LE LORD AVOCAT A SON FRERE LE PRÉSIDENT DLNDAS
« 2/i février 1783.
» Lord Shelburne a annoncé hier soir, à une nombreuse réunion des hommes qui étaient entrés au pouvoir avec lui, qu'il avait l'intention de représenter aujourd'hui à Sa Majesté la nécessité de remanier son gouvernement. Je vais ce matin à la cour, mais je suppose que nous ne donnerons pas notre démission avant vendredi. Je ne sais pas encore quel sera le résultat de toute cette confusion. Grâces à Dieu, nous avons la paix. Je voudrais bien que tout ceci ne dérangeât rien au traité de juillet; il reste encore plusieurs questions à régler. Vous ne pouvez vous imaginer à quel point la réputation de lord North a baissé depuis quinze jours, par suite de son alliance avec Charles Fox. En un mol, c'est en contradiction avec tous ses principes et toute la conduite de sa vie depuis trente ans. Je vous envoie en grande confidence copie d'une lettre que j'ai écrite ce matin à lord Shelburne *. Vous verrez qu'elle n'est pas destinée aux yeux du vulgaire. Je vous écrirai peut-être de nouveau ce soir ou demain. Je n'espère guères qu'il en sorte quelque chose, mais j'étais décidé à lui tout exposer franchement.
» Tout à vous.
« Cette lettre pressait lord Shelburne de conseiller au roi de prendre M. Pitt pour premier ministre.
LE LORD AVOCAT A SON FRÈRE
« 25 février 1783.
» Mon cher lord
» Je ne puis vous donner plus de détails qu'hier; tout ce que je puis vous dire, c'est que mon projet, par rapport à M. Pitt, aélé présenté hier au roi par lord Shelburne et par le chancelier, qui est plein d'ardeur et d'espérance, dans sa conviction du succès, de môme que lord Goweret toute cette coterie. « Le roi l'a accueilli avec empressement et a fait aussitôt la proposition à M. Pitt avec toutes les assurances possibles sur son appui. M. Pitt a demandé le temps de réfléchir. J'ai passé hier la soirée avec lui, et M. Rigby et moi nous avons été chez lui toute la matinée, pour étudier l'état de la chambre des communes. Je ne doute guère qu'il n'annonce demain son ministère, et je ne doute pas davantage de l'effet qui se produira aussitôt dans la chambre des communes. Il n'y a pas une créature humaine qui ait vent du projet, si ce n'est ceux qui sont immédiatement dans la confidence. La consternation sera grande dans le camp allié dès qu'on saura ce qui se passe. En attendant, silence!
» Tout à vous.
M. PITT A LAD Y CHATHAM a Mardi matin, 25 février 1783, neuf heures et demie.
» Ma chère mère,
j> J'ai désiré, plus que je ne pourrais vous le dire, de vous voir hier. Je vais tâcher aujourd'hui de trouver un moment pour vous dire l'état des affaires et vous demander votre avis. En attendant, voici en quelques mots le fond des choses. Nos amis désirent presque unanimement que nous continuions à marcher avec lord Shelburne de moins, et ils ont grande confiance dans le succès. Lord Shelburne lui-même est très-ardent. Le roi m'a pressé très-vivement, quand je l'ai vu hier, de prendre la place de lord Shelburne, et il n'a pas voulu me permettre de refuser sans prendre le temps de réfléchir. Vous voyez toute l'importance de la décision que j'ai à prendre le plus tôt possible. Je sens toute la difficulté de l'entreprise, et je ne suis point du tout épris de la chose, p'autre part, je me crois engagé à ne pas abandonner un système que j'ai soutenu, si on peut trouver des chances de le continuer avec succès. Je voudrais bien savoir de quel côté vous penchez sur cet exposé général de la situation. Je cherche à apprécier plus nettement l'issue probable en causant avec ceux qui savent le mieux en détail l'opinion des chambres. Le grand point pour la décision me paraît être celui des votes.
» Toujours votre respectueux et affectionné,
» W. Pitt. »