‹ William Pitt et son tempsChapitre 31 sur 51 · M. PITT A LA DY CHATHAM · texte numérisé non relu

M. PITT A LA DY CHATHAM

« Dimanche, 2 mai 1783.

» Ma chère mère,

» J'ai été toute la matinée sur le point d'aller vous trouver, parce que je comptais sur un loisir complet, mais j'ai été retenu jusqu'à présent. Je ne sais rien des arrangements qui se préparent, si ce n'est que lord North a été chez le roi. Je me réjouis fort des honneurs de lord Sydenham*. On n'oubliera pas lord Grantham. La question de savoir si je refuserai dépend simplement de savoir si on m'offrira quelque chose. Je regarde l'acceptation comme hors de la question, tout comme la possibilité de rester en place, quels que soient les arguments qu'on puisse employer; je ne sais pourtant pas si mes anciens amis y sont aussi contraires que moi. Je vais, par cette belle journée, dînera Wimbledon avec M. Wilberforce, et je reviendrai demain matin de bonne heure pour régler quelques affaires à la trésorerie, et pour m'occuper d'un bill que je dois présenter demain; après quoi je serai libre et en mesure de vous revoir avec un peu plus de certitude. •

» Toujours, ma chère mère...

» W. Pitt. »

• C'était le titre qu'on avait d'abord choisi pour M. Thomas Townshend; on préféra ensuite celui de Sydney.

Des rumeurs authentiques commencèrent bientôt à circuler sur la grande proposition faite à M. Pitt, sur l'offre et sur le refus. On peut imaginer ce que le public en pensait et en disait alors d'après un passage du Journal du duc de Grafton : « Le bon sens de cet homme si jeune, et qui, sans être dépourvu d'ambition, a pu, dans une circonstance si difficile, refuser cette offre splendide, ajoute beaucoup à l'éclat de la réputation qu'il avait déjà acquise, car la tentation était de nature à triompher de la résolution de la plupart des gens. »

Cependant, tout en ne conservant le pouvoir que jusqu'à ce qu'il eût un successeur, Pitt se vit forcé de proposer une mesure qui ne souffrait point de retard. Il était nécessaire, pour la conclusion de la paix, de régler, de manière ou d'autre, nos rapports commerciaux avec l'Amérique du nord. Les vues de Pitt à ce sujet étaient extrêmement largos; il pensait que les sentiments d'animosité engendrés par là guerre devaient, autant que possible, prendre fin avec là guerre elle-même. Il voulait qu'on traitât les États-Unis, dans les questions de commerce, à peu près comme s'ils étaient encore des colonies dépendantes. Mais beaucoup de membres importants, entre autres lord Sheffield et M. Eden, envisagèrent la chose d'un œil plus jaloux, et Pitt finit par proposer un bill temporaire au lieu d'une mesure définitive. Même sous cette'forme, c'était, dit Pilt, « une des lois les plus compliquées dans sa nature, et en même temps une des plus étendues dans ses conséquences qui aient jamais été soumises au Parlement. » On la discuta souvent pendant le reste de la session; le bill fut plusieurs fois manié et remanié -au moyen d'une série d'amendements ; et enfin sous le ministère suivant, les lords y firent de nouveaux

changements. C'était indubitablement un bill deUïiance>; « mais je suis d'avis, » dit Fox, « que les règles de la chambre, à l'égard des bills de finance, sont souvent trop strictement interprétées. » En effet, il serait bien absurde d'envoyer aux lords un bill d'emprunt pour qu'ils y donnassent leur assentiment, en les privant cependant du droit de délibérer. On finit par voter un bill temporaire, remettant simplement au roi, pour un temps limité, le pouvoir de régler les choses; et par la suite on en vint à renouveler le bill tous les ans*.

Désappointé du côté de M. Pitt, le roi avait essayé de dissoudre la coalition en conjurant lord North de se charger seul du gouvernement. Lord North avait refusé a plusieurs reprises, et le roi finit par se trouver obligé d'admettre à son service les deux chefs de la coalition. Mais les prétentions rivales de leurs adhérents suscitèrent des difficultés nouvelles et presque insurmontables. Il y eut un moment où l'on put croire que Fox et North abandonneraient la lâche dont ils s'étaient chargés et qu'ils se reconnaîtraient hors d'état de former le ministère qu'ils avaient annoncé. On fit là-dessus de nouvelles ouvertures à M. Pitt.

LE LOHD AVOCAT A SON FRÈRE

« Vendredi (cinq heures), 21 mars 1783.

» Mon cher lord,

» Le duc Je Portland s'est rendu hier chez le roi pour lui dire qu'il ne pouvait faire un ministère, attendu qu'il

« Discours de M. Fox, 8 mai 1783.

y avait un point sur lequel il ne pouvait s'entendre avec lord Norlh. Le roi a aussitôt envoyé chercher M. Pitt, et lui a dit ce qu'il eu était. M. Pilt m'a fait prier de venir e'.it'z lui ce matin à huit heures; j'y ai été, et j'y ai trouvé le duc de lUilland. 11 a été décidé que, si on ne pouvait s'entendre et que le pays fût ainsi condamné à l'anar^ chic, M. Pilt accepterait le gouvernement et formerait un cabinet, qui pourrait être Lien fort, avec lui à la tête. Mais il a exigé le secret, parce qu'il était bien décidé, avant de retourner chez le roi, à ce qu'on sût positivement que North et Fox, après avoir conclu une alliance peu honorable, s'étaient querellés entre eux à propos du partage des dépouilles. M. Pitt et le duc de Porlland viennent de passer chez moi pour me dire que la coalition s'est reformée, le duc de Porlland et M. Fox ayant abandonné le point en lilige. La question était de savoir si Jord Stormout serait président du conseil. Je suppose donc qu'ils vont annoncer immédiatement leurs arrangements, et qu'il y aura baise-mains lundi.

» Tout à vous,

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