CHAPITRE IV
Excursion de Pitt en France. — L'abbé de Lageard — Retour en Angleterre. — Bill de Fox sur l'Iode. — drand discours de Burke. — Le bill passe à la chambre des communes, mais il est rejeté par les lords. — Renvoi de Fox et North. — La prérogative royale. — Pitt est nommé premier ministre. — Démission de lord Temple. — Le nouveau cabinet.
Pitt, ayant laissé de côté pour cet été ses affaires au barreau, avait projeté une excursion en France, en compagnie de Wilberforce et d'Eliot. Au commencement de septembre, ces trois amis se réunirent chez Henry Bankes, dans le comté de Dorset, où ils passèrent quelques jours. Ce fut là que Pitt, en chassant aux perdrix, Téchappa belle un soir sous le feu du fusil de Wilberforce; c au moins à ce qu'assuraient mes compagnons, » disait Wilberforce , « peut-être dans l'intention maligne d'exagérer ma vue basse et mon inexpérience à la chasse.»
Le 10 septembre, Pitt assista au lever du roi à Saint- James, et le 12 il s'embarqua a Douvres avec ses deux compagnons de voyage. On suivra mieux les incidents de cette petite tournée d'après sa correspondance.
« 10 septembre 1783.
» Ma chère mère,
» Je vais au lever, et de là je monterai en voiture; j'espère arriver à Douvres avant la nuit. Je vous écrirai dès que j'aurai touché terre de l'autre côté de l'eau. Londres ne m'a fourni d'autres nouvelles que le traité définitif si longtemps attendu, et on n'en connaît point de nouveaux détails. J'espère que vous êtes délivrée de l'indisposition dont Harriot parlait dans sa dernière lettre. Si la poste à travèrs champs m'a rendu justice, elle doit avoir reçu une réponse de moi. Adieu. Toujours, ma chère mère
» W. Pitt. »
« Calais, 12 septembre 1783.
» Ma chère mère,
» De peur que quelques sifflements du vent à Burlon ne vous aient donné l'idée d'un orage, je m'empresse de vous assurer que nous sommes arrivas ici après une traversée excellente, bien qu'un peu rude. Nous partirons demain matin et nous arriverons à Reims dimanche soir ou lundi malin. Une lettre adressée à « un gentilhomme anglais, poste restante, » m'arrivera sans doute, à ce qu'on m'assure. J'espère avoir bientôt le plaisir de recevoir de vos nouvelles.
» Votre respectueux et affectionné, etc.
» W. Pitt. »
« Reims, jeudi 18 septembre 1783.
» Ma chère mère,
» Nous sommes arrivés ici après uu voyage qui n'avait guère d'autre attrait que celui de la nouveauté du pays. On voyage beaucoup plus facilement et la population a l'air beaucoup plus à l'aise que je n'aurais cru, mais la face du pays, de Calais ici, est ce que j'ai jamais vu de plus monotone. Nous sommes très-bien établis ici, mais nous n'y avons pas encore trouvé beaucoup de société en dehors de la nôtre. La ville est habitée surtout par des négociants et des ecclésiastiques, parmi lesquels je suppose pourtant que nous finirons par trouver quelques âmes charitables qui consentiront à nous laisser pratiquer avec elles notre français. Pour le moment, quand je vous aurai dit que nous sommes ici et que nous nous portons parfaitement bien, j'aurai épuisé toute ma provision de nouvelles. D'ailleurs, la poste ne permet guère une plus longue lettre, elle part à neuf heures du matin, et je vous écris avant le déjeuner. Ce n'est pas du reste un aussi grand effort qu'en Angleterre; tout se fait ici de bonne heure et nous nous y accoutumons aisément le soir, et môme un peu le matin. J'espère avoir le bonheur de recevoir bientôt une lettre de Bur ton. Vous avez probablement reçu celle que je vous ai écrite de Calais. Mes tendresses à Harriot et mes compliments à miss Stapleton.
» Toujours votre respectueux et affectueux, etc.
» W. PlTT. »