Joseph Banth.
autre, s*il est résolu à faire quelque chose. Je suis sûr quMl a Vintention de payer des intérêts, et je crois qu*il n'aura pas Tesprit en repos s'il ne donne pas quelques sûretés pour le capital.
» A vous de cœur, » G. Lincoln. »
M. Joseph Smith, auquel Tévéque fait allusion dans la lettre ci-dessus, était habituellement appelé par ses amis Joe Smith. Il n'était pas parent de Robert Smith, lord Carrington, mais il avait été plusieurs années secrétaire particulier de M. Pitt. Depuis cette époque, il vivait habituellement à la campagne près de Saffron Walden, et Pitt, qui était resté son ami, était souvent au nombre de ses visiteurs.
Je donne ici la liste des souscripteurs, telle que H. Rose l'a conservée. Elle ne fut pas rendue publique à cette époque.
Souscripteurs à la somme de 44,700 livres sterling avancée en 4804 :
Lord Camden 4,000 livres sterling.
Lord Balhurst 4,000 —.
L*évéquede Lincoln 4,000 —
Lord Carrington 4,000 —
M. Steele 4,000 —
M. Rose . 4,000 —
D'Ecosse, 4,000 livres sterling, à savoir :
Lord Melville 4,000 —
Le duc de Buccleugh 4,000 —
Le duc de Gordon 4 ,000 —
\jd premier juge 4,000 —
40,000 livres sterling.
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Report , . 10,000 livres sierlings.
M. Wilberforce 500 —
M. Long 500 —
M, Joseph Smith 500 —
Incertain, probablement lord Alvanley 200 —
4 1 ,700 livres sterling.
Celte somme, distribuée par les soins de M. Joseph Smith, suffît à satisfaire aux besoins les plus pressants, et le ministre en retraite put continuer à vivre dans Taisance, bien que son établissement fût fort réduit. La vente de Holwood, décidée celte année là, ne fut consommée que Tannée suivante. La vente eut lieu aux enchères; sir George Pocockfut l'acquéreur et paya 15,000 livres sterling. Les deux hypothèques déduites, M. Pitt retira donc 4,000 livres sterling de cette terre.
Pitt dut éprouver un amer regret en se séparant de Holwood, depuis si longtemps sa retraite favorite. Je n'ai pas trouvé un mot de plainte à ce sujet dans les lettres qui ont été conservées, ni dans les souvenirs de ses conversations recueillies par- ses amis. Il dit seulement une fois à son ami lord Bathurst : « Quand j'étais enfant, j'allais dénicher des oiseaux dans les bois de Holwood, et j'avais toujours eu le désir d'en être possesseur*. »
La terre de Holwood ne resta pas longtemps entre les mains de sir George Pocock; elle passa à d'autres propriétaires, et vingt ans environ après, la maison de Pitt fut abattue. Je crois qu'il ne reste dans la maison actuelle d'autre trace delui que le bureau devant lequel il écrivait.
* Souvenirs de Rogers, DOtedelapagel89, diaprés lord fiatharst.
Mais l'arbre appelé le chine de Pitt marque encore, dans le domaine, un endroit où il s'asseyait souvent, et le chêne de Wilberforce est encore un monument de sa renom* mée unie à celle d'un autres
Durant Tété, les opérations militaires ne s'étaient pas ralenties. Les Français nous menaçaient d'une invasion prête à partir de divers ports, en particulier de Boulogne, et Nelson, qui commandait pour le moment sur nos côtes, dirigea une attaque contre la flottille qui se trouvait réunie sur ce point. Mais les fortifications étaient si bien établies que l'entreprise ettt peu de succès. Dans la Péninsule, le Portugal succomba sous les forces supérieures de la France et de l'Espagne, et signa un traité honteux par lequel il consentit à renoncer à Talliance de l'Angleterre et à fermer ses ports aux vaisseaux anglais. En revanche, et pour protéger notre commerce, le colonel Clinton, fils de sir Henry, connu dans la guerre d'Amérique, s'empara de l'île de Madère, à la grande joie des habitants.
En Egypte, les revers des Français, devinrent décisifs. Le 46 mai, le grand vizir, grâce à la supériorité du nombre, battit une division de leur armée commandée par le général Belliard. Le Turc opérant alors sa jonction avec le général Hulchinson, ils se présentèrent tous deux devant le Caire, l'investirent, et obligèrent le général Belliard à se rendre avant la fin de juin. A ce moment, le général Hutchinson fut rejoint par les forces qu'il attendait de l'Inde. Elles avaient passé la mer Rouge et traversé le désert à partir de Cosseir; c'était un corps de 7,000 hommes commandé par le général Baird. Avec ce renfort, le
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général Hutcbinson se trouva en mesure d^attaquer les Français qui restaient encore à Alexandrie. Au bout de quelques jours, la place fut serrée de près. Le 27 août, le général Menou, perdant tout espoir de recevoir des se* cours de France et n'ayant plus la confiance de ses soldats, demanda à capituler. On lui accorda les conditions honorables faites devant le Caire au général Belliard. Les Français ne devaient pas être considérés comme prisonniers de guerre ; ils devaient s'embarquer avec armes et bagages, en conservantleur artillerie, et on devait les déposer en toute liberté sur les côtes de France. Ce fut ainsi que rÉgypte fut repri^^e à ses belliqueux conquérants, au juste honneur de la diplomatie et des armes anglaises.
Cependant les négociations pour la paix se poursuivaient entre lord Hawkesbury et M. Otto. Toutes les fois que M. Pitt traversait Londres en allant à Buckden-Palace, à Burton-Pynsent, ou dans quelque autre maison de campagne, on demandait son avis sur les points en litige avec un grand empressement, et il répondait franchement. Vers la (in^de septembre même, lorsque Pitt se fut établi à Park-Place, on peut dire qu'il reprit la principale direction de cette importante négociation. Enfin, le 4" octobre, les articles préliminaires furent signés, et Pitt écrivit à plusieurs de ses amis pour leur donner cette importante nouvelle. Voici deux de ses lettres.