M. PITT AU LORD AVOCAT
« Jeudi, 27 février 1783, deux heures.
» Mon cher lord,
» Je viens d'aller chez vous pour vous dire à mon grand regret ce qui s'est passé dans mon esprit depuis que je vous ai vu, à propos d'une affaire qui semblait alors sur le point d'avoir une autre issue. Je tiens à vous le faire savoir le plus tôt possible. Ce que vous m'aviez expliqué ce malin m'avait paru dissiper tous les doutes sur la majorité que je pourrais trouver dans le Parlement; et au premier moment, dans le sincère désir de ne pas rejeter l'appel de mes amis, mes objections à accepter la tréso-
rerie avaient disparu. Depuis lors, j'ai sérieusement étudié le terrain; et après avoir examiné la question aussi complètement qu'il est en mon pouvoir de le faire, ma décision définitive est directement opposée à l'impression que vous aviez produite sur moi. Je vois que le principal espoir, presque le seul sur lequel on puisse compter, serait celui de voir lord North et ses amis renoncer à leur alliance d'opposition. Prudemment, après tout ce qui s'est passé, et dans l'attenle de tout ce qui va venir, un pareil espoir est trop précaire pour s'y appuyer. Mais par-dessus tout, pour ce qui louche à mes yeux au point d'honneur, je ne puis former un gouvernement dans l'espoir qu'il sera soutenu ou môme qu'il ne sera pas atlaqué par lord North, quelle que soit l'influence qui
puisse déterminer sa conduite. Du premier moment où j'ai envisagé la chose à ce point de vue, dont je suis sûr de ne pas m'éloigner, je me suis irrévocablement décidé à refuser. Je vous écris tout en m'habillant pour aller à la cour. J'ai un millier de pardons à vous demander d'avoir été cause de ce que vous vous êtes inutilement donné tant de peine. Cette résolution vous surprendra et vous désappointera, j'en ai peur; mais vous ne vous étonnerez pas que j'aie voulu réfléchir de nouveau à une question si im-
portante, ni que j'aie définitivement pris la résolution que me dictaient mes principes et mon sentiment. Je reste avec la plus profonde reconnaissance de l'amitié que vous m'avez témoignée dans toute cette affaire. » Tout à vous.
» W. PlTT. »
LE LORD AVOCAT A SON FRÈRE
« Jeudi, 2? février 1783, 5 heures de l'après-midi.
» Les choses sont dans un état plus extraordinaire que je n'aurais pu l'imaginer. Je vous envoie copie des trois billets que j'ai reçus hier du chancelier. J'ai passé aujourd'hui la matinée avec M. Pilt de huit heures à onze heures, et je l'ai laissé parfaitement résolu à accepter la place de premier lord de la trésorerie avec lord Gower pour président du conseil; en un mot, un gouvernement composé d'une coalition entre la coterie Bedford et le ministère actuel, grossi d'un grand nombre des .partisans de lord North et de M. Fox, et avec l'espoir d'être soutenu, au bout de très-peu de temps, par lord North lui-même, car il a de grands dissentiments avec Fox. Tout cela a été réglé à onze heures, et j'ai communiqué le résultat au chancelier et à lord Gower qui sont enchantés. Il faudra bientôt en rabattre, car j'ai à dîner le chancelier, lord Gower, lord Aylesford, lord Wcymouth, lord Mountstuart, M. Rigby et M. Pitt, et au lieu de saluer le nouveau ministre, il faudra leur montrer la lettre que j'ai reçue da M. Pitt, il y a une heure, et dont je vous envoie également copie. Dieu seul sait comment tout cela finira. J'ai bien envie de ne plus m'en embarrasser.
» Voici l'heure du dîner, et il faut finir.
» Tout à vous,
» H. DCNDAS. »